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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 20:24

Il y a quelque chose de sympathique dans cette pétition. Dans le titre d’abord, qui met la question écologique à sa juste place, la première. Et puis, cette façon de prendre l’État français au piège de ses propres discours et engagements internationaux pour le contraindre à agir enfin sérieusement en faveur de l’écologie a un côté arroseur/arrosé qui ne peut que plaire au pays de Guignol ; et qui rappelle, comme un écho formidable, la façon dont des dissidents comme Léonide Pliouchtch, Andreï Sakharov, ou Václav Havel, Jan Patocka et les signataires de la charte 77 (1) se sont battus avec le totalitarisme soviétique, en s’arque-boutant sur le droit et les engagements pris par leurs pays pour faire aboutir leur combat pour le respect des droits de l’homme : ce fut sans doute l’affaire - gagnée - de la seconde partie du XXème siècle.

Après le départ de Nicolas Hulot du gouvernement, le besoin de prendre à bras le corps la problématique écologique semble se cristalliser et prendre enfin l’ampleur attendue : quelque chose se passe, allant bien au-delà de la complaisance sympathique qui a accompagné le mouvement écologique depuis la candidature de René Dumont en 1974. Quelque chose se passe donc, et les 2 millions de signatures recueillis en quelques jours seulement au bas de la pétition « L’Affaire du Siècle » y participent et en témoignent à la fois.

D’où vient alors comme une réticence à la lecture de cette pétition ? Une gêne d’abord face à l’affirmation péremptoire que « le prix de nos factures énergétiques explose », alors que nous payons nos carburants fossiles grosso modo au même prix qu’en 1960 (2). Et que le prix de l’électricité facturée aux ménages reste dans les clous de l’indice des prix à la consommation depuis  1960 (3). Bien sûr, les temps ont changé depuis les années 60 : nos voitures d'aujourd’hui consomment moins et nos maisons sont mieux isolées thermiquement, ce qui jouerait plutôt à la baisse ; mais a contrario la distance domicile-travail s’est allongée, nous avons pris l’habitude pour nombre d’entre nous de vacances plus fréquentes et plus lointaines, et nos logements sont plus grands. En somme s’il est difficile de dire que nous dépensons des montants à l’identique pour nos factures énergétiques, il est complètement erroné d’évoquer une quelconque explosion de ces mêmes factures. Alors pourquoi cette fake new ? Faut-il y voir une incompétence des pétitionnaires, bien incompréhensible de la part d’écologistes pour qui la question énergétique est essentielle et placés à la tête d’associations puissantes (4) qui pèsent sur les débats publics depuis plusieurs années ? Faut-il y voir alors une tentation de céder à l’esprit du temps et à ses facilités démagogiques et racoleuses ? En tous cas, rien de rassurant au sujet d’une démarche présentée comme capitale pour la survie de nos sociétés et argumentée si légèrement.

Et le trouble s’accroît à la lecture des obligations d’agir énoncées.

Ainsi l’État devrait « nous fournir des alternatives en matière de transport ». Si l’on peut imaginer que la puissance publique améliore les transports en commun dans les zones d’habitat dense, que peut-il sérieusement faire pour proposer des alternatives non polluantes pour tous les habitants des zones rurales et périphériques ? Que proposer à un retraité âgé d’une petite ville devant se rendre à un centre hospitalier distant de 60 km à 11h 00 du matin ? Du covoiturage avec plusieurs véhicules ? Prendre 2 ou 3 lignes de cars et de bus ? Là où ce retraité peut effectuer en voiture particulière le déplacement confortablement et en 1h 20 environ, il lui faudra prévoir entre 2 et 3 heures, avec en plus le stress de rater une correspondance au moindre dysfonctionnement et de perdre alors le rendez-vous médical qu’il attend depuis plusieurs mois. N’en déplaise à certains, la France n’est pas la Suisse avec son espace structuré en vallées permettant  à un réseau ferré d’être efficient. Et le raisonnement peut être tenu pour beaucoup de travailleurs et d’habitants hors des grandes villes, dont les contraintes supposeraient un réseau d’une telle densité et d’une telle fréquence qu’il en devient matériellement impossible. La voiture électrique à pas cher alors ? Mais c’est oublier que celle-ci pollue aussi dans son cycle de vie comme avec ses pneus, et en supposant de plus résolue la question de l’énergie.  A moins d’inventer rapidement le tapis volant, il est illusoire aujourd’hui de défendre l’idée d’une mobilité propre similaire à celle que nous connaissons. Ce qui est demandé dans la pétition à l’État est une mission impossible.

