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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 08:48

« L’effondrement prochain de nos sociétés est désormais une certitude, il serait temps d’étudier la question », tel est le message que nous laissent  Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur dernier ouvrage : Comment tout peut s’effondrer où ils appellent au développement d’un nouveau domaine de recherche: La collapsologie. Leur livre se trouve d’ailleurs malicieusement sous-titré : Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes.

Bien entendu les auteurs prennent longuement soin de montrer une fois encore toutes les impasses de nos sociétés. Ils rappellent par exemple le « tableau de bord de l’anthropocène »  (1) qui regroupe, en une vingtaine de graphiques, les évolutions quasi exponentielles d’un certain nombre de facteurs, évolutions dont on voit clairement qu’elles nous conduisent à l’impossible. Ils insistent à juste titre sur les effets de seuils qui mènent, sous couvert de trajectoires apparemment tranquilles, à d’irréversibles points de basculement. Ils nous remémorent combien, sous leurs dehors puissants, nos sociétés sont fragiles, dépendantes d’innombrables structures et  réseaux, supposant chacune et chacun le fonctionnement optimal de tous les autres. Qu’une difficulté surgisse et dépasse une certaine ampleur et tout peut s’écrouler sans espoir d’être réactivé. La stabilité de nos sociétés dépend de trop de rouages, la formation des ingénieurs par exemple, pour être durablement garantie.

Pablo Servigne et Raphaël Stevens admettent que l’on ne peut dire aujourd’hui d’où viendra l’étincelle, pas plus que l’on ne peut détailler l’enchaînement des évènements qui mèneront à l’effondrement. La multiplicité des facteurs en jeu rend la prévision aussi difficile que celle d’un lancer de dés ; et sans doute est-ce plus au hasard qu’au talent qu’une prédiction précise devrait aujourd’hui sa justesse.

On ne les prendra pas à ce piège grossier des prévisions ponctuelles dont les démentis réitérés font les choux gras des optimistes invétérés. Des analystes comme Paul Ehrlich (la bombe P), ou Dennis Meadows (rapport Meadows en relation avec les travaux du club de Rome) en sont d’ailleurs les victimes habituelles et se font régulièrement critiquer pour la non-survenue de telle ou telle catastrophe (2). Toutefois, comme le rappelle une citation de Ken Rogoff en début d’ouvrage « Les systèmes tiennent souvent plus longtemps qu’on ne le pense mais finissent par s’effondrer beaucoup  plus vite qu’on ne l’imagine ».

La collapsologie ce n’est pas la prévision du détail, c’est plutôt comprendre et accepter l’inévitable conclusion et essayer de voir comment réduire les souffrances qui en découleront et en particulier essayer d’imaginer l’attitude des hommes dans ce contexte.

Signalons aussi l’excellente postface d’Yves Cochet qui affirme qu’il s’agit là du plus important des sujets et discute de notre attitude face à cette perspective, à cet « évènement extraordinaire » qu’est « l’effondrement du monde ». Comment ne pas sombrer dans le déni et une fois actée l’acceptation de cet écroulement, comment se le représenter ? Comment agir aussi et, plus subtil, qu’est ce qui peut déclencher l’action ? Yves Cochet précise avec raison  les conditions de ce qui pourrait déterminer nos comportements face à la survenue de l’effondrement « Chacun étant placé dans la même situation que les autres, l’effondrement sera réduit non pas en fonction de la volonté de tous mais de leur représentations croisées, c’est-à-dire en fonction des anticipations que chacun effectuera sur la capacité effective de ceux qui l’entourent à changer leur vie ».  Il propose également un regard plus général sur cette nouvelle science « La collapsologie est une école de responsabilité, Elle conduit directement à une morale qui nous dépasse individuellement comme nous dépasse l’effondrement que nous explorons ».

