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6 décembre 2017 3 06 /12 /décembre /2017 17:04

 

 

Brillamment préfacé par François Ramade, « L’homme, cet animal raté » raconte l’histoire d’un échec, le nôtre ; celui d’une espèce à l’intelligence incomparable dont pourtant le comportement collectif conduit à une catastrophe pour elle-même comme pour presque tout ce qui vit sur la planète.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

 

 

Pierre Jouventin rappelle et développe cette analyse d’Adriaan Kortland

« C’est la combinaison de caractères typiques des primates et de quelques caractères typiques des carnivores qui a donné un résultat sans autre exemple que l’homme »

Plus précisément, par la coopération, nous nous comportons comme un animal de meute,  mais tandis que le loup appuie ce comportement sur l’inné, nous l’appuyons sur la culture et la réflexion. Cette attitude, combinée au caractère plus individualiste des primates a fait notre spécificité, notre force et notre malheur.

Notre force, parce qu’incontestablement, dans un premier temps, notre espèce est une réussite, non seulement par ses réalisations mais tout simplement par sa démographie. Aucune espèce de prédateur de cette taille n’a jamais été présente sur la planète à plus de quelques millions d’exemplaires (moins encore sans doute). Si nous sommes aujourd'hui mille fois plus nombreux, c’est parce que notre « intelligence » (P. Jouventin développe évidemment ce concept ainsi que celui de supériorité) nous a provisoirement permis d’exploiter l’environnement selon des modes très différents de ceux que pratiquent les autres animaux.  

Notre malheur et celui des autres, parce que cette spécificité présente une limite que nous sommes en train d’atteindre, limite par épuisement des ressources - nous consommons le « capital » de la planète - limite par ignorance ou par viol des lois de l’écologie bâties sur l’équilibre des forces. Nous déséquilibrons le monde alors même qu’il est aussi notre support.

Avec raison, Pierre Jouventin insiste largement sur le facteur démographique. Il se désole que des mouvements, pourtant aussi prometteurs que la décroissance, laissent le plus souvent la question de côté. Il rappelle notamment cette phrase de Guy Jacques  dans Osez la décroissance ; « La démographie constitue le point aveugle de la philosophie politique de la décroissance, évoquer seulement la question démographique c’est déjà vouloir exterminer les pauvres ». Puissent quelques écologistes s’inspirer de cette réflexion et s’engager peu à peu à briser le tabou.

Cet échec doit-il nous laisser penser que c’est par nature l’intelligence (au sens où nous la concevons pour l’homme) qui est condamnée partout dans l’Univers ? Que toute suprématie d’une espèce sur une autre rompt les équilibres qui permettent à la vie de perdurer et donc se condamne elle-même. Peut-être est-ce là la porte ouverte vers un pessimisme plus large encore.

Dans cette vidéo, Pierre Jouventin présente lui-même son ouvrage et le fil de son raisonnement.

_________________________________________________________

Pierre Jouventin ; L’homme cet animal raté, Histoire naturelle de notre espèce, préface de François Ramade, 2016, 21 €, Éditions Libre et solidaire, ISBN 9782372630238

