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Lundi 7 mars 2011 1 07 /03 /Mars /2011 16:24

La démographie reste un sujet sensible. Elle est à l’origine de débats vifs et de réactions si épidermiques et si brutales que parfois, tout dialogue devient impossible. Pour certains, le tabou est absolu ; la question des effectifs de l’humanité est au mieux vide de sens, au pire interdite. Protéger la nature : certes ! Mais pas au point de mettre en cause notre nombre.

Lors d’une conférence téléphonique le 15 décembre dernier, j’ai pu évoquer cette question avec Nicolas Hulot et ai rappelé combien il s’agissait là d’un sujet déterminant.

La réponse de Nicolas Hulot est intéressante parce qu’elle est mesurée, parce qu’elle ouvre la porte au dialogue et aussi parce qu’on la trouve en filigrane chez d’autres auteurs et chez certains écologistes. Il est donc d’autant plus nécessaire de présenter ici ce que l’on peut opposer à un point de vue assez représentatif et que sa modération même rend séduisant.

 

Nicolas Hulot admet l’existence du problème et ne met pas d’interdit sur la discussion. Toutefois, il ne place pas une action sur la démographie au tout premier rang des urgences écologiques et préfère insister d’abord sur les nécessaires modifications de notre mode de vie et sur la régulation de notre consommation (nécessité qu’il n’est évidemment pas question de nier).

 

Nicolas Hulot avance plusieurs arguments pour justifier cette position :

- Le droit fondamental de chacun à se reproduire.

- La stabilisation annoncée des effectifs de l’humanité au cours de ce siècle.

- La priorité à donner au développement économique qui constitue à la fois un élément d’efficacité (à cause de la corrélation constatée entre développement et baisse de la natalité) et de justice sociale.

Puisque le dialogue s’est instauré, voici donc ce que l’on peut répondre à Nicolas Hulot

 

Le droit à se reproduire.

Ce droit à se reproduire est en effet fondamental et il faut rappeler encore une fois qu’en aucun cas il ne s’agit ici de se faire le chantre de mesures autoritaires en la matière.

Avoir des enfants est un droit. Cependant, que tous les hommes aient une descendance nombreuse est devenu une impossibilité physique dans le monde d’aujourd’hui, impossibilité vis à vis du respect de la nature, impossibilité vis à vis de notre propre avenir. Ce droit à une descendance sans limite est en réalité lourd de menaces pour les libertés mêmes qui sont invoquées pour le défendre.

Plus une population est dense, plus elle nécessite et plus elle génère de règles et d’interdictions. C’est bien dans un monde surpeuplé que les libertés seront le plus menacées. Et parmi ces libertés menacées, celle de se reproduire sera in fine particulièrement touchée.

L’histoire a déjà montré cet enchaînement funeste qui se retourne contre la liberté de procréer. L’exemple le plus emblématique est bien entendu le cas chinois. La Chine, qui avec plus de 1,3 milliard d’habitants reste le pays le plus peuplé du monde (1), a presque réussi à stabiliser la croissance de sa population qui menaçait son équilibre et son avenir. Comment y est-elle parvenue ? Par des pénalités de tous ordres, notamment de fortes contraintes financières en cas de dépassement du nombre d’enfants autorisés. Si certains se réjouissent du succès, d’autres (ou parfois les mêmes) se désolent de l’atteinte à la liberté que représentent ces réglementations.

Dans les deux cas il faut comprendre que ces mesures sont elles-mêmes le fruit d’un laxisme antérieur. Dans les temps précédant la Révolution Chinoise (1949) et ensuite pendant les 20 premières années du maoïsme le natalisme a été de rigueur. Le prix à payer plus tard n’en a été que plus lourd.

Ainsi, si demain, par absence de précautions, nous laissons l’humanité atteindre 9, 12 ou 15 milliards d’habitants nous préparons des après-demain aussi douloureux que liberticides. Nous ouvrons la voie à des mesures beaucoup plus contraignantes que celles qui pourraient être prises aujourd’hui (campagnes en faveur de la contraception accompagnées d’une libre mise à disposition des moyens contraceptifs et d’une abrogation des mesures natalistes financières ou fiscales notamment).

L’humanité doit prendre un peu de recul. La naissance de nombreux enfants était une loi naturelle dans un monde où la plupart de ceux-ci perdaient la vie bien avant d’être en âge de se reproduire à leur tour.

La persistance de ce comportement alors que la quasi-totalité des enfants survivent n’est plus possible vis-à-vis de notre planète et sa remise en cause ne relève donc plus d’un choix idéologique. Le changement des comportements doit accompagner l’évolution des conditions de vie.

C’est une chose merveilleuse que d’éviter la mort à tant d’enfants mais elle a un prix qu’il est sage et nécessaire d’accepter : nous ne pouvons plus avoir un nombre illimité d’enfants.

L’alternative est la suivante : Ou nous le décidons et organisons nous-mêmes cette décroissance de la natalité, ou les contraintes naturelles, qui n’auront aucune raison d’être douces (et elles ne le seront pas) nous l’imposeront.

Ceux qui évoquent la liberté totale pour la reproduction doivent donc être conscients du poids qu’ils feront peser sur les libertés de demain.

La liberté est un équilibre, elle n’est en rien une porte ouverte sur un monde sans contraintes. Il se trouve que Nicolas Hulot a lui-même insisté dans ses ouvrages sur ce fait que la liberté ne se définissait pas comme une absence de contraintes.

 

La fin annoncée de la croissance démographique.

Il est exact qu’une majorité de démographes estiment aujourd’hui que la croissance de nos effectifs devrait prendre fin au cours de ce siècle. On évoque le plus souvent une stabilisation de la population planétaire autour de 9 à 10 milliards d’habitants dans le courant de la décennie 2050 - 2060.

Cependant, cette perspective ne peut être considérée comme un argument définitif qui viendrait clore le débat car elle soulève beaucoup de problèmes. Problèmes qui sont liés au niveau de cette stabilisation, aux incertitudes sur sa venue et bien entendu aux causes qui la déterminent.

 

Tout d’abord : le niveau de cette stabilisation.

Avec 7 milliards de représentants, l’humanité a détruit la majorité des espaces naturels, elle a vidé les océans, exterminé l’essentiel de la mégafaune et la quasi-totalité des grands prédateurs (- 97 % de tigres en un siècle) !

Cette explosion démographique au détriment du reste du vivant ne s’est même pas réalisée pour le plus grand bénéfice de notre propre espèce : un milliard d’êtres humains souffrent de malnutrition alors même que l’agriculture qui a fortement bénéficié des énergies fossiles pour accroître sa productivité au siècle dernier va devoir faire face très bientôt à un monde sans pétrole.

Dans ces conditions, peut-on raisonnablement croire que nous ferons mieux avec 9 ou 10 milliards d’hommes qu’avec 7 ? C’est improbable, d’autant qu’une telle croissance s’accompagnera (c’est déjà le cas) d’une urbanisation dévorante et d’un développement des mégalopoles. L’Homme est-il fait pour ce monde-là ? Des ensembles de 10, 20 ou 30 millions d’habitants sans plus aucun contact réel avec la nature, est-ce là le visage d’une société harmonieuse et respectueuse ? Est-ce là une promesse d’équilibre et de stabilité ? Non ! Se satisfaire d’un monde à 9 milliards d’habitants c'est déjà accepter un mode de vie destructeur et non durable.

 

En second lieu la plausibilité de cette stabilisation.

Cette prochaine stabilisation n’est qu’une hypothèse dont la réalisation n’est en rien garantie. Elle se trouve liée à la poursuite du mouvement de baisse des taux de fécondité, notamment dans les pays émergents et plus encore dans les pays aujourd’hui les moins développés.

Le 15 février dernier, M. Grégoire Allix a publié dans « Le Monde » un article validant les doutes que l’on pouvait entretenir quant à la stabilisation de la population mondiale. Un rapport de l’ONU est également récemment revenu sur cette question du risque de surpopulation.

Malgré l’inertie des mécanismes démographiques qui rend presque certaines les prévisions à 10 ans et très plausibles celles à 20 ans, l’avenir un peu plus lointain n’est pas écrit. Il dépendra notamment de l’évolution des taux de fécondité, évolution que nous ignorons.

La poursuite de la baisse constatée est une hypothèse qui ne peut être tenue pour certaine. Nous ignorons à quels « taux » se reproduiront les hommes dans 30 ou 40 ans. Or ces taux seront déterminants pour le niveau démographique des années 2050-2060 et, bien sûr, pour la fin du siècle. Ajoutons que les incertitudes sont d’autant plus grandes que des difficultés économiques se profilent à l’horizon. Les problèmes alimentaires et énergétiques que l’on voit poindre constitueront d’ailleurs à la fois les causes et les premiers effets de ces troubles économiques.

Bien entendu, il serait possible d’imaginer que les incertitudes jouent en sens contraire et que nous bénéficiions d’une heureuse surprise : une baisse permanente et même généralisée des taux de fécondité.

Nous ne pouvons toutefois pas compter sur cette possibilité pour éviter d’agir. Outre l’incertitude, il y a en effet asymétrie des conséquences. Si l’humanité est un peu moins nombreuse que prévue, alors sa survie n’en sera que mieux assurée alors que si ses effectifs continuent d’exploser, c’est son existence même et celle du reste du vivant qui se trouveront menacées.

 

Le développement économique comme facteur déterminant de la stabilisation démographique.

Il s’agit là de l’argument le plus souvent opposé pour ne pas faire de la lutte contre la surnatalité une priorité.

Même pour ceux qui admettent que la surpopulation constitue une menace, le développement économique apparaît comme l’outil le plus efficace pour la combattre.

L’argument est fort et contient d’ailleurs une part de vérité. Il s’appuie sur la constatation d’une forte corrélation statistique entre le niveau de développement économique et la faiblesse des taux de natalité (ou à l’inverse, entre le sous-développement et la surnatalité).

