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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 18:04

Le progressisme est en porte-à-faux avec les grands impératifs de notre temps que sont la décélération, la déconnexion et la décroissance, surtout démographique, comme l'avait bien vu Lévi-Strauss.

A. Finkielkraut (02/05/2017)

 

 

 

Pour une Écologie de la Résilience

 

Ce texte s’inscrit dans la conjecture d’une incapacité de la société industrielle mondialisée à poursuivre sa course technologique sans détruire de manière irréversible, à l’horizon d’une génération, les équilibres systémiques planétaires qui ont permis et accompagné depuis quelque dix mille ans l’avènement de l’humanité.

Il porte un projet, limité à la France, de décroissance économique et démographique, dans le contexte, sans doute subi, d’une contraction du commerce international et d’une relocalisation de la production. Dans ce contexte, l’Etat et les autorités décentralisées, aux ressources amoindries, auront pour première mission d’assurer la protection physique et la sécurité alimentaire de la population, ainsi que de veiller aux conditions générales de la santé publique.                                                                               

I : Protectionnisme / Economie de marché / Dette

L’un des enjeux majeurs d’un projet écologiste doit être de relocaliser la production des biens agricoles et industriels, de manière à les rapprocher de leurs lieux de consommation, tout en assurant la résilience du pays et de ses territoires en cas de rupture des approvisionnements ou de pénurie énergétique (1).

Le mode de production qui s’est avéré le plus efficace dans l’allocation des ressources est celui de la libre entreprise, en ce qu’il est fondé sur la responsabilisation des agents économiques sur des critères économiques. C’est aussi historiquement le seul qui se soit montré compatible avec une société de liberté, la liberté politique étant logiquement tributaire de la liberté économique. Cependant, la puissance publique doit garder la capacité :

  • de réguler l’activité des entreprises de manière à protéger les écosystèmes ;
  • d’assurer les missions régaliennes de l’Etat : défense, sécurité intérieure, état de droit, recherche ;
  • de fournir des services, en matière de santé et d’éducation, financés par l’impôt.

La dette, publique et privée, entretient artificiellement la croissance et l’emploi dans une économie qui n’est plus en mesure de répondre, sans importations massives, aux besoins élémentaires de la population. Elle rend la France dépendante de ses prêteurs, limitant sa souveraineté (2). La doctrine officielle est que la dette ne peut être résorbée que par la croissance économique, censée générer les ressources nécessaires à son propre remboursement, mais la réalité est qu’elle n’a cessé d’augmenter depuis 40 ans malgré une croissance économique à peu près constante. Elle devra désormais être remboursée dans une trajectoire de décroissance, ce qui rendra cette résorption plus difficile.

  1. Rétablir des droits de douane, aux frontières extérieures et intérieures de l’Europe, pour protéger la production nationale dans l’agriculture et l’industrie.
  2. Réduire le volume des importations en pourcentage de celui du Pib.
  3. Garantir la liberté d’entreprendre, mais dans un cadre régulé par des normes contraignantes et des prélèvements obligatoires, destinés à protéger les écosystèmes, à assurer le fonctionnement des services publics et à maintenir les équilibres sociaux.
  4. Réduire la dépense publique, par la baisse des transferts sociaux (3), des effectifs de la fonction publique et des subventions aux entreprises ou aux associations, de manière à réduire la dette publique à moins de 60 % du Pib.
  5. Réduire l’endettement privé, en limitant l’offre de crédit et en augmentant le niveau obligatoire des fonds propres des banques commerciales.
  6. Orienter l’économie vers une déflation limitée.

II : Démographie / Immigration

Abandon du natalisme

Nul ne sait vraiment aujourd’hui combien d’habitants pourraient être nourris par la seule production agricole du territoire national, avec une agriculture sans pétrole, sans engrais azotés et sans pesticides, soucieuse de la condition animale et de la biodiversité, dans un pays où 99 % de la population n’a pas de formation agricole, où les terres arables sont abîmées par la pratique de l’agriculture intensive et où il ne subsiste que 15 000 chevaux de trait.

