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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 10:44

On l’attendait lundi soir, quelques mesures avaient d’ailleurs été prises, et largement médiatisées ici et là, pour l’éviter, ou au moins en limiter l’ampleur, mais c’est finalement ce mardi à 19 heures que la France a battu son record de puissance électrique avec une production instantanée de 100 500 mégawatts. Record non négligeable puisqu’il dépasse de 4 % le pic précédent : 97 500 MW le 15 décembre 2010 (1).

Avons-nous relâché nos efforts suite à la réussite des mesures de la veille ou est-ce le froid qui s’est fait plus mordant ou plus généralisé à l’ensemble du territoire ? Peu importe, le seuil symbolique des 100 000 MW est franchi. RTE l’attendait plutôt pour 2013 et prévoit d’atteindre des pointes de 110 000 MW en 2020.  

100 Gigawatts ! Une telle puissance a de quoi donner le tournis. Elle correspond à la production (électrique) instantanée de plus de 70 réacteurs nucléaires de dernière génération (2). Elle correspond aussi, puisque l’électricité ne se stocke pas, à la consommation instantanée de 1,5 kW par français, bébés compris, c’est un peu comme si toute la France était en train de repasser au même instant.

Ce qui donne aussi le tournis c’est le regard sur le passé. La consommation électrique dans notre pays a fortement augmenté au cours des quatre dernières décennies. Entre 1973 et 2005 la production  électrique française a été multipliée par plus de trois, passant de 182 à 570 Térawattheures/an. Depuis 2005, il est vrai nous la consommation tend à stagner, ce qui n’exclut pas, nous le voyons, les problèmes de pointe.

La généralisation du si pratique chauffage électrique, allié à la puissance et à l’efficacité de la production nucléaire, ainsi que le faible prix de vente de l’électricité (si si !) ont favorisé cette dérive, tous ces facteurs d’ailleurs se renforçant et se justifiant l’un l’autre.

Dans d’autres pays, les pointes de froid génèrent plutôt une surconsommation d’autres sources d’énergie : chauffages d’appoint au gaz, au fioul au bois… En France c’est prioritairement l’électrique qui assure l’ajustement marginal, pour le chauffage au moins.

En pleine campagne électorale et donc en plein débat latent sur le nucléaire, cette année revitalisé par le souvenir des évènements de Fukushima, un tel record suscite bien des interrogations.

Comment ferons-nous face à une telle demande, si demain nous devons fermer une part significative de notre parc électronucléaire comme le demandent instamment les écologistes d’EELV et comme le promet, beaucoup plus mollement il est vrai, le parti socialiste ?

Lors d’un récent colloque organisé par l’IFP (Panorama 2012), un intervenant fit malicieusement remarquer que le Danemark, pays connu pour sa sensibilité écologique et ses nombreuses éoliennes géantes, était le pays qui, pour sa production électrique produisait le plus de CO2 par habitant. Les éoliennes ne fournissant pas de courant en continu, elles doivent être doublées par des centrales fonctionnant majoritairement aux énergies fossiles qui se trouvent largement sollicitées en périodes de pointe et/ou de calme plat. Oui, cette question doit aussi être abordée, rien n’est simple.

C’est en réalité tout notre modèle qui est en cause ; notre modèle de croissance permanente et conjuguée de nos consommations individuelles et de nos effectifs. Modèle hélas plébiscité par la quasi-totalité des partis politiques qui réclame toujours plus de croissance et se félicite dans une touchante unanimité (pour une fois !) des réguliers records de la fécondité français.

Quelle que soit la position de chacun sur le nucléaire, nous n’éviterons pas, si nous voulons assurer quelque durabilité à nos sociétés une politique d’économie d’énergie qui passera par une remise en cause de quelques habitudes modernes. Les « négawatts » selon l’expression en vogue, font partie des options les plus prometteuses.

Nous pouvons (devons ?) accepter un ou deux degrés en moins dans les maisons, nous pouvons refuser la climatisation généralisée, baisser sensiblement les éclairages publics et les publicités inutilement lumineuses.

Plus fondamentalement, nous devons entrer dans l’ère où nous acceptons de supporter certaines contraintes de la nature liées au caractère fini de notre monde. La fuite en avant productive et démographique que nous connaissons est une perspective impossible. Cela ne serait pas le moindre mérite de ce record que de nous aider à en prendre conscience.

 

Ci-dessous, une illustration de l'extraordinaire croissance des pointes de consommation électrique en France au cours des dix dernières années. Source : RTE

   pic de consommation

_________________________________________________________________________________________________________  

 (1) A peine cet article écrit, que l'actualité le rendait caduque. Le lendemain soir même,  mercredi 8 février, le record de consommation électrique tombait à nouveau  avec une consommation instantanée de 101 700  MW  (dont 7 800 importés), soit encore 1 % de plus que la veille. Dans le même temps, la consommation de gaz atteignait aussi son plus haut niveau. La vague de froid illustre à merveille notre dépendance à l'énergie et ne laisse pas d'inquiéter si celle-ci venait un jour à manquer.

 (2) La France héberge 58 réacteurs nucléaires dont 55 étaient en fonctionnement au moment du pic. La dernière génération, à laquelle tous n’appartiennent pas, offre une puissance d’environ 1 400 MW électrique, le futur EPR devrait atteindre environ 1 600 MW.

Sur le même sujet voir aussi, sur ce site, l'article : Le Pic et le Nucléaire, et sur le site de Libération l'excellente analyse de Sylvestre Huet.                                  

Par Didier BARTHES - Publié dans : Energie
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Vendredi 3 février 2012 5 03 /02 /Fév /2012 08:04

 

Engagement à gauche – Accord avec le PS – Stratégie centrale – Crise économique – Crise écologique – Majorité centrale – Systèmes sociopolitiques de tenségrité – Sortir de l’illusion politique –

EELV – PS – François Hollande – Eva Joly – Nicolas Hulot – Paul Brousse – Thierry Billet – Jean-Luc Bennahmias – MODEM – François Bayrou – Alexis de Tocqueville – Jacques Ellul


Il y a la stratégie maintenant bien connue d’EELV, cette organisation issue du mariage d’Europe Ecologie et des Verts, et que ces derniers ont peu à peu contrôlée en s’appuyant sur leur maîtrise de l’appareil. Cette stratégie est située clairement à gauche, s’appuyant sur le maniement de thèmes volontiers abordés à la gauche de la gauche et concrètement positionnée dans une logique d’association avec la force dominante de ce camp, le Parti Socialiste.

Cette stratégie a plusieurs avantages. D’abord la clarté. Ensuite elle permet de surfer sur la vague d’antisarkosysme assez bien ancrée dans le pays. Elle donne surtout la garantie d’avoir une représentation à l’Assemblée Nationale autre que symbolique, par le biais de circonscriptions réservées par le Parti Socialiste, passant ainsi par-dessus les contraintes du scrutin majoritaire. Elle autorise aussi l’espoir d’être associé à l’exercice du pouvoir si le candidat socialiste François Hollande l’emporte, et de verdir son programme. Elle est enfin une réponse simple à tous ceux qui considèrent que la logique de 2007 du Pacte Ecologique défendue par Nicolas Hulot, spéculant sur la bonne volonté des acteurs politiques, s’est fracassée sur l’échec, même relatif, du Grenelle de l’Environnement. Dans ce cadre la présentation de la Dame aux lunettes rouges à la présidentielle n’est qu’une opération marketing d’occupation du terrain, et le nombre de voix récoltées importe in fine relativement peu.

La vérité oblige à dire que cette stratégie est aussi l’expression d’une vision politique et des conditions du changement à conduire. Elle est construite sur la perception d’une société où globalement seules les erreurs, les fautes ou l’avarice de quelques-uns ou d’une classe sociale expliquent une situation sociale et écologique insupportables.

 

L’autre stratégie ou la stratégie centrale

Il y a une autre stratégie, moins mise en scène mais néanmoins bien présente. Je veux parler ici de tous ceux qui font le pari qu’un véritable changement dans la France d’aujourd’hui, plombée par un chômage et une dette souveraine qui ne sont que la double résultante d’un modèle d’Etat-providence en faillite et d’une mondialisation impensée, ne peut se faire qu’avec une majorité centrale construite autour d’objectifs clairs, rompant ainsi avec la paralysie engendrée depuis 30 ans par un jeu permanent de délégitimisation de tous les choix courageux par une opposition expliquant à chaque fois qu’une autre solution moins douloureuse est possible. Ce jeu pervers d’une démocratie bipartisane est venu à bout en quelques décennies des atouts d’un pays pourtant riche, où l’alternance politique n’a ni produit le changement ni promu la capacité d’adaptation mais tout au contraire a renforcé les pesanteurs et les rentes de situation. Cette analyse n’est pas le fait d’écologistes mais de personnes venant d’horizons différents et percevant mieux que d’autres les limites de cet exercice du pouvoir face aux impératifs qui sont devant nous.

Des écologistes se sont d’autant plus ralliés à cette stratégie qu’ils ne trouvent plus leur place chez les Verts où les exclusives fleurissent, ou qu’ils souhaitent à l’image des socialistes possibilistes réunis autour de Paul Brousse à la fin du XIXème ‘penser la question du pouvoir sous l’angle de son exercice pratique à l’échelon local’ (1), en s’associant aux exécutifs de bonne volonté qu’ils soient de droite ou de gauche. Ralliement à une stratégie centrale que de nombreux écologistes considèrent d’autant plus nécessaire qu’ils diagnostiquent, en sus d’une crise économique et financière majeure, un avenir encore plus chahuté par les contraintes écologiques, que notre monde industriel s’obstine à ignorer ou à tout le moins minore gravement en s’illusionnant sur les sirènes du développement durable compris comme ‘un développement qui dure’ pour reprendre la formule de Jean-Luc Bennahmias.

