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Jeudi 10 mai 2012 4 10 /05 /Mai /2012 08:04

 

Loi de Gresham – produit-ersatz – société de croissance – process industriels nocifs – réglementation sanitaire – principe de précaution – économie mondialisée – relocalisation – boucle de rétroactions – illusion industrialiste – rétraction de la consommation –

   

Non, ce n’est pas la loi dite de Gresham dont Nicole Oresme (1) présentait déjà le mécanisme en plein quatorzième siècle qui s’appliquerait à la banane, c’est juste une histoire d’écologie et de marché faussé.

Prenons les faits. Qu’est ce qui ressemble le plus à une banane cultivée sainement sinon une banane à régime forcé (2) produite à grand coup de pesticides ? Or le rendement n’est pas le même quand on utilise jusqu’à 70 kg de pesticide par hectare et par an, ou dix fois moins selon le président de l’UGPBAN (3). Et que dire alors des bananes produites en agriculture biologique et respectant la charte du commerce équitable ?  Résultat, la banane distribuée par le géant Chiquita peut être vendue autour de 1.20 euro/kg quand la banane ‘européenne’ se trouve entre 50 et 100 % plus chère et pèse moins de 20 % du marché. Sans parler de la part du bio et équitable qui ne représente guère plus que 1 % du marché français.

Ainsi produire mieux en respectant socialement les acteurs de l’ensemble de la filière aboutit à ne pas être compétitif sur le marché mondial, et donc à perdre à terme des parts de marché dans un monde où les dirigeants sont toujours prêts à faire gagner du pouvoir d’achat à leurs concitoyens : conclusion, la mauvaise banane finit par chasser la bonne.

Si la banane illustre cet article, c’est qu’elle est le fruit le plus produit, le plus exporté et le plus consommé au monde (4). Mais elle n’est qu’un exemple possible parmi des milliers. En fait tout se passe comme si une bonne part de la consommation depuis 50 ans s’était construite autour de produits similaires ou semblables aux produits dont nos grands-parents avaient l’habitude mais dont la nature même a changé du fait de leur composition ou de leur mode de fabrication.

L’œuf d’aujourd’hui ressemble à celui d’hier, en bien moins coûteux. Mais la différence est grande entre œuf d’une poule élevée en batterie et œuf d’une poule vivant au grand air et ayant une nourriture variée. Idem entre un saumon sauvage et un saumon issu d’une ferme norvégienne nourri aux farines animales. De même, les meubles d’aujourd’hui sont aussi beaux que ceux d’hier, il faut juste regarder plus avant pour s’apercevoir que l’aggloméré plein de colle et de formaldéhyde a remplacé le bois massif. Dans tous les domaines ou presque de notre vie quotidienne, les objets que nous utilisons, les nourritures que nous mangeons, les locaux que nous habitons, tout cela n’est plus que l’ersatz du produit que nous croyons consommer.

Un ersatz qui ne fait que des gagnants, du moins en apparence. C’est le consommateur qui achète moins cher et qui connaît enfin le plaisir de disposer d’un bien autrefois l’apanage des riches ou des puissants. C’est l’entrepreneur qui voit son marché exploser et ses frais de production diminuer. C’est le politique qui a sous la main des preuves tangibles et mesurables de la société de progrès qu’il défend. L’ersatz n’est plus un ersatz mais la condition du bonheur, et les anciens produits ne sont plus qu’à inscrire dans le temps passé des vieilles techniques devenus obsolètes.

Dans nos têtes comme dans l’économie de marché qui irrigue la société de croissance, les produits-ersatz, les produits Canada Dry, gagnent et ne laissent qu’une place marginale aux produits qui refusent les facilités de l’industrie chimique actuelle ou du génie génétique.

Mais après tout, est-ce si grave ?

Malheureusement la réponse est oui.  Car l’immense majorité des produits d’aujourd’hui n’est pas la résultante d’une évolution générée par l’inventivité et l’intelligence des hommes mais est la résultante du recours à des techniques faisant l’impasse sur la nocivité des process industriels utilisés et sur le recours sans limite à des ressources rares et non renouvelables, comme sur la destruction de l’équilibre séculaire de sociétés entières.

Le recours à ces techniques déloyales dans le cadre d’un marché ouvert a pour effet de détruire globalement la part des produits sains en les limitant à quelques consommateurs aisés et avertis.