En revanche, il ressort des données de l’ONG Global Footprint Network que la France a une empreinte écologique 1,85 fois égale à sa bio-capacité, ce qui veut dire qu’à son niveau actuel de consommation, la population française utilise des ressources naturelles et produit des déchets pour une valeur supérieure de 85 % à la capacité physique du territoire à produire des ressources renouvelables et à absorber des déchets. Pour que l’empreinte écologique du pays ne dépasse pas sa bio-capacité, c’est-à-dire qu’elle respecte les capacités de renouvellement des ressources naturelles du territoire, il faudrait :

  • soit diviser le niveau de la consommation moyenne par 1,85 ce qui donnerait un smic brut mensuel de 822 € (4) à population et à répartition des revenus inchangées ;
  • soit réduire la population dans une proportion de 1,85 ce qui correspondrait à une France de 36,2 millions d’habitants (5) à consommation moyenne inchangée ;
  • soit encore réduire la consommation et la population dans une proportion cumulée de 1,85.

La France ne manque pas d’habitants, bien au contraire. La politique nataliste menée depuis la Libération n’a aujourd’hui d’autre finalité que d’accompagner la logique de croissance du système économique, en dopant la consommation et en équilibrant la pyramide des âges de façon à financer les retraites. Elle aggrave notre empreinte écologique et rend la vie quotidienne de chacun plus difficile.

Immigration

Avec plus de 255 000 nouveaux titres de séjour délivrés en 2018 et au moins 100 000 entrées irrégulières sur le territoire national (6), l’immigration de personnes non communautaires représente, très loin devant le solde positif des naissances sur les décès, le principal facteur de l’augmentation de la population globale. Une politique de décroissance démographique ne peut ignorer l’incidence majeure des phénomènes migratoires. Elle doit comporter un volet de réduction de l’immigration légale dans ses deux composantes principales : l’accueil des étudiants étrangers et le regroupement familial.

Concernant l’immigration clandestine, l’action préventive visant à empêcher l’entrée illégale des étrangers sur le territoire doit être privilégiée par rapport aux mesures ostentatoires mais coûteuses et peu efficaces de reconduites à la frontière.

  1. Supprimer les allocations familiales au-delà du deuxième enfant.
  2. Reculer de trois ans l’âge légal du départ à la retraite pour répondre au déséquilibre financier résultant du vieillissement de la population.
  3. Réduire l’immigration légale en limitant les conditions de délivrance des titres de séjour, en matière d’accueil des étudiants étrangers et de regroupement familial.
  4. Réduire l’immigration illégale, d’une part en révisant les accords de Schengen, d’autre part en renforçant les capacités de Frontex et de la police aux frontières.
  5. Stabiliser la population française en dessous de 70 millions d’habitants vers 2030 et amorcer ensuite sa diminution.

III : Transports / Tourisme

Le droit d’aller et de venir est fondamental dans une société de liberté. Mais il ne doit pas être assimilé à un droit à la mobilité qui consisterait à mettre à la disposition de chaque humain les moyens matériels et financiers de parcourir le monde selon ses envies. L’extension des déplacements aériens, générateurs d’émission de gaz à effet de serre (GES), aggrave les conditions de vie sur la planète. Leur restriction risque de pénaliser la France, première destination touristique mondiale (7), mais elle est indispensable.

De la même manière, les transports routiers de marchandises sur de longues distances comme les déplacements quotidiens en véhicules individuels motorisés contribuent au réchauffement climatique et à la pollution de l’air. Il est donc souhaitable de favoriser des alternatives fondées, pour le transport des marchandises, sur le raccourcissement des circuits de distribution et le ferroutage, et pour les déplacements de personnes, sur la promotion des transports collectifs et des mobilités douces.

  1. Instaurer une taxe aéroportuaire significative (8) sur l’ensemble des vols à l’arrivée et au départ des aéroports français.
  2. Supprimer les vols intérieurs, si les villes desservies sont reliées par train en moins de 3 heures.
  3. Instaurer une écotaxe intérieure sur les transports routiers de marchandises.
  4. Augmenter le prix des carburants et des péages routiers, et décréter un moratoire immédiat sur la construction d’autoroutes.
  5. Ne plus conditionner à l’achat d’un nouveau véhicule l’allocation de la prime à la casse.
  6. Brider la vitesse des automobiles immatriculées en France à 160 km/h dès 2023.
  7. Interdire l’accès des navires de croisière aux ports et eaux territoriales français.
  8. Renoncer à l’organisation à Paris des Jeux Olympiques de 2024, quel que soit le montant des pénalités de forfait.