Il y a peut être là la racine d’un paradoxe pour le petit monde des écologistes.

En effet, ce sont les écologistes les plus lucides sur les changements à apporter à notre société de croissance, ceux qui évaluent que ce n’est pas seulement en contrôlant les méchantes compagnies pétrolières par la grâce d’une extension du pouvoir politique que la question de l’énergie se pose, ceux qui perçoivent qu’une société écologique et durable ne pourra fonctionner qu’en remettant en cause le présent modèle d’hyperconsommation confortable et douillet dont les populations en Occident notamment sont friandes pour se diriger vers une sobriété de bon aloi et une ‘vita povera(2) construite autour des valeurs humanistes que nous avons su faire émerger au fil de notre histoire, ceux qui savent que nos enfants ne pourront pas vivre mieux que leurs parents avec toujours plus d’objets et de services à disposition parce qu’une bonne partie de notre mode de vie d’aujourd’hui est gagée sur le pillage de ressources non renouvelables et sur une fabrication industrielle non respectueuse des principes de sûreté et de qualité, ce sont ces écologistes là, moins enclins que d’autres à croire aux retombées rapides de la recherche&développement pouvant nous exonérer d’efforts difficiles, plus conscients de la situation, plus radicaux parce que plus conscients, ce sont ces écologistes-là qui se rallient à la solution politique du recours à une majorité centrale qui peut leur paraître comme seule à même de pouvoir impulser les orientations délicates nécessaires.

Ainsi ce sont les écologistes les plus exigeants, ceux qui même s’ils évitent le mot trop connoté de décroissance savent que le virage à prendre est rude et touchera tout le monde, qui politiquement n’hésitent pas à paraître plus modérés en se ralliant présentement au MODEM, ce parti qui essaie de se dégager de ses origines centristes pour s’imposer comme l’outil futur d’une majorité centrale à même de porter les réformes indispensables.

 

Le choix de la tenségrité (*)

Comme tout choix politique, c’est un pari. Qui peut produire des fruits à court comme à moyen terme, ou ne déboucher que sur une impasse. Ce choix du recours à une majorité centrale pour passer un cap comporte pour les écologistes, c’est ma thèse, deux atouts majeurs que la stratégie choisie par EELV ignore aujourd’hui.

D’une part il autorise une alliance de valeurs portées par la droite et par la gauche.

Comment imaginer qu’une société écologique moderne ne soit pas plus égalitaire (valeur de gauche) pour diminuer notamment les stratégies d’imitation sociale débouchant sur des surconsommations, et appuyée sur une responsabilisation accrue (valeur de droite) seule à même de limiter à la source les gaspillages de toute sorte ? Espérons que l’alliance de ces deux valeurs puisse mettre notre société sous tension et lui donner une dynamique à même de la rendre apte aux évolutions indispensables.

De même défendre une cohabitation dynamique entre un système institutionnel représentatif et efficace de type Vème République (valeur de droite) et une démocratie directe très active (valeur de gauche) pourrait libérer des énergies fantastiques.

Ou faire travailler ensemble des institutions garantes des intérêts de long terme (écologie contraignante) avec nos institutions actuelles principalement conçues pour exprimer les besoins de court terme (demande sociale).

Vouloir jouer dans le même mouvement sur des valeurs contradictoires, ne pas faire gagner une partie sur une autre, c’est cela le choix de la tenségrité, un choix qui consiste à percevoir notre société comme un système traversé de forces contradictoires et qui va utiliser les tensions générées aussi bien que les relâchements, les accords, les oublis, les plis de nos organisations, comme un moyen de faire bouger les choses, une énergie pour dynamiser la société tout en ne la cassant pas (3). En fait, travailler sur les systèmes de tenségrité sur le plan de la gestion de nos sociétés est sans doute une des clés de notre avenir, le moyen d’adapter au plus vite qu’il est possible une société qui s’est crue trop longtemps infinie dans son expansion et qui se heurte brutalement aux limites de son biotope, en évitant autant que faire se peut la casse sociale et politique. Pour ce qui nous occupe, la tenségrité, c’est une tentative de réponse à la complexité paralysante de nos sociétés démocratiques, c’est un moyen de sortir par le haut d’un modèle de fonctionnement collectif incapable jusqu’à présent de piloter les changements nécessaires, c’est la culture systémique adaptée à la politique, peut-être est-ce une piste de réponse aux questions sur la démocratie soulevées par Tocqueville.

D’autre part, seule une majorité centrale permet dans un temps bref, et ceci est important dans un moment de crise économique majuscule et d’urgence écologique, d’éviter les arguments simplistes seulement aptes à masquer les enjeux, d’intégrer dans la gestion de nos sociétés la logique des rétroactions que l’écologie a découvert dans l’étude des écosystèmes, de jouer subtil dans un monde complexe et de dépasser le stade primaire de la dénonciation du bouc émissaire, pour arriver enfin à une société capable de se regarder telle qu’elle est et de faire un travail collectif sur elle-même en jouant de tous ses atouts et de toutes ses caractéristiques, de ses forces de tensions comme de ses zones d’apaisement.

Il n’est pas possible de savoir quelle sera la stratégie gagnante, quelle sera celle qui ouvrira l’avenir. Mais ce que je crois, c’est que l’abandon de la facilité, le mélange de modestie de rigueur et d’intelligence, le choix de s’appuyer sur l’ensemble de nos valeurs, est la conditio sine qua non pour sortir de l’illusion politique dénoncée par Jacques Ellul et trouver enfin les moyens d’agir dont nous avons tant besoin.

___________________________________________________________________________________________________ 

(1) citation extraite de 'La dérive réformiste du socialisme municipal ou ‘possibiliste ’ ' in La Revue Historique, T.285 janvier-mars 1991.   Un exemple de ce choix est l’action menée par l’écologiste Thierry Billet, devenu Maire-Adjoint d’Annecy.

 (2) L’expression est construite en parallèle à celle d’arte povera ; ainsi la pauvreté n’est pas incompatible avec la beauté, l’énergie, la joie de vivre. Mais ce concept de vita povera est toutefois différent de celui de sobriété heureuse défendu notamment par Pierre Rabhi ou de simplicité volontaire exprimé par Paul Aries. Il insiste plus sur l’idée de pauvreté afin de marquer une distance sinon une défiance vis-à-vis des nombreux discours écologisants qui tentent de masquer l’importance des changements et des sacrifices matériels à prévoir.

(3) Ces alliances entre valeurs a priori contradictoires pourraient générer un état de tenségrité propre à permettre des évolutions sociales, politiques ou culturelles très fortes tout en maintenant une stabilité globale du système social. Ne pas casser la société est aussi important, nous sommes bien placés en France pour savoir ce que peut coûter le changement, nous qui avons inventé les Droits de l’homme et la Terreur dans un même mouvement révolutionnaire.

(*) La tenségrité, pour le dire simplement, c’est la faculté d’un système à se stabiliser mécaniquement par le jeu de forces de tension (continues) et de compression (discontinues), qui s’y répartissent et s’y équilibrent. Ce concept a été construit par Richard Buckminster Fuller en 1949 à partir des mots tensilité et intégrité. Ce phénomène existe dans la nature (cf. l’exemple de la rhubarbe à la fois souple et rigide) comme en architecture (voir la Géode au Parc de la Villette à Paris) ou en médecine (le jeu de nos os et de nos muscles, cf.’La tenségrité, une nouvelle compréhension du mode d’action des manipulations vertébrales’, Congrès FAEMMO du 21.03.2009, Lille, Atelier CIMMA).

Par Jean Bruguier - Publié dans : Politique
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 20:44

 

Aujourd’hui l’écologie politique n’est pas audible dans la campagne présidentielle, cet unique moment qui permet une fois tous les 5 ans de déterminer concrètement la politique de la nation. Cela n’en est que plus consternant quand on ne peut que constater l’urgence écologique. Trois ans pour sauver le monde, disent-il (1) … !

Il est alors tentant d’accuser d’impéritie la candidate des verts, Eva Joly. Ou de reprocher le mauvais choix faits l’an dernier par les militants et sympathisants d’Europe-Ecologie-Les-Verts en éliminant un animateur de télévision reconnu et porté sur l’écologie, je veux nommer ici Nicolas Hulot. Ou encore d’incriminer l’inaudible campagne de la persévérante Corinne Lepage. Bien sûr on peut penser que les campagnes pourraient être mieux menées, mieux construites, mieux soutenues par les appareils écolos, mieux relayées par les milliers de citoyens engagés ou sympathisants de la cause de la nature.

Mais cet échec politique, et c’est l’objet de la réflexion que je souhaite mener ici, va bien au-delà de campagnes mal menées par ces personnalités estimables qui n’en peuvent mais.

Faut-il rappeler le score désastreux de l’ancienne ministre Dominique Voynet en 2007 ? Et les palinodies qui entourèrent la campagne des verts en 2002 avec le plantage de la candidature militante d’Alain Lipietz et son remplacement au pied levé par l’ancien journaliste Noël Mamère ?

Faut-il se souvenir de la guéguerre fratricide qui domina les années 80 entre Brice Lalonde, l’ancien et talentueux leader des Amis de la Terre, candidat des écologistes en 1981, et l’écologiste scientifique Antoine Waechter, candidat en 1988 ?  

Les résultats parlent d'eux mêmes :  

Présidentielles de :           Candidats Résultats
             
1974 René Dumont   1,32 %
1981 Brice Lalonde   3,87 %
1988 Antoine Waechter   3,78 %
1995 Dominique Voynet   3,32 %
2002 Noël Mamère   5,24 %
2007 Dominique Voynet   1,57 %
2012 Eva Joly (*)   3,00 %
2012 Corinne Lepage (*)   0,50 %

 

 (*)   En 2012 pour Eva Joly et Corinne Lepage, il s'agit bien entendu des intentions de vote selon la majorité des sondages trois mois environ avant l'élection.