Comment casser cette spirale destructrice ?

Le premier réflexe est de penser que nous souffrons d’un déficit de règles. Interdire les intrants de produits nocifs à tous les stades de production semble évident ; mais dans les faits c’est une autre affaire d’appliquer cela quand le marché est mondial. Sans compter qu’il faut à chaque fois apporter la charge formelle de la preuve de la nocivité d’un produit ou d’une pratique. Et que celle-ci est longue coûteuse et parfois incertaine à démontrer. Une solution, le principe de précaution ? Avouons que ce dernier n’est pas encore réellement reconnu dans le droit international et ne pèse pas lourd face aux enjeux économiques bien concrets défendus par les grandes compagnies. Bref il y a là un long combat citoyen à mener.

Promouvoir une production locale est une autre forme de réponse. Car d’abord il est plus facile de peser sur la réglementation de son propre pays et de contrôler son application. Il y a ensuite le fait que les boucles de rétroactions étant plus petites, la perception des problèmes, de leurs causes et de leurs conséquences, est plus facile à appréhender. Reprenons l’exemple de la banane. Quand l’emploi des pesticides, et notamment du chlordécone, a empoisonné les sols des plantations, quel était l’effet pour le consommateur européen ? Nul, si ce n’est qu’il pouvait disposer concrètement d’un fruit à bas prix ; comment et pourquoi ce consommateur se révolterait-il alors contre ces conditions de production ? De même ce fameux consommateur, client en bout de chaîne des grandes sociétés importatrices, n’est jamais confronté en face à face à la misère sociale que le prix d’achat qu’il pratique génère ; comment regimberait-il alors qu’il ignore de façon concrète les conséquences de ses actes ? L’éloignement a du bon pour la banane-ersatz ! A l’inverse, on peut espérer que le consommateur se révolterait et refuserait de cautionner le produit dont la production polluerait gravement le territoire de son canton ou qui mettrait gravement en cause la santé de son petit cousin. Il verrait en tout cas très vite les effets négatifs d’un choix basé sur l’intérêt à court terme.

Casser la spirale destructrice qui chasse les bons produits, c’est aussi arrêter de confondre l’amélioration de la productivité et le saccage de la planète. Si notre pouvoir d’achat a augmenté de façon exponentielle depuis 50 ans, ce n’est pas parce que nous sommes aussi malins que nous le croyons, c’est parce que nous avons utilisé le stock que la planète met à notre disposition (notez l’image si anthropocentrique, ndlc (5) !)  comme s’il s’agissait d’un flux ; c’est aussi parce que nous n’avons pas hésité à employer des intrants toxiques en faisant l’impasse quant à leurs effets sur le biotope comme sur nous-mêmes. Autrement dit, l’abondance matérielle d’aujourd’hui a été construite sur trois piliers : le pillage accéléré des ressources de la planète, le jeu - alimenté par le mésusage du pétrole dans les transports - d’une économie mondialisée permettant d’utiliser la main d’œuvre à bas coût des pays pauvres , et enfin le recours à des techniques de fabrication industrielles méconnaissant les principes de qualité et de sûreté qui présidaient auparavant à leur réalisation. En clair, nous n’avons pu avoir tous ces biens et services que parce que nous avons triché en ne payant jamais le juste prix. Et payer le juste prix signifie que nous ne pourrons pas disposer d’autant de biens et de services : intégrer la juste rémunération de la main d’œuvre, utiliser des ressources renouvelables, ne plus recourir aux produits chimiques facilitant la production industrielle de masse, ça rend impossible pour l’immense majorité de nos citoyens l’accès à tous ces biens qui se sont ‘démocratisés’. Finie la banane Cavendish pas chère, terminés les week-ends en avion à l’autre bout du continent pour un dixième d’un smic mensuel, oubliés les canapés à 300 euros, et les pizzas surgelées à 4 euros !

La facture pour une société respectant l’écologie de notre planète, c’est sans aucun doute le retour à un budget familial dans lequel les postes liés à la nourriture et au logement seront largement majoritaires, c’est la fin de l’idée que demain sera toujours mieux avec toujours plus, c’est un coup de bambou sur notre mode de consommation comme de production, c’est une interrogation sur notre nombre, c’est en finir avec l’illusion industrialiste du progrès, c’est arrêter de croire au Père Noël, ce sentiment qui est une drogue dure.

