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25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 15:04

La question démographique reste la grande absente des réflexions sur la crise du coronavirus. Pourtant, trois éléments au moins peuvent lier nos effectifs à l’épidémie présente.

- L’émergence de l’épidémie est susceptible d’être liée aux contacts obligés avec la faune sauvage que provoque notre expansion permanente sur les territoires du vivant.

- L’épidémie est de façon certaine favorisée par la promiscuité, et la promiscuité est largement fonction de la densité de peuplement, elle-même liée à l’importance de nos effectifs.  Dans un habitat dispersé, elle resterait un problème mineur, mais elle se répand comme une traînée de poudre  dans les grandes agglomérations ou dans les régions peuplées comme la métropole de Wuhan ou la Lombardie. D’ailleurs, la première des mesures que prennent tous les gouvernements est d’éviter les rassemblements, or, dans une grande agglomération, on est rassemblés par nature. Toute la politique actuelle valide cette corrélation entre densité et épidémie (sinon, aucune des mesures prises n’aurait de sens).

- La lutte contre l’épidémie dans une société urbaine et densément peuplée passe par des mesures très autoritaires, restreignant fortement les libertés. Ces mesures sont parfois efficaces (on le voit par exemple en Chine où l’épidémie semble sur la voie descendante, mais aussi à Hong Kong ou à Taiwan qui, malgré leur forte densité, ont peu ou prou réussi jusqu’à présent à contenir le phénomène au prix... de la fin des libertés: contrôle par caméra, confinement, suivi des personnes, peines très sévères…un monde digne de la science-fiction.

En ce sens, la démocratie risque d’être la principale victime de l’explosion démographique. Nous rejoignons là une conclusion proche de celle que tire Jean-Marc Jancovici des crises à venir de l’énergie. Plus généralement, face à toute contrainte, les États sont tentés de réagir ainsi, et, plus l’habitude se prend de restreindre les libertés face à un problème, plus cette possibilité s’ancrera et plus la démocratie sera mise à mal dans l’acceptation plus ou moins passive des populations. 

A ce facteur démographique on peut ajouter la question de la mondialisation qui favorise les échanges de personnes et de biens. Remarquons cependant que la démographie peut, là aussi, être considérée comme à l’origine du problème, car avec des effectifs de 8 milliards - presque 10 au milieu de ce siècle -  il n’existe guère de moyen de nourrir et approvisionner en biens divers l’ensemble de la population sans recourir à la spécialisation internationale et donc à la mondialisation de l’économie avec tous les échanges de biens et de personnes que cela suppose.

Chacun pourra sourire à l’extraordinaire retournement de nombre de personnages politiques, adeptes forcenés de la mondialisation et de la croissance, économique comme démographique, qui, sous l’urgence tournent casaque, et  prennent des mesures à terrasser l’économie et à interrompre les échanges. Urgence oblige dira-t-on ! Certes, mais l'urgence n’excuse pas les erreurs passées et si Paris vaut bien une messe, il ne faudra pas oublier.

Un mot enfin pour condamner l’irresponsabilité en France du principal parti écologiste (EELV) qui, depuis des années, nie systématiquement la question démographique et qui, face au grignotage constaté des territoires  lié à l’augmentation de population (chaque année la France gagne l’équivalent d’un demi département en nombre d'habitants) propose une seule chose : la densification des villes ! On savait déjà que ce mot de densification ne constituait que le terme présentable pour entassement, on voit désormais à quels impossibles conduit cette politique : des épidémies favorisées, une liberté toujours plus bafouée, un monde toujours plus laid. Est-ce cela l’écologie ?

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commentaires

J
Bonjour,

Quel impact réel aura le Coronavirus et des mesures de restrictions sociales sur la démographie : les naissances et la répartition des sexes, du fait du changement obligé des habitudes des gens ?
Les habitudes de vie ont une influence probable : En Chine ou pendant des années on séparait les couples ayant eu un enfant, du fait de la grande population dans le pays, il y a aujourd'hui 118 hommes pour 100 femmes. Pour ma part, j'ai mon intuition toute réservée sur les habitudes prises par les couples dans ce cas et les conséquences. Ce déséquilibre est flagrant sur une population de 1,3 milliards d'habitants. Avec humour, la poupée femme réaliste est devenue une alternative en Chine.
Si les restrictions des libertés et le confinement devaient durer dans le temps devant les virus émergents, que deviendra la population mondiale hormis son nombre ?
Rien ne sera plus comme avant ... peut-être même à notre insu !

Jean-Yves
Répondre
D
Bonjour Jean-Yves,
Il est bien difficile de vous répondre, l'avenir est soumis à trop d'influences diverses dont le mélange est imprévisible. Oui, les habitudes comptent et par exemple en Chine, la levée de la politique de l'enfant unique n'a pas tout changé et beaucoup de couples ne font pas plus d'un enfant tant les conditions économiques, sociales et culturelles favorisent désormais ce schéma, hors même de toute contrainte.
Le déséquilibre des naissances hommes/femmes est un vrai problème même s'il favorise plutôt une baisse de la population évidemment, les femmes ayant le rôle déterminant.
Pour l'instant l'épidémie de Coronavirus n'a évidemment aucune influence sur la population mondiale, le nombre de décès (560 000 à aujourd'hui mais on est pas sûr que tous soient répertoriés ou à l'inverse que ceux qui lui sont attribués viennent bien de là) est de l'ordre de celui d'une forte épidémie de grippe saisonnière. Mais, comme en plus, la quasi totalité des victimes sont âgées cela retirera peu "d'années- hommes" sur la Terre et en outre ces gens n'auraient pas eu d'enfants de toutes façons, donc l'effet est négligeable et même nul à moyen terme.
Il est impossible de dire ce qu'il en serait avec d'autres épidémies. Dans l'Histoire cela n'a jamais beaucoup compté (seule la grande peste a fait environ 10 % de victimes dans la population mondiale et encore tout cela a été vite rattrapé). Non, la seule façon (heureusement) de ralentir la croissance de la population est bien de ralentir la fécondité, cela a marché en Chine d'ailleurs espérons que cela marche ailleurs dans des conditions moins liberticides. Le développement et l'éducation (ça va ensemble) marchent bien aussi mais évidemment, si toute la population mondiale avait le niveau de développement et de consommation des pays qui sont sous le seuil de renouvellement des générations (un peu plus de deux enfants par femme, variable selon le taux de mortalité des jeunes) la Terre le supporterait mal
Bref, hélas, le problème est bien compliqué, tant dans l'analyse que dans les solutions
Bien cordialement
Didier Barthès
T
Vous confondez promiscuité et proximité. Je crois que c'est cette dernière que vous vouliez dire.
Répondre
D
Bonjour
Les deux pourraient peut-être convenir, mais là, je préfère quand même le mot promiscuité qui, en plus d'évoquer la proximité physique trop forte des individus, précise bien le caractère péjoratif que je voulais donner à cette idée. Je crois que la promiscuité n'est pas source de bonheur ni d'équilibre, et bien sûr, qu'elle est dangereuses. C'est cela que je souhaitais exprimer.
N
Merci pour ce texte que je partage auprès de mes lecteurs. Voilà des années que je débat, dans les réunions, au sujet de la démographie... inutilement !
Répondre
D
Merci pour votre message. Oui la surpopulation est un sujet encore largement tabou, parfois difficile à évoquer. N'hésitez pas si ce thème vous intéresse, à aller voir de nombreux articles sur la question sur ce blog même ou à consulter le site de l'association Démographie Responsable.