Les écologistes en quarante ans n’ont pas réussi à percer, alors que le mouvement pour l’écologie et la défense de la nature a immédiatement bénéficié, dès la seconde partie des années 70, d’un capital de sympathie dans l’électorat et que plusieurs de leurs thèses ont été confortées par les faits et par la recherche scientifique, comme le risque du nucléaire civil avec les accidents de Tchernobyl et de Fukushima, comme le réchauffement climatique et ses effets majeurs à en attendre dans ce siècle, ou comme l’épuisement du vivant à travers la disparition constatées d’espèces multiples ou la raréfaction de la ressource halieutique, sans compter les conséquences de mieux en mieux perçues et repérées d’un environnement pollué pour l’homme, que ce soit par les pesticides ou les métaux lourds ou d’autres substances encore directement générées par notre civilisation industrielle.

Les écologistes en quarante ans n’ont pas réussi à percer et pourtant, parmi les candidats écologistes précités, trois ont été ministres de la République, Brice Lalonde, Dominique Voynet, Corinne Lepage, et ont à ce titre bénéficié à la fois d’une exposition politico-médiatique importante et de la possibilité de se construire des relais dans la sphère politique.

Alors pourquoi cette constance dans l’échec ? Pourquoi cette incapacité à devenir un mouvement reconnu et incontournable, suffisamment crédible pour définir et poser au moment de l’élection principale pour les français, les axes d’une politique nationale à venir toute imprégnée d’écologie?

L’explication généralement avancée par les écologistes eux-mêmes est la double incompatibilité de l’élection au suffrage universel du Président de la République et du scrutin majoritaire pour l’élection des députés avec les valeurs profondes de leur mouvement. Cette thèse est notamment celle de Daniel Cohn-Bendit, qui en toute cohérence défend la non-candidature à la Présidentielle des écologistes et un accord de législature avec le parti dominant à gauche. Elle s’appuie sur le contraste évident entre les succès remportés par les écologistes aux élections municipales, régionales ou européennes, et les échecs systématiquement enregistrés aux élections législatives et présidentielles. Contraste qui semble se vérifier encore si l’on compare les 16,28 % des Verts lors des dernières élections européennes de 2009 aux scores attribués par les sondeurs à Eva Joly. En quelque sorte la culture politique des écologistes, marquée par un refus profond de toute personnalisation du pouvoir, ferait de ceux-ci des handicapés de l’élection présidentielle. Il n’y aurait donc rien à faire si ce n’est se battre pour passer à une Sixième République construite sur une logique parlementaire et appuyée sur un mode de scrutin proportionnel.

On peut toutefois s’interroger sur la validité de cette explication. Car les socialistes eux aussi ont été les défenseurs acharnés d’une république parlementaire, et dans la lignée de Pierre Mendès-France et de François Mitterrand, des opposants farouches au pouvoir personnel (2) et à la Cinquième République, et cela n’a pas empêché leur parti de devenir une pièce incontournable et majeur du jeu politique, ni l’un des leurs d’exercer la magistrature suprême pendant quatorze ans. En quarante ans, qui peut raisonnablement penser que les écologistes n’avaient pas les moyens de s’adapter à cette constitution, d’intégrer ses règles et de jouer leur carte ? Spéculer sur un éventuel changement de constitution pour faire son trou dans le paysage du pouvoir quand son propre programme met en avant la nécessité d’un changement urgent pour éviter des dégâts irréversibles à la planète qui nous abrite, ça ne fait quand même pas trop sérieux.

Une autre explication pourrait être avancée, qui consisterait à défendre l’idée qu’un nouveau mouvement qui a pour ambition de bouleverser le paradigme politique a besoin de temps pour être en mesure de prétendre à l’exercice du pouvoir central. Sans doute y a-t-il là une part de vérité, mais l’expérience historique nous enseigne que ni les radicaux dans la seconde partie du XIXème siècle, ni les socialistes au tournant du XXème n’ont mis quarante années pour devenir des partis majeurs en situation d’exercer le pouvoir, et pourtant eux aussi bouleversaient en profondeur les codes établis, avec en toile de fonds un paysage international pour le moins chahuté (3).

Ne faut-il pas alors continuer à chercher plus loin encore les raisons qui font que le mouvement de l’écologie reste un nain politique quand il s’agit de conquérir et d’exercer le pouvoir suprême, toujours dans la situation de la force d’appoint dépendant in fine d’un savant mélange entre sa capacité de nuisance en tant qu’allié et le bon vouloir de son partenaire ?

Certains ont pu pointer une certaine dérive gauchisante, et il est vrai que les positions publiques systématiquement prises contre l’expulsion des immigrés irréguliers, pour le droit de vote des étrangers à toutes les élections ou pour l’interdiction des expulsions des locataires défaillants, l’hypermédiatisation de la question du mariage des homosexuels (4), ont donné une coloration politique qui a effrayé une part importante de l’électorat et empêché de percevoir le mouvement écologique comme un parti de gouvernement potentiel.

Au-delà de ces points, le fait de rester à la surface des choses, en ne tentant jamais de mesurer les effets des mesures préconisées, en oubliant que la culture de l’écologie procède d’abord et avant tout d’une culture systémique capable de prendre en charge et de penser les rétroactions, ne peut pas ne pas jouer et ne pas affaiblir un mouvement qui renie de cette manière ses valeurs et les méthodes qui en découlent.

 

Les écologistes et la réforme du système institutionnel

Ainsi, la généralisation de la proportionnelle à tous les scrutins et l’instauration d’une république parlementaire sont clairement défendues par les écologistes afin de ‘vivifier la représentation politique’ (5) et de ‘protéger les droits fondamentaux’ (6).

C’est bien de vouloir ‘tenir le meilleur compte possible du poids politique réel des différentes forces’,c’est toutefois oublier un peu vite les leçons du philosophe Alain, cet homme soucieux ‘du citoyen contre les pouvoirs’ (7), et ce qu’apprennent aussi les étudiants en droit constitutionnel, à savoir que le scrutin proportionnel donne un poids sans précédent aux appareils des partis politiques dans le choix des représentants du peuple et n’offre ainsi aucun contrepoids aux risques de captation du pouvoir repérés par Robert Michels dès le début du siècle passé (8).

De même la République parlementaire est basée sur des coalitions de partis, c'est-à-dire sur des opérations politiciennes permettant de multiples combinaisons auxquelles le peuple n’assiste qu’en spectateur : rappelons-nous le Chambre du Front populaire votant les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Le projet d’EELV, c’est grosso modo le retour à la Troisième ou à la Quatrième République, une république de notables s’arrangeant entre eux, où le lien entre l’électeur et l’élu est faible. Est-ce ainsi, comme le dit le programme d’EELV que ‘le système représentatif pourra contribuer à imaginer et à favoriser un autre mode de vie, plus économe en ressources, plus égal socialement, tourné vers le futur et non pas seulement vers le profit à court terme ou la consommation débridée’ ?

On peut penser que l’immense majorité des adhérents d’EELV sont sincèrement pour une rénovation de notre vie politique, et le propos ici n’est pas a contrario de défendre les institutions françaises actuelles. Si on perçoit aisément l’intérêt direct, sinon quasi-personnel, des instances dirigeantes et des élus d’EELV à proposer un tel système, on ne peut que s’interroger sur leur légèreté et leur insouciance quant aux effets des modifications constitutionnelles qu’ils proposent, en opposition complète avec le souci et le besoin d’une démocratie plus proche des gens, ignorant à toute force les leçons de notre histoire comme les réflexions menées au siècle dernier sur les rapports entre les citoyens et le pouvoir.

 

Les écologistes, le territoire et la population

Un point du programme des Verts en Ile de France, lors des dernières élections régionales en mars 2010, illustre cette tendance à proposer des mesures dont les effets sont structurellement contraires aux buts affichés. Les écologistes ont été les premiers dans le champ politique à dénoncer l’étalement urbain pour préconiser une densification seule à même (9) de réduire les besoins en transports, à la fois chronophages et énergétivores, et d’éviter une consommation excessive d’espace. Or ces mêmes politiciens écologistes, Cécile Duflot en tête (10), ont défendu une tarification unique des transports en commun, abandonnant la logique spatiale des zones concentriques bien connue des habitués de la carte orange et du pass navigo. Mais que signifie ce choix sinon une négation de la réalité géographique et de la physique – plus on parcourt de distance, plus on dépense d’énergie – au profit d’une construction volontariste qui nie le réel et aboutit in fine, en ne faisant pas payer le coût de l’éloignement, à encourager l’étalement urbain qu’on prétend combattre ? Sans compter que se couper de la réalité géographique pour privilégier uniquement des critères sociaux ou sociétaux, mettant encore une fois l’homme au centre de tout jusqu’au mépris de son biotope, n’est pas forcément le meilleur moyen de faire comprendre ce qu’est l’écologie.  

Il y a un autre point du programme d’EELV établi en décembre 2011 qui nous parle de la conception qu’ont les écologistes du territoire et de la façon dont celui est habité: c’est leur attitude, et c’est un point ô combien délicat, vis-à-vis de l’immigration.

