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23 octobre 2018 2 23 /10 /octobre /2018 16:04

                                                          Il pleut, il pleut bergère      

Rentre tes blancs moutons

Fabre d'Eglantine, 1780

 

Deux courants majeurs traversent l’écologie politique : les réalistes, qui tentent de corriger à la marge, parfois avec succès, le système économique dominant, et les fondamentalistes, qui veulent des changements plus radicaux mais qui, éloignés des lieux de décision, privilégient le débat idéologique.

Les uns comme les autres ont toutefois en commun de ne pas intégrer la contrainte du temps. Les premiers veulent accumuler les réformes pour aboutir par gradualisme à la transformation du système, les seconds préparent le moment politique où ils seront en situation d’appliquer leurs idées. Tous anticipent des lendemains nécessairement meilleurs.

Ce faisant, ils se situent dans la continuité des luttes politiques et sociales des deux siècles derniers, période historique baignée d’idéologie progressiste, où le seul enjeu était de changer les relations des hommes entre eux pour un meilleur partage du pouvoir et des richesses. Ce qui n’avait pas été obtenu aujourd’hui pouvait l’être demain, le futur était synonyme d’effacement des échecs et d’aboutissement des promesses.

Mais sur ce point, les choses ont changé.

Les dommages que l’homme a d’ores et déjà causés à la planète, depuis la fin du XIXe siècle, sont irréparables à l’échelle de l’histoire humaine. Nous ne sommes plus dans un cadre donné, à l’intérieur duquel il serait seulement question de changer les règles du jeu. C’est ce cadre lui-même que nous avons changé et qui risque désormais de nous engloutir. Il n’est plus possible, même au prix d’une conduite soudain vertueuse, dont au demeurant nous ne prenons pas le chemin, d’empêcher les transformations que nous avons provoquées de continuer à produire durant des siècles leurs effets destructeurs.

Nous sommes entrés dans une période inédite de notre histoire, parfois qualifiée d’anthropocène, où le temps est compté et où il joue contre nous. Plutôt que de tenter d’empêcher l’effondrement inéluctable d’un certain nombre d’écosystèmes, notre tâche est désormais de nous y adapter pour assurer du mieux possible notre propre sauvegarde avec ce que nous pourrons sauver du vivant.

L’autre exigence de la période, qui procède des mêmes causes, est d’inscrire le projet écologiste dans un espace territorial déterminé.

Certes, le réchauffement climatique est par nature planétaire, les gaz à effet de serre émis en Chine participent à la disparition de la banquise arctique, le nuage radioactif de Tchernobyl ne s’est pas arrêté aux frontières de l’Hexagone et nous sommes tous directement affectés par la disparition de la forêt amazonienne comme par l’acidification des océans.

Mais le caractère planétaire de la dégradation des écosystèmes qui, passé un seuil critique, peut prendre la forme d’un basculement brutal échappant à tout contrôle, ne signifie pas que, par une sorte de parallélisme des formes, les mesures de sauvegarde ne puissent être prises qu’à un niveau mondial. Deux raisons militent pour une action à une échelle plus modeste.

La première est qu’il n’existe pas au plan international, qu’il s’agisse de l’ONU ou des différentes conférences qui en sont l’émanation, d’autorité capable d’imposer ses décisions aux Etats et aux acteurs économiques, et que les chances d’en voir émerger une dans les années à venir sont à peu près nulles.

La seconde raison est que l’échelle pertinente d’intervention n’est plus la même selon que l’on se fixe comme objectif d’empêcher la survenance du changement climatique ou, plus simplement, celui de s’y adapter. Au traitement préventif des causes, qui s’est révélé jusqu’à présent plus incantatoire qu’effectif, se substitue alors le traitement symptomatique des effets, concrètement la protection des populations et de leur environnement naturel, comme la préservation de leurs cultures.

Ces exigences, qui semblent élémentaires aujourd’hui, doivent être réévaluées à l’aune des évolutions prédictibles des prochaines décennies sur fond de dérèglement climatique : rétractation des échanges internationaux, pénurie des ressources naturelles, en particulier de l’eau, disparition d’une partie des activités tertiaires et des services publics, exode urbain.

Un tel scénario n’est pas catastrophiste. Le ravitaillement de la population, son hébergement, sa santé, sa sécurité, tant collective qu’individuelle, pourraient bien devenir les principales missions de la puissance publique. C’est aujourd’hui dans un cadre national, siège de ce qui reste de souveraineté démocratique, de solidarité institutionnelle et de désir commun de vivre ensemble, qu’il est le plus utile et le plus sage de s’y préparer… tout en sachant que nous ne sortirons de cette période qu’appauvris et moins nombreux.