Bien que corrélation statistique ne soit pas synonyme de causalité, il semble bien que l’accès à une certaine aisance économique favorise le choix par les couples d’une descendance moins nombreuse. Il favorise naturellement la baisse des taux de mortalité infantile (les soins et les conditions de vie dans les pays développés y sont propices). Ainsi, la survie des enfants ne nécessite plus leur naissance en grand nombre pour assurer la descendance des familles.

Ce mécanisme prend toutefois un certain temps, que l’on appelle période de transition démographique, durant laquelle les gens continuent à avoir un grand nombre d’enfants qui, désormais, survivent, ce qui se traduit par une forte croissance démographique et par l’apparition de pyramides des âges démesurément élargies vers le bas, symptôme d’une population jeune. Réduire la durée de cette transition pour que très vite les couples réduisent leur nombre d’enfants est donc un objectif essentiel pour limiter l’explosion démographique et la meilleure façon d’y arriver est selon une majorité de démographes comme d’économistes d’accélérer ce développement.

Si l’on peut émettre quelques réserves sur cette méthode et préconiser en parallèle la mise en place de vigoureuses campagnes pour la promotion de la contraception (et la mise à disposition des moyens au plus faible coût possible) ce n’est pas pour nier l’évidence de l’efficacité du développement mais pour insister sur son insuffisance.

Cette insuffisance est notable.

D’une part, alors que, malgré la crise, le monde connaît globalement une forte croissance économique (supérieure à 4 % par an) cela n’empêchera en rien l’humanité d’atteindre les 9 milliards. Cette inertie est en partie due à la structure de la pyramide des âges mondiale. La population est jeune et donc va vivre encore longtemps. De plus, cette jeunesse implique que des effectifs nombreux vont arriver à l’âge de la reproduction. Il faut essayer d’agir pour limiter les conséquences de ce dernier phénomène.

D’autre part, le développement économique se trouve menacé par les problèmes écologiques mêmes qu’il génère. En particulier par la dégradation et la raréfaction des sols cultivables ainsi que par la très prochaine déplétion pétrolière et la raréfaction générale des énergies fossiles.

Comment compter sur le développement pour abaisser la natalité si celui-ci se trouve menacé ? Si le développement est la cause, ou au moins la condition nécessaire, de la baisse de la natalité, alors, tout arrêt dans la croissance économique pourrait signer l’arrêt de cette baisse ! Dans un monde en crise générale on peut craindre une (sur)explosion démographique.

Enfin, il faut noter ce qui semble une contradiction dans la position de Nicolas Hulot. Ce dernier compte sur le développement économique pour abaisser la natalité alors même que l’ensemble de son combat et de ses ouvrages mettent en avant les catastrophes écologiques dont ce même développement menace la planète. Son livre le « Syndrome du Titanic »,un titre on ne peut plus explicite devant notre aveuglement, explique clairement les choses.

Est-il raisonnable, pour régler un problème, de compter sur un mécanisme dont, par ailleurs, on dénonce les effets ?

Il faut alors, et c’est la position de M. Hulot comme de nombreux écologistes, imaginer un développement de nature différente qui aurait la bonté d’avoir les mêmes heureuses conséquences (baisser la natalité et enrichir les plus pauvres) mais sans avoir les mêmes malheureux effets (la dégradation dramatique de l’environnement).

C’est en partie le pari du fameux développement durable (qui, dans sa définition la plus partagée, ne fait malheureusement pas référence à la natalité).

Développement durable : Ces deux mots renvoient-ils à une réalité possible ou ne forment-ils qu’un oxymore ?

Il nous faut bien retenir la première hypothèse si nous voulons avoir une chance d’agir et de sortir une fraction de l’humanité de la misère.

Cependant, ne soyons pas naïfs. Même en faisant attention, le développement des pays les plus pauvres entraînera mécaniquement une hausse de la pollution, des quantités d’énergies fossiles et d’espaces consommés, même si une partie (sauf pour l’espace) de ces surconsommations pourrait se trouver compensée par une réduction des gâchis et des gaspillages dont font preuve les pays les plus riches (en admettant qu’ils le veuillent bien, on entend tous les jours les cris et les protestations que provoque la moindre hausse du prix des carburants).

Il est donc essentiel d’accompagner toute politique de développement d’une politique antinataliste pour limiter ses effets néfastes sur l’environnement.

Je ne prétends pas que cela fonctionnera partout et autant que souhaité, ni même que cela ne constituera pas qu’une cause secondaire (par rapport au développement général) de la baisse de la fécondité. Mais il faut le faire en même temps pour réduire autant que faire se peut la durée de la transition démographique durant laquelle les populations explosent.

 

L’énergie.

Un autre élément à long terme devrait rapprocher les écologistes en général et la Fondation pour la Nature et l’Homme de telles prévenances démographiques. C’est la question de l’énergie. Les seules énergies durables sont les énergies renouvelables, or ces modes de production ont une « intensité » moindre que la consommation de pétrole ou la production d’électricité nucléaire (qui pose certains problèmes et n’est certainement pas généralisable à l’ensemble de la planète).

Avec les énergies renouvelables, et même en économisant, il est difficile de faire vivre les immenses concentrations urbaines de notre monde et de répondre aux exigences de transports et de déplacements des sociétés modernes (exigences qu’il faudra de toute façon revoir à la baisse).

Autrement dit, le non-renouvelable n’est pas durable et le durable n’est pas adapté aux fortes densités.

Militer pour l’utilisation d’énergies renouvelables sous-entend d’accepter de plus faibles densités de population. C’est d’ailleurs ainsi, en comptant sur des énergies renouvelables et avec des effectifs bien moindres que l’humanité a vécu l’essentiel de son histoire. L’énergie éolienne a transporté les hommes sur toutes les mers du monde et moulu le grain bien avant d’être considérée comme le fin du fin de la modernité (même si aujourd’hui les éoliennes font débat).

 

De l’espace pour les animaux, de l’espace pour les forêts.

Les animaux, mais aussi la flore, ont besoin d’espace. D’ailleurs, Nicolas Hulot l’a reconnu au cours de notre entretien : « vous avez raison » a-t-il répondu à ma remarque sur ce sujet.

Il n’existe pas d’alternative. On ne fera jamais vivre la grande faune, et en particulier les prédateurs, au milieu de la population. Notre présence en nombre interdit de facto celle des grands animaux

Même tous frugaux, même tous respectueux de l’environnement, nous ne saurons concilier nos effectifs actuels et plus encore ceux que l’on envisage pour demain, avec l’existence d’une véritable faune sauvage.

Rappelons que les Etats-Unis et le Canada qui sont pourtant parmi les pays les plus montrés du doigt par les écologistes sont les seules nations occidentales développées à héberger une « mégafaune » encore digne de ce nom. Pourquoi aux Etats-Unis et au Canada plutôt qu’en Europe de l’Ouest au style de vie comparable ?

Pour une raison incontournable : la densité démographique. Les Etats- Unis ont 33 habitants au kilomètre carré, le Canada 3,4 tandis que la plupart des pays européens en abritent entre 100 et 350 (400 même pour les Pays Bas !). Dans les deux nations Nord-Américaines se trouve encore de la place pour des espaces vierges et donc pour la faune et la flore. Ce n’est plus le cas en Europe et bientôt, cela ne le sera plus dans nombre de pays en voie de développement.

Ce raisonnement remet en cause l’universalité de certains calculs basés sur une « empreinte écologique » qui ne prendrait en compte que les émissions de CO2 ou d’autres « polluants » et selon laquelle un américain « vaut » (c’est à dire pollue ou impacte sur la planète) comme 20, 30 ou 50 habitants de telle ou telle nation moins favorisée.

Les choses ne sont pas si simples et il est bien hasardeux de résumer l’impact d’un être humain à un seul chiffre.

Ajoutons d’ailleurs que les modifications climatiques qui accaparent aujourd’hui l’essentiel des débats (et par là des éléments des calculs d’impact individuel) pourraient avoir des effets limités à quelques siècles alors que la disparition des espèces liée à nos effectifs aura des conséquences sur des millions d’années. Combien faudra-il de temps à la nature pour « réinventer » un tigre ou son équivalent ?

Ce débat sur les animaux correspond à une réalité bien matérielle mais il a aussi un sens moral. Une humanité qui se moquerait du sort qu’elle réserve aux autres espèces ne serait tout simplement pas digne des efforts consentis pour la préserver et pour lui assurer un avenir supportable. C’est là aussi le sens profond d’un combat pour une démographie plus modeste et plus responsable.

____________________________________________________________________________________________ 

(1) Cette situation devrait perdurer jusque vers 2025. Au-delà, selon toute vraisemblance, c’est l’Inde qui passera en tête de ce classement démographique. Difficile d’imaginer ce que donnera ce pays immense qui en 2050 aura une densité supérieure à 550 habitants au kilomètre carré (4,8 fois la densité française d’aujourd’hui) et qui devra faire vivre plus d’un milliard et demi d’habitants dont plusieurs centaines de millions de personnes âgées. Qui osera alors prôner une augmentation de la natalité pour lutter contre le vieillissement de la population ? Et pourtant, nombreux sont encore les économistes qui prédisent à l’Inde un avenir plus brillant qu’à la Chine grâce à son dynamisme démographique !

nb: L'ensemble des arguments présentés ici ont été préalablement publiés sur le site de l'association Démographie Responsable 

 

Par Didier BARTHES - Publié dans : Démographie
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Vendredi 4 mars 2011 5 04 /03 /Mars /2011 16:16

L'Earth System Research Laboratory (ESRL) vient de publier les statistiques 2010 de concentration de CO2 dans l'atmosphère à partir des études menées sur le volcan Mauna Loa.

Si, avec + 2,4 ppm, l'année ne marque pas la plus forte croissance jamais enregistrée (1),  la décennie désormais achevée : 2000 - 2010 a  battu tous les records d'augmentation  avec + 20,4 ppm en dix ans ce qui correspond à + 5,5 % (soit + 0,54 % par an).  