Clairement ‘le projet écologiste prône une politique d'immigration ouverte et humaniste’ (11) en mettant en exergue le droit à la mobilité, et concrètement souhaite ‘un processus en continu de régularisation’ et la suppression d’une grande partie de l’arsenal répressif permettant de contrôler l’immigration clandestine (12). Cette position est sympathique mais elle aurait pour effet si les mesures préconisées étaient appliquées intégralement de faire perdre à la France la maîtrise effective de sa politique d’immigration, et par là à terme le contrôle de sa démographie. Cette affirmation peut paraître exagérée mais en matière de démographie il faut être prudent avec des chiffres qui semblent en apparence peu significatifs. 200 000 personnes qui rentrent sur un territoire de 65 millions d’habitants, cela ne semble pas en mesure de changer les équilibres globaux. Mais cela correspond à un accroissement supplémentaire de 0,3 % de la population sur un an, en 20 ans 6 % ou 4 millions de personnes. Or est-on certain que notre territoire est écologiquement capable de supporter une population toujours plus importante, si nous souhaitons instaurer une économie durable dans le cadre de nos connaissances scientifiques et techniques actuelles (13) ? Après tout, l’agriculture soucieuse de la terre, l’élevage respectueux des animaux, l’agrochimie, les hectares nécessaires à la production de biomasse, les zones sanctuarisées pour laisser vivre la vie sauvage, les terrains dédiés à la captation des énergies renouvelables, la place de nos villes, de nos routes et de nos usines, les zones de loisirs, tout ceci prend de l’espace. Avec la question écologique, la question des limites est vite posée. Et s’il est vrai que nous n’en avons pas l’habitude (14), il nous faut bien nous habituer à prendre la mesure du monde fini qui est le nôtre.

La vraie question posée par la position d’EELV est de savoir si nous tentons de piloter un certain équilibre écologique au niveau des pays, ce qui autorise une perception assez rapide de l’inadéquation éventuelle entre ce que peut offrir durablement un territoire et les besoins des hommes qui y vivent, ou si nous faisons le pari de la fluidité toujours plus forte des hommes et des marchandises, en poursuivant la logique de l'actuelle mondialisation, quitte à prendre le risque de laisser des déséquilibres écologiques s’installer si longtemps et si fortement qu’ils ne puissent être rattrapés, y compris avec une mobilisation mondiale ?

Quand on connaît les logiques de fuite en avant qui alimentent la société de croissance (15), ne pas tenter de freiner les mouvements de population affectant des pays incapables d’offrir une vie écologiquement responsable et digne à ses natifs revient à faire sauter les marqueurs et les alertes relatives à l’inadéquation entre ses territoires, leurs ressources durables, le mode de vie de ses habitants et leur démographie, et à les empêcher de prendre à temps les mesures nécessaires. C’est reporter le problème à plus tard et le rendre potentiellement insoluble, à tout le moins incroyablement coûteux pour les hommes et les femmes qui y seront confrontés. Derrière une générosité de façade, une inconscience coupable, car rappelons-le, gouverner c’est anticiper, gouverner c’est prévoir.

 

Un petit caillou dans la chaussure des écolos …  

Dans les deux cas précédemment entrevus, le système institutionnel et la démocratie d’une part et d’autre part les rapports que construisent les écologistes entre le territoire et la population qui l’occupe via la question du transport et de la politique de l’immigration, il est assez vite perceptible que les écologistes d’EELV n’ont pas vu ou pas voulu tenir compte des conséquences et des rétroactions que leurs positions impliquent. Une politique empreinte de facilité en quelque sorte, et que l’on retrouve sur le rapport qu’ils entretiennent aux conséquences d’une politique écologique suffisamment forte pour avoir un impact réel sur le devenir de nos sociétés et de leurs biotopes.

Ce qui ressort principalement du programme d’EELV, c’est la volonté d’opérer une transition énergétique vers les énergies renouvelables accompagnée d’une réduction sensible de nos besoins, le développement progressif d’une agriculture biologique, l’augmentation de l’offre de logement et une baisse de son coût, et l’introduction d’une fiscalité ‘verte’ avec la mise en place d’une contribution climat-énergie devant peser 9 milliards d’euros dès sa première année d’application et la taxation des activités polluantes. L’idée majeure est de provoquer par ces mesures une réorientation de notre société vers un mode de fonctionnement écocompatible.

Ce programme d’une transition douce pourrait être séduisant s’il ne faisait pas l’impasse sur une caractéristique majeure de notre société de croissance. Celle-ci s’est grandement construite sur une augmentation significative de la consommation des familles depuis 60 ans, que l’on parle de la taille des logements, des façons de se déplacer, de se meubler, de se nourrir ou de se vêtir. Sans compter l’accès à des services ou à des biens matériels complètement nouveaux et qui se sont répandus jusqu’à sembler devenir indispensables, comme tout ce qui touche aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Mais cette nouvelle offre a été construite sur trois piliers : le pillage accéléré des ressources de la planète, le jeu d’une économie mondialisée permettant d’utiliser la main d’œuvre à bas coût des pays pauvres, et enfin le recours à des techniques de fabrication industrielles méconnaissant le principe de qualité et de sureté qui présidait auparavant à leur réalisation (16). C’est ainsi que nous nous retrouvons avec une planète saturée des interventions humaines, avec un chômage structurel dans les économies des pays développés challengées par les pays émergents, et avec des produits polluant gravement l’intérieur de nos maisons et de nos appartements – Formaldéhyde mon amour ! – ou s’immisçant dans nos assiettes. Autrement dit, nous n'avons pu avoir tous ces biens et services que parce que nous avons triché en ne payant jamais le juste prix. Et ceci est assassin pour notre mode de vie actuel et pour la possibilité d’une écologisation tranquille de nos sociétés. Car payer le juste prix signifie que nous ne pourrons pas disposer d’autant de biens et de services. Intégrer la juste rémunération de la main d’œuvre, utiliser des ressources renouvelables, ne plus recourir aux produits chimiques facilitant la production industrielle de masse, ça rend impossible pour l’immense majorité de nos citoyens l’accès à tous ces biens qui se sont ‘démocratisés’ : terminés les week-ends en avion à l’autre bout du continent pour un dixième du smic, finis les canapés à 300 euros, et les pizzas surgelées toutes prêtes à 4 euros. La facture pour une société respectant l’écologie de notre planète, c’est sans aucun doute le retour à un budget familial dans lequel les postes liés à la nourriture et au logement seront largement majoritaires, c’est un coup de bambou majeur sur notre mode de consommation.

C’est cela, le petit caillou dans la chaussure des écologistes, ce qu’ils n’arrivent pas à nous dire ou peut-être pas même à penser. L’abandon réfléchi de notre mode de consommation et plus amplement de notre mode de travail et de vie, la fin de l’idée que demain sera toujours mieux avec toujours plus, sont des choix difficiles à assumer et à proposer, mais ne pas le faire et se dire écologiste, c’est se mettre dans une impasse, c’est tricher avec le réel.

Vouloir écologiser tout en restant à la surface des choses, cela a déjà été tenté dans notre pays, cela s’est appelé le Grenelle de l’Environnement. Et très vite on a pu voir que rajouter des contraintes posait vite des problèmes difficiles au sein de la société de croissance : ‘L’environnement ça commence à bien faire’. La formule de Nicolas Sarkozy est révélatrice de ce malaise et, plus grave, des problèmes incommensurables que pose l’introduction de l’écologie dans la société de croissance qui est la nôtre. L’écologie, très vite, peut être considérée comme un empêcheur de tourner en rond. Un exemple ? Le démantèlement des centrales nucléaires et la contribution climat-énergie vont sensiblement accroître le coût de l’énergie et la solution ne pourra venir de transferts sociaux massifs ; c’est dans la situation présente une solution difficile à accepter pour des millions de familles appartenant à la classe moyenne qui maîtrisent mal leurs charges et leurs déplacements. Si l’écologie c’est ce qui les empêche de financer leurs vacances, comment vont-ils le vivre ? Bref, la formule exprimant l’agacement du Président Sarkozy mérite d’être plus méditée que moquée. A dire vrai elle devrait déboucher pour les tenants d’une société durable sur le double choix assumé d’une rupture nécessaire d’avec la société de croissance et d’un redéploiement complet de nos économies, avec le travail politique qui doit l’accompagner pour convaincre nos concitoyens d’abandonner les facilités mortifères et provisoires qui ont été le moteur du développement économique depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Il est encore une raison de défendre un changement radical de notre façon de produire et de consommer. C’est l’Occident qui a inventé ce mode de vie si tentateur et c’est lui que les autres pays dans le monde veulent à tout prix imiter. Et même si la généralisation de l’american way of life est tout bonnement impossible au regard des ressources de la planète, l’Occident est mal placé pour intimer aux pays émergents ou en développement la prise en compte d’un souci écologique qu’il n’a lui-même découvert que tardivement. La seule chose que nous puissions faire, c’est de mettre en scène un changement radical de nos modes de fonctionnement : peut-être dans ces conditions les sociétés qu’on appelait auparavant du tiers monde infléchiront-elles à leur tour leur développement ? Un Occident abandonnant les facilités du transport aérien de masse, remplaçant systématiquement dans ses villes les voitures par des vélos, créant des millions d’emplois dans une agriculture biologique nécessitant une main d’œuvre importante, attentif enfin aux autres formes de vie sur terre, prêt à envisager une décroissance démographique, stoppant la croissance de ses propres mégalopoles et adoptant en quelques années un mode de vie privilégiant la sobriété, cela aurait du poids !


Face aux enjeux du monde à venir, il y a des citoyens qui ne peuvent se résoudre à jeter le manche après la cognée. L’échec présent de l’écologie politique doit avoir pour effet une reconstruction et une renaissance d’un mouvement écologique qui serait enfin subtil et rigoureux, prêt à se battre pour convaincre nos concitoyens d’abandonner la course folle de la société de croissance et d’aller vers une société qui utilisera le plus parcimonieusement possible toutes les ressources de notre terre, remettant en question beaucoup de nos pratiques pourtant confortables, pour se diriger vers une vita povera (17) construite autour des valeurs humanistes que nous avons su faire émerger au fil de notre histoire.  

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1. D’après le titre de l’ouvrage de Jean-Marc Jancovici, C’est maintenant, trois ans pour changer le monde, Le seuil, 2009.

2. François Mitterrand allait jusqu’à voir dans les institutions de la Vème République un coup d’Etat permanent, titre d’un de ses ouvrages les plus célèbres.