C’est une longue traque que la chasse à la mauvaise banane …

________________________________________________________________________________________________   

1. Traducteur d’ Aristote, ce savant né en 1325 publie en 1366 le Traité des monnaies : De origine, natura, jure et mutationibus monetarum, Cf. Claude Dupuy, Frédéric Chartrain, Traité des monnaies et autres écrits monétaires du XIVème siècle (Jean Buridan, Bartole de Sassoferrato), La Manufacture, 1989  

2. Bananes à régime forcé, film de Didier Fassio et de Franck Seuret, 2008.  

3. Union des Groupements de Producteurs de Bananes de Guadeloupe et de Martinique. Sur ce thème, cf. Louise Allavoine, De la Martinique au supermarché : voyage avec la banane, in Terra Eco, 08.02.2009. Voir aussi Florian Martin, Les antilles ont la banane...durable  in durable.com, 23.12.2009.

4. Avec une production de l'ordre de 100 millions de tonnes produites par an.

5. ndlc = note de la claviste. Ceci est un clin d'oeil à la technique journalistique popularisé par Libération dans les années 70, période où les clavistes n'hésitaient pas à insérer des commentaires dans les articles des journalistes.    

Par Jean Bruguier - Publié dans : Economie
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Jeudi 12 avril 2012 4 12 /04 /Avr /2012 14:04

La croissance, qu’elle soit économique ou démographique a tant marqué les deux derniers siècles qu’elle nous apparaît aujourd’hui comme le cadre naturel de l’évolution de nos sociétés. Pourtant, immanquablement, la finitude de notre monde imposera l’arrêt de tout mécanisme d’expansion.

Ici et là, trop timidement encore, la conscience se fait que notre avenir passe par une stabilisation et même par une diminution de nos effectifs comme du niveau de nos productions (au sens des flux matériels manipulés par les hommes). Stabilisation et diminution qu’il serait sans doute préférable d’organiser peu ou prou plutôt que de subir. Une confrontation brutale aux limites de la planète constituera toujours la pire des perspectives.

Cela serait un vaste chantier de l’économie politique, de la sociologie, de la philosophie même que de définir les conditions d’équilibre d’une société en décroissance. Les équilibres passés s’étant eux-mêmes, pour une part appuyés sur une fuite en avant, le retournement de situation n’est pas anodin et sans doute y sommes-nous mal préparés.  

Pourtant, si l’on place le long terme au cœur de nos préoccupations (et le vrai ressort du retournement se situe dans un tel changement de perspective), nous pouvons réduire dans des délais raisonnables notre empreinte sur la planète par une décrue douce et à priori supportable.

De même qu’en 200 ans seulement, nous avons multiplié nos effectifs par 7 et nos productions par plus encore ; en quelques siècles nous pouvons avec des taux de décroissance très modérés, excluant tout effondrement apocalyptique, sensiblement réduire et notre nombre et le niveau de notre activité économique.

Attachons-nous à la question démographique (plus facile à quantifier que le niveau d’activité). Le tableau ci-dessous indique le nombre d’années nécessaires au retour à une population mondiale donnée selon huit hypothèses: de 6 milliards à 200 millions d’habitants (en colonnes) et en fonction de différents taux de décroissance de 2 % à 0,05 % par an (en lignes).

                                               

Effectifs visés     6 Mds   5 Mds   4 Mds    3 Mds     2 Mds   1 Md  0,5  Md  0,2 Md  
tx annuel en %      (1999)   (1987)   (1974)   (1960)    (1930)    (1810)    (1500)       (0)
                   

   2,00 %

         8      17      28       42       62      96      131     176 
   1,50 %        10      22      37       56       83    129      175     235 
   1,20 %        13      28      46       70     104    161      219     294
   1,10 %        14      30      51       77     113    176      239     321

   1,00 %

       15      33      56       84     125          194      263     354 
   0,80 %        19      42      70     105     156    242      329     443
   0,60 %        26      56      93     141     208    323      439     591 
   0,50 %        31      67    112     169     250    388      526     709
   0,40 %        38      84    140     211     313    486      658     887 
   0,30 %        51    112    186     282     417    648      878  1 183
   0,20 %        77    168    280     423     626    972   1 318  1 776
   0,10 %      154    336    559     847  1 252 1 945   2 638  3 554
   0,05 %      308    673  1119  1 694  2 505 3 891   5 277  7 109

     

 

On notera que si l’on retient le taux de croissance actuel de l’humanité (+ 1,2 % par an) taux dangereux à long terme, mais qui d’une année sur l’autre ne modifie pas sensiblement les conditions de vie, et que pour cette raison de modération nous acceptions de (ou nous pouvions) le transformer en taux de décroissance il ne nous faudrait que :   13 ans pour retourner aux effectifs de l’an 2000, 70 ans pour revenir à la population de 1960, 160 ans pour atteindre un milliard d’habitants et moins de 300 ans pour retrouver les effectifs de l’humanité à l’époque du Christ.

