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27 juin 2020 6 27 /06 /juin /2020 10:04

L’habitude a été prise d’opposer contrôle social et démocratie. Toute utilisation de technique  informatique fait peur et est souvent perçu comme une atteinte à nos mœurs démocratiques. Depuis un article célèbre des années 70 (1), la cause est entendue. Tout récemment, à l’occasion de la pandémie liée au coronavirus, beaucoup – et ici même dans ce blog - se sont interrogés sur les mesures de suivi étudiées par le gouvernement pour contenir la propagation de la maladie et n’ont pas hésité à y voir les prémices d’un monde type « 1984 ».

Toutefois les événements obligent à s’interroger plus avant, même si ce questionnement est tout sauf facile. Quand on voit des dizaines de milliers de personnes s’affranchir des règles de prudence légalement énoncées à l’occasion d’un moment festif, et notamment la fête de la Musique, quand on constate l’impuissance des forces de l’ordre à faire respecter les mesures de distanciation, force est de réfléchir au moyen d’organiser le respect des règles sanitaires dont l’enjeu est tout de même la vie de milliers de nos compatriotes. Sans compter l’impact économique qu’aurait un nouveau confinement sur l’économie de nos entreprises et l’emploi. Comment combattre une insouciance qui confine à l’inconscience et se soucie comme d’une guigne de toute solidarité envers les personnes les plus fragiles au nom du refus de toute frustration ?

Augmenter les moyens des forces de l’ordre ? Cela peut apparaître à certains comme une solution, mais que faire face à une marée humaine qui se moque de ses obligations ?

Concrètement seules les technologies nouvelles peuvent venir en aide à nos pouvoirs publics pour faire respecter les règles imposées pour le bien de tous. Un système d’identification par reconnaissance faciale de chaque individu permettrait de poursuivre ces personnes qui de fait mettent en danger leur vie et celle d’autrui. L’amende de 135 euros ? C’est un début mais cela n’est sans doute pas suffisant pour faire rentrer dans le bon chemin des individus essentiellement centrés sur eux-mêmes et leurs plaisirs immédiats. Faut-il alors aller, comme en Chine communiste, jusqu’à repérer les incivilités de chacun et ensuite tenir un fichier qui autorise ou refuse certaines prestations ? On peut alors imaginer comme sanctions des accès refusés aux universités pendant 1 ou 2 ans, des difficultés à obtenir un logement social ou une chambre en cité U, des majorations d’impôts, ou des suspensions d’aide sociale …

Bien sûr tout cela ne fait pas partie du monde idéal auquel chacun de nous rêve au moins un peu, mais il faut prendre nos sociétés telles qu’elles sont. Comme le dit Edgar Morin (2) « La seule chose qui puisse protéger la liberté, à la fois de l’ordre qui impose et du désordre qui désintègre, est la présence constante dans l’esprit de ses membres de leur appartenance solidaire à une communauté et de se sentir responsable à l’égard de cette communauté ». Mais le manque grandissant de valeurs communes, la part sans cesse plus importante de nos populations vivant seulement dans un présent immédiat, sans réel souci du bien commun et ne mesurant pas les conséquences de ses actes, tout cela plaide pour que nos démocraties retrouvent le chemin d’un contrôle social renforcé. Car je ne sais si ces outils de surveillance remettront obligatoirement en question notre système de valeurs, mais je crois surtout que le non-respect des règles, qu’elles soient de prudence sanitaire ou de convivence, mine déjà gravement notre ordre démocratique. De plus, face au tournant écologique sévère que doivent prendre nos sociétés (3), comment croire au respect de règles contraignantes par l’ensemble de nos concitoyens sans un contrôle social efficace : que ce soit en matière d’écologie ou de santé publique, le choix de la vie a un prix et le temps des bisounours est passé.

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1 : « Safari ou la chasse aux Français » Philippe Boucher, Le Monde du 21 mars 1974 ; article fondateur en partie à l’origine de la création de la CNIL sous le septennat de V. Giscard d’Estaing.