Le Coup d'État permanent, Plon, 1964. Republié avec une préface de Jean-Michel Guieu et Georges Saunier aux éditions Les Belles Lettres en 2010, publié par La Lettre de l'Institut François Mitterrand n°33-34.

3. Quelques événements de ces années-là : l’affirmation de l’Allemagne, les guerres coloniales, la première guerre mondiale, la révolution soviétique, l’effondrement des empires turc et austro-hongrois, la crise économique de 1929, l’arrivée de Mussolini et d’Hitler au pouvoir, bref, pour eux aussi le contexte était difficile.

4. Il ne s’agit pas ici de prendre position sur ce point très sociétal, d’ailleurs de mieux en mieux accepté par les français au fil des années, mais de remarquer que Noël Mamère, maire de Bègles, en n’hésitant pas à enfreindre la loi de la République pour célébrer un mariage homosexuel, avait mis sous les projecteurs et survalorisé un point somme toute mineur mais pourtant clivant pour une part significative de l’électorat.

5. La généralisation de la proportionnelle à tous les scrutins est inscrite mot pour mot dans le programme de EELV adopté en décembre 2011, Chapitre ‘Une sixième république dans une Europe fédérale’/1.‘La 6e république pour la transformation écologique de la société’/ I ‘Revivifier la représentation politique’, p 80

6. ‘La 6e République des écologistes sera une République parlementaire où le Premier Ministre, leader du parti, ou de la coalition, ayant gagné les élections législatives, élu par l’Assemblée nationale, doit répondre entièrement et à tout moment, devant un Parlement renforcé, de l’ensemble des décisions de gouvernement (nominations, textes normatifs, choix budgétaires), s’agissant aussi bien de la politique intérieure, européenne et internationale, des politiques civiles ou militaires.’ Cette citation est extraire du programme de EELV adopté en décembre 2011, Chapitre ‘Une sixième république dans une Europe fédérale’/1.‘La 6e république pour la transformation écologique de la société’/ II ‘Restaurer la responsabilité politique et protéger les droits fondamentaux : une République parlementaire’, p 81.

7. Émile Chartier dit Alain, Le citoyen contre les pouvoirs, 1926, Ed. Paris-Genève, Collection Ressources. Statkine Reprints, 1979. Réimpression de l'édition de 1926, 237 pp.

8. Robert Michels, Les Partis politiques, Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, Paris, Flammarion, 1914, 341 pages.

9. Sauf si l’on admet que la démographie est aussi une variable sur laquelle il est possible de jouer à moyen et long terme, ce qui aurait aussi pour effet de réduire nos besoins de logement et la consommation à notre seul profit de toujours plus d’espace.

10. Extrait du discours de Cécile Duflot au meeting Europe-Ecologie à Montreuil le 16 janvier 2010 : "Je vais maintenant vous donner un exemple dans une région que je connais bien. Et vous m'autoriserez pour cela à reprendre quelques minutes ma casquette francilienne. Nous nous battrons pour mettre en place en Ile-de-France une "carte transports à tarif unique", sur l'ensemble de la région. Pour ses 11 millions d'habitants. Il s'agit à la fois d'un enjeu social, environnemental et citoyen. C'est un enjeu environnemental, parce qu'il invite à privilégier les transports collectifs, libérant ainsi les prisonniers de l'automobile, qui calculent toujours entre transports en commun et voiture, et finissent immanquablement prisonniers de ce grand parking à ciel ouvert que sont les routes d'Ile-de-France. C'est un enjeu social, parce qu'il est temps de cesser de faire payer plus à ceux qui ont le moins, que les transports ne coûtent pas plus cher à ceux qui y ont le plus faible accès.   C'est un enjeu citoyen. Pendant des années, cette région a connu les oppositions, les clivages, les frontières et les ruptures. Elle force ses habitants à choisir leur territoire d'appartenance, leur zone d'origine et à acheter leur liberté pour pouvoir se déplacer. Faire de l'Ile-de-France, un seul territoire, c'est une question de démocratie. Alors on va nous dire que cela coûte trop cher, que cela reporte trop de choses et bouscule trop d'équilibres et d'intérêts établis. On nous dira que c'est techniquement infaisable. Vous verrez, les forces d'inerties vont se déchaîner ! A l'ère des renoncements, des visions étriquées, nous préférons renouer avec l'idée que c'est le choix des citoyens qui peut changer la réalité."

11. In le programme d’EELV adopté en décembre 2011, Chapitre ‘Une société ouverte, d’égalité, de droits et d’émancipation’/2.‘Une politique des migrations respectueuse des droits, p. 72.

12. La fin de la mainmise du ministère de l'Intérieur sur les directions ministérielles concernant les étrangers (travail, visas, nationalité…) ; la dépénalisation du séjour irrégulier ; le caractère suspensif des recours pour toute décision relative au séjour ; la fermeture des prisons administratives que sont les centres de rétention et zones d'attente ; l’abrogation du délit de solidarité ; la lutte contre les filières mafieuses et toutes les formes d'exploitation de la précarité, en particulier des immigré-e-s. Une réécriture du CESEDA, qui prévoit le rétablissement du droit de circulation avec l’unification des visas ; uniquement la délivrance de titres de résidents de longue durée (3 ans, 10 ans, puis permanent) renouvelables de plein droit ; la suppression des restrictions au droit à vivre en famille, à la vie privée et aux soins. La protection sur le long terme des mineurs isolés doit être garantie. L’accès à une citoyenneté de résidence et la facilitation de l'accès à la nationalité française, en particulier pour les personnes nées ou éduquées en France.      Extraits in p. 73 du programme d’EELV, précité.  

13. Sur ce thème, voir l’article de Jean-Christophe Vignal, La fausse querelle du quotient familial, 01.2012, in ‘Economie Durable’

14. Dans ce cadre, et au vu des dérèglements climatiques que nous pouvons malheureusement attendre dans ce siècle, il serait bon que nous prévoyions d’ores et déjà l’accueil de futurs réfugiés climatiques en n’exploitant pas la totalité des ressources de notre territoire et en adaptant notre nombre par une démographie enfin soucieuse de l’écologie.

15. Les exemples abondent, que ce soit en matière de pillage des ressources, de montages financiers multiples, d’obsolescence programmée de nos objets quotidiens, ou de dettes souveraines des états-providence.

16. Sur ce thème du travail bien fait que méconnait la production industrielle, les italiens de la Renaissance avaient une belle expression ‘Fecit fieri agelella’ que l’on peut traduite par ‘Fait avec fierté’, citée par John Saul, in Les bâtards de Voltaire, la dictature de la raison en Occident, Petite Bibliothèque Payot, 2000.

17. L’expression est construite en parallèle à celle d’arte povera ; ainsi la pauvreté n’est pas incompatible avec la beauté, l’énergie, la joie de vivre. Mais ce concept de vita povera est toutefois différent de celui de sobriété heureuse défendu notamment par Pierre Rabhi ou de simplicité volontaire exprimé par Paul Aries. Il insiste plus sur l’idée de pauvreté afin de marquer notre défiance vis-à-vis des nombreux discours écologisants qui tentent de masquer l’importance des changements et des sacrifices matériels à prévoir.  

Par Jean Bruguier - Publié dans : Politique
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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 12:04

Politique familiale - Fiscalité - Quotient familial - Opposition Droite/Gauche - Accord sur l’enjeu démographique - Volonté de puissance - Adéquation territoire/population - Espace vital - Economie durable - De la place pour tous - Optimum démographique - Décroissance nécessaire ?

Un débat vif vient de s’ouvrir sur le quotient familial. Gauche contre Droite (1). Avec une gauche qui veut le remettre en question et limiter son impact sur les revenus des personnes aisés pour mieux aider les familles pauvres, et une droite qui se veut fidèle à l’esprit du Conseil National de la Résistance en voulant éviter que l’enfant ne soit source d’une baisse de niveau de vie pour sa famille. Mais la vivacité de ce débat ne peut masquer la profonde convergence qui anime ces deux familles dominantes de la vie politique française. Droite comme Gauche font leur une vision positive de la croissance démographique pour notre pays. Il y a là, dans cette sensible attention portée à l’augmentation du nombre de citoyens, sinon une volonté impérialiste ou guerrière qui s’est pourtant clairement affichée à plusieurs reprises de notre Histoire, au moins une volonté de puissance : qui en Europe aura la plus grosse population ? La France et ses dirigeants politiques ne se sont pas réellement remis de la perte de la prééminence démographique qui fut la nôtre jusqu’au XIXème siècle …

Et la volonté de puissance n’est pas la seule raison. Nos hommes politiques, de gauche comme de droite, défendent la poursuite du développement économique tel que nous le connaissons depuis la Libération et en appellent clairement à une relance de la croissance pour résoudre les problèmes auxquels le pays et les français sont confrontés. Dans ce cadre, plus de bébés c’est plus de consommation, plus de travailleurs ensuite, plus de moyens pour payer les retraites, plus de richesses pour tous. Comment alors ne pas être nataliste, comment ne pas défendre des mécanismes d’ingénierie sociale pour encourager les familles à avoir des enfants ?

Mais qui ne voit l’extrême simplisme de ce raisonnement qui constitue le fondement de leur politique en ce domaine ? C’est ici que la géographie, ou parlons moderne, l’écologie, s’invite au débat. Car un pays c’est d’abord une population et un territoire, une population qui vit sur un territoire, l’exploite et l’aménage. Et qui ne peut vivre bien, pour elle-même comme pour ses voisins, que si ce territoire et ses ressources lui permettent d’habiter sans s’entasser et de produire les biens nécessaires sans détruire le biotope qui la fait vivre (2). Il y a donc une limite au nombre d’hommes que notre territoire peut supporter, une limite d’autant plus forte que nous souhaitons vivre dans des conditions matérielles bien plus confortables que nos arrières grands-parents. Une limite à respecter si nous ne voulons pas devoir vivre aux dépens d’autres pays, si nous nous interdisons tout comportement économique semblable à l’exploitation coloniale et que nous préconisons des échanges équitables.  