Ainsi, dès que l’on se place sur une perspective de long terme (oubliez ce que vous entendez dans une campagne électorale) alors des objectifs ambitieux permettant le retour aux équilibres écologiques de la planète et par là même, à la durabilité de l’Homme sont à notre portée. Je laisse les philosophes déterminer s’il s’agit là d’une simple conséquence ou d’un objectif en soi.

Même un taux de décroissance aussi faible que 0,5 % permettrait en à peine plus d’un siècle de revenir à 4 milliards (population de la planète en 1974) et d’alléger ainsi fortement la pression anthropique.

Ce sont des ordres de grandeurs qu’il faut avoir en tête. Le passage par le long terme, c’est-à-dire le maintien de tels efforts sur longue durée est la seule voie qui rende possible notre durabilité. L’alternative est un écroulement dont notre confort, notre démocratie, la nature et notre vie même ont la certitude de faire les frais.  

__________________________________________________________________________________________________

Attention, ce tableau n'indique pas précisément le nombre d'enfants par femme (ce qu'on appelle couramment la fécondité) nécessaire pour atteindre les taux de décroissance retenus. Sur longue période et en l'absence de mortalité infantile une population équilibrée (c'est à dire au rapport homme/ femme en âge de procréer à peu près égal à un) est stable si chaque couple  (ou chaque femme) a deux enfants. La mortalité infantile n'étant pas nulle, ce taux est en pratique  légèrement supérieur.

Toutefois la structure de la pyramide des âges vient compliquer les choses, les pays qui ont une population très jeune et donc en âge de se reproduire, maintenant ou dans les années à venir, peuvent provisoirement maintenir leur croissance alors même qu'ils seraient sous le seuil de fécondité suceptible d'assurer le remplacement des générations. Cette contradiction apparente n'a toutefois qu'un temps, bien sûr.   

Par Didier BARTHES - Publié dans : Démographie
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Mercredi 4 avril 2012 3 04 /04 /Avr /2012 08:04

Exercice convenu et presqu’obligé, les campagnes électorales, et la campagne présidentielle plus encore, font éclore mille et mille promesses sans que le printemps puisse-être tenu pour responsable.

L’on pourrait se contenter de moquer la chose en rappelant l’adage selon lequel les dites promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. Hélas, certaines d’entre-elles ont la particularité de se révéler plus dangereuses encore si elles devaient être tenues que si, comme d’aucuns le soupçonnent, elles devaient se voir oubliées dès le soir du second tour.

Je fais allusion à toutes les mesures qu’envisagent les candidats pour amoindrir ou même contrarier la hausse des prix de l’énergie en général et des carburants en particulier.

Chacun y va de sa bonne idée : Qui de la stabilisation autoritaire du prix de l’essence et du gas-oil, qui de la baisse des taxes, qui de la mise en place d’une complexe TIPP flottante censée adoucir les fluctuations du prix à la pompe, qui de la sur-taxation des compagnies pétrolières dont chacun sait que si elles n’existaient pas, le monde serait un paradis dans lequel le pétrole sortirait tout seul de terre et les pots d’échappement exhaleraient de l’oxygène délicatement parfumé.  

Ces promesses sont indignes, les mettre en œuvre le serait plus encore.

La moindre de ses indignités est qu’il s’agit d’un mensonge fiscal. Ce qui serait donné sur ce plan serait forcément repris sur un autre (1).

En effet, s’il est difficile, compte tenu de notre mode de vie, d’échapper à la dépense supplémentaire qu’implique l’élévation du prix de l’essence, il serait plus difficile encore et même tout à fait impossible d’échapper aux autres prélèvements fiscaux qui assureraient de facto la compensation. Devrions-nous augmenter les impôts locaux qui connaissent déjà une véritable explosion ? Devrions-nous augmenter l’impôt sur le revenu ? La TVA ?  Nous faudrait-il relever les taxes sur les transactions immobilières ? 