La décennie précédente, de 1990 à l'an  2000 avait pour sa part connu une augmentation de 15,2 ppm ce qui correspond à  + 4,3 % (soit + 0,42 % par an).

Non seulement la croissance du taux CO2 ne recule pas, mais elle accèlère en termes absolus et même en termes relatifs. Nous modifions sensiblement la composition de notre atmosphère et cela de plus en plus rapidement.

L'avenir promis au charbon et la récente explosion de l'exploitation des gaz de schistes ne sont pas pour inverser cette inquiétante tendance.

Quant à l'évolution du taux de CO2 sur longue période, le graphique ci-dessous vaut tous les discours.  Elle est forte, continue, durable et sans le moindre signe d'affaiblissement depuis 1960.

Nous voilà en moyenne sur l'année 2010  avec 389,78 ppm de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, autant dire 390 (contre 280 à l'ère pré-industrielle). Nous nous dirigeons tout droit vers les 400 que nous atteindrons vers 2015. Nul doute que nous nous attaquerons alors au pic des 500 avec le même allant.

 

Graphique co2 CO2 annuel janvier 2011-copie-1

courbe rouge: données brutes, courbe noire: données désaisonnalisées

 

Pour plus d'informations, consultez les  statistiques de l'ESRL 

Voir également les pages chiffres clefs du CO2 sur ce site.

 

(1) L'année 2003 avait connu une augmentation de + 2,6 ppm. Sans battre le record donc, 2010 constitue cependant l'une des années de plus forte croissance de ce taux de CO2. Vous pourrez remarquer une divergence entre ces données et d'autres que l'on trouve sur le lien indiqué de l'ESRL.  C'est parce qu'ici les croissances annuelles sont calculées sur les valeurs moyennes de l'année alors que le tableau fourni sur le site de l'ESRL les donne sur les valeurs au 1er janvier (et là c'est en 2002 que le record de croissance avait été atteint).

Rappel : ppm = parties par million (dans le total des molécules athmosphérique ne sont pas comprises les molécules d'eau (vapeur) dont la proportion est variable en temps comme en lieu). 

Par Didier BARTHES - Publié dans : Actualités
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Jeudi 17 février 2011 4 17 /02 /Fév /2011 12:04

Mondialisation – Sept milliards et demi d’hommes en 2020 – Dégâts du progrès – Choc en retour des externalités négatives – Hausse généralisée des prix et des charges – Stagnation des revenus – Crise de l’Etat providence – Pouvoir d’achat en forte baisse – Crise de la société de croissance – Interrogation sur la résilience d’une société urbanisée.

 

On subodore souvent qu’avec une politique économique prenant sérieusement en compte les contraintes écologiques, le pouvoir d’achat des Français et leur niveau de vie baisseraient. Mais peut-être faut-il aussi s’intéresser au devenir du pouvoir d’achat dans le cadre actuel de l’économie mondiale de croissance : comment celui-ci va-t-il vraisemblablement évoluer pour les Français dans les années Dix de ce siècle ?

Il ne s’agit évidemment pas de tenter de faire des prédictions aussi précises qu’incertaines mais de regarder quels impacts auront sur nos vies quotidiennes l’approfondissement des tendances déjà à l’œuvre dans nos sociétés.

Quelles sont-elles ?

La première de ces tendances, c’est la mondialisation, ce phénomène de généralisation de l’économie capitaliste basée sur une prédation sauvage des ressources de la planète, née en Occident, et qui par un mouvement formidable se déploie dans le monde entier jusqu’à prendre à contre-pied les vieux pays riches, organisant avec sa loi d’airain d’un marché implacable le déclassement de pans entiers du système productif construit au XXème siècle (1).

Et cette mondialisation a pour effet de faire passer brutalement l’écologiquement coûteux life model, connu en Occident depuis la fin de la seconde guerre mondiale, de 1 à 3 milliards de pratiquants environ, et ce avec un effet, petit mais certain, d’entraînement pour les 4 milliards d’humains pauvres restant (2). Or ce life model est très demandeur de matières premières pour fonctionner : terres rares, minerais divers, charbon, gaz ou pétrole, mais aussi bois et céréales, et la liste n’est pas limitative (3). Cela se traduit et se traduira nécessairement par une tension accrue sur les marchés de matières premières (4): rien n’empêchera une hausse sensible des cours mondiaux dans les années qui viennent.

La seconde de ces tendances, c’est l’encore fort accroissement démographique prévisible de nombreux pays comme la Turquie, l’Egypte, l’Algérie, l’Iran, le Pakistan, le Bengladesh ou l’Inde, sans oublier de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne. Bref, et même si des zones entières vont voir leur population se stabiliser ou même un peu décroître comme le Japon, la Russie ou l’Allemagne, le solde positif à l’échelle du monde devrait être approximativement de 800 millions d’habitants pour la décennie 2010-2020. Ce qui, même s’il s’agit de populations dans l’ensemble pauvres, donc très sobres, qui seront plus nombreuses, pèsera sur la demande de nourriture, se traduira par des crises alimentaires et renforcera les tendances haussières.

La troisième tendance, c’est une France plus en plus polluée et cassée, où nous allons commencer à percevoir de façon sensible les effets négatifs de nos choix productivistes et consuméristes. Si ceux-ci nous ont dans un premier temps apporté un confort inconnu dans l’histoire, avec des bâtiments bien clairs et bien chauffés, avec des facilités techniques qui ont épargné la dure peine physique des hommes dans la plupart des métiers, avec une nourriture abondante riche et variée, avec des possibilités de transport inimaginables pour l’immense majorité d’entre nous il y a seulement cinquante ans, eh bien nous commençons à sentir le revers de la médaille. Faut-il alors parler de la pollution urbaine et de ses pics qui se traduisent en centaines de morts ? Ou plutôt évoquer la croissance des cancers sans doute en partie liée à la soupe chimique dans laquelle nous baignons en permanence, que ce soit en respirant ou en mangeant (5) ? Peut-être peut-on regarder aussi les courbes en baisse des rendements agricoles dans les terres saturées d’intrants chimiques ? Ou les factures de plus en plus fortes du nettoyage des plages bretonnes envahies par les algues vertes ? Ou la pêche de moins en moins rentable du fait de la raréfaction de la ressource (6) ? Bref des coûts de santé croissants pour nous et des rendements décroissants pour ce qui a trait à l’exploitation du vivant. En d’autres termes, les externalités négatives trop longtemps négligées finissent toujours par provoquer un choc en retour auquel la société toute entière est confrontée.

La quatrième tendance, c’est l’urbanisation de nos vies, et en contrepartie, des campagnes expulsées de l’histoire (7). C’est un mouvement lent, ancien, qui continue, mais dont nous ne percevons que peu à peu les conséquences délétères. Avec une vie quotidienne dans les mégalopoles zonées en quartiers et banlieues divers, une majorité de nos concitoyens vivent hors sol et ne perçoivent plus la nature que comme un terrain de jeux où se ressourcer en de brèves périodes. Ceux-ci n’ont point perçu les dégradations faites à notre biotope depuis les années 1950 : dans les cités rien n'a changé en apparence, on ne voit pas les abeilles de moins en moins nombreuses, on ne voit pas la morue décimée, on ne perçoit concrètement aucun des signaux d’alerte que tous les reportages sur la nature égrènent sans cesse.

Au-delà de cette coupure avec la nature qui empêche bon nombre d’entre nous de sentir l’urgence à agir, l’artificialisation de nos vies via un milieu entièrement contrôlé par l’homme modifie en profondeur toute une part de notre culture. A la confrontation incessante avec un milieu difficile se substitue une logique d’ingénierie sociale uniquement centrée sur nos problèmes humains.

Prenons l’exemple de la mobilité : nous sommes prêts à investir des centaines de millions d’euros et de bouleverser des milliers d’hectares de cultures de prairies et de forêts pour gagner quelques dizaines de minutes sur un trajet en train (8) ; plus drôle, nous disons faire cela au nom du développement durable, en comparant le TGV au mode encore plus énergivore et polluant qu’est le transport par avion.

Prenons l’exemple de l’école : quand un enfant de la troisième république avait en permanence le sentiment que le temps de l’école était un temps presque volé à la nécessaire production, un enfant d’aujourd’hui traînera souvent des années en classe et demandera à 18 ou 20 ans le droit à une deuxième chance (9) ; il ne s’agit après tout que d’une question d’allocation de ressources pour laquelle il est prêt à manifester.

Dans cet univers artificiel, l’erreur est diluée et presque toujours perçue comme rattrapable ou maîtrisable : nous voyons rarement et supportons encore moins les conséquences brutales de nos fautes, à la fois englués et pris en charge que nous sommes, par un Etat appuyé sur des ressources dont on ne pense pas l’épuisement, par un Etat qu’on pense Providence.

Ces tendances dites, comment peut-on imaginer vivre ces dix prochaines années si ce n’est avec :

- des pertes d’emploi, que ceux-ci soient peu qualifiés ou qualifiés, avec la montée en puissance, en nombre comme en qualité, des étudiants chinois ou indiens,

- des hausses de salaires très faibles, afin de ne pas accroître le gap avec les économies dites émergentes,

- une hausse des prix assez forte, concernant tous les types de produits, des objets manufacturés à la nourriture ou l’énergie, liée à la tension sur les marchés mais aussi aux normes environnementales édictées pour limiter un tant soit peu notre empreinte écologique,

- des coûts de santé croissants, dus à la fois aux effets de la pollution et au vieillissement de notre population, lui-même généré par la moindre croissance démographique prévisible (10) ,

- des impôts sans doute augmentés pour faire face à la demande de prise en charge par une population assaillie par les difficultés sus énoncées.