                                                                                     Gilles Lacan

écologiste décroissant

                                                                                    

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commentaires

A
Il est tout à fait juste de dire qu'aucune initiative mondiale ne sauvera la planète. Les divergences des intérêts, des prises de conscience, des urgences immédiates sont trop fortes. On ne sait si, quand et comment, le basculement interviendra. Certains, par groupuscules, s'y préparent , la vente des abris anti-atomiques continue en quelque sorte...La survie collective sera-t-elle prévue et assurée au niveau national avant qu'on percute le mur? On peut en douter vu l'incapacité des politiques à modifier leurs aiguillages. Tout se rétractera sans doute par force et s'en sortiront ceux qui auront de la chance ou un abri anti-effondrement familial ou communautaire. Paradoxalement, il me semble qu'il ne faut cesser d'alerter mondialement au sujet de la surpopulation encore et encore. Toute baisse de la fécondité humaine est une chance de survie pour une petite partie du reste du vivant. Ne serait-ce qu'une toute petite partie du reste du vivant...
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C
Bonjour à tous<br /> <br /> La conférence de 2018 sur le réchauffement climatique se tiendra à Katowice du 3 au 14 décembre. Y sera-t-il mis fin au tabou dont est frappée la démographie humaine, alors que toutes mesures susceptibles d’atténuer les effets de la situation catastrophique à laquelle est confrontée la planète – et avec elle tous ses habitants – en sont indissociables ? Après que quelques experts de tous horizons aient vainement tenté pendant des siècles de sensibiliser l’opinion aux dangers du surpeuplement humain, 15 000 d’entre eux se sont enfin décidés à lancer, au lendemain de la COP23, un appel solennel ; mais quand les scientifiques s’émeuvent à ce point, seront-ils entendus ?<br /> <br /> La manière dont le bréviaire de la décroissance qu’est “Notre empreinte écologique” (Mathis. Wackernagel et William. Rees, éditions “écosociété”, Montréal) traite de population et a fortiori de surpopulation est significative de la mesure dans laquelle notre démographie peut être reléguée à l’arrière-plan de l’économique et du social. Lorsque les problèmes qui se posent dans ces domaines ne sont que les conséquences du nombre de consommateurs, leur relation avec ce nombre y est tout juste évoqué.<br /> Il n’est pas question de contester l’utilité de l’empreinte écologique en tant qu’instrument de diagnostic et de sensibilisation aux excès de prédation de l’humanité, pas plus que de mettre en cause le droit que ce concept a acquis de s’ajouter à ceux qui inspirent déjà de nombreux chercheurs, mais chacun doit être conscient que pendant qu’ils en fouillent les détails et le retournent en tous sens, la population ne cesse de croître à un rythme jamais atteint, dans la quasi-indifférence générale. Raison justifiant la paraphrase de William Rees clôturant la préface de ce livre : “Regarder en face, tous ensemble, la réalité du dépassement écologique [démographique] nous forcera à découvrir et mettre en pratique ces qualités uniques qui distinguent le genre humain des autres espèces sensibles pour nous réaliser pleinement comme êtres humains. En ce sens, le changement écologique [démographique] mondial est la dernière grande occasion de prouver que la vie intelligente existe réellement sur la Terre.” »<br /> <br /> Parce qu’il doit impérativement ne serait-ce que se nourrir, se vêtir, se loger et se soigner, l’homme est un consommateur. Il l’est depuis sa conception jusqu’après sa mort – les marchés du prénatal et du funéraire n’ayant rien d’anodin – et se double d’un producteur dès qu’il est en âge de travailler.<br /> Il est ainsi, avant toute autre opinion ou considération, un agent économique au service de la société, mais aux dépens de son environnement. Et plus le nombre de ces agents augmente, plus leurs besoins s’accroissent – outre ceux qu’ils s’inventent toujours plus nombreux – et plus ils doivent produire. Qu’il s’agisse de ressources non renouvelables ou de pollution, les atteintes à l’environnement augmentent d’autant et s’ajoutent à celles d’une nature jamais avare de catastrophes inopinées ou cycliques comme peuvent l’être celles de nature climatique.<br /> <br /> Claude Courty<br /> Écologue dénataliste
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