IV : Energie / Logements et bâtiments publics / Exode urbain

Résilience énergétique

La résilience énergétique consiste principalement en la réduction de la consommation d’énergie. Elle devrait conduire à l’abandon des énergies fossiles : pétrole, charbon, gaz. A terme, l’énergie utilisée ne devra pas dépasser les capacités offertes par la force humaine et la traction animale, par l’usage du vent et des courants marins et fluviaux, par l’énergie solaire et, de manière modérée, par la biomasse. Cela correspond à la quantité d’énergie disponible au XVIIIe siècle, même si celle-ci peut être mieux exploitée aujourd’hui grâce au progrès scientifique.

Le rôle du nucléaire

Toutefois, cet abandon des énergies fossiles ne peut être que progressif et ne sera rendu possible qu’à la suite de modifications importantes de nos comportements en matière de transports et de chauffage urbain, comme de nos méthodes de production dans l’agriculture et dans l’industrie.

Au contraire, l’énergie nucléaire, largement décarbonée (9), devrait demeurer pour plusieurs décennies l’une des composantes importantes de notre production d’électricité, de manière à accompagner la transition et la rendre socialement plus supportable. Un tel choix implique toutefois que les normes de sécurité soient renforcées et strictement appliquées.

Malgré cette contrainte, le nucléaire est en mesure de produire de l’électricité à un coût moins élevé que celui de l’éolien ou du photovoltaïque, avec surtout une souplesse d’utilisation bien supérieure. Enfin, l’abandon du nucléaire civil pourrait préjudicier à la nécessaire modernisation de notre force de dissuasion.

Isolation des bâtiments

Une autre cause majeure du réchauffement climatique est l’émission de GES générée par le chauffage des bâtiments une grande partie de l’année et par leur rafraîchissement durant l’été. La part importante du nucléaire dans le mix énergétique contribue à la limitation de ces émissions mais ne peut tenir lieu de panacée. Il est nécessaire de faire baisser la consommation d’énergie, en isolant les locaux de bureaux et d’habitation et en réduisant les dépenses de confort : l’Etat et les collectivités locales doivent donner l’exemple en imposant des économies d’énergie aux services placés sous leur autorité.

Exode urbain

Enfin la métropolisation, forme urbaine de la mondialisation, corrélée à l’installation d’un lourd réseau d’infrastructures de transports, accroît l’empreinte écologique globale et participe à la destruction de l’environnement. Dès à présent, les pouvoirs publics doivent inscrire la gestion spatiale du territoire dans la perspective d’un inéluctable exode urbain.

  1. Augmenter le prix de l’énergie (fuel, carburants, gaz, électricité) payés par les particuliers et les entreprises.
  2. Sécuriser et moderniser la filière nucléaire.
  3. Baser la réduction des émissions de GES sur la baisse de la consommation d’énergie plutôt que sur le recours massif aux ENR.
  4. Geler la construction nette de logements dans les aires métropolitaines de plus de 500 000 habitants (10).
  5. Isoler progressivement l’ensemble des bâtiments publics existants et interdire la construction de nouveaux bâtiments par l’Etat ou les collectivités locales qui ne soient pas à énergie positive.
  6. Interdire progressivement aux bailleurs sociaux et privés de donner à bail des locaux non isolés.
  7. Interdire le chauffage des bâtiments publics comme des établissements et commerces ouverts au public, hors hôpitaux et maisons de retraite, au-dessus de 18°C ainsi que leur climatisation en dessous de 30°C.

V : Biodiversité / Condition animale / Santé publique

Artificialisation des terres et déforestation

Chaque année, 60 000 ha de terres agricoles sont transformés en logements, bureaux, routes, parkings, carrières, aires commerciales et de loisirs, jardins individuels. Cela représente plus d’un millième du territoire national et plus de deux millièmes de la surface agricole du pays. Au bout de dix années, c’est la superficie moyenne d’un département français qui est ainsi perdue, en réalité de deux départements si l’on rapporte cette perte à la surface agricole utile (SAU).