Autre demande : l’État « doit investir dans la rénovation des logements ». Mais est-il réaliste et politiquement acceptable de demander à l’État de s’impliquer en investissant dans la rénovation thermique des logements, hormis le logement social ? En France, et cela fait partie de notre pacte social et politique, ce sont les particuliers qui se logent, en construisant, en achetant ou en louant leur habitation sur le marché. Ce serait donc normalement aux particuliers qu’il incomberait d’investir dans la rénovation des logements, et non à l’État. La difficulté aujourd’hui est que cet investissement n’est pas rentable, le prix de l’énergie économisée (note de la claviste : bien qu’il ait explosé selon les pétitionnaires, mais alors pas du tout assez !) ne permettant pas d’amortir l’investissement à consentir dans des délais raisonnables. D’où cet appel à l’État, considéré comme une bonne fée permettant de disposer des logements thermiquement rénovés sans en payer le coût, c.-à-d. sans faire grossir la part du budget des français dans le logement. Et comment l’État pourrait-il faire ces investissements ? « Les investissements nécessaires pour remédier à la catastrophe devraient être financés majoritairement par les plus aisés » nous propose cette pétition (5). Le problème est que la fiscalité est déjà lourde dans notre pays pour les classes aisés et que le surcroît de recettes fiscales qu’on pourrait en attendre ne permettrait certainement pas de financer le dixième des investissements nécessaires. Faut-il y voir alors une nouvelle tentation de cette pétition de céder à l’esprit du temps et à ses facilités démagogiques ?

Il est aussi proposé que l’État « doit instaurer l’accès de tous à une alimentation suffisante, saine et de qualité ». Difficile ici de ne pas être d’accord et on peut comprendre qu’il s’agit de généraliser une alimentation bio, donc une agriculture biologique qui permettrait aussi de revitaliser nos campagnes par les meilleurs revenus qu’elle génère et les emplois supplémentaires qu’elle nécessite par rapport à l’agriculture industrielle et chimique aujourd’hui massivement majoritaire. Mais il faut préciser, et la pétition s’en garde bien, que cette alimentation bio a un coût, et que les français, sauf les plus pauvres qu’il faudrait aider, devraient, si elle était adoptée, accepter de consacrer une part de leur budget nettement supérieur aux 12 % actuels, sans doute autour de 18-20 %, sans compter un temps plus important à prévoir pour préparer leur repas.

Résumons-nous. Cette pétition en s’en remettant à l’État pour traiter ‘l’Affaire du Siècle’  laisse croire à la majorité d’entre nous – soit « les classes moyennes et les plus démunis » pour citer la pétition (6) - qu’il serait possible, sans trop changer ni nos budgets ni nos habitudes, de continuer à vivre une mobilité forte, de disposer de logements économes en énergie et de manger sainement, tout en étant à l’abri de l’impact des changements climatiques devenus inéluctables (7) ; et il suffirait pour cela que l’État, acculé juridiquement à respecter des engagements pris « sans aucunement l'intention de tenir parole » pour reprendre l’expression d’Alexandre Calinescu évoquant les dirigeants communistes des années 70, ou sans en mesurer tout l’impact, fasse tout simplement son travail. Disons-le tout net, ce n’est pas comme ça que ‘l’Affaire du Siècle’ pourra se réaliser.