Sans verser à plaisir dans la critique facile du monde politique, c’est là un métier délicat, il faut en convenir, on ne peut qu’être dubitatif à l’écoute de discours qui suggèrent de baisser les recettes de l’Etat sans en évoquer la ou les contreparties.

Mais le mensonge principal, le mensonge le plus grave est ailleurs. Par ses promesses, le personnel politique nous conduit à nier la réalité physique du monde, à fermer les yeux sur ce qui constituera le véritable déterminant de l’avenir.

 Si l’on excepte quelques pointes que l’on peut attribuer à la spéculation, la hausse tendancielle du prix de l’énergie relève d’une réalité matérielle incontournable : La demande d’énergie fossile est structurellement en train de dépasser ce que la nature peut durablement offrir. Nous allons vers un monde de pénurie énergétique et dans ce monde-là, il est normal, il est inévitable, il est même sain que l’énergie soit coûteuse et le soit de plus en plus.

En promettant de faire artificiellement baisser les prix par un mensonge fiscal nos dirigeants ou aspirants dirigeants nous encouragent par pure démagogie (on sait combien la perception du prix de l’essence est un sujet sensible) à la consommation d’un bien dont on sait pertinemment qu’il manquera demain. Peut-on imaginer plus forte imprévoyance ? Plus impardonnable irresponsabilité ? Plus grand mépris des générations futures ?

Il n’y aura pas de véritable politique d’économie d’énergie dans un contexte d’énergie bon marché. Aujourd’hui encore les investissements en vue d’économiser l’énergie ne sont rentables pour le particulier qu’à l’échéance de nombreuses années. Il en résulte qu’il faut pour les encourager, tout un ensemble de mesures complexes, parfois d’ailleurs contre-productives, qui viennent toujours un peu plus alourdir les prélèvements obligatoires.

Dans un contexte d’énergie beaucoup plus chère (c’est-à-dire d’énergie à son juste prix compte tenu de ce qu’elle apporte et de son manque prochain), alors chacun serait incité à l'économiser et à investir efficacement dans ce but.

Nous nous dirigeons vers un monde de rareté où nous devons absolument donner la priorité au long terme comme le rappelait récemment Nicolas Hulot (2) . La rareté prochaine menace tout à la fois, la planète, notre confort et notre démocratie. Ne fermons pas les yeux et n’écoutons pas ceux qui nous poussent à le faire.

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 (1) On pourrait objecter que cette remarque serait sans objet dans un contexte bien hypothétique de baisse des dépenses. En réalité le raisonnement resterait valable, car même dans ce cadre, une réduction des dépenses pourrait être affectée à d’autres allègements d’impôts.

(2) Ecouter et voir les interviews de Nicolas Hulot sur France Inter et France 2  le 2 avril dernier.

Par Didier BARTHES - Publié dans : Billets d'humeur
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Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 14:24

Un jour sur trois au dessus du seuil d’alerte (1) depuis le premier janvier 2012 pour la pollution atmosphérique, ça commence à faire beaucoup. Surtout quand on traduit le non-respect de la directive européenne sur la qualité de l’air en nombre de morts supposés : 3 000 victimes annuelles en France ne passent pas inaperçues. Et la réduction de 20 km/h de la vitesse des véhicules semble bien peu opérante …  

Bref, il y a comme un problème dans nos grandes villes.  

Et des solutions sont sur la table. Les plus fortes, proposées par les élus EELV comme Yves Contassot, consistent en des mesures de restriction avec ‘l’alternance de la circulation pour les diesels, l’interdiction de la circulation des poids lourds les jours de pic de pollution, et l’interdiction des avantages fiscaux du gazole’ sans oublier l’évocation pour Paris d’un centre exclusivement piéton (2).

Retrouver un air sain ne serait donc qu’une affaire de volonté en période électorale où comme le dit Denis Baupin « ça à l’air de les gêner d’attirer l’attention sur les problèmes de santé…» (2).

Mais appliquer réellement les trois mesures énoncées a des conséquences pratiques non négligeables.

