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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 16:24

Une société durable, démocratique et responsable, peut-elle tolérer qu'une partie significative de sa population se drogue ? Aujourd'hui la réponse en France est plutôt négative, même si une sorte de tolérance s'est peu à peu instituée avec pour effet de laisser s'installer une zone grise où on laisse faire, où on ferme les yeux, et puis de temps en temps on frappe, accentuant par là un sentiment d'arbitraire et d'injustice.

Les récents attentats ont cependant bien montré la perméabilité entre délinquance des quartiers, en bonne partie liée au trafic de stupéfiants en tout genre, et les réseaux terroristes. Il y a là une occasion unique d'engager le fer contre la drogue dans nos sociétés et de prendre des mesures sérieuses et courageuses. En effet, puisqu'il est désormais avancé que les trafics de stupéfiants encouragent la dégradation de la sociabilité dans des pans entiers du territoire, dégradation qui peut déboucher sur des actions terroristes, alors il est possible et fondé de rendre coresponsables de cette dégradation et de ses conséquences tous ceux qui alimentent ces trafics, pas seulement ceux qu'on considèrent comme les méchants dealers mais aussi ceux qui alimentent en bout de chaîne ces trafics en achetant et en consommant des stupéfiants.

Tuer le marché est une solution qui n'a été que peu explorée jusqu'à aujourd'hui, n'en déplaise à tous ceux qui estiment qu'on a tout essayé et qu'il ne reste que la solution de la dépénalisation. Mais que peut-on faire pour tuer le marché ? L'expérience menée depuis plus d'un demi-siècle, et qui s'est traduite essentiellement par une chasse policière aux trafiquants, a largement montré ses limites en se concentrant uniquement sur l'offre : la solution la plus évidente consiste donc à porter aussi les efforts sur la demande, en aval du trafic, c'est à-dire à décourager par des sanctions exemplaires ceux qui continueront à consommer des substances illicites.

Mais qui dit sanctions exemplaires évoque des sanctions qui peuvent bouleverser la vie de ces acheteurs. Il faut donc au préalable pour que ces mesures soient acceptables préciser quelques points.

D'une part, il semble nécessaire d'opérer une dissociation entre une consommation addictive et une consommation à but thérapeutique, et reconnaître cette dernière en la légalisant et en encadrant sa pratique.

D'autre part, il est important de prévenir préalablement tous les consommateurs de ces drogues que persévérer dans leur attitude se paiera d'un coût social très élevé : un large débat avant toute modification de nos règles de droit est d'autant plus nécessaire que les sanctions seront impactantes. De plus il faut prévoir de permettre à tous les addicts qui le souhaitent de se faire accompagner, avec l'aide compréhensive des autorités publiques, pour ensuite n'avoir à cibler que ceux qui s'entêtent à alimenter un trafic dommageable à l'ensemble de la collectivité et désormais perçus comme des personnes responsables et non plus comme des victimes innocentes piégées par de méchants dealers.

Déclarer la guerre à la drogue ne consiste pas à traiter les consommateurs en ennemis, mais à leur faire savoir qu'ils n'ont plus le choix, sauf à prendre des risques inconsidérés. La drogue, ça doit devenir tabou. Même dans le cadre d'une société de croissance dont tout porte à croire qu'elle va dans le mur. Même si l'absence de perspective, le côté no futur de la société industrielle, peut expliquer bien des comportements destructeurs. Car comment accepter de rester dans la présente situation, semi-permissive de facto, situation qui nous mène aujourd'hui à un point de rupture, avec non seulement des réseaux de délinquance aux innombrables ramifications mais aussi désormais des réseaux terroristes se nourrissant de cette décomposition sociale ? Comment aussi pourrions-nous tenter de prendre le virage écologique si nécessaire sans mettre tous nos moyens et toute notre force dans la conduite d'un changement d'une ampleur inégalée et qui a besoin de citoyens responsables et lucides : une société gangrenée par la drogue et ses trafics obère ses chances de réussir cet exigeant virage.

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Published by Jean Bruguier - dans Société
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commentaires

invite2018 22/04/2016 19:06

Aucune sanction pénale des consommateurs ne prend le problème à la racine ni ne peut être efficace. Si des gens fument, c'est à cause de la précarité qu'ils subissent. Ils recherchent ainsi dans cette saloperie qu'est la drogue des paradis artificiels qui puissent leur faire oublier leur misère.

Je vois que vous proposez un accompagnement des addicts, ce qui est une bonne chose. Mais il convient de préciser que ce même accompagnement aura absolument besoin d'être renforcé à un niveau à côté duquel l'ensemble des mesures d'aides faites dans le présent et par le passé réunies ne constitue presque rien, et que nul non-milliardaire ne pourra être dit consommateur responsable non-victime avant que tous les travaux d'abolition du capitalisme et de réparation des multiples dégâts que ce dernier a engendrés ne soient totalement achevés.

invite2018 25/04/2016 10:25

Revendiquer la fin cette précarité généralisée ne revient pas à revendiquer un "monde idéal" mais à revendiquer quelque chose de parfaitement réaliste à quoi chaque personne a légitimement droit.

Ce n'est pas en réprimant les gens dépendants de la drogue que vous lutterez contre ce fléaux. Tant que le système demeure, aucune pénalisation ne peut servir à quoi que ce soit d'autre que faire que les addicts se cachent.

Il ne s'agit pas d'attendre la suppression du capitalisme, il s'agit de supprimer le capitalisme, et d'avoir conscience que jamais rien ne pourra être réglé sans cette suppression. Il est illusoire d'imaginer la possibilité de l’existence d'un quelconque "plan B".

Puisque, comme vous dîtes, le terrorisme qui se nourrit de la décomposition sociale (laquelle décomposition est due à la pauvreté) c'est maintenant, alors le besoin de restitution aux classes moyennes populaires des biens qui leur ont été et continuent d'être volés, c'est aussi maintenant.

Aucune victime ne peut être aidée au moyen de sa criminalisation.

jean bruguier 22/04/2016 23:20

Vous avez raison, les mesures d'aides doivent être très différentes de ce qu'elles sont aujourd'hui. Toutefois le changement ça doit être maintenant ; pour ma part, pas question d'attendre de vivre dans un monde idéal pour responsabiliser les acheteurs de drogues. Car les réseaux terroristes qui se nourrissent de la décomposition sociale dans les quartiers, c'est maintenant ! Car le fort virage écologique à prendre qui doit absorber une grande partie de l'énergie de notre société (ce qui suppose que celle-ci n'ait pas aussi à s'occuper d'une population de drogués de plus en plus importante et de quartiers à la dérive faisant tâche d'huile), c'est maintenant !

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