Si on devait écrire l’écologie pour les nuls, trois points sont à mettre en avant pour opérer une réelle transition écologique. D’abord, un budget des ménages français majoritairement consacré à la nourriture et au logement. Ensuite et corollairement, bien moins d’achats en matière d’habillement, de communication et d’amusement. Enfin, une mobilité limitée supposant de travailler le plus près possible de chez soi et de consommer le plus possible de produits locaux, ce qui signifie aussi se passer de produits incorporant une main d’œuvre payée à bas coût à l’autre bout du monde pour augmenter notre pouvoir d’achat ; sans compter l’abandon des vacances pas chères à 2 ou 3 heures d’avion. Voilà pour les moins et beaucoup d’écologistes n’osent pas les dire. Mais surtout il y a des plus. Vivre dans un logement sain, aménagé avec des matériaux biosourcés est un vrai confort. Manger bio, avec plus de légumes et bien moins de viande, et retrouver la saveur oubliée des aliments après avoir pris le temps de les cuisiner a du sens. Consommer local en gardant un lien avec les producteurs de nos objets quotidiens contribue à développer une qualité de vie que nous avons peu à peu oubliée. Sans compter qu’un mode de vie plus sain dans un environnement bien moins pollué aurait des répercussions positives sur l’état de santé de chacun. Et qu’un mode de production intégrant des contraintes écologiques fortes devrait amener à intégrer plus de travail humain dans la réalisation de nos objets et services, supposant une baisse de productivité selon nos critères économiques actuels mais laissant entrevoir la diminution du chômage tant recherchée depuis 40 ans. Certains qualifient cette démarche globale de ‘sobriété heureuse’, même si ici nous préférons parler de "vita povera", pour insister sur les efforts à accomplir par nous tous qui se sont accoutumés à des degrés divers à la facilité d’un monde construit sur le pillage de la planète.

L’État n’a pas de baguette magique et il est illusoire et dangereux de croire et de faire croire que les changements à opérer pourraient se faire sans la remise en question décrite en quelques mots plus haut, juste en attendant que l’État résolve, au moyen d’une puissance qu’il n’a jamais eue, les difficultés de la transition écologique. Par contre la politique et l’État ont un rôle majeur à jouer dans le pilotage de ce changement civilisationnel. C’est à l’État et à ses politiques qu’il revient après débats, études, discussions, votes, de proclamer que le changement est inéluctable et nécessaire et qu’il convient que chacun d’entre nous, en fonction de ses moyens, s’attende à y prendre sa part en acceptant un véritable bouleversement des habitudes prises depuis un demi-siècle. C’est à l’État qu’il revient d’interdire les produits nocifs pour l’homme et la biodiversité dans des délais très courts en imposant le recours à l’agriculture biologique ; et ceci n’est pas une utopie, l'Etat du Sikkim (Himalaya) est devenu la première région où l'agriculture est exclusivement biologique (8). C’est à l’État qu’il revient d’énoncer des normes pour un habitat économe en énergie à partir de matériaux biosourcés et de faciliter (par un taux de tva hyper-réduit par exemple) les travaux à engager, qui seront financés in fine par un coût du logement accru. L’État ne peut pas tout, et il revient aux classes supérieures et moyennes de modifier radicalement leurs structures de dépenses pour y faire face ; mais l’État-Providence est là et doit le rester pour accompagner les moins aisés d’entre nous, comme il le fait aujourd’hui avec le logement social, et comme il devra le faire pour permettre à ceux qui n’en ont pas les possibilités d’accepter l’impact des nouvelles normes écologiques. C’est à l’État aussi qu’il revient d’abandonner la politique de grands travaux souvent qualifiés d’inutiles ou de démesurés : combien d’économies à réaliser en arrêtant les nouveaux aéroports, les grands stades, les liaisons ferroviaires ou autoroutières encore prévues ? C’est encore à l’État qu’il revient, par une politique douanière à imaginer en lien avec les institutions européennes (éventuellement basée sur une taxation de la distance parcourue par les productions lointaines), de décourager l’importation d’objets réalisables sur nos territoires régionaux, français ou européens. C’est enfin à l’État de mettre un terme à sa politique nataliste afin qu’une correspondance durable s’établisse entre notre nombre et les ressources de notre territoire. La liste est longue et déborde le sujet du présent article. Bref l’État doit définir un cadre et accompagner ses citoyens avec une vraie empathie pour conduire ce changement, qui est un vrai saut dans l’inconnu, mais bien moins dangereux que la continuation de ce que nous faisons actuellement et qui nous mène dans un mur.

