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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 19:12

Avec la même régularité que les rapports du Giec confirment l’un après l’autre la rapidité du réchauffement climatique et la responsabilité de l’Homme, les rapports  Planète Vivante (1) - probablement bientôt mal nommés - soulignent la dégradation croissante et à vitesse accélérée de presque tous les écosystèmes. Pour dire les choses de manière plus directe, ils décrivent et prédisent la mort à très brève échéance de la quasi-totalité des grands animaux vertébrés avec qui nous partageons ou devrions partager la planète.

La dernière version - le rapport 2016 - ne fait évidemment pas exception et chacun retiendra ce chiffre effrayant : En 42 ans, de 1970 à 2012, le nombre d’animaux vertébrés sauvages marins et terrestres a chuté de 58 %. La chute devrait atteindre 67 % d’ici 2020 (c'est à dire dans 4 ans !) et se poursuivre au rythme de 2 % par an. Nous serons donc bientôt seuls sur la Terre !

On est saisis d’effroi.

On est saisis d’effroi parce que 42 ans c’est un battement de cil. Depuis 400 ou 500 millions d’années la Terre est habitée par les grands animaux et ce sera fini dans quelques années, en réalité, c’est déjà fini. Pendant cette période la planète n’a connu que cinq extinctions majeures, toutes d’origine naturelle, et nous sommes en train de précipiter la sixième à l’échelle d’une simple vie humaine.

On est saisis d’effroi parce l’on peut encore ouvrir les médias et les voir parler d’autre chose, se déchirer pour savoir si le PIB l’an prochain progressera de 0,5 ou de 0,8 % ou si les sondages pour l’un ou l’autre des candidats au pouvoir ici ou là sont un peu meilleurs que ceux de la semaine dernière.

On est saisis d’effroi par l’ampleur de notre faute parce qu’il ne s’agit pas seulement d’une catastrophe, mais aussi d’un crime, nous tuons le monde.

On est saisis d’effroi enfin par l’ampleur de notre aveuglement et les rapports "Planète Vivante" eux-mêmes, s’ils sont nécessaires, n’y font pas exception, passant quasiment sous silence la cause essentielle de cet effondrement, à savoir l’explosion du nombre des hommes.

Les introductions de Johan Rockstöm et de Marco Lambertini (2) qui se terminent d’ailleurs par des propos d’un optimisme en contradiction absolue avec le contenu du rapport,  n’y font pas allusion, le sujet n’est que très rarement abordé dans l’ensemble du texte qui donne une priorité presque totale à la question du mode de vie. Le graphique p. 78 et 79 : « Cartographie de l’empreinte écologique de la consommation » donne par exemple l’impression que le Canada ou la Russie sont catastrophiques pour la planète à cause de leur consommation, alors qu’au contraire, grâce à leur faible densité démographique se sont presque désormais les seules surfaces d’importance (avec quelques régions d’Afrique et d’Amazonie, justement peu peuplées) où subsiste une grande faune sauvage digne de ce nom. On voit bien d’ailleurs (p. 52) que globalement les sols les moins dégradés sont les sols des pays peu densément peuplés, c’est assez logique, le béton faisant mauvais ménage avec l’humus.

Cette sous-estimation du facteur population, devrait d’ailleurs logiquement conduire à une conclusion sans doute non voulue par les auteurs, qui est que nous devrions maintenir une forte proportion de la population mondiale dans la pauvreté.

Ne serait-il pas plus humain, au contraire, de laisser les gens les plus pauvres consommer un peu plus tout en faisant un effort de réduction de la fécondité ?

Page 108, le graphique général : « Les meilleurs choix pour une seule planète » ne fait aucune allusion au problème alors que tout ce qui y est listé en dépend.

Ces rapports enfin qui acceptent et popularisent le terme d’anthropocène, font eux-mêmes preuve d’un anthropocentrisme inquiétant en insistant sur les services rendus par la nature à l’Homme, comme si c’était cela qui devait seul nous motiver. Cet utilitarisme doit être dénoncé, il laisse entendre que si la nature ne nous était pas utile nous aurions le droit de la massacrer, il laisse le respect de côté. Devrions-nous raser l’Amazonie si par hasard il était démontré que les nombreuses espèces végétales et animales qui la peuplent ne devaient nous être d’aucune utilité pour développer notre pharmacopée ?