Une telle hémorragie, en augmentation depuis les années 2000, compromet notre souveraineté alimentaire et, réduisant les espaces naturels, contribue à l’effondrement de la biodiversité.

Elle se double de ce que l’on a nommé la déforestation importée, qui consiste en la consommation de produits importés – soja transgénique pour l’alimentation du bétail, huile de palme utilisée comme agrocarburant ou pour l’alimentation humaine – issus de la déforestation massive au Brésil, en Indonésie et en Malaisie (11).

Condition animale

Les vidéos des établissements dans lesquels sont élevés et abattus les animaux destinés à la consommation humaine : bovins, porcs, volailles, en contradiction avec les prescriptions du code rural (12), ont sensibilisé l’opinion à la maltraitance animale. Celle-ci résulte moins d’actes individuels de cruauté que de l’organisation méthodique d’un système qui traite les animaux comme des marchandises, sans considération de leur souffrance : l’élevage intensif.

L’interdiction de cette forme d’élevage ne peut être immédiate car elle ruinerait un grand nombre d’exploitations de la filière agro-industrielle, mais elle doit être progressive et engagée sans délai. Pour cela, il faut obliger les éleveurs à se conformer aux impératifs biologiques des espèces dont ils ont la garde, tout en protégeant leurs exploitations de la concurrence des pays qui pratiquent les méthodes de l’élevage intensif.

Santé-Environnement

La pollution de l’air et des sols n’est pas due à l’incivisme ou à la négligence de telle ou telle catégorie d’agents, elle est la conséquence mécanique des modes de production, de distribution et de consommation des sociétés dans lesquelles nous vivons. La santé publique est devenue la variable d’ajustement d’un système économique, tourné prioritairement vers la productivité et la compétitivité. Il appartient aux responsables politiques d’inverser ces priorités et d’imposer des choix principalement dictés par la santé de la population, l’économie devant être mise au service des hommes et non l’inverse.

  1. Etablir des plans départementaux d’arrêt progressif et chiffré de l’artificialisation des sols, avec l’objectif d’aboutir à une artificialisation nulle dans l’ensemble du territoire en 2030.
  2. Décréter un moratoire immédiat de toute aide publique à la création de parcs de loisir.
  3. Interdire l’importation de produits issus de la déforestation : soja transgénique et huile de palme.
  4. Adopter des normes en matière d’élevage conformes aux impératifs biologiques des différentes espèces, conduisant à l’abandon progressif et accompagné de l’élevage intensif.
  5. Imposer l’obligation d’étourdissement dans les abattoirs.
  6. Interdire l’importation d’animaux et d’aliments d’origine animale provenant de pays ne respectant pas ces règles d’élevage ou d’abattage.
  7. Interdire immédiatement l’épandage des pesticides au-delà d’une zone tampon de 50 mètres en bordure des habitations ; interdire totalement les pesticides en 2025.
  8. Interdire la commercialisation des voitures et fourgons à moteur diesel (neufs et d’occasion) dès 2025.
  9. Protéger les eaux souterraines et de surface contre la pollution d’origine agricole, par l’application effective de la directive « nitrates » du 12 décembre 1991, notamment en Bretagne et en Picardie-Nord-Pas-de-Calais.

VI : Institutions

A l’heure de la décroissance et de l’exode urbain, il est souhaitable que les lieux de la décision politique soient les plus proches possible des citoyens afin d’accompagner, au niveau des institutions, le mouvement de relocalisation de l’économie.

Il convient donc de transformer les relations entre l’Etat et les collectivités territoriales en renforçant les compétences de celles-ci, et en particulier des régions, de préférence dans leurs limites d’avant la réforme de 2015.

  1. Doter les régions de compétences propres, exclusives de celles de l’Etat.
  2. Leur conférer une partie du pouvoir législatif dans leur sphère de compétence, incluant le droit de lever l’impôt, ainsi que la tutelle des collectivités locales sises sur leur territoire.
  3. Leur attribuer la gestion des principaux services publics – santé, éducation, police, justice – par application du principe de subsidiarité.
  4. Maintenir à l’Etat, par application du même principe, la défense du territoire et la diplomatie, la monnaie continuant à relever de la BCE.

