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19 janvier 2021 2 19 /01 /janvier /2021 07:04

 

John F May professeur à l’université George Mason d’Arligton (USA) et Jean-Pierre Guengant, nous proposent une analyse de la situation démographique de l’Afrique subsaharienne (ASS) ainsi qu’une réflexion sur la capacité de cette région à profiter du dividende démographique (1).

Dans un premier temps les auteurs rappellent la situation particulière de cette région qui, jusqu’aux années 1950, connut une croissance du nombre de ses habitants inférieure à celle du reste du monde et qui, depuis les années 1970, est au contraire devenue le symbole même de l’explosion démographique et du retard dans la fameuse « transition démographique » (2). Sur la période 2015-2020 le nombre d’enfants par femme s’y établit à 4,7 (contre 2,4 à 2,5 au niveau mondial). Si, dans nombre de pays en voie de développement d’Amérique ou d’Asie, la fécondité est passée de 6 ou 7 enfants par femme à 2 en une quarantaine d’années, l’Afrique Subsaharienne n’a connu dans le même temps qu’une diminution de 2 enfants par femme environ.

Selon les projections moyennes de l’ONU, l’ASS qui compte aujourd’hui 1,1 milliard d’habitants, devrait en compter 3,8 à la fin du siècle : soit une multiplication par  3,5 tandis que le monde dans son ensemble verrait sa population multipliée par 1,4. Bien entendu, ces projections dépendent essentiellement des hypothèses en matière de fécondité, mais le caractère très jeune de la population de l’ASS constitue mécaniquement une promesse de naissances nombreuses. 

La croissance économique relativement forte de l’ASS (+ 5 % par an entre 2000 et 2014) a depuis été divisée par deux, entre autre du fait  de l’évolution des cours du pétrole et des matières premières même si la situation est assez différentes selon les pays. Toutefois, cette hausse du PIB global ne se traduit pas par une hausse comparable du produit par personne justement du fait de la croissance démographique.

Le livre accorde ensuite une grande place à la notion de dividende démographique. Les auteurs rappellent que l’on peut attribuer près de la moitié de la croissance économique  connue entre 1960 et 1990 par l’Asie de l’Est et du Sud Est à ce mécanisme. L’ASS pourra-t-elle en profiter de même ? Ce ne fut guère le cas sur la période 1970 - 2000 Soulignons d’abord que pour que le mécanisme opère, les personnes en âge de travailler doivent effectivement avoir un emploi rémunéré, ce qui n’est pas toujours le cas (les chômeurs sont comptabilisés dans la population active). La question est complexe : il existe deux dividendes démographiques, et  la situation est également différente en début et en fin de période.

Autre question importante traitée dans cet ouvrage : l'impact des politique de planification familiale. Contrairement à une idée reçue, le développement économique n'est pas le seul déterminant de la  fécondité, des politiques volontaristes ont démontré leur efficacité, c'est également en France le point de vue d'un démographe comme  Michel Garenne

Ce livre fourmille de données statistiques précises et choisies, il ne laisse de côté aucun des aspects de la complexité du problème. Les auteurs n’hésitent pas à se démarquer de la position de nombre de démographes en France qui considèrent que la question de la surpopulation est derrière nous. Une conclusion de quelques pages résume particulièrement bien cette étude et précise les grandes lignes de ce que pourrait être le discours et l’action du planning familial en Afrique Subsaharienne. En un mot, un ouvrage à conseiller à tous ceux qu’intéresse la démographie mondiale.

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(1) Le dividende démographique est le fait que pendant un certain temps, la forme de la pyramide des âges d’un pays minimise la proportion de personnes dépendantes (jeunes et vieux) au profit de la proportion de personnes en âge de travailler, une situation susceptible de favoriser le développement économique.

(2) La transition démographique est le passage d'un régime de haute mortalité (surtout infantile) et haute fécondité à un nouvel équilibre où ces deux indices se trouvent beaucoup plus bas. La mortalité baissant avant la fécondité, ce passage se traduit par une forte expansion démographique, phase de laquelle l'Afrique subsaharienne semble avoir du mal à se dégager. On la représente souvent par un diagramme de ce style (source Wikipédia).

 

 

Ce livre comprends 6 chapitres

- La démographie de l'Afrique subsaharienne

- Projections  de population et perscpectives socio-économiques

- Dynamique de population et développement

- Déclin de la fécondité, panification familiale et droits reproductifs

- Capter un premier dividende démographique

- Les pays subsahariens peuvent-ils capter un premier dividende démographique et atteindre l'émergence économique ?

 

Démographie et émergence économique de l'Afrique subsaharienne

John F. May et Jean-Pierre Guengant, préface de Hervé Hasquin,  Éditeur: Académie Royale de Belgique, collection : L'académie en poche, 141 pages, ISBN 978-2-8031-0756-8. Paru en 2020. 

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commentaires

Jean Bruguier 30/01/2021 17:24

@ Léon Paul
Ce sont juste les démographes officiels,ceux qu'on entend sur les plateaux télé et dans les universités, qui considèrent pour la plupart que "la question de la surpopulation est derrière nous", avec une transition démographique bien entamée. D'accord avec vous pour s'interroger sur la pertinence écologique d'un raisonnement soutenant la viabilité d'un monde de dix milliards d'habitants ...

Léon Paul 22/01/2021 17:53

Transition démographique ou pas je ne vois pas qui en France et ailleurs pourrait considérer que la question de la surpopulation est derrière nous. Ceux qui s’intéressent à ce sujet savent très bien qu'en 2050 l'Afrique devrait compter environ 2,4 milliards d'habitants et que la population mondiale devrait atteindre 9,8 milliards. En 2050 la population Africaine représentera alors un quart de la population mondiale. Et bien que ce soit loin, on peut même prédire 40% en 2100 avec 4,5 milliards d'Africains.
Et alors, quand on sait ça qu'est-ce qu'on fait ? On se lamente ou bien on fait avec ? Ce problème n'est qu'un parmi tant d'autres. Celui-là se résoudra de lui même, que les malthusiens se rassurent, dans 1000 ans la planète aura cicatrisé. Nos successeurs devront juste faire attention à la radioactivité.