Interdire la circulation des poids lourds les jours de pic de pollution, quand ceux-ci ne sont plus marginaux, revient à remettre en question tout le système d’approvisionnement des grandes villes, et même au-delà. Concrètement, cela signifie immobiliser les poids lourds le long des routes pour des durées non connues à l’avance et pouvant être supérieures à 2 ou 3 jours : que faire alors des marchandises périssables ? Faut-il envisager d’autres modes alternatifs de transport comme le train, alors qu’il est bien connu des professionnels de la logistique que les délais d’acheminement par le fer sont incomparablement bien moins maîtrisés et que la problématique dite ‘du dernier kilomètre’ continue de se poser ?

Remettre en cause la diésélisation du parc automobile est sans doute une bonne chose pour la qualité de l’air. Mais cela signifie une augmentation immédiate du prix des carburants, du fait de l’ajustement des taxes du diesel sur l’essence, pour les consommateurs (3). Et ceci n’aura des effets sur la pollution aux particules fines qu’à long terme, car n’oublions pas que les voitures sont des biens dont la durée de vie est supérieure à 10 ans.

Reste la troisième mesure, l’alternance de circulation pour les voitures diesel. Bonne idée, mais dont la traduction effective si elle est rigoureusement appliquée risque d’immobiliser 50 ou 60 jours par an des dizaines de milliers de travailleurs incapables de rejoindre dans les temps leur lieu de travail depuis leur domicile. Une bonne idée sur le papier mais qui fait fi des contraintes de la vie quotidienne de milliers de personnes engagées dans la société industrielle qui est la nôtre.

Dans les faits les mesures proposées posent d’énormes difficultés (4) qu’il ne faut pas ignorer, surtout dans la période de crise économique que nous connaissons. Il y a alors de bonnes chances, au sens statistique du terme, pour que nous nous accommodions encore longtemps de quelques milliers de morts victimes de la pollution aux particules fines comme de priver de plus en plus souvent d’exercice physique les enfants de nos grandes villes pour mieux protéger leurs poumons.

Pour compléter ce point quelque peu pessimiste, nous pouvons noter que la diésélisation du parc automobile privé est une caractéristique française particulièrement marquée mais que le problème de la pollution de l’air liée aux particules fines est un problème qui touche les grandes villes européennes y compris celles situées dans des pays où les voitures diesel sont clairement minoritaires. Autrement dit, la réduction progressive du diesel pour le parc automobile en France ne nous garantit pas pour autant un air pur (5). Les centrales thermiques, l’utilisation du bois comme combustible, les émissions liées à l’industrie, les véhicules thermiques essence aussi, tout cela génère des particules fines.  

Encore une fois les nanoparticules, ces toutes petites choses, et la pollution qu’elles provoquent, peuvent être prises comme un nouveau marqueur qui nous indique que le choix d’une société basée sur une mobilité extraordinaire des choses et des hommes, par rapport à tout ce que nous avons connu dans l’histoire, n’est pas compatible avec l’air sain dont nous ne pouvons nous passer sans nous mettre en danger.  

Quelles mesures prendre alors pour retrouver un biotope de qualité si ce n’est faire le choix d’une société favorisant la production et la consommation dans un même espace, limitant le plus possible les transports générateurs de gaspillage énergétique et de pollution, loin d’une mondialisation économique qui incorpore des milliers de kilomètres dans un yaourt vendu dans les rayons d’hypermarché ? Mais cela signifie aussi d’envisager la fin des méga-agglomérations de plusieurs millions d’habitants, comme l’est devenue l’Ile de France aujourd’hui, et qui supposent pour fonctionner un territoire de plusieurs centaines de kilomètres de rayon pour assurer son avitaillement alimentaire et des trajets en tout sens tous les jours. Cela signifie encore, pour aller au-delà des problématiques de pollution liées à une mobilité exagérée, de faire le choix d’un mode de production et de consommation restreint, favorisant une économie basée sur la joie de plaisirs simples, cette ‘vita povera’ qui devient une urgente nécessité.  

Déconstruire nos grandes agglomérations, occuper notre territoire en contrôlant notre densité quitte à devoir numériquement décroître, échanger notre pouvoir d’achat contre un pouvoir de vivre, nous sommes bien loin des trois mesures proposées plus haut par les plus sensibles à l’écologie de nos politiciens. Cela nous donne la mesure de la difficulté des choix à effectuer.  