En une phrase, vivre avec plus de chômage et des salaires stagnants côté ressources, et côté dépenses, des prix tendanciellement à la hausse accompagnés de charges sociales et fiscales toujours plus élevées : juste de quoi être pris dans un effet ciseau. Sans doute atteindra-t-on des points de rupture pour des franges importantes de la population française. Et tout ceci risque d’être vécu d’autant plus durement que la société de croissance a créé une addiction à la consommation individuelle devenue indispensable à l’estime de soi ; un sevrage brutal sous l’empire de la nécessité pourrait se révéler lourd de violences.

Nous voilà bien loin de l’idée d’un demain toujours et forcément meilleur, paradigme de la société de croissance. Même vu de façon cynique, il est peut-être temps de changer et de tourner le dos aux fausses promesses de cette société là. Le paradoxe est que le moment où cela devient le plus nécessaire de le faire est aussi le moment où notre population dans sa grande majorité ne sait plus vivre que dans un monde artificiel. Saura-t-on alors changer de cap ?

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1 : La solution à ce déménagement du tissu économique vers les pays à bas coût de main d’œuvre, ce qu’on appelle la délocalisation, a paru être l’instauration d’une société de la connaissance. Mais l’idée d’un partage du travail entre zones de conception des produits et de leur commercialisation et zones de fabrication se révèle concrètement inapplicable. Outre que ce concept ressemble fort à l’avatar d’un sentiment de supériorité à accent post colonial assez marqué, il a aussi l’inconvénient de faire fi des savoirs et savoir-faire bien présents dans les sociétés européennes des XIXème et XXème siècles. Le paysan, agriculteur bio sans le savoir, qui jonglait entre une dizaine d’espèces de pommiers pour optimiser leur production et les renforcer mutuellement n’avait donc pas de connaissances ? Le menuisier qui jouait avec intelligence sur les propriétés différentes du chêne, du châtaignier, du frêne et du mélèze pour faire des constructions durables sans recours à la chimie était-il lui aussi sans connaissances véritables ? Qui, du maraîcher d’hier n’utilisant aucun produit phytosanitaire et sachant organiser ses cultures en pilotant habilement leur rotation et leur positionnement afin que les espèces se soutiennent entre elles dans une bio-dynamie, ou du jeune cadre en marketing d’aujourd’hui matchant des fichiers clients, est-il le plus représentatif d’une société de connaissance ? Il serait aussi temps d’arrêter ce mépris pour le passé de notre société et de renouer avec l’humilité et la lucidité.

Sur ce thème, cf. l’article de Natacha Polony, La société de connaissance a fait pschitt, 14 septembre 2010.

2 : Les 4 milliards d’hommes restant vivent dans les pays pauvres souvent à l’écart de l’économie-monde, ou dans les zones reculées des pays à économie dite émergente. Mais par effet tache d’huile ils ont accès à certains produits du monde industriel dont la pénétration a d’ailleurs souvent un impact déstructurant sur les économies locales. Ces hommes participent de façon significative à un mouvement d’exode rural pour renforcer l’habitat urbain dans les mégalopoles du tiers monde ; ce qui a pour effet de renforcer la marchandisation de biens précédemment libres d’accès ou dépendant surtout d’une auto production, comme l’eau du puits ou les cultures vivrières de leurs villages abandonnés.

3 : N’oublions tout simplement pas l’eau ou les terres agricoles.

4 : Si l’on prend l’exemple du pétrole, la déplétion pétrolière a sans doute commencé avec cette décennie 2010-2020 ; et son effet sur les prix sera d’autant plus fort qu’il ne s’agit plus seulement d’engager une extraction toujours plus complexe et plus coûteuse comme le croient les économistes de la terre plate : le sentiment réel d’approcher de la fin d’une énergie formidable, sans concurrence par ses qualités, ne pourra que renchérir sa valeur aux yeux des pays producteurs et du marché. La crise des ressources, la crise écologique et l’inflation ont désormais partie liée, et ce thème sera sans doute une des leçons majeures de la décennie 2010.

5 : Voir à ce sujet le documentaire Manger peut-il nuire à la santé ? réalisé par Eric Guéret, diffusé sur FR3 Mercredi 16 février 2011 à 22h55 ; voir aussi Notre poison quotidien, Comment l’industrie chimique empoisonne notre assiette, Marie-Monique Robin, La Découverte, Coll. Cahiers libres, 10 mars 2011

6 : Des bateaux de pêche plus gros pour aller plus loin, donc d’autant plus consommateurs de pétrole, pour moins de poissons : la surpêche et la pollution des océans ont un coût vraiment perceptible, sans parler des effets à plus long terme.

7 : Voir sur ce thème, l’article de l’auteur, Deux France et un avenir, 22 novembre 2010.

8 : Voir notamment les questions posées autour des nouvelles lignes à grande vitesse(LGV) au Pays Basque et les oppositions suscitées.

9 : Sur le même thème il peut sembler incompréhensible qu’il faille dorénavant prévoir des cours d’orthographe dans les universités françaises à destination d’étudiants dont le français est la langue native.

10 : Le net ralentissement de la croissance démographique française, ajoutée à l’augmentation pour l’instant enregistrée de l’espérance de vie, entraîne mécaniquement pour les années qui viennent un vieillissement de la population. Il ne faudrait cependant pas en conclure que les choses iraient mieux si la France maintenait son taux de croissance démographique, les taux enregistrés depuis la fin de la seconde guerre mondiale ne pouvant se maintenir sans créer une surpopulation inévitable dans un délai rapproché et ce même dans le cadre oublieux des contraintes écologique qu’est la société de croissance (rappelons que le pays a enregistré une croissance démographique de 44 % en 50 ans après la seconde guerre mondiale).

Par Jean-Christophe VIGNAL - Publié dans : Société
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Samedi 12 février 2011 6 12 /02 /Fév /2011 22:16

Monde complexe – Causes multifactorielles – Interactions industrie/planète – Facteurs dérangeants –Traitement simpliste – Illusion politique – Crise écologique - Nécessité d’agir en profondeur – Crise de la démocratie

 

Nous vivons dans un monde complexe, constitué par des interactions multiples, avec des enchaînements de causes et d’effets très rarement unifactoriels. Dans ces conditions il est toujours facile de trouver une part de responsabilité à un acteur ou un groupe d’opérateurs dont les objectifs ne recouvrent pas l’intérêt général ou qui ne sont pas suffisamment impliqués dans la résolution des difficultés et problèmes qui nous touchent collectivement. Il suffit ensuite de se focaliser sur cette part là de responsabilité pour minorer et souvent finir par oublier ou laisser dans l’ombre tous les autres facteurs qui mènent à une situation négative pour la collectivité. Or ces facteurs oubliés sont souvent ceux qui dérangent le plus l’ordre établi et notre vision du monde. C’est ainsi que trop souvent la complexité du monde dans lequel nous vivons constitue un terreau propre à l’activation du phénomène bien connu du bouc émissaire, concentrant sur un seul groupe la responsabilité des choses négatives qui adviennent ou se profilent.

Des exemples ?

Le rôle de la spéculation dans l’augmentation des prix alimentaires mondiaux revient régulièrement sur le devant de la scène. Et même assourdie, l’imprécation contre les spéculateurs a toujours quelque chose de Marat criant à la mort contre les accapareurs. Oubliant la règle bien connue qu’un spéculateur ne peut aller longtemps contre la tendance dominante. Oubliant surtout qu’aujourd’hui l’augmentation des prix alimentaires se nourrit d’un triple mouvement. D’une part d’une demande croissante en céréales pour faire face à l’alimentation du bétail, les pays dits émergents calquant de plus en plus leur consommation de produits carnés sur celle de l’Occident. D’autre part du constat d’accidents climatiques plus forts et plus nombreux sur des cultures de plus en plus spécialisées supportant moins bien qu’auparavant les aléas. Et surtout d’une demande de nourriture liée à l’augmentation de la population humaine : faut-il rappeler que l’apport supplémentaire prévisible d’hommes entre 2000 et 2050 est égal à la population terrestre en 1960, soit 3 milliards d’humains ?

Mais il est évidemment plus facile et moins dérangeant d’accuser quelques spéculateurs que de questionner les mérites à long terme de la Révolution Verte, de remettre en cause notre mode alimentaire pour aller vers moins de viande ou de poisson, de s’interroger sur nos rejets industriels et de leurs impacts sur l’atmosphère terrestre et le climat, et aussi de limiter la croissance démographique de notre espèce dans les pays riches comme dans les pays pauvres (1).

La récente campagne de Greenpeace ‘Petrol Addict’ est à cet égard subtilement intéressante ; dans son énoncé elle dénonce notre addiction au pétrole et nous pouvons penser que nous sommes dans la situation d’un drogué qui va devoir faire de sérieux efforts pour se désintoxiquer. Très vite pourtant c’est le jeu des pétroliers dans notre addiction aux énergies fossiles qui est pointé du doigt, ceux-ci étant en quelque sorte assimilés aux mauvais dealers. Et pour continuer dans cette attitude de déresponsabilisation de nous, pauvres citoyens-consommateurs, c’est ensuite l’absence d’une politique volontariste des états qui est soulignée (2). Mais sommes-nous si innocents de nos pratiques ? Peut-on raisonnablement accuser les pétroliers avides et les états incapables de nos envies de voyages by air ? Est-ce aussi la seule théorie appliquée du complot qui peut expliquer que nous avons choisi de construire à faible coût des maisons ‘passoire thermique’ ou n’est-ce pas plutôt notre soif de consommation qui nous a amené à réduire la part du budget consacré au logement, l’investissement initial dans une maison passive étant bien plus élevé ? Qui encore nous pousse à consommer des fraises en hiver si ce n’est d’abord nos propres envies ? Nous sommes aussi des consomm’acteurs, et pour le pire.

Mais il est plus aisé de mettre en question les compagnies pétrolières et l’impéritie des états que de s’en prendre frontalement à notre life model et aux choix de consommation que l’immense majorité d’entre nous ont fait.