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commentaires

J
Le malheur des animaux, il faut bien le préciser, c'est d'être dans un entre-deux flou, non-défini.<br /> Il est clair que dans notre civilisation fortement imprégnée de christianisme, c'est l'âme qui donne à l'homme sa dignité et sa valeur; C'est par respect pour l'âme que l'on respecte les êtres humains.<br /> Les choses, la matière n'ont pas d'âme. Pas de souci, on peut en faire ce qu'on veut; <br /> On a dépassé, avec les animaux, le point de vue de Descartes. Ce sont des êtres sensibles, mais ils n'ont toujours pas d'âme. Vous voyez bien que c'est insoluble tant qu'on ne s'affranchira pas du christianisme.
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C
@ Didier Barthès<br /> <br /> Bonjour<br /> <br /> J’avais bien pris ma part de votre réponse à A.-M. Teysseire et vous en remercie, en ajoutant à mon propos ce qui suit, eu égard à votre dernier commentaire :<br /> <br /> L’irrépressible volonté qui porte les hommes à toujours chercher à améliorer leur condition, fait ignorer à la grande majorité d’entre eux les limites de la nature et de leur habitat, et les pouvoirs – qui sont les moyens collectifs d’expression de cette volonté – en rajoutent, souvent par démagogie, proportionnellement à l’importance des populations sur lesquelles ils se fondent, ce qui conduit notre civilisation à la démesure en tout.<br /> <br /> Certes, une perte de cohésion est à déplorer ! Mais comment pourrait-il en être autrement, dès lors que fait défaut celle de pouvoirs agissant chacun pour soi, plutôt que de s’unir pour pallier, par l’intelligence supérieure qu’ils sont censés rassembler, la faiblesse et la disparité de nos intelligences individuelles ? De ce point de vue, la communauté scientifique ne manque-t-elle pas elle-même de cohésion en oubliant trop souvent l’essentiel, dans des querelles et débats de second ordre ?<br /> <br /> Cordialement
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T
Une étude scientifique peut-elle réellement rendre compte du psychisme humain? Plus que son intelligence adaptative, ne serait-ce pas nos mécanismes inconscients qui ont causé notre "perte"? sans vouloir faire de la psychologie à la petite semaine, il s'agit quand même, pour tout ce qui concerne notre biosphère, de dénoncer notre déni. Le déni est un défense psychique contre une perte réelle ou supposée. Nous ne supportons pas de perdre notre sentiment de toute-puissance, Nous ne supportons pas de voir des limites et des contraintes là où nous étions sûrs de pouvoir passer au-delà.Cette soif de la démesure est-elle un raté de notre intelligence ou est-elle d'un autre registre? philosophie? psychanalyse?(oui, je sais que ce n'est plus en vogue!)...et surtout là, notre intelligence ne peut plus rien puisqu'elle ne fonctionne en ce moment que pour alimenter notre défense. Les religions avaient essayé mais laissées aux hommes, elles ont échoué! Voilà, juste une petite réflexion en l'air pour le moment...
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D
En effet, c'est une voie très intéressante à creuser. Notre relation à notre sentiment de toute puissance n'est surement pas innocent.<br /> Cette voie, ainsi que le concept d'agrégation de l'intelligence. Nous utilisons imprudemment ce mot unique pour évoquer deux réalités bien différentes : D'une part celle de la capacité d'un individu à trouver des solutions, à conceptualiser, à manier l'abstraction, d'autre part celle faisant référence à notre capacité à nous conduire efficacement de manière collective. Ainsi, selon que nous faisons (sans le dire) référence à l'une ou à l'autre de ces approches, nous pouvons considérer que les animaux sont beaucoup moins ou beaucoup plus intelligents que nous. Cette confusion des genres est, selon moi, source d'incompréhension.
C
Sans avoir lu et par conséquent sans savoir ce qu’est pour l’auteur l’intelligence, s’il admet qu’elle puisse se définir comme suit (sans entrer dans les détails):<br /> - Chez les êtres animés : Fonction mentale d'organisation du réel en pensées chez l'être humain, en actes chez l'être humain et l'animal (Trésor de la langue française – CNRS).<br /> - Faculté de comprendre, de saisir par la pensée ; ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle (Petit Larousse).<br /> - Faculté de connaître, de comprendre – Ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle – Aptitude d’un être vivant à s’adapter à des situationst nouvelles ; à découvrir des solutions aux difficultés qu’il rencontre - Qualité de l’esprit qui comprend et s’adapte facilement (Petit Robert).<br /> - Aptitude à repousser les limites du raisonnement, sans perdre le contact avec la réalité. (Anonyme).<br /> il en découle :<br /> 1° - que la comparaison avec les autres espèces animales est sans objet.<br /> 2° - que l’homme n’est peut-être pas aussi intelligent que ce qu’affirme l’auteur, non sans candeur. Si l’intelligence peut être considérée comme une richesse, elle est, comme tout autre richesse, très inégalement distribuée. Pareto nous dit comment elle se répartit pour une population déterminée, et voir accessoirement à ce propos :<br /> https://claudec-abominablepyramidesociale.blogspot.fr/<br /> ou lire "Précis de pyramidologie sociale" :<br /> https://www.amazon.fr/s/ref=nb_sb_noss_2?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&url=search-alias%3Daps&field-keywords=Pr%C3%A9cis+de+pyramidologie+sociale<br /> <br /> Dès lors, plutôt que ratés, les hommes ne seraient-ils pas victimes une fois de plus des écarts de richesse régnant entre eux, écarts d’intelligence cette fois ? Sachant que de tels écarts sont d’autant plus difficiles à maîtriser que : 1° chacun reconnaît peut-être encore plus difficilement qu’un autre un déficit d’intelligence. 2° que la population est nombreuse ; ce qui ramène au fait démographique.<br /> Peut-être suffit-il de se demander si l’homme est plus ou moins “raté” aujourd’hui qu’il a pu l’être dans le passé – lorsqu’il était moins nombreux –, pour avoir au moins une partie de la réponse.
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D
Bonjour Claude Courty,<br /> Pour une part, ma réponse à Madame Teysseire convient pour répondre également à votre message. Bien sûr, Pierre Jouventin répond à certaines de ces remarques sur l'intelligence. Mais pour moi, c'est moins l'écart qui est en cause, que la question du collectif. Comment s'agrègent, s'additionnent nos capacités individuelles et par quoi cela se traduit-il concrètement ? Pour avoir lu le livre de Monsieur Jouventin je trouve que son titre est plutôt adéquat et correspond bien à l'ensemble du propos.