Dernière critique enfin cette affirmation bien optimiste selon laquelle nous consommerions 1,6 planète (voir p.75 où il est évoqué une biocapacité nécessaire de 1,6 Terre en 2012). C’est un chiffre totalement arbitraire. Par exemple, nous consommons 80 millions de barils de pétrole par jour alors que la Terre n’en produit pratiquement plus, c’est donc dès le 1er janvier à 0 h que nous dépassons le renouvellement de la ressource. Selon le poids (forcément arbitraire) que nous donnons à ce facteur, le chiffre global peut-être totalement différent. Comment aussi intégrer la disparition d’une espèce à cette forme de comptabilité trompeuse, qui laisse d’ailleurs entendre que si nous étions à peine plus de la moitié de nos effectifs actuels nous pourrions durablement vivre sans problème sur ce que la planète peut renouveler ?

Rappelons que durant l’essentiel de son histoire, l’humanité a été mille fois moins nombreuse qu’aujourd’hui, moins encore dans ses temps les plus anciens !

_________________________________________________________

 (1) Ces rapports Planète Vivante sont réalisés par le WWF, la société Zoologique de Londres, le Global Footprint Network et le Stockholm Resilience Centre,  il est possible de les télécharger via les liens ci-après :

 2016 (complet) , 2016 (synthèse), 2015, 2014, 2013, 2012, 2010, 2008.

(2) Johan Rockström est directeur exécutif du Stockholm Resilience Centre et Marco Lambertini est directeur général  du WWF international.

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Published by Didier BARTHES - dans Biodiversité
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commentaires

Guillaume Besset 08/02/2017 16:19

Pour moi le malthusianisme n'est pas utile, la nature se régule bien seule, y compris la démographie (plus un pays est riche et éduqué, plus la natalité baisse)
=> Importance d'un cadre libéral vert !

Didier Barthès 10/02/2017 12:02

Bonjour,

Cette question a souvent été évoquée sur ce site.

Certes, l'on constate généralement une baisse de la fécondité avec l'augmentation du niveau de développement. Hélas, il est trop tard pour compter sur cette seule solution.

D'une part le niveau de la démographie mondiale est tel et les prévisions sont telles aussi que nous allons atteindre 11 milliards de personnes d'ici la fin du siècle, ce qui condamnera la nature à ne plus disposer du moindre espace.

D'autre part le niveau de développement associé à de faibles fécondités (en dessous du fameux seuil de 2 enfants par femmes) est tel qu'il suppose des niveaux de consommation qui ne peuvent être assurés à partir des seules ressources renouvelables. En cela, la solution du développement est condamnée.

Voilà pourquoi le développement peut être considéré comme un bienfait pour permettre à chacun de profiter d'une vie plus confortable mais certainement pas pour assurer la durabilité de la nature et de nos sociétés.

A côté des efforts pour le développement on doit aussi lancer des efforts très importants pour lutter contre la fécondité. Ajoutons d'ailleurs que la surfécondité constitue aussi un frein pour le développement dans beaucoup de pays d'Afrique par exemple. L'humanité a tout à gagner à se préoccuper de ce problème plutôt que d'attendre que la régulation se fasse par confrontation aux limites de la planète, cela constituerait un bel exemple d'échec et sans doute une source de souffrance pour beaucoup.

José 16/11/2016 17:13

On entend parfois certaines personnes, classées parmi les écolos, dire que la Terre peut nourrir 15 milliards d'habitants, à condition qu'on change les méthodes - agroécologie etc. - . Pourquoi s'arrêter en si bon chemin, alors qu'en s'inspirant des laogais on pourrait aller jusqu'à 60?

Didier Barthès 20/11/2016 10:06

Pour votre commentaire sur les Monades urbaines (excellent roman en effet), je pense comme vous que nous n'arriverons pas à ce point, un effondrement aura lieu avant.

