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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 18:04

La récente application de la circulation alternée (1) à Paris et dans les communes limitrophes s’est accompagnée de la gratuité des transports en commun. Ce n’est pas la première fois qu’une telle mesure est prise et que la gratuité nous est présentée simultanément comme une solution pour limiter la pollution et comme un cadeau aux usagers. Certains réclament d’ailleurs la gratuité permanente d’un certain nombre de services considérés comme « de base » : éducation, santé, transports, voire culture malgré toute l’imprécision sur ce qui peut-y être rattaché...

Au-delà de la mesure ponctuelle plus médiatique que durablement efficace, est-ce une bonne idée en matière de transport ? Probablement pas.

Tout d’abord la gratuité n’existe pas. Dès lors qu’un bien ou un service a nécessité du travail humain, et c’est en fait toujours le cas, ce dernier doit être rémunéré d’une façon ou d’une autre. Ce que l’on appelle gratuité est tout simplement le transfert de la charge de l’usager ou du consommateur au contribuable. Notons que pour les transports publics, c’est déjà largement la norme.  Même hors épisode de pollution, nul ne paye son ticket de métro, son  pass Navigo  ou le plus souvent son billet de train à son véritable coût. L’avion lui-même est fréquemment subventionné permettant des prix totalement déconnectés des coûts réels.

On pourrait penser qu’à Paris l’affaire est neutre, puisque touristes et personnes de passage mis à part, presque tous les foyers fiscaux sont à la fois usagers des transports en communs et contribuables. Mais cette fausse gratuité possède hélas un inconvénient rédhibitoire : masquer la réalité des coûts : réalité des coûts économiques, mais aussi des coûts écologiques.  Parfois d’ailleurs, ce masquage va jusqu’au remboursement par l’employeur qui donne sous cette forme de « remboursement transport » ce qu’il pourrait donner sous forme de salaire, cela contribue plus encore à rendre aux yeux de l’usager le transport en apparence complètement gratuit et économiquement « transparent ».

Or, dès lors qu’une chose est « gratuite » on oublie qu’elle doit être produite, que cela suppose non seulement des frais en espèces sonnantes et trébuchantes, mais aussi et c’est plus rarement souligné, une empreinte écologique : consommation de matière et d’énergie pour la fabrication des infrastructures et du matériel roulant, consommation d’énergie pour l’usage proprement dit, consommation d’espace définitivement retiré à  la nature… L’élargissement progressif du champ géographique de la  carte orange  puis du  pass Navigo  et surtout la généralisation de tarifs de uniques indépendamment de la distance empêche l’usager de percevoir le lien entre le coût, -empreinte écologique comprise - et les kilomètres parcourus (2). Elle laisse presque entendre que prendre le métro est bon pour la planète, non c’est juste moins mauvais que la voiture (3). La gratuité est une mesure qui éloigne le citoyen de la conscience et de la compréhension des enjeux.

Que faire alors ?  Car bien sûr, il ne s’agit pas à l’inverse de favoriser à tout crin l’automobile, sur ce point nous sommes d’accord. Deux pistes me semblent devoir servir de guide. Tout d’abord facturer les transports à l’usager (c’est une règle générale) et le faire au plus près des coûts réels tout en communiquant sur ceux-ci. Un avantage partiel peut être donné aux transports en commun mais il doit être clairement identifié. Les prix des carburants aussi doivent être augmentés car on ne mènera jamais de politique d’économie d’énergie dans un contexte d’énergie bon marché. L’usager doit avoir intérêt à économiser et non y être forcé par une multitude de règles complexes et contraignantes, règles vers lesquelles hélas il semble que nous nous dirigions. Notons que globalement nul ne sera perdant, le contribuable récupérant le surplus alors demandé à l’usager. L’autre piste est évidemment de tenter de diminuer le besoin de transport, essayer de rapprocher les zones d’activité des zones d’habitat et développer le télétravail dans la mesure du possible. C’est là une question plus vaste et de longue haleine, mais à terme la relocalisation, c’est-à-dire le regroupement des lieux de production, de consommation et d’habitat constitue sans doute avec l’allègement de la pression démographique et une lutte serrée contre l’érosion de la biodiversité, la colonne vertébrale de toute politique écologiste digne de ce nom.