VII : Défense / Europe / International

Défense

Avec 551 000 km², la France métropolitaine représente 0,37 % des terres émergées de la planète (13). Les 67 millions d’habitants qui vivent sur son territoire, y compris les dom-tom, ne représentent plus que 0,86 % de la population mondiale. Sans profondeur géographique, avec une population de taille modeste et devant néanmoins assurer la protection de la deuxième plus grande zone maritime du monde, la France est devenue plus vulnérable dans un contexte de montée des tensions géopolitiques et des migrations, marqué par un réarmement généralisé des grandes puissances (14).

Union Européenne

Le traité de Rome (1957) puis l’Acte unique (1986) prévoient la création d’un marché intérieur européen fondé sur les « quatre libertés » : liberté de circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes. Depuis l’instauration effective de ce marché, au début des années 1990, la Commission européenne a fait le choix d’une politique libre-échangiste à l’égard des pays tiers, par une sorte d’osmose entre les relations commerciales intérieures et celles extérieures de l’Union. Sous couvert de supprimer les obstacles « non tarifaires » aux échanges internationaux, les traités négociés par la Commission ont remis en cause différentes normes protectrices, européennes ou nationales, en matière de santé publique et d’environnement.

Par ailleurs, le système institutionnel issu des traités et du droit dérivé tend à s’affranchir de l’imperium traditionnellement attaché au vote populaire. Les règles de droit et les lois du marché non seulement priment sur la souveraineté des Etats, mais encore sont hors d’atteinte du vote démocratique des peuples (15).

Enfin, la politique de commerce international de Commission, fondée sur la théorie ricardienne de l’avantage comparatif, accentue la division internationale du travail et l’intégration des pays européens dans l’économie globalisée, sans que soient pris en compte les graves dommages environnementaux générés par la mondialisation.

International : la Grande Europe

Les alliances entre les nations sont moins déterminées par des considérations idéologiques que par la géographie et par l’histoire. L’Europe ne peut construire son avenir contre la Russie, ni même sans la Russie, héritière de l’empire byzantin et d’une civilisation chrétienne remontant au IXe siècle, dotée d’un immense territoire et de la deuxième armée du monde.

Sans rien céder sur la philosophie des Lumières et le respect des droits de l’homme, qui sont une part constitutive de la culture européenne, il est temps de mettre fin à l’affrontement avec la Russie, préjudiciable pour tous, et de construire ensemble le partenariat stratégique de la Grande Europe de Lisbonne à Vladivostok.

  1. Maintenir la capacité opérationnelle actualisée des forces armées française, y compris dans leur composante de dissuasion nucléaire, et porter le budget de la défense à 3 % du Pib d’ici à 2030.
  2. Orienter la construction européenne vers une confédération, régie par le principe de subsidiarité, dans laquelle les Etats recouvrent la majeure partie de leur souveraineté.
  3. Promouvoir une conférence réunissant la Russie, le Royaume-Uni, l’Union Européenne et les autres Etats du continent pour jeter les bases d’un avenir commun et d’une défense commune de la Grande Europe.

Conclusion

La décroissance ne sera possible qu’avec une baisse substantielle du niveau de consommation et des services publics (16). Elle s’accompagnera d’un exode urbain qu’il faudra réguler. Toutes les classes sociales seront atteintes, sans que par un effet de magie les inégalités, qui ne se sont pas réduites durant des siècles de « progrès », disparaissent d’un seul coup.

La décroissance créera des emplois dans une agriculture respectueuse de la nature et dans une industrie relocalisée, mais en fera disparaître d’autres, en plus grand nombre au début, dans les services et dans l’administration, faute de demande solvable de la société civile et de ressources suffisantes de l’Etat et des autorités publiques.

La sobriété heureuse, comme la croissance verte, est un paradigme illusoire, inspiré des solutions « gagnant-gagnant » de la pensée néo-libérale.