Une population française de 65 millions d’habitants en 2012.

Au moment où la France atteint le seuil de 65 millions d’habitants, il est peut-être nécessaire, avant de décider de continuer à encourager sans retenue les naissances au prix d’une redistribution coûteuse en période de crise économique, que ce soit avec un quotient familial maintenu, rénové ou annulé (3), de s’interroger sur la capacité de notre territoire à accueillir toujours plus d’hommes et de femmes.

Quand l’écologie s’invite au débat, la question des limites est posée. Il est vrai que nous n’en avons pas l’habitude, et que ceci remet en cause la dynamique qui caractérise la façon dont nous avons de nous gérer. Car penser que nous avons besoin d’être toujours plus nombreux pour assurer l’équilibre économique et social de notre société, c’est nous inscrire dans une logique de fuite en avant qui ne peut que se révéler insoutenable à terme. Il est alors tentant de ratiociner sur le terme à venir et croire qu’il est loin. Mais est-il si loin (4) si nous voulons instaurer une économie durable dans le cadre de nos connaissances scientifiques et techniques actuelles ? L’agriculture soucieuse de la terre, l’élevage respectueux des animaux, l’agrochimie, les hectares nécessaires à la production de biomasse, les zones sanctuarisées pour laisser vivre la vie sauvage, les terrains dédiés à la captation des énergies renouvelables, la place de nos villes, de nos routes et de nos usines, les zones de loisirs, tout ceci prend de l’espace. Sans compter qu’il serait raisonnable de prévoir l’accueil trop prévisible de réfugiés climatiques dans ce siècle.

Il est plus que temps de s’interroger sur l’adéquation entre notre nombre, la façon dont nous voulons vivre et le territoire que nous avons à disposition. Quitte à déterminer que le moment où la population ne pourra plus croître est pour bientôt. Quitte, même, à s’apercevoir que nous sommes peut-être déjà trop nombreux en France et qu’une décroissance démographique est à envisager d’urgence. Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, cet adage tant prisé des banquiers réalistes vaut aussi pour nous, et peut-être dans notre enthousiasme très prométhéen avons-nous même un peu dépassé le ciel.

Il ne faudrait pas alors, dans cette campagne présidentielle où la voix de l’écologie politique est si absente, que le débat de détail sur le quotient familial masque la nécessaire interrogation sur notre démographie et son adéquation à nous permettre de vivre de façon durable sur le territoire que l’histoire nous a imparti. Et donc sur l’intérêt que la collectivité pourrait trouver à maintenir une politique nataliste. En matière de démographie, oublier l’enjeu écologique, ça peut signer la mort d’un pays.

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1. Deux articles significatifs. Celui de Natacha Polony Quotient familial : oublier l’enjeu démographique, c’est signer la mort d’un pays, in son blog/Le Figaro 10.01.2012 ; et Politique familiale : le double jeu dangereux de la droite, in LeMonde.fr, 19.01.2012, par Dominique Gillot, ancienne secrétaire d’Etat chargée de la santé et de l’action sociale.    

2. Sur ce thème du ‘vivre bien’ relié à la question démographique, voir Les babas béats de Taddéï, in Le Sauvage, 02.11.2011 par Alain Hervé.

3. Il serait juste de rappeler que la politique fiscale basée sur le quotient familial n’est qu’un élément parmi d’autre de la politique nataliste de la France. C’est en fait toute la puissance publique, de l’Etat aux communes, qui aide les familles nombreuses : allocations familiales, crèches subventionnées, cantines scolaires facturées à prix d’ami, gratuité de l’école, mise à disposition d’équipements sportifs non-facturée au juste coût, tarifs spéciaux divers (SNCF), retraite majorée pour les mères ayant plusieurs enfants, etc.

4. Soyons franc, il n’y a pas aujourd’hui d’étude sérieuse qui mesurerait la capacité de notre territoire à accueillir 65 millions d’homme de façon durable, et cette absence est ô combien significative. Tout juste y a-t-il quelques études sur notre capacité à produire l’alimentation pour x millions d’habitants, et encore ! Il y a donc urgence à réfléchir à la question et à évaluer combien de millions d’hommes le territoire de la France peut abriter, nourrir, loger, habiller, soigner, transporter, distraire, le tout de façon confortable et pérenne, et dans une logique de commerce équitable avec le reste du monde. En tout état de cause, et dans le doute, un principe de précaution devrait s’appliquer : si ne nous sommes pas certains de pouvoir vivre aussi nombreux que nous le sommes sans dégrader notre biotope, alors il nous faut envisager de diminuer notre nombre. Pour raisonner en juriste, nous pourrions dire que la charge de la preuve, la viabilité à vivre à 65 millions d’habitants en France, à environ 120 personnes au km2, incombe aux natalistes.

 

Title : The false quarrel of the family quotient

Family Policy – Tax system – Family Quotient - Right / Left Opposition - Agreement on the demographic issue - Will to Power - Territory / Population Adequacy - Living Space - Sustainable Economy - Space for all - Optimum Population – Decrease needed ?  

Par Jean-Christophe VIGNAL - Publié dans : Démographie
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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 22:24

Ces derniers jours, les prix relativement élevés du baril de pétrole conjugués à la faiblesse de l’euro par rapport au dollar ont conduit à une hausse du coût des carburants.

Comme de coutume en pareil cas, radios et télévisions nous ont abreuvés des récriminations des automobilistes nous assurant que "l’essence n’a jamais été aussi chère", que "bientôt nous ne pourrons plus rouler", que "l’Etat nous prend pour des vaches à lait", que… Enfin bref, en un mot que « c’est plus possible ».

La sensibilité sur cette question est une chose connue, mais elle est d’autant plus intéressante que ces propos sont tout simplement erronés et relèvent d'une erreur de perception.

Non, l’essence n’est pas chère. Non, l’essence n’est pas plus chère qu’avant. Non, les français ne se ruinent pas plus aujourd’hui pour faire le plein que dans les temps anciens.

Si plutôt que d’exprimer le prix des carburants en euros courants ou même en euros constants, c’est-à-dire en prix défalqués de l’inflation, on se donne le mal d’exprimer ce prix en heures de travail, ce qui en traduit mieux la valeur effective, on constate que sur les 30 dernières années, l’essence est au contraire devenue meilleure marché. Il faut travailler de moins en moins longtemps pour obtenir un litre de carburant.

 

            Evolution comparée du Smic, du prix de l'essence et de leur ratio :

 

Années   Smic horaire   Prix d'un litre d'essence  Nb de litres pour une heure de travail
         
1980     2,0  €   0,48  € 4,2
1990     4,9  €   0,80  € 6,1
2000     6,4  €   1,10  € 5,8
2010     8,9  €   1,25  € 7,9
2012     9,2  €   1,50  € 6,1

 

Le smic horaire a été traduit en euros avant 2002 et arrondi au décime le plus proche, les prix de l'essence sont ceux du sans plomb arrondis au centime (valeur moyenne au cours de l'année, sauf bien sûr en 2012, où il s'agit des prix courant janvier).

On voit donc que si en ce début 2012, il y a bien eu légère augmentation des prix réels des carburants, tendanciellement sur 32 ans, les prix ont largement baissés, puisque pour une même durée de travail on obtient 45 % d'essence en plus (6,1 litres en 2012  contre 4,2 litres en 1980  pour une heure de travail).   On trouverait même, si l'on exceptait la période toute récente de janvier 2012, une augmentation de plus de 88 % de notre pouvoir d'achat en carburant en faisant le ratio des prix sur 30 ans de 1980 à 2010 (7,9 litres en 2010 contre 4,2 litres en 1980, toujours pour une heure). Comme par ailleurs, la consommation des voitures tend à baisser, le temps travaillé pour financer un nombre donné de kilomètres subit une décroissance plus sensible encore.

Un tel écart entre la perception et la réalité révèle certainement le poids de l'automobile dans nos sociétés; son poids symbolique et émotionnel, mais aussi son poids réel croissant dans le sens où nous en sommes de plus en plus dépendants dans notre vie privée aussi bien que professionnelle.

Cette dépendance croissante pourrait partiellement relativiser nos remaques précédentes, puisque, même si le prix au kilomètre diminue on peut imaginer que le budget essence d'une famille reste stable. Cela dépend évidemment du nombre de kilomètres parcourus. Depuis quelques années il semble que ce dernier diminue par véhicule, phénomène toutefois compensé par l'augmentation du nombre de véhicules par ménage, les deux mécanismes, d'ampleur voisine, se compensant sans doute approximativement.

Ces réflexions sur le prix de l'énergie ne relèvent pas simplement du plaisir de souligner une contradiction dans nos comportements ou une méconnaissance de l'évolution réelle des valeurs. C'est aussi l'occasion de rappeler que l'énergie n'est pas chère, au  point qu'aujourd'hui  encore, il est souvent plus économique pour deux personnes de faire un aller-retour Paris-Lyon en voiture qu'en TGV (alors que l'énergie dépensée par passager est sensiblement plus forte en automobile qu'en TGV). Ce caractère bon marché de l'énergie constitue un lourd handicap pour toutes les politiques d'économie, au point que celles-ci doivent presque systématiquement faire appel à des mesures autoritaires ou à des mécanismes de subvention par exemple pour l'isolation, la rénovation etc.

C'est aussi l'occasion de prendre un peu de recul et de rappeler que jamais dans l'Histoire  nous n'avons disposé d'énergie aussi facilement, en telles quantités et à si faible coût. La prise de conscience de cette réalité reste encore trop superficielle.

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Voir aussi sur ce thème l'article : Prix de l'essence : Des promesses indignes

Avec un peu d'humour, voir aussi clip sur le pic pétrolier.  

