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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 07:44

Quel que soit l’avis intéressé des patrons de Disney, la fin de la politique de l’enfant unique en Chine constitue le plus mauvais signe que l’on pouvait recevoir en matière de protection de l’environnement.

A la veille même de la COP21, cette décision montre que le pays le plus peuplé au monde n’intègre absolument pas le facteur démographique comme élément de la destruction systématique de la planète par notre espèce. Ici en France, la quasi-absence de dénonciation de cette mesure ne fait que renforcer ce sentiment. Les hommes pensent qu’être toujours plus nombreux est une richesse et rien, ni la pollution, ni la disparition de la moitié des espèces sauvages en 50 ans, ni la multiplication des mégalopoles ne semble devoir leur ouvrir les yeux.

Certains arguent que cette décision ne changera pas grand-chose pour une double raison.

D’une part la politique de l’enfant unique n’était ni généralisée ni totalement respectée, la naissance d’une fille en tant que premier enfant donnait lieu à des exemptions, les campagnes bénéficiaient parfois d’une législation adoucie et de nombreuses minorités pouvaient avoir plus d’un enfant (la fécondité en Chine s'établit déjà à 1,7 enfant par femme). D’autre part et surtout, les chinois se sont désormais installés dans un modèle d’enfant unique, sur le plan culturel comme sur le plan économique. Même en l’absence de pénalité pour la seconde naissance, l’enfant unique restera intéressant économiquement (à cause du coût de l'éducation notamment) et restera valorisé du point de vue culturel, les mentalités évoluant lentement. La situation ne devrait donc pas changer du tout au tout. Peut-être, toutefois la décision n’a pas été prise au hasard et l’on peut compter sur un pays aussi dirigiste que la Chine pour influencer les évènements.

On estime parfois que les politiques natalistes ou antinatalistes ne servent à rien, comme si les dirigeants les prenaient pour faire plaisir.  Or, justement la politique inverse avait bien fonctionné, évitant selon les différentes estimations entre 400 et 500 millions de naissances au cours des dernières décennies. Aurait-elle donné de trop bons résultats au point que la Chine, effrayée, veuille aujourd’hui amortir le phénomène par peur d'une forme de déplétion humaine trop brutale ? En tout cas, qu’aurait fait la Chine de toutes ces bouches à nourrir ? Aurait-elle connu un développement économique aussi faramineux ? C’est bien improbable compte tenu des charges (éducation, logement…) que cela aurait engendré.

Mais il existe encore un autre motif d’inquiétude, ce sont les raisons qui sont avancées : Lutter contre le vieillissement de la population ! Or il n’y a pas pire raison que celle-ci, car elle marque une très mauvaise appréhension des phénomènes démographiques à long terme. Rappelons cette vérité toute simple : Le temps s’écoule et aucun régime politique n’y pourra rien. Aussi tous les jeunes d’aujourd’hui seront les vieux de demain (à moins que de modernes Lyssenko  ne veuillent soumettre les lois de la nature à la "bienpensance" politique). Ainsi, le nombre et la proportion importante de personnes âgées aujourd’hui, et plus encore dans les années à venir, en France comme en Europe, résultent et résulteront directement du baby-boom des années 1950 et 1960. Il en sera de même en Chine dans 60 ans, les naissances supplémentaires attendues demain  se transformeront après-demain en vieillards excédentaires.

Que ferons-nous ? Que ferons les chinois ? Quelle vie, quelles ressources auront à leur disposition ces personnes déjà fragilisées par la vieillesse ? Faudra-il alors imposer la famille de 4 enfants et faire des milliards de nourrissons pour maintenir à toute force l’âge moyen de la population en dessous d’un certain seuil ? On voit bien qu'il s'agit d'entrer là dans un cercle vicieux où la société ne semble devoir trouver son équilibre que si chaque génération est plus nombreuse que la précédente. Dans un monde fini (et il l’est !) c’est évidemment une folie. Dans le domaine de la finance cela s’appelle une pyramide de Ponzi et se termine toujours très mal.

A plus court terme même, un rehaussement de la natalité chinoise pourrait se traduire par une véritable catastrophe sociale. Peut-on raisonnablement faire le pari que, 50 ans durant, la Chine connaitra une croissance économique toujours aussi aussi forte. Si la natalité remonte, dans 20 ans ce sont des classes d’âges plus nombreuses qui se présenteront sur le marché du travail, si à ce moment-là, la Chine connait la moindre récession c’est par dizaines et sans doute par centaines de millions que se compteront les chômeurs ? L’ampleur du pays fera l’ampleur de la catastrophe. Or justement, il est fort probable que dans 20 ans le monde se heurte de plein fouet aux effets de la déplétion pétrolière. Le pari est pour le moins risqué et la nature bien peu prise en compte. Ces éventuelles naissances supplémentaires donneront des habitants qui devront être logés, qui devront consommer, circuler... bref, présenter une empreinte écologique pour une part proportionelle à leurs effectifs.

Le vieillissement de la population est inéluctable, c'est d'ailleurs un excellent signe, nous profitons de la vie plus longtemps, c'est une folie de vouloir le repousser par une fuite en avant. Il adviendra quoiqu'il arrive.  Plus nous le repoussons, plus il se produira sur des effectifs nombreux et plus difficiles à gérer.

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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commentaires

DARRITCHON 04/11/2015 11:19

Peut-on demander à l'INED de mesurer (à travers les modèles) l'incidence de la nouvelle politique chinoise de natalité?

Didier Barthès 05/11/2015 10:34

Ce serait en effet une bonne question à leur poser, pourquoi pas ? Il me semble que beaucoup de démographes de l'INED estiment que les politiques natalistes sont assez peu efficaces, mais il faut creuser, on pourrait leur poser la question à l'occasion des prochaines conférences qu'organisera l'association Démographie Responsable sur ces sujets les 19 et 21 novembre prochains à Paris et à Suresnes.

René Varenge 31/10/2015 16:48

il est curieux de voir que rares sont les personnes capables de se projeter dans l'avenir, comme si cette faculté pourtant simple, puisqu'il s'agit d'imaginer le futur en fonction des informations actuelles et passées, ne soit accordée qu'à un très petit nombre de personnes.

Didier Barthès 01/11/2015 13:10

Le court-termisme semble en effet l'un des grand maux de notre époque, c'est un fléau particulièrement redoutable en ce qui concerne l'environnement.

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