Il est pourtant indéniable que les spéculateurs, les compagnies pétrolières et les états avec leurs politiques écologiques inexistantes ou timorées ont façonné et façonnent le monde dans lequel nous vivons : ils ont leur part de responsabilité dans le monde tel qu’il est. Ce que nous voulons dire ici c’est seulement que le contrôle ou la réorientation de leurs activités seront très loin d’être suffisants, que la dénonciation du rôle de ces acteurs ne doit pas cacher que d’autres facteurs bien plus significatifs doivent être remis en question.

Le risque ici est de tomber dans le piège de l’illusion politique (3), en circonscrivant le problème à l’action de quelques-uns uns que l’on peut contrôler et infléchir. Dans un premier temps ou sur un territoire précis, les choses peuvent s’améliorer ou se maintenir en l’état : on peut alors oublier l’exploitation de gaz de schistes au Larzac comme on a pu éviter aux bretons de Plogoff le voisinage d’une centrale nucléaire tout en ne remettant pas en cause nos besoins profonds en énergie … et tout le monde est content. Sauf que cette attitude va se répercuter sur d’autres ailleurs sur la planète, et qu’en plus le problème se reposera plus tard de façon encore plus aiguë. On peut de même casser ou à tout le moins contenir la spéculation sur les denrées alimentaires et les prix augmenteront un peu moins haut un peu moins vite ; mais ils continueront à terme d’augmenter jusqu’à devenir insupportables pour beaucoup si l’on ne s’attaque pas aux causes structurelles.

Dans la complexité des interactions entre un monde dominé par l’industrie et une planète aux équilibres fragiles, il y a toujours des éléments critiques plus faciles à percevoir et plus aisés à combattre. Et la complexité du réel devient alors, dans nos sociétés de masse basées sur le consentement de chacun (4), le prétexte à un traitement simpliste aussi perceptible à court terme qu’inefficace dans le temps long, comme en écho à cette trop humaine tradition du bouc émissaire.

La réponse à cela : l’honnêteté rigoureuse et la volonté d’aborder frontalement les difficultés. Car il y a une urgence de la situation, une urgence à agir efficace. Nous sommes en train de rencontrer les limites de notre planète, le temps de la ruse, de l’évitement, et du bouc émissaire se termine, il s’agit désormais d’agir sur les causes profondes, même et surtout quand les changements à mettre en place impactent durement l’immense majorité des acteurs.

 

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(1) A côté de la spéculation, sont souvent dénoncés les conflits armés, les politiques inadaptées et surtout un partage des revenus inique. Tous ces éléments ont effectivement un rôle dans les cas de malnutrition, mais ils ne doivent surtout pas masquer les problèmes majeurs que nous risquons de rencontrer si nous ne traitons pas les éléments structurants de la question alimentaire.

(2) Avec sa campagne ‘Petrol Addict’ Greenpeace invente le citoyen responsable mais pas coupable. En mettant en avant « les pétroliers qui entretiennent cette dépendance » et en demandant aux « états d’offrir d’autres choix aux citoyens » Greenpeace nous lave plus blanc, aurait pu dire Coluche. Bien loin en tout cas des théories de Marsile de Padoue, ce défricheur de l’Etat laïque (voir à ce sujet Gérard Mairet, « La Genèse de l'État laïque, de Marsile de Padoue à Louis XIV », publié in Histoire des idéologies, sous la dir. de François Chatelet, t2, Hachette, 1978). Oubliant quelque peu au passage que ces états ne sont, dans nos pays démocratiques, que l’expression des volontés citoyennes. Et que le travail des écologistes devrait alors s’articuler d’une part en un modèle de consommation pauvre pour eux-mêmes et d’autre part en une action d’entraînement de leurs concitoyens pour formaliser, avec tous les moyens de la Puissance Publique, une vita povera collective. A contrario de cette attitude externalisant les responsabilités et attendant la solution de l’Etat, la Fédération des végétariens d'Allemagne (VEBU) propose aux Allemands, secoués récemment par un nouveau scandale de viande contaminée à la dioxine, de devenir « végétarien à mi-temps » : L'idée est simple : deux partenaires décident de former un tandem, diminuent chacun de moitié leur consommation de viande et de poisson et parviennent ainsi à l'effet positif d'un végétarien", a expliqué Katharina Rimpler, initiatrice du projet.

(3) Référence est faite ici à Jacques Ellul, L’illusion politique, Paris, Ed. Robert Laffont, 1965.

(4) Le consentement de chacun s’exprime en démocratie par le vote, généralement structuré par deux partis antagonistes. La difficulté provient du besoin de simplification des enjeux politiques rarement adapté aux problématiques complexes ; de plus le système concurrentiel auquel sont soumises les équipes politiques dirigeantes ne les incite pas à promouvoir des politiques rigoureuses dont les résultats ne seront perceptibles que bien au-delà de leur mandat électoral. Rappelons que notre système politique s’est construit en même temps que la société de croissance : est-il capable de piloter une société en transition rapide vers une faible empreinte écologique et devenue parcimonieuse ? Sur ce thème les réflexions de Tocqueville sur les risques de la société démocratique rencontrent les questionnements de l’écologie politique d’aujourd’hui.

 

Par Jean-Christophe VIGNAL - Publié dans : Société
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Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 14:24

Comme tous les ans, afin de mieux connaître le point de vue des principaux acteurs du monde de l’énergie, nous avons assisté au colloque Panorama organisé par l’Institut Français du Pétrole (désormais IFP Energies Nouvelles).

Ce colloque avait cette année pour thème : De l’eau pour l’énergie ! Production de carburants et d’électricité.

 

M. Oliver Appert président d’IFP a d’abord présenté un bilan des faits marquants de l’année 2010 pour les marchés du pétrole et du gaz.  

Pour le pétrole.

Globalement la tension sur les marchés a été relativement forte et en 2010 le prix du pétrole a connu une hausse de 30 %, le baril atteignant 80 $. Cette hausse est liée à une progression de la demande de 2,5 Mbj au cours de l’année.

Pour l’année 2011, Olivier Appert envisage toujours des cours assez élevés (80 à 95 $ selon le scénario central) car la demande reste forte, en particulier en provenance des pays émergents. M. Appert rappelle que malgré la crise qui fait la une des médias, le monde connaît globalement une forte croissance économique qu’on peut évaluer à + 4,5 % par an (niveau proche des records de 2004 - 2008). La progression en terme de demande pétrolière devrait dépasser 1 Mbj sur les quatre prochaines années. « Le paysage pétrolier futur est intégré dans les prix spot » précise le président d’IFP.

Toutefois cette pression sur la demande ne devrait pas pousser les cours du pétrole à flirter avec les sommets de 150 dollars que le baril avait atteints lors du premier semestre 2008 et ce pour plusieurs raisons :

- Le dollar est plus fort (notamment face à l’euro) qu’à l’époque de ces « records ».

- Les pays producteurs disposent aujourd’hui de capacités excédentaires de production de 6, 5 Mbj alors qu’elles n’étaient que de 1,5 Mbj en 2008. (ces excédents potentiels sont toutefois amenés à se réduire dans le moyen terme).

- Les stocks de sécurité des pays consommateurs sont aujourd’hui au plus haut.

M. Appert insiste également sur le coût des substituts au pétrole  et sur celui des pétroles non conventionnels. Ceux-ci appelés sont à se développer mais leur prix de revient est non négligeable et il agit indirectement sur les prix actuels du pétrole.

 

Pour le gaz.

En 2010 les cours du gaz ont été marqués par une double déconnexion : Déconnexion croissante d’avec les cours du pétrole et déconnexion entre les prix du marché spot et les prix à terme ce qui a parfois handicapé les acheteurs liés par contrat qui se sont trouvés à payer le gaz plus cher qu’au prix de marché.

Cette déconnexion des prix du gaz trouve sa source dans le développement important de l’exploitation des gaz non conventionnels : tight gas, shale gas et gaz de houille (voir article publié sur ce site ainsi que le dossier réalisé par wikipedia (ici liens)) dont l’exploitation explose véritablement et change la donne pour les années à venir.

L’envolée des shales gaz (gaz de schiste) est illustrée par l’évolution de leur production aux Etats-Unis :

10 milliards de mètres cubes en 2000, 100 milliards 10 ans plus tard en 2010 et l’on prévoit 300 milliards de mètres cubes en 2030 (cette prévision pour 2030 était encore moitié moindre l’an dernier !).

Oliver Appert, tout en appelant à beaucoup de prudence envers cette estimation, considère qu’il n’est pas exclu que l’exploitation de ces ressources non conventionnelles permette de multiplier par deux les réserves de gaz exploitables sur la planète. Cette prudence se justifie par le peu de recul dont nous disposons aujourd’hui sur leur exploitation. A terme, l’équilibre « offre – demande » devrait cependant se rétablir car la consommation de gaz de croître de 2 % par an environ (comme le rappelle souvent Economie Durable, nous sommes dans un monde fini où aucune ressource matérielle ne pourra durablement faire face à une croissance permanente de sa consommation).

Dans sa conclusion M. Appert a notamment insisté sur la pression en faveur des énergies renouvelables que fait peser l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 2 C°. Selon la plupart des experts, cela implique de ne pas dépasser une concentration de 450 pmm de CO2 dans l’atmosphère. Objectif qui suppose une mutation profonde des politiques énergétiques.

 

M. Jean- François Curci (Agence de l’eau) a présenté les activités de l’agence de l’eau et rappelé quelques ordres de grandeur

Dans le bassin Rhône Méditerranée, la puissance hydroélectrique est de 11 412 MW et la production d’électricité annuelle est de 46 618 Mwh, ce qui représente 60 % de la production hydroélectrique française.

M. Curci a fortement insisté sur le souci qu’avait son agence de la prise en compte des impacts environnementaux. Il estime qu’on devrait pouvoir augmenter (à la marge toutefois) cette production électrique sans augmenter le nombre de sites de production (le Rhône est déjà suréquipé en la matière).

 

M. Patrick Sambarino (EDF) a décrit l’importance de l’eau dans le cycle de production électrique et a rappelé toutes les activités d’EDF en la matière (la copie des documents de cette intervention est disponible dans le compte rendu de L'IFP).

