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2 mars 2018 5 02 /03 /mars /2018 17:04

Par Anne-Marie Teysseire

Parmi les commentaires anti-malthusiens, il est une réaction récurrente qui étonne toujours par sa violence. Elle se présente sous deux formes, la première directe et épidermique « Vous voulez réduire la population mondiale ? Commencez donc par vous suicider ! » et se rencontre très souvent  dans les salons, sur les forums... La seconde plus subtilement agressive : « Surpopulation ? Alors on commence par (éliminer) qui ? » a été employée par des politiques ou des scientifiques comme Y. Jadot  ou J-L. Etienne par exemple...

L'idée de réduction nécessaire de notre natalité est donc ici associée à un fantasme de mort violente, de meurtre (comme aux plus beaux jours de la lutte contre la contraception et l'avortement), et ce n'est pas étonnant qu'il soit concomitant de celui d'un complot des élites pour une élimination massive des terriens, complot attribué à Bill Gates ou à un quelconque Nouvel Ordre Mondial.             .

Pourquoi ce thème réveille-t-il de telles terreurs, pourquoi semble-t-il attaquer à ce point  la légitimité de l'existence de nos interlocuteurs, pour qu'ils nous agressent aussi violemment ? Il est vrai que la seconde forme emprunte à la facile tactique de la condamnation à priori des questionneurs, comme D. Barthès l'a indiqué  très justement  dans un article et que le sujet de la natalité est sensible, intime...  Cependant tout cela  me semble s'apparenter aussi à une réaction désespérée de déni.

On peut en effet penser que l'humain a perdu au fil des siècles beaucoup d'illusions sur sa toute puissance : Dieu (quoique depuis deux décennies…) et les espérances du Grand Soir l'ont quitté, la «découverte» de l'Inconscient lui a ôté la certitude de  maîtriser son destin et enfin sa planète ne s'avère plus infinie ni sa corne d'abondance éternelle.

Pour refuser la régulation de sa descendance, dernier espace de liberté, de toute puissance imaginaire - et dernier espoir de se multiplier à l'infini pour éviter de se confronter individuellement à sa misérable finitude - il cherche des échappatoires: retournement des jumelles pour ne voir que des initiatives locales, transhumanisme, colonisation de Mars... voire certitude que la catastrophe qui arrivera à coup sûr, l'épargnera lui et les siens, lui permettant ainsi de retrouver l'infini de la planète, de ses ressources et la possibilité  de se reproduire à nouveau sans frein (cf. les mouvements survivalistes et collapsologues).

Notre Ubris (ou Hybris)  semble avoir trouvé un dernier refuge dans ce déni de la surpopulation. D'où peut-être ces réactions agressives et irrationnelles face à une réalité effrayante...

Avec cette ultime illusion perdue, le roi est vraiment nu et l’homme bien seul face à la mort. La sienne et celle, toujours possible de son espèce.

Anne-Marie Teysseire est militante de l'association Démographie Responsable

Cet article a été préalablement publié sur le site Biosphère

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commentaires

B
Il n'y aura jamais de surpopulation si l'on compare la quantité d'humains à la nourriture disponible, car les humains qui ne sont pas ou mal nourris meurent. La surpopulation doit se mesurer uniquement du point de vue éthique, par la souffrance. Or il y a toujours eu souffrance et donc toujours surpopulation. À quoi sert d'inviter un être humain sur Terre si c'est pour lui offrir souffrance et mort, pour rien d'autre que le désir et les berlues des existants?
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D
Les natalistes et anti-malthusiens signent par ce genre de propos la pauvreté de leur argumentation. Il faut vraiment n'avoir rien à opposer pour en être réduit à ces invectives.
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R
Je suis malthusien et fier de l'être mais pas prêt, loin de là, à me suicider. <br /> Mais on est un peu désarmé devant la brutalité de cette réponse, par contre, elle montre que son auteur n'hésitera pas à utiliser la violence pour nous faire taire.
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C
Bonjour à tous et merci pour cette mise au point.<br /> <br /> Mais, « … La sienne et celle, toujours possible de son espèce » Pourquoi "toujours possible" et non pas probable, sinon certaine ?<br /> Toutes les espèces sont vouées à la disparition, comme toute naissance est une condamnation à mort.<br /> L'homme a eu la possibilité de prolonger l'existence de sa propre espèce, mais il s’est effectivement laissé entraîné dans l'hybris, cette démesure que redoutaient déjà les Grecs anciens.<br /> Et en ignorant ou en niant le fait que cette démesure soit d’abord d'ordre démographique – tout autre aspect n'en étant que la conséquence –, non seulement l'humanité perd ses dernières chances de faire durer sa vie, mais se condamne à une fin qui sera d’autant plus redoutable que ses membres seront nombreux.<br /> <br /> Cordialement
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C
C'est peu de dire que je partage votre pessimisme.<br /> D'un âge suffisamment avancé pour que je ne cours aucun risque de connaître la fin de l'histoire, je pense tout comme vous à ma descendance, mais ce qui m'inquiète le plus est ce déni de réalité allant s'amplifiant, à l'encontre de faits et de chiffres incontestables.<br /> Sottise, vanité de l'espèce, réaction de peur à la manière de l'autruche ?
T
Vous avez raison, "probable ou certaine" convenait aussi. Je ne voulais pas être trop pessimiste. A dire vrai, l'avenir me fait très peur (pas le mien qui est derrière moi mais celui de mes enfants, et des générations suivantes...)