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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 12:04

Peu de rapport semble-t-il entre l’actuelle crise grecque et la menace d’effondrement de tous les écosystèmes. Dans le premier cas, une crise locale de nature économique et financière, dans le second une crise écologique générale de confrontation aux limites physiques de la planète.

Et pourtant ! Derrière ces différences, se cachent le même enchaînement des impuissances et des remises à demain, la même incapacité des sociétés humaines à l’action collective, la même aversion pour l’anticipation et pour le long terme.

Car la crise grecque ne peut surprendre que les ignorants. Depuis des lustres l’économie grecque était significativement moins performante que celle de la plupart des grands pays européens. Son intégration dans un système monétaire lui imposant une devise forte, en contradiction avec son absence de réelle compétitivité économique, ne pouvait logiquement conduire qu’à des problèmes (1). Cette difficulté était posée dès l’adhésion de la Grèce à l’Euro, il y a maintenant bientôt quinze ans, elle s’est naturellement concrétisée par un endettement croissant, fruit d’un niveau de vie structurellement en décalage avec le niveau de production. Les alertes, trop peu nombreuses, trop peu insistantes, trop peu écoutées n’ont pas joué. Cette surdité fut on ne peut mieux symbolisée par la coûteuse organisation des Jeux Olympiques en 2004 au mépris de toutes les règles de bons sens et notamment de la première d’entre elles : On ne  doit pas, on ne peut pas durablement consommer au-delà de ce que l’on produit.

Et pourtant, que fait d’autre l’humanité  dans son ensemble ?

Globalement notre espèce ne vit pas - ou plutôt ne vit plus, mais c’est en fait déjà ancien -  sur ses productions c’est-à-dire sur son seul travail, ni sur les intérêts des produits de la planète, elle vit sur le capital naturel qu’elle entame un peu plus chaque année : capital écologique (biodiversité, paysages…), capital énergétique, capital en terme de territoires conquis et artificialisés toujours plus nombreux. Tous les ans ou presque le jour du dépassement, est avancé (2).

Comme pour la Grèce, la logique est implacable, cela n’aura qu’un temps, comme pour la Grèce nous sommes et nous aurons été prévenus, comme pour la Grèce nous n’agissons pas. Mais à l’inverse de la crise grecque, il n’y aura pas d’autorité supérieure avec qui renégocier un nouveau prêt, un nouveau report, un nouvel échéancier de remboursement, un abaissement des intérêts. Les livres sur l’effondrement s’accumulent (3) et passent avec la même régularité que la montée des périls, de la rubrique science-fiction à la rubrique essais.

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(1) On pourrait toutefois amender cette analyse en notant que cette tendance était susceptible d’être au moins partiellement contrecarrée par une politique de transfert de ressources en direction de la Grèce.  Politique ayant pour but de mettre cette dernière à un niveau tel que les différences de compétitivité vis-à-vis des pays riches de la zone euro restent soutenables. Le véritable problème viendrait alors de que l’Etat grec n’a pas su utiliser à bon escient les fonds effectivement versés, ces derniers ayant à terme plutôt conforté une politique de rente, à terme catastrophique pour le pays. Dans ce cadre aussi la décision d’affecter certaines ressources aux jeux olympiques en 2004 fut édifiante d’irresponsabilité (puissions-nous nous en souvenir pour Paris 2024).

(2) Le jour du dépassement est la date censée marquer le moment de l’année où l’humanité a consommé plus que les ressources considérées comme  renouvelables. De cette idée il faut sans doute ne retenir que le concept, le détail du calcul faisant appel à trop d’arbitraires pour que l’on puisse en faire une donnée scientifique sur laquelle s’appuyer, seule son évolution unidirectionnelle à paramètres de calcul égaux peut être retenue.

(3) Je me permets notamment de recommander l’ouvrage de Pablo Servigne et Raphaël Stevens : « Comment tout peut s’effondrer,  petit manuel de collasposlogie à l’usage des générations présentes », 296 p. Editions du Seuil, collection Anthropocène, avril 2015.

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Published by Didier BARTHES - dans Billets d'humeur
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commentaires

Claudec 15/07/2015 18:42

Merci. Intéressante et significative analogie, que je ne manquerai de citer, à l'appui de mes propres invitations à sortir de la vision étriquée qu'a le plus grand nombre, quant à son avenir et à celui de ses enfants.

jury jacques 14/07/2015 23:03

Excellent,
Merci

jury jacques 14/07/2015 23:02

Excellent,

Merci
http://parti-pour-un-avenir-post-anthropocene.e-monsite.com/pages/elections-legislatives-mai-juin-2012.html
http://guymcpherson.com/2013/01/climate-change-summary-and-update/
http://arctic-news.blogspot.fr/2013/11/arctic-methane-impact.html

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