 ___________________________________________________________________________________________________

1. La directive européenne 2008/50/CE impose aux États membres de limiter l'exposition de la population au PM10 (poussière d’une taille inférieure à 10 µg); la concentration moyenne annuelle ne doit pas dépasser 40 µg/m3 et en moyenne journalière, il ne faut pas dépasser 50 µg/m3 plus de 35 jours par an. Or selon Airparif, Paris a déjà dépassé ce seuil durant 25 jours depuis le début de l’année. Rappelons aussi que la valeur limite passera à 20 µg/m3 en 2020.

2. Cf. Esther Lagarde, ‘Paris manque d’air, les Verts étouffent’ in Libération du 28.03.2012.

3. Faut-il souligner la contradiction contenue entre cette proposition et la volonté de François Hollande, candidat à la Présidentielle et allié d’EELV pour diriger le pays, de bloquer le prix des carburants, souhaitant ainsi protéger les automobilistes-consommateurs des évolutions du monde ? Toute ressemblance avec l'ancien choix de nos élites pour la ligne Maginot serait purement fortuite ...

4. Vouloir écologiser la société de croissance en lui imposant des contraintes pour limiter les effets négatifs qu’elle produit nécessairement du fait de la gloutonnerie qui anime tous ses acteurs ne peut que rendre la vie impossible aux citoyens pris dans les contraintes de la vie quotidienne. C’est pourquoi le choix d’une rupture devrait s’imposer in fine comme une solution raisonnable s’articulant autour d’un redéploiement complet de nos économies enfin tournées vers un pouvoir de vivre, abandonnant les facilités provisoires et mortifères qui ont été le moteur du développement économique depuis les deux guerres mondiales.

5. C'est une caractéristique assez fréquente en France de se polariser sur un facteur ou un critère uniques. Ainsi la priorité absolue accordée au CO2 a amené ces dernières années les Pouvoirs Publics à privilégier les petits véhicules diesel non équipés de filtre à particules, en subventionant fortement via le système du 'bonus-malus écologique' des voitures dont les spécialistes de l'air nous disent désormais qu'elles sont un facteur mortel de pollution non négligeable! Résultat, en juin 2011 nous pouvions lire dans un grand journal du matin 'les Français roulent propre' (a), et en mars 2012 apprendre qu'il est urgent de dé-diéséliser notre parc automobile.

De même il serait illusoire de croire que le diesel est la cause de tous nos maux en matière de particules fines en se focalisant sur son élimination. S'il est un facteur important d'émissions de particules fines, il n'en reste pas moins que sa substitution par d'autres carburants (essence par exemple) n'aboutirait qu'à une réduction des taux risquant par ailleurs d'être compensée par la croissance du trafic.

Comme de plus en plus souvent dans le cadre d'une société de croissance qui commence à toucher les limites de son biotope, il nous est proposé des choix impossibles entre des solutions dont aucune n'est porteuse de sérénité: diesel ou essence, nucléaire ou charbon, intrants chimiques et OGM ou manque à terme de nourriture. Refuser ces faux choix, savoir dire non et sortir par le haut, en un mot quitter le train de la société de croissance et nous frayer à nouveau et tous ensemble un chemin raisonnable, c'est cela à mes yeux le pari écologique le plus sensé.

a. Cf. Marielle Court, 'CO2: les Français roulent propre' in Le Figaro du 09.06.2011.

 

Par Jean-Christophe VIGNAL - Publié dans : Pollution
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Samedi 24 mars 2012 6 24 /03 /Mars /2012 10:04

J'ai bien conscience du caractère choquant de cette proposition. Comment l'entendre ? L'idée est de relier la catastrophe vécue à Auschwitz, ce point où l'Europe est tombée comme un corps céleste avalée par un trou noir, à la catastrophe écologique déja commencée et qui va être à vivre à l'échelle de la planète dans un siècle qui s'annonce interminable.

Dans la perception globale de ces deux catastrophes, il y a un élément qui pourrait sembler rassurant : l’homme a commencé par se détruire d’abord lui-même, s’appliquant en premier les techniques industrielles de la mort de masse en testant sur lui leur efficacité dans la nocivité. C’est seulement en second lieu, dans la généralisation de l’industrie aux moindres gestes de la vie de tous les jours et sur tous les continents, que l’homme a pu, comme dans un effet secondaire dû à l’insouciance qu’il porte à ce qui l’entoure et l’accompagne depuis toujours, commencer à provoquer la disparition de milliers d’espèces et le basculement dans un inconnu dangereux d’écosystèmes qui lui étaient favorables. D’une certaine façon, nous traitons les autres espèces comme nous nous sommes traités nous-mêmes, peut-être peut-on aller jusqu’à dire que le loup, le requin, le tigre ou le panda est aussi un homme pour l’homme et qu’alors nous savons l’exterminer. Au moins ne peut-on nous accuser d’égoïsme d’espèce.  