 

M. Bertrand Garnier (Suez Environnement) a rappelé quelques fondamentaux sur la consommation d’eau :

Le monde consomme environ 4 millions de kilomètres cubes d’eau chaque année (soit 4 millions de milliards de mètres cubes) et cette consommation devrait croître de 60 % d’ici 2025, soit dans 15 ans seulement ! L’usage agricole reste dominant.

M. Garnier a tenu à souligner la pression croissante à laquelle sont soumis les industriels en matière environnementale. Il a également évoqué la variété des procédés de dessalement de l’eau de mer et a rappelé qu’en 20 ans les coûts du dessalement avaient été divisés par 10 ce qui ouvre bien entendu de nouvelles perspectives à ces techniques.

 

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Panorama est un ensemble de colloques organisés chaque année par IFP Energies Nouvelles. Ces réunions comprennent une session à Paris et une autre à Lyon (précisément à Solaise , siège de l’IFP de la région lyonnaise). Cet article porte sur la réunion de Solaise.

Vous trouverez via les liens ci-dessous le compte rendu du colloque par IFP ainsi que ceux des années 2008 et 2010.

Panorama 2011 : Sessions de Paris et de Lyon, Compte rendu de l'IFP

Panorama 2010 : Quelles ressources en matières premières pour un système énergétique durable ?  Compte rendu d'Economie Durable  et  Compte rendu de l’IFP

Panorama 2008 : Quel avenir pour le Charbon ? Compte rendu d’Economie Durable _________________________________________________________________________

Cette année les intervenants  à Panorama 2011 (Session de Solaise) étaient :

M. Olivier Appert : Président d’IFP Energies Nouvelles.

M. Jean-François Curci : Directeur des interventions, Agence de l’Eau Rhône - Méditerranée et Corse.

M. Bertrand Garnier : Directeur Technique et ingénierie d’Ondéo IS, Suez Environnement.

M. Patrick Sambarino ; Directeur délégué à la Coordination de l’Eau « Alpes Méditerranée », EDF.

L’animation était assurée par le journaliste scientifique M. Fabrice Papillon.

 

Par Didier BARTHES - Publié dans : Energie
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Mercredi 2 février 2011 3 02 /02 /Fév /2011 09:40

Inefficience des pouvoirs – Crise économique – Concurrence des BRIC - Chômage des jeunes – Inflation – Révolte – Pouvoir de l’armée - Révolution du Jasmin – Révolution égyptienne – Rente pétrolière - Crise alimentaire - Surpopulation – Crise écologique - Temps des troubles

 

Des sociétés voisines craquent. Toutes connaissent un pouvoir politique fort, et qui a été longtemps en capacité de "tenir" chacun des pays malgré et à travers moult vicissitudes. Sans tenter d’imaginer ce qui va advenir et surtout sans préjuger de la capacité de ces états à traverser la crise présente, il est important de regarder la nature de cette crise.

En apparence, celle-ci est d’abord perçue comme la résultante d’un exercice du pouvoir peu efficient, infoutu d’opérer une distribution correcte des richesses et d’assurer des perspectives à ses jeunes ; c’est ce que disent les manifestants qui dénoncent la corruption endémique au profit d’une minorité de privilégiés. Certains analystes vont plus loin en repérant l’inadéquation entre une population de jeunes mieux formée issue de l’université, et une économie basée sur une production low cost qui n’a que faire de ces jeunes gens … qui restent inemployés avec une rage d’autant plus grande qu’ils ont cru à la logique de progrès qui présidait à leurs études. Ajoutez à la corruption, à une société marquée par des inégalités croissantes et au chômage des jeunes, une flambée des prix alimentaires … et vous avez des crises sociales et politiques majeures.

Bien sûr on ne peut que penser que des pouvoirs plus souples, mieux organisés, plus habiles à entendre les doléances de leur population, plus capables de redistribuer équitablement la rente pétrolière quand elle existe, et surtout meilleurs stratèges dans le positionnement de leur pays dans le nouveau cadre de l’économie mondialisée, n’auraient pas eu à faire face à une telle situation et seront les bienvenus. C’est d’ailleurs sans doute cette politique-là qui sera suivie après le temps des troubles.

Tunisie, Egypte, Algérie, ce "T.E.A. Movement " sonne comme un printemps en hiver et fait vibrer les démocrates qui gardent en tête les belles images fondatrices des rébellions occidentales, de 1848 à celles plus récentes qui ont vu les pouvoirs soviétiques s’effondrer. Comme une promesse d’un monde meilleur. Mais demain sera-t-il meilleur ?

Ce serait oublier quelques faits, têtus comme toujours.

Et surtout le fait que ces pays ont connu en un demi-siècle un quasi-triplement de leur population. Quel pays peut digérer une telle croissance démographique sans rencontrer d’immenses difficultés ? Comment ajuster les structures scolaires et régler la question de l’habitat ? Comment trouver du travail à chacun ? Imaginons une France passée en 50 ans de 40 à 120 millions d’habitants, avec 75% de jeunes de moins de 30 ans : où en serions-nous ?

C’est bien là toute la difficulté rencontrée par les pouvoirs aujourd’hui honnis, et qui sera à résoudre demain.

Bien sûr ces pays bénéficient de rentes pétrolières ou touristiques, et ces ressources permettent une certaine redistribution. Mais c’est une évidence qu’il faut rappeler, plus il y a de monde et plus la fraction qui peut être allouée à chacun est faible. Or ces pays sont très loin d’être autosuffisants en matière alimentaire, et leur capacité à sensiblement améliorer la production agricole est très mesurée au vu de leur géographie : ils sont donc en première ligne face à l’augmentation des prix mondiaux de la nourriture qui ne devrait aller qu’en s’accélérant, pris en tenaille entre une demande croissante (1) et une production affectée par les troubles climatiques croissants et les effets négatifs de la Révolution Verte (2).

Bien sûr, ces pays disposent d’une population jeune et nombreuse, et cela pourrait être un atout. Mais pour que cela en devienne un dans les faits, il convient que ces jeunes puissent s’insérer dans l’économie mondiale en travaillant dans leur pays. Or à quoi assiste-on depuis quelques années, si ce n’est à l’effondrement des entreprises, notamment dans le textile, durement concurrencées par les pays du bloc BRIC (3) ? Nécessité faisant loi, on peut toutefois imaginer une meilleure intégration dans le nouvel ordre économique mondial, mais de là à pouvoir créer des emplois pour des dizaines de millions de jeunes (4) dans un marché saturé …

En fait ces pays sont dans une impasse, avec une population dont ils ne savent que faire et qu’ils n’arrivent à nourrir que de plus en plus chichement en dépendant d’importations grandissantes. Sans compter que la rente pétrolière dont certains bénéficient ne sera pas éternelle. Alors, si un pays c’est d’abord une population sur un territoire, force est de constater que trois là vivent aujourd’hui au-dessus de leurs moyens, en rupture écologique avec ce que peut leur fournir durablement le territoire qu’ils occupent.

Tout se passe comme si ces pays, dans la foulée des indépendances et l’émergence revendiquée du tiers-monde, avaient oublié leur condition de pays abritant une population peu nombreuse vivant sobrement dans des territoires en bonne partie peu favorables à l’homme, avec d’importants déserts et semi-déserts. Comme si ces pays, qui ont recouvré leur pouvoir sur eux-mêmes dans le moment historique où l’humanité toute entière s’est mise à croire follement en une croissance matérielle infinie et à la domination absolue de l’homme sur la nature, avaient plus que d’autres cru à ses chimères. Ils ont cru que chacun dans ce nouveau monde trouverait sa place et qu’il n’était alors plus nécessaire de s’ajuster aux ressources de la petite ferme ou de l’atelier dont chaque homme avait la charge. Ils ont cru que l’on pouvait s’affranchir de ces contraintes, que l’on pouvait arrêter de penser petit, prudent, modeste (5).

Ces pays et leurs populations payent cash et les premiers une erreur que nous avons tous faite à des degrés divers. Et ils seront sans doute rejoints par d’autres pays, eux-mêmes marqués par une population en croissance forte sur un territoire inapproprié à leur fournir les ressources nécessaires.

Derrière le Printemps des peuples, le début des crises.

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(1) Demande croissante portée à la fois par la croissance démographique mondiale (9 milliards en 2050) et par les changements de consommation alimentaire dus notamment à l’élévation du niveau de vie dans les pays à économie dite émergeante (par ex. plus de viande elle-même plus consommatrice de ressources).

(2) La Révolution Verte, cette révolution agricole basée notamment sur la sélection des semences, la mécanisation et l’utilisation d’intrants chimiques, a contribué à une augmentation rapide des rendements mais aussi à une fragilisation des milieux écologiques qui commence à se traduire maintenant par des baisses de rendements allant parfois jusqu’à une stérilisation des terres agricoles.

(3) BRIC est un acronyme qui désigne le groupe de pays formé par le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine

(4) Sur ce thème, voir l’article de Gilles Bridier :" Pour la jeunesse algérienne, le pétrole est un mirage " source : Api.doc,

(5) Le barrage d’Assouan dont les effets négatifs sur l’écologie de la vallée du Nil n’ont pas fini de se faire sentir est un bel exemple de cette immodestie.

 

Par Jean Bruguier - Publié dans : Actualités
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Dimanche 30 janvier 2011 7 30 /01 /Jan /2011 10:48

Le vent de révolte qui secoue aujourd’hui l’Egypte s’appuie sur deux motifs de mécontentement : L’absence de démocratie mais aussi les difficultés de la vie quotidienne liées en particulier aux prix de l’alimentation et au  fort taux de chômage chez les jeunes. Deux points très préoccupants.

Comment ne pas voir qu’à la source de ces problèmes se trouve la question démographique ?

L’Egypte compte 85 millions d’habitants pour une surface d’un million de kilomètres carrés soit un peu moins de deux fois la France. Chacun sait toutefois que ce pays n’est en réalité habitable et cultivable que sur une faible proportion de ses terres.