Voici un bref extrait de l’ouvrage

" « Une surpopulation mondiale, une surconsommation par les riches, et de piètres choix technologiques » ont mis notre civilisation industrielle sur une trajectoire d’effondrement. Des chocs systémiques majeurs et irréversibles peuvent très bien avoir lieu demain, et l’échéance d’un effondrement de grande ampleur apparait bien plus proche qu’on ne l’imagine habituellement, vers 2050 ou 2100. Personne ne peut connaitre exactement le calendrier exact des enchaînements qui transformeront (aux yeux des futurs archéologues) un ensemble de catastrophes en effondrement, mais il est plausible que cet enchaînement soit réservé aux générations présentes ."

Extrait de la conclusion titrée : « La faim n’est que le début ». les auteurs reprennent là un jeu de mot déjà présent dans le titre de l’excellent livre d’Hugues Stoeckel : La faim du monde.

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Comment tout peut s’effondrer, petit manuel de collasposlogie à l’usage des générations présentes.  Pablo Servigne et Raphaël Stevens : Editions du Seuil, collection Anthropocène, 296 pages, avril 2015. Pablo Servigne est également le co-auteur du livre : Moins nombreux plus heureux préfacé par Yves Cochet.

Vous trouverez ici un lien vers une conférence donnée par les deux auteurs sur ce thème de l’effondrement.

(1) Graphiques tirés de l’article de W Stevens et al.  The trajectory of the anthropocène : The Great Acceleration, dans The Antropocene Review, 2015 p 1-18.

(2) Critiques d’autant plus injustes que le rapport de Dennis Meadows n’a jamais eu d’intentions prédictives.

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Published by Didier BARTHES - dans Notes de lecture
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commentaires

Claudec 24/07/2015 19:15

En dépit de ses fourvoiements, contradictions, insuffisances et lenteurs, le mouvement écologiste dans son ensemble, aura eu au moins le mérite d'alerter la société quant à la probabilité d'un bouleversement à plus ou moins bref terme de ses conditions d'existence.
Le moment venu – avec ou sans collapsus –, quelle que soit sa capacité à s'y adapter, l'homme sera bien obligé de s'y plier pour survivre, faute d'avoir su, ou voulu, "changer de vie" autrement que par la contrainte.
La tension monte, les esprits sont chaque jour plus nombreux à percevoir le risque de ce changement de vie, mais bien peu sont curieux d'en connaître les causes profondes, tentent de s'y préparer et encore moins d'en retarder l'échéance. Pour les uns, Dieu et/ou le génie humain y pourvoiront, pour d'autres, après eux le déluge, et pour d'autres encore, ils tirent la sonnette d'alarme chacun à leur façon sans être entendus.
COP 21 infirmera-t-il de tels propos ?

Didier Barthès 24/07/2015 20:04

J'ignore bien sûr ce que donnera COP21 mais deux choses me laissent penser que les mouvements écologistes font tellement fausse route que finalement, ils n'auront aidé en rien une fois que la catastrophe sera survenue.
D'une part, dans leur grande majorité les écologistes refusent d'évoquer le facteur principal de menace contre l'environnement que constitue l'explosion démographique.
D'autre part, nombreux sont ceux qui font le pari d'une croissance verte, ce que je considère comme une oxymore qui ne mènera nulle part.
Ajoutons en plus que trop souvent la volonté de se situer dans le cadre d'une bienpensance sociale à la mode, dépasse largement leur amour et leur connaissance de la nature.

teysseire 24/07/2015 17:30

...et quelle est la capacité effective de ceux qui nous entourent à changer de vie?

Didier Barthès 24/07/2015 20:00

Elle dépend de l'anticipation qu'il feront.... sur la nôtre.

Claudec 23/07/2015 18:43

Pour un avis sensiblement différent, voir éventuellement :
https://docs.google.com/document/d/1FcOkcrAEKXwSn4V2heisTFJTGqhFeTCeR54tR8pLWFQ/edit

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