2 : in « Changeons de voie. Les leçons du coronavirus », Denoël, juin 2020, ISBN 978-2-207-16186-9

3 : il ne faut bien sûr pas oublier que le mouvement écologique s’est construit dans les années 70 en grande partie sur le refus d’une société policière que selon lui la multiplication des centrales nucléaires, avec leur dangerosité intrinsèque, imposerait à terme. Mais nous sommes un demi-siècle après, et les termes du débat ont évolué. D’où l’intérêt de s’interroger sur l’intérêt et/ou la nécessité d’un contrôle social plus fin pour conduite notre société et les individus qui la composent à respecter enfin les limites de notre biotope. Cette question trouve d’autant plus son importance que la régulation par les prix (cf. la taxe carbone) a montré ses limites avec l’affaire des Gilets Jaunes, et qu’une limitation par la réglementation – et donc son contrôle effectif - redevient d’actualité.

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commentaires

M
Réponse à Jean Brugier 12/07/2020.
Les "grands mots", ou alors la propension à simplifier les choses, à opposer les uns aux autres etc. il y a mille façons de tuer le débat. En considérant qu'il s'agisse bien au départ d'un débat.
Ainsi, depuis là où vous êtes assis pour observer le monde, vous voyez d'un côté "les naïfs et les gauchistes", "le vieux monde et ses bobos"... et de l'autre ceux qui ont "de la finesse, de la subtilité et aussi le courage de regarder les problèmes en face".
C'est un point de vue comme un autre, mais ce n'est pas exactement le mien. Que voulez-vous, je suis et je resterais un affreux vieux gros naïf. Quoique...
Comment faut-il qualifier celui qui en est encore à croire qu'on pourrait éviter l'effondrement ?
Répondre
M
Certes, à partir de n'importe quoi on peut réfléchir sur n'importe quoi. Mais attention !
Une société dans laquelle cette "seule chose qui puisse protéger la liberté" (selon Edgar Morin) serait assurée par la force et le flicage, est-elle souhaitable ? Serait-on en train de dire que la Chine est un bon modèle, qu'un monde tel que "1984" serait souhaitable, ou préférable ?
Les régimes autoritaires font passer l'écologie, comme les questions de santé publique, après le reste. Leur seule préoccupation est de maintenir l'ordre établi. L'ordre établi PAR et POUR les dominants.
Nos démocraties n'en ont plus que le nom, à qui la faute ? Là encore ce serait comme pour savoir qui de la poule ou de l'oeuf. Maintenant je me doute bien que le novlangue parviendrait sans difficulté à nous faire penser que "la liberté c'est l'esclavage". Et même que l'écologie c'est l'esclavage.
Répondre
J
La propension a employé très vite les grands mots a tendance à tuer le débat.
Bien évidemment, jouer la carte de l'écologie dans un monde surpeuplé et avec des peuples qui ont perdu leurs repères après une surconsommation jamais vue dans l'histoire ne peut se faire qu'avec un contrôle social renforcé ... cela ne choquera que les naïfs et les gauchistes qui croient pouvoir utiliser l'écologie pour parvenir à subvertir un ordre social qu'ils n'ont pas réussi à faire bouger dans leur sens jusqu'à présent, excepté dans quelques dictatures qui ont laissé un goût de sang. Mais le contrôle social, ce n'est pas la dictature, ce n'est pas l'esclavage. Parler ainsi, poser l'équivalence entre contrôle social d'un côté et esclavage et dictature de l'autre, c'est s'interdire toute voie réaliste pour permettre à nos sociétés d'éviter l'effondrement.
Faire le choix de l'écologie suppose de la finesse, de la subtilité et aussi le courage de regarder les problèmes en face. Nous ne sommes plus dans les années 70, les choix possibles ne sont plus aussi ouverts et la voie pour se contenter de frôler l'effondrement de nos sociétés est plus étroite que jamais ... Cours camarade, le vieux monde et ses bobos sont derrière toi !