Pour sauver l’essentiel, notre survie en tant que peuple, nous devons entrer, avec les restrictions que cela implique, dans une économie de guerre.

 

(Ce texte a été proposé comme base de réflexion programmatique aux journées d’été de 2019 du Mouvement Écologiste Indépendant. Il ne fait naturellement pas référence à l’épidémie de Covid-19. Il n’engage que son auteur).

Gilles Lacan (10/08/2019)

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Notes

1. Le volume des importations rapporté à celui du Pib est passé de 12 % en 1962 à 32,1 % en 2018. Source : Banque Mondiale.

2. La dette publique française était de 2 359 milliards d’euros au premier trimestre 2019, soit 99,6 % du Pib. Elle était de 58,6 % du Pib au premier trimestre 2002. Source : JDN.

3. Les dépenses de protection sociale s’élevaient à 775 Mds € en 2017, soit 34 % du Pib, ce qui classe la France au premier rang en Europe. 46 % de ces sommes sont consacrées à la vieillesse, 35 % à la santé. Source : ministère des solidarités et de la santé.

4. En pouvoir d’achat mensuel, l’équivalent du smic en 1973 (avec la semaine de 40 heures).

5. Soit 35 millions d’habitants en métropole, correspondant à la population française en 1842.

6. La grande majorité des personnes entrées irrégulièrement forment une demande d’asile, ce qui permet d’en connaître approximativement le nombre.

7. La France a accueilli 90 millions de touristes étrangers en 2018. Le secteur du tourisme (450 millions de nuitées par an) représente plus de 7 % du Pib. Source : ministère de l’économie.

8. Comme ordre de grandeur, cette taxe pourrait être de 60 € pour les vols nationaux, de 100 € pour les vols européens et de 150 € pour les vols internationaux.

9. La production d’énergie électrique par les centrales nucléaires est consommatrice de pétrole, ne serait-ce que pour l’extraction et le transport de l’uranium ou la construction de la centrale elle-même. Mais l’émission globale de GES nécessaire à la production d’1 MW d’électricité par une centrale nucléaire est bien plus faible que celle nécessaire à la même production par une centrale thermique. En 2016, les émissions de GES étaient de 11,4 tonnes d’équivalent CO2 par habitant en Allemagne et de 7,1 tonnes en France. Source : Eurostat.

10. Paris, Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Nice.

11. Les forêts constituant le deuxième puits de carbone après les océans, la déforestation accélère le réchauffement climatique.

12. « Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. » Art. L. 214-1 du code rural et de la pêche maritime.

13. La Russie représente 11,48 %, les Etats-Unis 6,60 % et la Chine 6,44 % des terres émergées.

14. Entre 2000 et 2016, le budget militaire de la France a augmenté de 13 %, celui des Etats-Unis de 43 %, celui de la Russie de 239 % et celui de la Chine de 423 %. En termes de dépenses militaires, la France est passée durant la même période de la 2e à la 5e place mondiale. Source : SIPRI.

15. « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » a déclaré Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, dans une interview au Figaro, le 28 janvier 2015.

16. Les seuls pays ayant significativement diminué leur empreinte écologique sont l'URSS et les pays du Comecon, après l'effondrement de leur appareil industriel et de leur bureaucratie au début des années 1990, ainsi que Cuba à la même période, après l'arrêt de l'aide soviétique. Il faut y ajouter la Grèce, lors du plan d’austérité mis en œuvre entre 2008 et 2013. Source : Global Footprint Network.

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commentaires

C
La citation d’A. Finkelkraut pouvant paraître de trop, eu égard à sa propre timidité en matière de démographie, voici une analyse particulièrement clairvoyante qui met en évidence la même frilosité des premières conclusions de la “conférence citoyenne”, lesquelles escamotent purement et simplement cette question, non sans avoir traité plus généralement de la France comme si elle était seule au monde.
À saluer à ce sujet les mesures d’ordre social préconisées par l’auteur, d’autant que la cause du retard accumulé par tous les pays, quels qu’en soient les régimes politiques – avec un bémol pour la Chine –, est précisément dans leur soumission, autant à des idéologies dépassées qu’à un obscurantisme religieux de toutes confessions.
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