Voilà ce que nous pourrions demander à l’État pour que l’Affaire du Siècle soit l’Affaire de Tous.

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1 : Comme le dit Alexandre Calinescu in Le figaro du 24/01/2017, « les signataires de la Charte 77 demandaient une chose, en apparence, très simple: le respect des principes de la Conférence d'Helsinki. Mais, évidemment, les leaders communistes n'avaient aucunement l'intention de tenir parole, tout comme ils se moquaient des droits inscrits dans la constitution de leurs propres pays. La Charte demandait donc (dans l'esprit d'Helsinki) la liberté d'expression, la liberté de circulation des idées, la possibilité pour chaque citoyen de formuler des opinions politiques indépendantes et de prendre des positions critiques à l'égard des problèmes sociaux, la liberté des cultes, la liberté d'association et de manifestation. »

2 : Le prix du litre d’essence en euros constants était de 1,46 euros en 1960, il est à quelques centimes près au même prix aujourd’hui (Source : Annuaire Statistique de la France). Voir aussi l’article très documenté de Jean-Baptiste Noé « Evolution du prix de l’essence (1960-2008) » publié le 24/01/2011 in Contrepoints.

3 : Avec pour être précis un décrochage du prix de l’électricité par rapport à l’évolution de l’indice des prix à la consommation à partir de 1985, et un rattrapage depuis 2010. Sur ce point, voir l’observatoire de l’électricité (note de conjoncture, les prix de l’électricité en France).

4 : Il s’agit précisément de 4 associations : Notre Affaire à Tous, la Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace France et Oxfam France. Les 3 dernières sont des associations anciennes et reconnues comme interlocuteurs par les pouvoirs publics.

5 : On retrouve cette idée dans la proposition de Dominique Bourg de recréer un ISF dédié aux investissements écologiques. Dominique Bourg : « Ce que je propose c'est un ISF vert » in l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand à 8h20 le 23/11/2018.

6 : « Alors que les investissements nécessaires pour remédier à la catastrophe devraient être financés majoritairement par les plus aisés, les classes moyennes et les plus démunis y contribuent aujourd’hui de manière indifférenciée » in L’affaire du Siècle § 3.

7 : Il est écrit dans la pétition que l’État « doit aussi mettre en place les dispositifs indispensables à l'adaptation de nos territoires et à la protection de nos côtes ». Faut-il en déduire que les pétitionnaires demande que face à la montée inévitable du niveau de la mer qui va remettre en question une partie de nos villes et de nos infrastructures littorales, l’État doive construire sans cesse des remblais et des enrochements pour que nous ne soyons pas impactés par les conséquences du dérèglement climatique de l’anthropocène ? Alors que bien des écologistes militent pour laisser la mer agir en soulignant que ce combat est perdu d’avance, que le remède est souvent pire que le mal et que la seule chose à faire est d’organiser un repli progressif. Encore une fois se dessine, derrière cet appel à l’État, un rapport fantasmé à une toute-puissance qui n’existe pas.