 A 90 % la population et les cultures (qui se font inévitablement concurrence) se concentrent dans le delta du Nil ainsi que sur une bande d’une dizaine de kilomètres de large au bord du fleuve sur 1000 kilomètres, du Caire jusqu’au pied du barrage d’Assouan. Grosso modo l’Egypte ne peut compter pour vivre et se nourrir que sur une quarantaine de milliers de kilomètres carrés. Ainsi ramené à la « surface utile », la densité de peuplement égyptienne approche 2000 habitants au kilomètre carré : Imaginez le niveau de la population française avec une telle densité !

L’Egypte est donc surpeuplée au regard de ses capacités réelles et ce surpeuplement se traduit par une forte dépendance alimentaire déja illustrée en avril 2008 par les fameuses « émeutes de la faim ». L’Egypte se trouve ainsi fragilisée par toute hausse du prix des denrées alimentaires. Ne pouvant les produire elle-même, elle les achète à l'extérieur et paye cash toute élévation des cours mondiaux, qu’elle provienne d' une tendance haussière générale ou  soit le fruit d’une spéculation passagère.

En plus du niveau de ses effectifs le pays souffre de la rapidité de leur évolution. En 200 ans, soit en seulement trois fois la vie d’un homme, l’Egypte a, selon les sources, multiplié ses effectifs par …20 ou par 40 ! (Les estimations de la population égyptienne en 1810 s’étagent de 2 à 4 millions d’habitants). Si l’ensemble de la Terre avait suivi la même pente, notre planète compterait aujourd’hui entre 20 et 40 milliards de terriens ! (nous étions un milliard en 1810)

Cette croissance est toujours très élevée : il y avait 21 millions d’Egyptiens en 1950, il y en a 85 millions aujourd’hui soit 4 fois plus en 60 ans. Pour 2011, l’Ined indique pour ce pays un taux de natalité de 23,8 pour mille, 2,73 enfants par femme et un taux de croissance annuel de la population de 1,7 % soit une augmentation de 1,4 million du nombre d’habitants chaque année ! Ces chiffres expliquent l’extrême jeunesse de la population égyptienne (30 % des égyptiens ont moins de 15 ans !) et donc l’arrivée continue d’un grand nombre de personnes sur le marché du travail. Un travail que justement, dans ses conditions, nul ne peut leur proposer.

Les autorités égyptiennes sont conscientes du problème, et savent parfaitement le défi que leur pose la démographie, « La croissance démographique est un obstacle essentiel à nos efforts pour le développement et l’élévation du niveau de vie », déclarait en 2008 le président égyptien Hosni Moubarak (voir article publié repris par le site Géopopulation). Cette conscience, hélas, ne suffit pas pour se traduire dans les faits par une politique efficace de lutte contre la surnatalité. Tous les acteurs de la vie politique égyptiennes d’ailleurs n’y souscrivent pas.

Encore une fois, la convergence d’une densité de peuplement excessive et d’une croissance trop rapide conduisent les hommes à la souffrance. Cela avait été le cas à Haïti où ces deux phénomènes avaient largement aggravé les conséquences du tremblement de terre. C’est aujourd’hui le cas en Egypte, et le régime qui prendra le relais, aussi démocratique soit-il, aura bien du mal à sortir le pays de l'ornière dans laquelle des décennies de laxisme démographique l'ont précipité. La démocratie elle-même, dont l'absence est l'autre cause du soulèvement populaire sera difficile à établir dans un pays soumis au manque structurel.

C’est en réalité l’humanité entière qui se trouve sous la pression de son propre nombre. Les mêmes causes favorisant les mêmes effets, à moins que notre espèce ne s'investisse clairement dans la stabilisation de la population mondiale, les révoltes du Maghreb en annoncent d'autres.

 

Par Didier BARTHES - Publié dans : Démographie
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Jeudi 27 janvier 2011 4 27 /01 /Jan /2011 14:16

Nouvelle bataille du Larzac – Présidentielle 2012 – Alliance entre socialistes et écologistes - Risque d’une victoire symbolique – Nécessité de convaincre les électeurs - Défendre une ‘vita povera’

 

D’un côté il y a la stratégie affichée d’Europe-Ecologie - Les Verts qui, après s’être fait reconnaître comme étant le seul parti écologique (1) , consiste à faire partie d’une majorité présidentielle dominée par le Parti Socialiste, Daniel Cohn-Bendit allant jusqu’à suggérer que la présentation d’un candidat autonome au premier tour, qu’il s’appelle Eva Joly, Nicolas Hulot ou Yves Cochet, serait contre-productive.

De l’autre il y a la mobilisation croissante des écolos, associatifs et politiques réunis, pour demander le gel des recherches de gaz de schiste prévues du Larzac à la Drôme en passant par les Cévennes, suite aux autorisations de recherche délivrées par Jean-Louis Borloo en mars 2010. Tout porte à croire que cette lutte qui commence va animer la mouvance verte dans les prochains mois et cristalliser les oppositions écologiques au pouvoir actuel et au déceptif Grenelle de l’Environnement qui a suivi sa mise en place.

Pas de chance pour le pouvoir, les régions concernées ont toutes une tradition de luttes et de résistances ; faut-il rappeler la bataille du Larzac qui fit plier l’armée (2), ou plus loin dans le temps, l’âpre lutte des camisards dans les Cévennes ? N’oublions pas non plus l’atout que peut présenter dans ce combat la personnalité de José Bové … bref tout est réuni pour faire de la bataille du gaz de schiste un combat symbolique à forte résonnance, et ce à la veille d’une échéance électorale importante.

Alors quel est le risque ?

Le risque est tout entier contenu dans la demande d’un gel des recherches. Nous avons déjà dit dans ce blog (3) que cela n’est pas suffisant, que se concentrer sur ce point-là et seulement sur celui-là réduit ce combat en un mouvement local d’opposition à l’installation d’une infrastructure d’utilité publique à voisinage désagréable. Ce qu’on qualifie souvent de ‘pas dans mon jardin’ résume une attitude somme toute assez égoïste. C’est écologiquement bien de s’opposer à l’exploitation de shales gas sur son territoire, mais il faut reconnaître que continuer dans le même temps à importer du pétrole et du gaz en grande quantité pour assurer un mode de vie construit sur la gabegie et les futilités suppose que les forages et la pollution soient chez les autres …

Le risque, en se concentrant uniquement sur une décision de gel des forages, c’est de permettre de construire un accord politique entre les écologistes et les socialistes qui fasse la part belle au symbolique, oubliant que si nous voulons nous passer des forages il nous faut aussi aller vers l’abandon programmé des énergies fossiles. Quoi de plus simple que de promettre pour 2012 un gel ou un moratoire des recherches, après une année 2011 scandée par une mobilisation écologique sans précédent sur ce thème ? Après tout, on importera un peu plus de pétrole et de gaz … Rappelons-nous 1981 et le Président Mitterrand, qui supprima d’un trait de plume la centrale nucléaire de Plogoff : grande victoire écolo certes, mais avez-vous vu pour autant une politique active pendant les deux septennats socialistes pour changer le mode de vie des français et le rendre un tant soit peu compatible avec les contraintes écologiques (4) ?

Autre temps, autres mœurs me direz-vous. Peut-être, mais les enjeux sont si importants, l’urgence écologique se fait tellement plus prégnante, que toute personne responsable n’a pas envie de jouer. Et comment croire à la mise en place d’une politique prenant en compte les contraintes écologiques à l’occasion d’une alliance inégale entre socialistes et écologistes, quand, par exemple et même si c’est un détail, Paris, la ville socialiste dirigée par un Bertrand Delanoë allié aux Verts, se révèle incapable d’interdire de chauffer les trottoirs (5), ou quand Jean-Louis Bianco, après d’autres, voit notamment "dans une croissance plus forte"  le moyen de financer le projet présidentiel socialiste ?

Nous n’avons plus les moyens d’être naïfs, et le coup de Plogoff on nous l’a déjà fait. Alors, même si c’est difficile de convaincre les citoyens de vivre bien plus sobrement, même si c’est difficile d’assumer le choix collectif d’une vita povera (6), c’est aujourd’hui d’abord cela le travail de ceux qui se veulent des écologistes, un travail d’explication, un travail ardu pour réussir à désintoxiquer (7) notre société des facilités et des futilités permises par l’oubli des limites, un travail politique pour rendre enfin possible ce qui est si nécessaire.

 

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(1) Si l’Alliance Ecologique Indépendante représentait quasiment 20 % du total des voix écologistes aux élections européennes en juin 2009 (avec 3.6 % des suffrages exprimés pour 16.3% pour Europe Ecologie), les élections régionales de mars 2010 ont vu un délitement électoral de ce parti composite, tantôt uni et présentant ses propres listes, tantôt divisé et soutenant le Modem ou Europe Ecologie. De même, le mouvement de Corinne Lepage, Cap 21, n’a pas su adopter une ligne nationale claire et a soutenu selon les régions soit Europe Ecologie soit le Modem.

(2) L’armée française avait envisagé l’extension d’un camp militaire au Larzac dans les années soixante-dix ; cette demande avait généré une forte mobilisation sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing, mobilisation qui s’est traduite en 1981 par la décision de François Mitterrand une fois élu Président d’annuler l’extension prévue.

(3) Cf. Larzac 2: NIMYG or not NIMYG? Le présent article se veut la suite du précité.

(4) Les écologistes de l’époque s’étaient concentrés sur l’opposition au nucléaire en protestant surtout contre la construction de chaque centrale et n’avaient que peu popularisé une option ‘négawatt’ rigoureuse, s’offrant ainsi la possibilité d’une victoire apparente à l’occasion d’un changement politique majeur mais ne se donnant pas les moyens d’infléchir sensiblement le mode de fonctionnement de notre société. Il n’est pas interdit de ne pas répéter la même erreur, et d’essayer de se donner ainsi les moyens politiques, grâce à l’adhésion d’une partie importante des citoyens à l’option ‘néga’, d’aller vers une société à basse consommation matérielle.