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(1) Il est bien difficile de ne pas souligner ici l’extraordinaire timing de cette mesure qui, visant un problème s’étant posé dans les jours précédents aura vu son application reportée au lundi 23 mars,  jour où les choses s’arrangeaient naturellement mais lendemain des élections. Ainsi les conducteurs sanctionnés (ceux de la banlieue, car ceux de Paris ne votaient pas) ne risquaient en aucun cas de traduire leur mécontentement dans les urnes. Joli tour de passe-passe !

(2) Cette mesure n’est pas le fait de la seule RATP, en Languedoc Roussillon, l’expérience, limitée certes, du TER à un euro a également beaucoup fait parler d’elle. Les mêmes critiques peuvent lui être adressées.

(3) Rappelons que le métro ne transforme pas le CO2 en oxygène, pour cela on a encore rien trouvé de mieux que l’arbre.

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Published by Didier BARTHES - dans Economie
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commentaires

invite2018 07/05/2015 19:02

Par leur labeur, les citoyens rapportent aux entreprises qui les emploient plus qu'ils ne leur coût. Cette différence entre la production permise grâce aux travailleurs et ce que les patrons leur laisse sous forme de salaire peut-être considéré comme un prix que chacun paie pour prétendre au service public.

Cela signifie donc que l'argent que verse directement l'usager dans les gare n'est qu'une partie du prix qu'il pait réellement pour obtenir ses tickets de transports. Résultat des comptes : les usagers paient en réalité le bus, le métro et le train à un prix au moins égal au coût (sauf bien sûr en ce qui concerne les milliardaires).

teysseire 05/04/2015 12:53

La gratuité ne va évidemment pas dans le sens de la responsabilisation des citoyens!....sommes nous considérés encore comme citoyens et beaucoup de nos contemporains se considèrent-ils comme citoyens? vaste sujet...Le terme "usager" se répand, même dans le domaine du médical et du social: ainsi un enfant est un "usager de l'école", un malade un" usager de l'hôpital". Un usager se soucie-t-il comme celui des transports en commun de qui conduit la rame, de combien cela coûte etc...?

Mais c'est vrai, il faut relocaliser et pour relocaliser sans entasser, il faut être nombreux!

teysseire 06/04/2015 16:12

Une coquille dans la dernière phrase de mon commentaire me fait dire le contraire de ce que je souhaitais: évidemment il faut être moins nombreux pour ne pas s'entasser!
Vous avez raison de parler d'holocauste! les photos de Mexico City sur le site de DR ne disent pas autre chose.

Didier BARTHES - Jean-Christophe VIGNAL 06/04/2015 14:16

L'immensité (démographique, économique) de nos sociétés, sans commune mesure avec ce qu'a connu l'humanité au cours de l'essentiel de son histoire est en effet un facteur déterminant de déresponsabilisation de l'individu qui voit bien qu'entre son action, son comportement et leurs effets sur le monde se trouve un tel ensemble d'intermédiaires et de filtres qu'il n'en reste presque plus rien. Le fait notamment que ce qui n'est pas consommé ou détruit par l'un sera automatiquement consommé ou détruit par l'autre est une incitation permanente au "non agir" et au "laisser faire". Sur grande échelle; ce "non agir" nous conduira jusqu'au gouffre, quand la Terre n'aura plus les moyens de nous entretenir.
Notons que pour les animaux, c'est déjà presque fait. Au cours des 45 dernières années, tandis que le nombre des hommes était multiplié par deux, celui des vertébrés était, lui, divisé par deux ! L'holocauste est en marche, trop en marche pour être arrêté. Pendant ce temps, certains écologistes ou se prétendant tels, préconisent la fuite en avant : toujours plus d'hommes, toujours plus de technologie. En un mot, toujours plus de ce qui a toujours accompagné la dégradation de la nature, comme si notre "génie" qui a toujours conduit au drame pour la nature allait brutalement changer de sens et nous conduire à être les gentils gérants de la planète. Quand la prétention, la bêtise et la naïveté prennent le pouvoir....

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