D'ailleurs ce monde décrit par Silverberg, s'il est très intéressant du point de vue intellectuel, n'aurait selon moi guère de chances de perdurer, il suppose un contrôle tellement strict de la population qu'il me semble absolument impossible même si, sur certains points, notre société peut paraître aller en ce sens.

José 19/11/2016 14:40

Les monades urbaines, roman dystopique de Silverberg, décrit dans un futur lointain la tendance actuelle poussée à l'extrême. Il est peu probable qu'aucune trajectoire puisse mener à ce monde-là sans que quelque chose l'ait conduit à l'implosion avant, mais c'est une extrapolation propre à nous faire réfléchir sur ce que nous voulons pour demain. En particulier sur l'équilibre entre l'individu et la société, et la place de ceux-ci dans le monde.

Didier Barthès 18/11/2016 14:57

En effet, et cela montre bien le caractère absurde de telles propositions.
Remarquons d'ailleurs que très longtemps l'agriculture mondiale, sans le dire, s'inspirait des méthodes aujourd'hui considérées comme modernes de l'agroécologie : Pas d'engrais chimique, rotation des cultures, cultures mélangées, et parfois proximité des arbres. Et pourtant une telle agriculture ne pouvait guère nourrir plus d'un milliard de personnes. Et puis bien entendu encore une fois, il ne s'agit pas seulement de nourrir les hommes, il faut préserver toutes les autres espèces qui vivent aussi sur la planète. Pour ceci, pas d'autre solution que de partager les territoires et pour cela d'être moins nombreux.

Séverine Fontan 05/11/2016 14:06

En fait, je crois surtout que le WWF, souhaitant ratisser large dans les chaumières, évite les sujets tabou, "non populistes", dont la surpopulation. Idem pour Greenpeace

jean bruguier 13/11/2016 18:24

L'évitement des sujets dérangeants est une pratique bien commune, y compris dans le milieu écolo, et ce malgré l'urgence de faire bouger les choses et malgré aussi la capacité intellectuelle à penser la complexité des choses, qui est pourtant en principe une autre caractéristique de l'écologie ... il y a le refus de voir la question du nombre d'humains, il y a aussi le fait de ne pas vouloir dire ce que le changement vers un monde écologiquement acceptable implique : quand on fait croire par exemple que la réfection écologique des bâtiments peut se financer aisément sans impacter le coût du logement tout en créant plusieurs centaines de milliers d'emplois, ou qu'on ne veut pas dire qu'il n'est plus supportable de faire faire autant de trajets tant aux hommes qu'aux marchandises, des thèmes souvent abordés sur ce blog. Trop souvent les écologistes auto-proclamés qui occupent le terrain (et les places aussi !) biaisent avec la réalité et laissent croire par démagogie que le changement écolo n'impliquera pas un recentrage sur l'essentiel : bien manger, bien habiter, et s'amuser sobrement.

Didier BARTHES - Jean-Christophe VIGNAL 05/11/2016 17:54

Oui, vous avez raison, beaucoup de mouvements et de personnalités écologistes, ou classés comme tels, semblent éprouver une forte réticence à briser le tabou de la question démographique. Il n'est pas exclu qu'un souci d'image en soit la cause. Peut-être pensent-ils que mettre la responsabilité des désordres écologiques sur le compte de quelques boucs émissaires les fera bien voir.
Pourtant dans la population, nombreux sont ceux qui admettent aujourd'hui que le nombre des hommes a une responsabilité déterminante dans la dégradation de notre environnement.
Le problème des espaces conquis sur la nature pour y loger les hommes et leurs activités est incontournable. Il n'a pas d'autre solution qu'une certaine modération démographique. Malgré l'évidence certains rechignent à l'admettre publiquement et préfèrent la voie de la facilité médiatique. Pendant ce temps, tous les 10 jours la planète doit accueillir l'équivalent de la population de Paris, elle le fait inévitablement sur le peu qui reste d'espaces naturels et au détriment de tous les autres êtres vivants.
Certains écologistes rêvent d'entasser les hommes (de densifier les villes préfèrent-ils dire), c'est un choix particulier, il n'évitera pas la conquête de nouveaux espaces car il faudra bien nourrir ses hommes et leur donner des activités. Il conduira en outre beaucoup d'entre-nous à vivre dans un monde coupé de la nature, dans des villes de plus en plus grandes dont on connaît par ailleurs tous les inconvénients La mégapole ne fait pas rêver, pourtant, il semble loin le temps où le slogan des écologistes était "Small is beautiful" et où l'un de leur leaders, René Dumont, mettait l'explosion démographique en tête de ses préoccupations.
Curieusement plus le problème s'aggrave, plus la lucidité semble faire défaut.