(5) Voir dépêche AFP du 26.01.2011, dans laquelle Lyne Cohen-Solal, adjointe au maire (PS) chargée du commerce, déclare seulement vouloir remettre en question le mode de chauffage au gaz des terrasses de cafés mais précise qu’il ne s'agit pas d'interdire le chauffage brutalement. Rappelons qu’en Scandinavie, chauffer les terrasses est prohibé et que des couvertures sont proposées.

(6) L’expression est construite en parallèle à celle d’arte povera ; ainsi la pauvreté n’est pas incompatible avec la beauté, l’énergie, la joie de vivre. Mais ce concept de vita povera est toutefois différent de celui de sobriété heureuse défendu notamment par Pierre Rabhi. Il insiste plus sur l’idée de pauvreté afin de marquer notre défiance vis-à-vis des nombreux discours écologisants qui tentent de masquer l’importance des changements et des sacrifices matériels à prévoir.

(7) La  campagne Petrol Addict  lancée par Greenpeace début 2011 est intéressante parce qu’elle tente d’aller au-delà d’une critique de la recherche d’énergies fossiles tous azimuts pour agir en amont en demandant à ce que des mesures soient prises afin que nos sociétés se libèrent de cette dépendance. Il est toutefois à noter que Greenpeace n’appelle pas dans sa campagne à une restriction volontaire massive qui nous priverait de facilités agréables pour faire chuter notre consommation de pétrole : aucun boycott de l’aviation civile à usage privé par exemple n’est lancé.

 

Par Jean-Christophe VIGNAL - Publié dans : Société
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Lundi 24 janvier 2011 1 24 /01 /Jan /2011 17:04

Larzac – forages autorisés – gaz de schiste- shales gaz– énergie fossile – croissance économique - José Bové - lutte – dignité - restrictions énergétiques - mode de vie sobre - vita povera

 

Il y a un peu plus de trente ans, le Larzac faisait l’actualité en refusant l’extension d’un camp militaire. Avec des manifestants souvent marqués par une culture mêlée d’antimilitarisme et de régionalisme (Gardarem lo Larzac, ce slogan occitan fut le fer de lance de cette bataille), appuyée sur un mouvement de retour à la terre, lui-même enfant de Mai 68 et du mouvement écologique du début des années 70. Et cette lutte devint un symbole, au point que le Président Mitterrand annula le projet en guise de don de joyeux avènement en 1981 (1) . C’est dire si le Larzac est une référence … et voilà qu’aujourd’hui la lutte recommence.

Non point contre les militaires mais contre les futurs forages pour y capter le gaz de schiste (2).

Sur le plan écologique, il y a effectivement de quoi s’inquiéter. Comme l’explique José Bové « dans le cas de gaz conventionnels, on creuse verticalement jusqu’à atteindre le gisement et ensuite on pompe. C’est assez simple. Pour le gaz de schiste, très diffus dans la roche, on procède par hydrofracturation. Il faut creuser verticalement entre 2 000 et 4 000 mètres sous terre puis horizontalement lorsque que l’on atteint la roche. Sous très forte pression, de gigantesques quantités d’eau et des produits chimiques sont envoyés pour faire éclater le schiste. Ce qui peut avoir d’énormes conséquences pour les milieux aquatiques, la chaîne alimentaire et la santé humaine » (3).

Il suffit de regarder ce qui se passe au Québec dans la vallée du St Laurent ou d’étudier la position des habitants de Pittsburgh, en Pennsylvanie, pour se convaincre que ces forages ne sont pas une bonne chose pour la région. La lutte au Larzac recommence donc, avec un comité de vigilance créé le 20 décembre 2010 à St Jean du Bruel (4), avec une demande de moratoire votée à Ste Eulalie de Cernon, avec une pétition aussi, et le soutien des Amis de la Terre (5).

Parce que le Larzac symbolise une trop rare victoire, ce nouveau combat doit se vouloir exemplaire.

Il est trop facile de protester contre l’exploitation de ces nouvelles et prometteuses ressources d’énergie fossile tout en souhaitant continuer à faire le plein de sa voiture avec un carburant à 1,5 euros le litre, à prendre l’avion pour ses vacances et à consommer des aliments préparés ou surgelés pour gagner du temps. A vouloir vivre dans une société pour qui la croissance économique avec toujours plus de biens est la solution à tous nos maux, du financement de nos retraites à la réduction du chômage ou de la pauvreté. Ce serait alors accepter que d’autres, bien loin de chez nous, voient leurs territoires dégradés pour notre confort de consommateurs ou de citoyens abandonnés à la facilité, qu’ils soient canadiens ou chinois envahis par la pollution des mines ou des centrales au charbon. Cette attitude, cet égoïsme ont un nom : Not In MY Garden, plus souvent énoncé NIMYG (6). Les accepter ne serait pas digne.

Pour mener un combat responsable contre les forages autorisés par le ministre du Développement Durable qu’était Jean-Louis Borloo (7), il ne nous reste qu’à proposer un plan drastique à effet immédiat de restrictions énergétiques. Dés maintenant, pourquoi ne pas réduire la vitesse à 110 km/h sur autoroute ? Taxer les énergies fossiles pour les consommateurs en échange d’une baisse des taxes et impôts actuels ? Décourager les voyages en avion ? Pénaliser l’achat des plats cuisinés industriels grands consommateurs d’énergie ou les produits hors saison objet de transports intercontinentaux ? Modifier nos règlements techniques pour limiter au maximum l’emploi de plastiques issus de pétrole dans les objets de tous les jours comme dans nos bâtiments ? Faire de telle sorte que les matériaux énergivores comme le béton, le polystyrène, ou la brique soient pénalisés face aux matériaux d’origine végétale ou peu travaillés, comme la terre ou le bois ? Supprimer radicalement les intrants industriels fabriqués à coût énergétique élevé dans l’agriculture ?

Protester sans proposer, s’opposer sans se priver revient à se moquer du monde. Au sens propre comme au figuré. Il nous appartient, et ce n’est pas facile dans un pays démocratique où il faut convaincre les électeurs, de cultiver le moins tout autant que l’autrement.

Cette bataille passe par des propositions concrètes et applicables. Si on ne veut pas voir nos territoires transformés en champ de mines et de forages, il nous reste à prendre des dispositions fortes et sévères, des dispositions qui sont loin d’être neutres ; il est assez évident que celles-ci dessinent un autre monde, une vita povera comme il y a un arte povera, une vie basée sur un retour aux choses essentielles, une vie oubliant un superflu confortable dont on ne perçoit l’insupportable coût que maintenant, comme ces forages possibles dans le beau et résistant plateau du Larzac.

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1 : Dans le même mouvement, la construction de la centrale nucléaire de Plogoff en Bretagne fut annulée ; la protestation populaire avait d’ailleurs de nombreuses similitudes avec celle du Larzac : elle s’appuyait aussi sur une contestation à la fois régionaliste et écologique.

2 : Voir sur ce sujet, l’article de Didier Barthès paru en avril 2010 dans ce blog Les "Shales Gas" vont-ils changer la donne ?  Pour en savoir plus sur les gaz de schiste et leur exploitation, voir par exemple, l’article de wikipédia 

3 : Interview de José Bové in Le Midi Libre du 19.01.2011, article de Christian Valois, Larzac, la nouvelle bataille de José Bové.

4 : Organisée par des journalistes (Fabrice Nicolino, Marine Jaubert) et par José Bové, cette manifestation aurait réuni près de 400 personnes.

5 : Pour Martine Laplante, présidente des Amis de la Terre : « Les Amis de la Terre étaient présents, car notre fédération est très engagée dans la lutte contre les projets néfastes à l’environnement et aux populations locales des industries extractives. Et dans le cas présent, les risques sont aussi gigantesques que les projets eux-mêmes : des millions de m3 d’eau pollués de façon irréversible, un paysage saccagé, des infrastructures de transport et d’exploitation polluantes. »  

6 : Cet acronyme signifie Not In MY Garden - Pas dans mon jardin. Il est généralement employé pour qualifier les mouvements locaux d’opposition à l’installation d’infrastructures d’utilité publique à voisinage désagréable.

7 : Cf. Le Monde du 22.01.2011, article de Laurent Carpentier : Gaz de schiste : révolution énergétique ou catastrophe environnementale ? : "  Jean-Louis Borloo  pourtant déclaré champion des énergies renouvelables a signé en mars 2010 trois arrêtés autorisant leur recherches sur de vastes territoires qui s'étendent du Larzac à la Drôme en passant par les Cévennes et l'Ardèche." 

Par Jean-Christophe VIGNAL - Publié dans : Energie
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Mercredi 5 janvier 2011 3 05 /01 /Jan /2011 17:04

Il est courant que les caprices de l’atmosphère soient accusés de nuire à la qualité de l’air. Ainsi chaque fois qu’une inversion de température ou qu’une absence de vent empêche l’évacuation des fumées parisiennes, c’est la météo qui est déclarée responsable de la pollution ! A cet étrange raisonnement nous étions habitués, mais ce matin une nouvelle étape a été franchie.

Ce 5 janvier, sur une grande radio, RTL,  mais l'information a été ensuite été relayée par d'autres médias, nous apprenions que la pluie menaçait la Grande Barrière de Corail, au large des côtes australiennes. A peine le temps de se demander par quel mécanisme les gouttes d’eau allaient éroder les précieux coraux que l’explication limpide fut donnée par la journaliste : Les pluies allaient entraîner vers l’océan les pesticides et autres produits délicats que les hommes avaient épandus sur les terres !

La nature ne fait vraiment aucun effort ! Comment pourrons-nous sauver l’environnement si elle n’y met pas un peu du sien et s’acharne ainsi à s’autodétruire ? Les écologistes sont les avocats d’un client bien difficile !

Par Didier BARTHES - Publié dans : Billets d'humeur
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