Par Didier BARTHES - Publié dans : Energie
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Dimanche 1 janvier 2012 7 01 /01 /Jan /2012 08:04

Evaluation de nos effectifs au 1er janvier 2012  

 

Sources                                   Effectifs (en millions)
   
   INED 7 013
   Population Data.net 7 014
   Worldometers 7 013
   Terriens.com (1) 6 984
   Population Matters 7 017
   US Census Bureau 6 985
   Population mondiale.com 7 015
   Terre Sacrée.org 6 984
   
   Moyenne 7 003

 

Nous étions donc 7 milliards et 3 millions d'habitants sur notre Terre au 1er janvier 2012 à 0 heures.   Du moins, telle est l'estimation que l'on peut admettre au regard des données publiées par les différents "compteurs de population".

De telles évaluations doivent cependant être prises avec prudence. Récemment, le démographe Gilles Pison considérait que la marge d'erreur pouvait atteindre 1 à 2 %.

Cette année s'ajoute un biais particulier. Plusieurs compteurs ont manifestement recadré leurs estimations sur la décision de l'ONU de fixer au 31 octobre 2011 le jour du franchissement des 7 milliards. Ceci a globalement conduit à une réestimation à la hausse de nos effectifs. Les tendances antérieures menaient en effet à un franchissement de ce seuil symbolique un peu plus tard, au cours du premier trimestre 2012.

Cette réévaluation "administrative" rend délicate l'estimation de la croissance de la population mondiale au cours de l'année passée. Si nous nous référons à la même étude réalisée l'an dernier,  alors la progression aurait été de  87 millions en 2011 (l'estimation moyenne au premier janvier 2011 étant de 6,916 milliards). Il s'agit là d'une valeur assez improbable, car depuis plusieurs années l'évolution absolue se situe autour de  + 80 millions d'habitants par an et se trouve plutôt en en voie de stabilisation. Ces 7 millions supplémentaires résultent donc très probablement de ce recadrement formel (2).

 

Quant à l'avenir, s'il est par nature incertain, notons que cette année l'ONU a revu ses prévisions à long terme à la hausse et a publié en juin trois scénarii  en fonction de trois hypothèses de fécondité : basse, moyenne et haute. Compte tenu de l'inertie des phénomènes démographiques, les données pour 2050 sont assez fiables,  tandis que celles concernant 2100, qui dépendent du comportement reproductif de personnes qui ne sont pas encore nées, sont entachées d'une large marge d'incertitude. Ainsi, l'hypothèse haute conduit à une population 2,5 fois plus importante que l'hypothèse basse (15,8 milliards contre 6,2).   

 

  Prévisions démographiques mondiales de l'ONU  

                                                                                                                         (En millions d'habitants)  

 Années  \   Hypothèses de fécondité Basse Moyenne  Haute
    2050 8 100 9 300 10 600
     2100 6 200 10 100    15 800
        

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(1) L'estimation de Terriens.com est reprise notamment par l'association Démographie Responsable.  

(2) Un autre élément milite en ce sens. Beaucoup de compteurs tournent autour de la valeur : 7,013 milliard : Cela se conçoit aisément pour un décompte recadré à 7 milliards le 31 octobre. Comme la croissance journalière nette de la population est de 215 à 220 000 personnes, en deux mois (novembre et décembre 2011) le gain total est d'environ 13 millions. Les petites divergences  s'expliquent ensuite par le choix du niveau de croissance journalier.

Rappelons aussi qu'en ce 1er janvier 2012  la France "officialise" son passage à 65 millions d'habitants  (en réalité le seuil a sans douté été franchi courant 2011).

 

Sur la population mondiale, voir également :

Les chiffres clefs de la population

 

La population mondiale au 1er janvier 2014

La population mondiale au 1er janvier 2013   

La population mondiale au 1er janvier 2011

La population mondiale au 1er janvier 2010

 

Par Didier BARTHES - Publié dans : Démographie
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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 12:04

 

 

Economie Durable vous souhaite de bonnes fêtes

           et vous présente ses meilleurs voeux pour 2012.

 

 

Par Didier BARTHES - Jean-Christophe VIGNAL
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 16:04

 

Bruxelles a masqué Durban. Tandis que la conférence sur le climat s'achevait modestement sur une reconduction temporaire du protocole de Kyoto et sur la promesse de négociations futures, les médias ont surtout parlé dettes et équilibres budgétaires. Dans le long terme pourtant, nous savons bien que ce sont les équilibres écologiques qui seront déterminants. Demain, sur une Terre dévastée, devenue presque inhabitable, plus aucune autre question n’aura de sens que celle du rétablissement à minima des équilibres écologiques. La préférence de l’Humanité pour le court terme pourrait bien-être ce qui la condamnera.  

Bruxelles a masqué Durban, cependant, ce serait une erreur que d’opposer crise financière et crise écologique. Il s’agit bien du seul et même problème ou plutôt des conséquences diverses d’une même propension.  

Les difficultés rencontrées à Durban tiennent au fait que limiter sérieusement les émissions de CO2 revient en réalité à mettre en cause notre modèle économique basé sur une croissance continue à la fois du nombre de consommateurs et de la consommation de chacun.  

Aux conséquences de cette fuite en avant vers toujours plus de croissance, certains proposent de répondre par une autre fuite en avant vers toujours plus de technologie. N’accordons pas trop de crédit à ce type de solution. Globalement et jusqu’à nos jours, les dégâts occasionnés à la planète ont été une fonction directe de notre puissance technologique, il serait étonnant que la corrélation change de signe ou même simplement d’ordre de grandeur. Le sociologue Alain Gras déclarait en 2008 au mensuel Science et Vie : « Aujourd’hui la seule condition de survie réside dans l’établissement d’un rapport plus humble avec la planète ». Nous n’échapperons pas à cette obligation.

Briser le cercle infernal de nos émissions suppose de briser notre élan vers le « toujours plus » qui constitue le moteur et le facteur d'équilibre de nos sociétés. Cette remise en cause volontaire relève presque de l’impossible. Le récent abandon du protocole de Kyoto par le Canada l’illustre à merveille. Les Canadiens ne sont pas plus indifférents que les autres à l’environnement (au mètre carré ils polluent même plutôt moins compte tenu de leur faible densité démographique, un facteur trop souvent négligé) mais ils se trouvent tous simplement incapables de faire face aux engagements financiers d’un tel protocole (il est vrai que leur climat et leur implication dans l’exploitation de pétroles non conventionnels ne facilitent pas les choses). Le retrait du Canada, ne doit donc pas être interprété comme une trahison mais bien comme le signe qu’aucune solution ne pourra faire l’impasse sur la nécessité d’un processus de décroissance. Mieux vaut qu’il soit plus ou moins organisé que subi.

Pas d’illusion donc, l’expression développement durable est un oxymore. La durabilité de nos sociétés suppose l’arrêt du développement au sens que l’on donne généralement à ce terme, c’est à dire la mise à disposition d'une quantité toujours plus importante de biens matériels. La destruction de l’environnement est une conséquence de la réalisation de notre désir de croissance permanente. Ne l’attribuons pas de façon trop facile à tel ou tel type d’organisation économique. Dans un monde clos, tout système qui se donnera la progression matérielle pour objectif et pour moteur, se heurtera in fine à de semblables difficultés.

La crise de la dette puise à la même source. Cette crise, qui touche de la plupart des nations, résulte de l’accumulation de nombreuses années de déficits budgétaires. Nous voulions consommer et dépenser plus que ce que nous produisions et que ce que nous permettaient nos ressources. Les Etats eux-mêmes, sensibles à la demande de leur population pour toujours plus de services et d’équipements publics, ont cédé aux sirènes de l’endettement. Cette relance permanente par la dépense publique constituait d’ailleurs une manière de tirer la croissance en avant. Nous avons tous voulus être keynésiens, nous sommes tous endettés.  

La course à la croissance coûte que coûte a effectivement fini par coûter. La partie financière se réglera peut-être au détriment des créanciers (encore que l’imbrication des économies rend la frontière créanciers-débiteurs plus imprécise), la partie écologique risque d’être plus difficile à solder, les ressources de la Terre ne sont pas infinies et les comptes sont sans doute plus bas que nous ne le pensons. Certains de ses aspects, la perte de biodiversité notamment, ne peuvent trouver de solution que sur des échelles de temps qui échappent aux échéances d'actions et de réflexion habituelles des sociétés humaines. 

Cette unicité des causes, ces multiples visages pour un même probème s’illustrent particulièrement dans le domaine de l’énergie et entraîne nos économies dans un ensemble de cycles dont il parait bien difficile de sortir. 

Notre monde consomme de plus en plus d’énergie. Ceci conduit à une hausse tendancielle de son prix défavorable à la croissance économique. Ainsi, chaque « crise du pétrole » (1973, 1979, 2008...) se trouve suivie d’un ralentissement économique. Celui-ci  provoque à son tour une baisse de la demande en énergie  et corrélativement une baisse du prix de cette dernière. La croissance économique peut alors repartir entraînant cette fois une hausse de la demande en énergie et une  élévation de son prix enclenchant un nouveau cycle. Ce mécanisme a été précisément décrit par Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean (*) Nous sommes dans la situation d’un patient dont le seul médicament qui le soulage est celui qui, peu après, le rendra plus malade encore : Triste perspective !

De façon plus générale et vis à vis de la Terre dans son ensemble, James Lovelock et Daniell Quin avaient très bien exprimé ce processus de fuite en avant et de cycles infernaux en écrivant respectivement : « Vous êtes prisonniers d’un système de civilisation qui vous pousse à détruire le monde pour survivre » et « Notre civilisation se trouve dans la situation de celui que la drogue tuera qu’il continue ou qu’il cesse brusquement d’en consommer ».