Claude Courty (alias Claudec) 04/11/2016 18:03

Les hommes seraient-ils vraiment "des veaux" ?

L’impavidité dont Le Général de Gaulle taxait les Français, semble se manifester bien au-delà de l’hexagone, à en juger par l’inertie de l’opinion – élite en tête –, encouragée par la discrétion de media manifestement plus friands de faits divers que de sujets à propos desquels ils semblent si peu aptes à la mission d’information mêlée de pédagogie dont ils pourraient se sentir investis. Toujours est-il qu’ici comme en quelques autres endroits (Web et autres espaces de débat) les situations qui conditionnent le plus notre condition d’êtres humains sont loin de passionner les foules. Au point de se demander si le plus terrifiant est l’état de la planète et de la société, ou le manque d’intérêt de l’immense majorité des individus pour ces questions (dans leur relation de cause à effet).

Mais ne s’agit-il pas tout simplement du triomphe de la vie sur la mort ? De la vie dans toute son exubérance ; telle que pour l’espèce qui a voulu si vaniteusement se soustraire au modérateur qu’est la sélection naturelle, elle meurt par prolifération ; à la manière dont tue un cancer ; la vie triomphant envers et contre tout, puisque nous avons d’ores et déjà un pied dans le transhumanisme. L’homme peut donc se consoler de son naufrage en pensant qu’il sera parvenu, en véritable démiurge, à se donner un remplaçant, dépouillé de la spiritualité et de sentiments qui ont toujours été, à la fois ce qu’il a de plus admirable et ses points les plus faibles.

C’est ainsi en tout cas que certains prennent des allures de moines moyenâgeux, juchés sur leur borne pour annoncer la fin du monde à la veille de l’an 1 000, ou de ces prophètes reprenant le même discours obscurantiste à l’annonce du second millénaire. Sauf que cette fois-ci ce sont des faits observables qui sont là, et non plus la superstition ou n’importe quelle utopie.

Didier BARTHES - Jean-Christophe VIGNAL 05/11/2016 20:05

Il est probable que toutes les velléités transhumanistes ne survivront pas à l'effondrement de nos sociétés, elles sont trop dépendantes de la technologie.
En ce qui concerne le dernier point, oui, les inquiétudes pour l'an 2100 porteront sur un millésime moins rond que celles de l'an 1000, mais s'appuieront sur des réalités plus tangibles et des indices objectivement beaucoup plus inquiétants. Elles concerneront aussi, et ce n'est pas un détail, une population trente fois plus nombreuse.

Séverine Fontan 03/11/2016 01:11

Pas étonnant de la part du WWF, ils sont environnementalistes. Je n'ai pas été étonnée qu'un de leurs représentants me dise il y a quelques mois à Cayenne que le problème n'était pas la surpopulation mais la surconsommation, Ben voyons. Et qu'il trouvait les malthusiens inquiétants etc... Il ne voyait d'ailleurs pas le lien entre le déboisement de la forêt guyanaise et la démographie galopante de ce DOM. Ensuite, dans 10 ou 15 ans il n'y aura plus de pétrole rentable, avec toutes les conséquences que cela aura sur la démographie, l'espérance de vie, la mortalité infantile, etc (la médecine moderne c'est aussi du pétrole). Triste de penser que seul un effondrement permettra peut-être à ce qui reste de biodiversité de survivre, et à la nature de reconquérir des territoires.

Didier BARTHES - Jean-Christophe VIGNAL 03/11/2016 11:42

Oui, c'est toujours une désagréable surprise de constater combien il est difficile de souligner l'évidence.
Quant à vos autres remarques, hélas, je ne peux, là aussi, que les partager totalement.

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