8 : A noter que la transition pour une agriculture 100 % bio a été décidée au Sikkim en 2003 et a été effective en 2018. Et de nombreux autres Etats (Mizoram, Arunachal Pradesh et le Kerala) se sont engagés à devenir entièrement bio à leur tour dans les prochaines années. Pour en savoir plus, notamment sur les difficultés rencontrées et en grande partie surmontées voir cet article, « La région du Sikkim achève sa conversion au tout biologique ».

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commentaires

Claude Courty 16/01/2019 18:17

À Jean Brugier
En ce qui concerne ce que vous appelez nos habitudes démographiques, elles sont trop fréquemment liées à une misère qu'il est possible de sensiblement réduire sinon d'éradiquer et pour cette raison, de plus en plus nombreuses sont les femmes qui désirent maîtriser leur maternité dans les pays à plus forte natalité.
Quant à la réduction de la population dans les pays riches, n'est-ce pas les affaiblir au moment où les pays pauvres auront le plus besoin de leur aide pour, entre autres raisons, lutter contre leur propre surpopulation. ? Invitation à lire à ce sujet https://claudec-abominablepyramidesociale.blogspot.com/2016/04/des-dangers-dune-denatalite-contretemps.html

Claude Courty 16/01/2019 13:05

Avec bientôt moins de 0,5% de la population mondiale, il est illusoire de penser qu'un traitement franco-français de la question puisse être d'une quelconque incidence, d'autant que nous sommes déjà au-dessous de ce qui assurerait le renouvellement de notre population. Le problème est d'ordre planétaire.
Quant à la rapidité avec laquelle le problème pourrait être réglé mondialement, s'il est probable qu'elle soit inférieure à ce qui en sera si la nature s'en charge, toute autre initiative crée une diversion préjudiciable à l'atteinte d'un objectif de réduction démographique, en favorisant le tabou dont est déjà frappée la question.Ce qui est d'autant plus regrettable qu'il est prouvé que les populations qui en ont le plus besoin s'avèrent preneuses de solutions pour lutter contre leur prolifération et la misère dont elle est assortie.
Par ailleurs, une décroissance économique qui serait la conséquence d'une réduction du nombre de consommateurs, consiste non seulement à "mettre la charrue avant les bœufs" mais fait abusivement l'impasse sur la résistance de l'homme au changement en tout, et particulièrement de son mode de vie.

jean bruguier 16/01/2019 14:41

Bien d'accord avec vous sur le poids de la France en matière démographique. Toutefois il ne serait pas sans effet qu'un pays comme le notre affiche sa volonté de faire décroître sa population et en même temps, qu'il organise une modification profonde du mode de vie de ses habitants. Il n'est pas inutile de voir les choses avec leur dynamique. Et sur la résistance au changement je crois qu'elle affecte autant nos habitudes de production et de consommation que nos habitudes démographiques.

Claude Courty 15/01/2019 15:54

Il n'y a qu'une "affaire du siècle" et elle est d'ordre strictement démographique.
Tout le reste en découle, et toute autre manière d'aborder les questions d'environnement ne fait que distraire l'attention de l'essentiel, au demeurant toujours frappé du même tabou.
Une seule écologie s'impose, répondant aux attentes de toutes ses autres formes (pour autant qu'elle puisse être segmentée ou déclinée) : L'ÉCOLOGIE MONDIALEMENT DÉNATALISTE.

jean bruguier 15/01/2019 18:38

Merci pour votre commentaire. C'est pourquoi il est précisé dans l'article que "C’est enfin à l’État de mettre un terme à sa politique nataliste afin qu’une correspondance durable s’établisse entre notre nombre et les ressources de notre territoire". Mais réduire notre nombre ne suffit pas ; il faut aussi changer profondément notre mode de vie, et ça, ça pourrait être fait assez rapidement si nos sociétés le voulaient vraiment alors que la décroissance démographique sera forcément lente, raison de plus pour commencer au plus vite !