 

* Voir en particulier cet article extrait du site Manicore

 

Par Didier BARTHES - Publié dans : Economie
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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 18:04

Kyoto, Copenhagen, Nagoya et maintenant Durban … nous enregistrons ces noms de sommets internationaux qui s’occupent de l’état de la planète, nous entendons à chaque fois que l’avenir de l’humanité se joue là, nous finissons par comprendre par delà les méandres de la diplomatie qu’un accord pas aussi fort qu’il eut fallu a été passé, a minima ou presque … et la vie continue, avec un nouveau rendez-vous prévu dans une autre ville dans deux ans dans trois ans (1). Et pendant ce temps, notre économie carbonée crache à pleins poumons, les pays développés continuent sur leur lancée consommatrice, les pays émergents n’en finissent pas d’émerger à coup de centrales à charbon et de grands barrages hydroélectriques, et les pays pauvres font ce qu’ils peuvent.

 

En paraphrasant René Dumont, on a envie de dire que "le monde est mal parti". Avec des pays riches fonctionnant à la démocratie élective peu outillée pour gérer les enjeux de long terme, avec des pays émergents qui veulent de toute leur force faire leur le modèle économique des pays riches, prenant ainsi leur revanche sur un modèle colonial qui les a brisés pendant plusieurs siècles, et des pays pauvres qui n’en peuvent mais et sont le plus souvent submergés par une croissance démographique qui bouleverse leurs cadres, comment réussir à s’entendre à l’échelle de la planète pour limiter les impacts d’une trop forte exploitation de notre biotope ? Comment faire comprendre au Brésil, à l’Inde ou à la Chine qu’à peine trouvée leur place dans l’économie-monde industrielle, ils doivent entraver leur croissance économique et limiter au maximum leurs rejets de gaz à effet de serre quand l’Occident s’est développé sans aucune préoccupation de ce genre pendant deux siècles ? Comment faire comprendre aux classes moyennes d’Amérique ou d’Europe que leurs enfants ne vivront pas aussi bien que leurs parents si une place de consommateur doit être faite aux enfants du tiers-monde tout en ne saccageant pas la planète en moins d’un demi-siècle ? Comment dire aux nigériens ou aux égyptiens que même en vivant très pauvrement leur modèle démographique les mène dans le mur et qu’eux aussi feront bientôt partie du problème écologique ?

Dans une négociation internationale, la logique du court terme comprise au niveau de chaque état l’emporte. Quand la somme des intérêts de chacun est incompatible avec l’intérêt de tous, quand la logique des externalités négatives joue à plein, quand aucune autorité mondiale ne peut s’imposer, comment faire pour aboutir à un accord suffisamment fort et contraignant pour être à la hauteur des enjeux ? Alors nous dévidons les sommets comme les brins d’une guirlande éphémère …

 

Par son incapacité à prendre les mesures qui s’imposent, notre monde bascule peu à peu dans un futur sans avenir, oscillant sans cesse entre les catastrophes, loin très loin de l’intelligence des hommes qui du plus profond de leur histoire ont tressé les brins d’une guirlande éternelle (2).

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(1) Ces sommets se suivent et se ressemblent, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre française de l'Ecologie et du Développement Durable, parle de "tous petits pas" dans une interview au Figaro du 11 Décembre 2011. Il y a treize mois, la même chose pouvait être dite, cf: Kyoto, Copenhague, Nagoya ou les étapes d'une course contre la montre.

(2) Douglas Hofstadter, Gödel, Escher, Bach: an Eternal Golden Braid, Basic Books, 1979 ; version française Gödel, Escher, Bach: les Brins d’une Guirlande Eternelle, Dunod, 1985.  

 

Par Jean-Christophe VIGNAL - Publié dans : Actualités
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Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 10:44

L’émission  "C dans l’air"  intitulée "huit milliards dans vingt ans" que France 5 a diffusé le 25 novembre dernier m'a laissé un goût de discours univoque et convenu. En effet, aucun des invités ne semblait sérieusement inquiet de l’augmentation de nos effectifs (à l'inverse de nombre de nos compatriotes) et tous ont insisté sur un problème d’organisation plus que de données quantitatives.

Ces points de vue mille fois répétés s’appuyaient cependant sur une argumentation imprécise et incomplète sur beaucoup de points.

Le démographe Hervé Le Bras d’abord a annoncé un taux de croissance de la population mondiale de 0,8 à 0,9 % par an. Or, avec 80 millions d’habitants supplémentaires pour une population de 7 milliards, le taux de croissance annuel est en réalité de 1,14 %...

M. Le Bras a également beaucoup insisté sur la baisse de ce taux de croissance en omettant deux phénomènes importants : D’abord, il se réfère pour dire que ce taux n’est pas inquiétant, aux taux records que l’humanité a connus dans les années 60 et 70. Il n’est jamais très honnête pour juger une donnée de la comparer à la donnée record, on pourrait dire aussi que le taux actuel est très fortement supérieur à ce que l’humanité a connu l’essentiel de son histoire et même au cours d'une partie de la première moitié du 20ème siècle.

En second lieu, bien sûr, il faut rappeler que ce taux de croissance s’applique à une population de plus en plus importante et qu’il conduit en pratique à une croissance en nombre absolu (et c’est bien cette dernière qui pèse sur les ressources et sur les équilibres écologiques) proche des niveaux records:  nous gagnons depuis le début de ce siècle environ 80 millions d’habitants par an et cela ne diminue pratiquement pas. Hervé Le Bras a également beaucoup insisté sur la baisse des taux de fécondité sans toujours la comparer (au moins dans la même intervention) à la baisse de la mortalité infantile. Or, dans les faits, ce qui compte c’est le nombre de femmes qui arrive à l’âge de la reproduction (de ce nombre viendra la croissance future), la baisse très forte de la mortalité infantile rend incomparables les taux de fécondité passés et présents, comparaison sur laquelle s’appuie son optimisme. D’ailleurs le monde gagne preque toujours autant d’habitants chaque année.

 

Analyse assez incomplète également de l’agriculture par Mme Marion Guillou qui, lorsqu’elle a évoqué l’avenir, a tout simplement oublié de dire que la productivité agricole était fortement dépendante du pétrole (via les engrais, la mécanisation et le transport des denrées) or ce pétrole va manquer au cours de notre siècle  Cela va très sensiblement peser sur la productivité et donc sur notre capacité à nourrir des effectifs croissants (d'autant que de fortes inquiétudes pèsent également sur les phosphates).  

 

Propos tout aussi incomplets de Gérard-François Dumont qui évoqua plusieurs pays en décroissance démographique en oubliant tout simplement de rappeler leur poids absolument négligeable dans la démographie mondiale.

 

Discours également très étonnant de Jean-Christophe Rufin qui laisse entendre le caractère criminel de toute analyse malthusienne. Mais quel est donc ce principe par lequel on juge une idéologie à partir d’exemples caricaturaux tirés de la frange la plus extrémiste au sein de ce qu’on appelle la Deep Ecology ? Que Jean-Christophe Rufin regarde les études et les réflexions de Population Institute aux États-Unis, de Population Matters en Angleterre, de Démographie Responsable en France ou de Rientrodolce en Italie, et il verra que ceux qui s’inquiètent de la surpopulation sont loin de tous ces excès. Laisser entendre, comme il le fait, que souhaiter un monde moins peuplé revient à ne pas se préoccuper des milliards d'occupants actuels de la planète relève de la méconnaissance. C’est au contraire pour assurer un avenir à tous, que beaucoup de mouvements militent pour une démographie plus modeste.

 

Enfin et cela concerne l’ensemble des invités deux lacunes très profondes sont apparues dans leurs discours.

D’abord personne n’a mis le problème en perspective et n’a fait comprendre aux auditeurs combien les décennies qui nous entourent constituent une exception sur le plan démographique tant en ce qui concerne les effectifs atteints qu’en ce qui concerne leur évolution. Quand un problème est grave il est bon de prendre un peu de recul et de situer les choses. Regardons une courbe de la démographie humaine sur longue période (2000 ans par exemple) et nous comprendrons immédiatement le caractère absolument exceptionnel de la période présente. Ceci ne ressortait en rien des analyses présentées et l’on avait l’impression d’un réel manque de hauteur.

Second reproche plus grave encore, l’absence totale de réflexion écologique. Tout le débat a été concentré sur l’alimentation. Que l’explosion démographique exclue de fait la présence de la quasi-totalité de la vie sauvage sur Terre ne semble pas avoir effleuré un seul instant l’esprit des participants. C’est qu’il ne s’agit pas que de nourrir les hommes, il s’agit aussi de les faire vivre durablement et en harmonie sur leur planète avec le reste du vivant. C’est là peut-être la conception la plus profonde de l’humanisme, mais de cela, il n’a pas été question une seule seconde. Manque de recul encore et manque de tendresse évident pour le monde.

 

Hélas ces explications convenues ne constituent pas une exception. Le même travers était apparu le 1er novembre au cours de l'émission Ce soir ou Jamais où les invités de Dominique Taddéï avaient, malgré la présence de Paul Ariès, représentant de la décroissance, tenus des propos tout aussi conventionnels.  

D'ailleurs, la très importante Conférence de Dakar  consacrée à la planification familiale qui se tiendra du 29 novembre au 2 décembre 2011 semble devoir s'ouvrir dans l'indifférence générale, l'implication de l'UNPFA ou de la Fondation Bill et Melinda Gate ne change rien à l'affaire.

Sur  l'ensemble de ces sujets, mais pour un regard différent, voir sur ce site  le texte  de Jean Bruguier : "Une place pour tous et pour nos rêves aussi"  ainsi que celui de   Denis Garnier, président de Démographie Responsable :  Populationnisme versus Planification Familiale, publié sur le site : Le Cercle des Echos.  

 

Par Didier BARTHES - Publié dans : Démographie
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