teysseire 15/01/2019 08:35

Le plan Freycinet à la fin du XIXème prévoyait que toutes les préfectures aient une gare ainsi qu'une majorité des chefs-lieux de canton. Il fut presque entièrement réalisé. Aujourd'hui après avoir donné priorité à la voiture, sur ces anciennes voies on fait du vélo-rail ou désaffectées, elles servent de chemins de randonnées.
Un budget majoritairement dédié à la nourriture et au logement, moins d'achats de vêtements, d'amusements et de vacances lointaines, travailler près de chez soi, consommer local, cultiver bio...cela ressemble furieusement au mode de vie que nous avions il y a 60 ou 100 ans. Est ce cette impression de retour en arrière qui rend la chose si difficile à accepter? Et qui fait emballer une sagesse perdue dans de nouveaux concepts (sobriété heureuse, vita povere..)? Et qui fait aussi occulter par nos pétitionnaires, les nécessaires et immenses renoncements

jean bruguier 15/01/2019 18:57

Il est vrai que le plan Freycinet prévoyait un maillage du réseau ferré assez dense ; mais il faut ne pas oublier d'une part que la fréquence des trains ou des tramways était parfois très faible (avec 1 ou 2 trains par jour), et d'autre part que la problématique de la mobilité se situe souvent au niveau des derniers kilomètres. Si la voiture a gagnée, ce n'est pas complètement par hasard ...
Je ne suis pas si certain que ce soit la perspective d'un retour en arrière qui "rend la chose si difficile à accepter" ; ça supposerait déjà que beaucoup ait une bonne connaissance du mode de vie d'hier et de ses contraintes ... j'ai plutôt tendance à penser que ce sont toutes les richesses et facilités qu'il nous faudrait abandonner pour arrêter le pillage de la planète au seul profit d'une ou deux générations de notre espèce qui retiennent nos pétitionnaires,comme aussi la trop grande fréquentation avec une pensée politique construite autour du recours à un bouc émissaire ainsi qu'à un rapport 'magique' à la toute-puissance, que ce soit l'Etat ou la technologie (ils n'ont pas digéré ni Ellul ni Illitch !)

Gilles 14/01/2019 23:28

Entièrement d'accord avec le contenu de l'article mais il me semble évident qu'un tel programme ne peut être mis en oeuvre qu'à l'abri de barrières douanières.
La logique d'une politique protectionniste est la remise en cause de l'Union européenne, du moins telle qu'elle fonctionne actuellement, car un protectionnisme à l'échelle de l'Europe est une vue de l'esprit.
Enfin, la pétition "L'Affaire du Siècle" est d'inspiration communiste, cette idéologie imprégnant la pensée de l'écologie officielle en France.

jean bruguier 15/01/2019 19:18

Un tel programme ne peut être mis en oeuvre qu'en privilégiant la production au plus prés de la consommation, en tenant compte tout de même des avantages comparatifs des territoires et d'un peu de spécialisation. Aucun intérêt de cultiver des tomates à 1200 m d'altitude ou du café dans la vallée du rhône (je provoque !) ; mais vu de Sirius il paraît stupide de développer des trafics polluants à l'échelle mondiale pour uniquement profiter d'un différentiel de niveau de vie impactant le coût de la main d'oeuvre. Cela signifie que le fonctionnement de l'UE, aujourd'hui orienté pour faire bénéficier les consommateurs des prix mondiaux les plus bas y compris au détriment des producteurs basés sur son sol, doit être revu en profondeur.
Quant à l'inspiration des pétitionnaires de 'l'Affaire du Siècle", j'évoque une piste dans ma réponse à Teysseire. Mais j'en conviens bien volontiers, celle-ci devrait être approfondie et développée. Cela reste un sujet à creuser car cela permettrait de mieux comprendre pourquoi un mouvement qui avait la sympathie des français dans les années 70 ait complètement raté sa percée en plus de 40 ans ... et pendant ce temps la catastrophe se rapproche !