Dépasser Auschwitz, est-ce le surpasser ? En nombre de morts, disons-le, ceux qui ont détesté le XXème siècle pourront abhorrer le XXIème … Comment imaginer sérieusement qu’un monde de dix milliards d’humains, dont l’objectif grosso modo est de vivre au moins comme on vit aujourd’hui dans les pays économiquement développés, pourra tenir sur une planète où les énergies faciles et autres ressources se seront raréfiées, où les biens essentiels comme l’eau ou l’air verront leur qualité dégradée, et où les conséquences écologiques de nos pollutions accumulées se feront sentir tant dans le rendement des terres agricoles que dans les maladies qui nous frapperont ? Ne nous dirigeons-nous pas vers des effondrements de sociétés entières et vers des affrontements ? Comment ne pas être pessimiste quand force est de constater que tous les sommets internationaux pour infléchir nos modèles de développement depuis trente ans se soldent de facto par une accentuation des tendances qui nous mènent à la ruine ?

Dépasser Auschwitz, c’est peut-être tenter de voir ce qui unit la banalité du mal portée par les nazis à cette insouciance partagée par des millions de citoyens-consommateurs à l’égard de ce qui nous entoure, cette capacité à ne pas voir, que ce soit la logique des camps appliquée aux animaux d’élevage ou simplement les conséquences directes de nos choix de tous les jours : de l’huile de palme pas chère qui in fine élimine en Asie les grands singes, au recours aux intrants chimiques dont la nocivité est avérée pour nous même mais qui fait si bien baisser les coûts de revient.

Il y a comme un piège terrible contenu dans notre monde. Au-delà des canons, au-delà des bombes qui font si mal, au-delà des mines qui tuent, il y a notre confort construit sur la mort des autres, sur ce pourcentage accepté de dégâts collatéraux, sur ce risque infime mais toléré de la catastrophe possible. Dépasser Auschwitz, c’est sentir que chacun de nous est devenu un homo sacer, un de ces hommes qu’on peut tuer sans commettre d’homicide, et deviner l’ombre portée des camps dans l’actuel ordre biopolitique de la planète, à la manière de Giorgio Agamben.

Dépasser Auschwitz, c’est sentir que nous devons sortir du piège, c’est casser la carapace qui nous empêche de vivre et d’écouter la vie en nous comme autour de nous, c’est revoir notre histoire et nous interroger sur l’incapacité que nous avons eu de respecter les sociétés humaines d’Amérique ou d’Océanie lors des Grandes Découvertes comme sur les failles qui nous ont permis de penser une partie des hommes de nos propres sociétés comme des ennemis à éliminer. Dépasser Auschwitz c’est tout en poursuivant la recherche spatiale à la rencontre d’autres vies comprendre que l’homme n’est pas seul sur cette terre et commencer à dialoguer et à jouer avec ces animaux et ces plantes si différents de nous et qui partagent avec nous cette même planète, aller enfin au-delà de notre orgueilleuse solitude. Dépasser Auschwitz, c’est regarder en face les impossibilités de nos sociétés d’aujourd’hui et s’orienter sans tarder dans une façon de vivre légère sobre et attentive aux autres. A tous les autres.

Aujourd’hui, le combat pour l’écologie n’est qu’un combat pour la vie … il ne sort pas de nulle part ; je pense à François d’Assise, je pense à Hannah Arendt, je pense à ceux qui se sont battus pour que la vie soit plus belle tout simplement. Le combat pour l’écologie n’est pas réductible à la défense des petits oiseaux ou à la gestion serrée d’un développement rendu durable, le combat pour l’écologie s’inscrit dans une histoire, dans notre histoire, dans l’histoire de ceux qui ont résisté à l’oppression, pour continuer à tisser les brins d’une guirlande qu’on voudrait éternelle.

Par Jean Bruguier - Publié dans : Billets d'humeur
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Mardi 13 mars 2012 2 13 /03 /Mars /2012 16:24

Interrogation latente, remise au goût du jour à chaque élection, cette question nous laissera éternellement sur notre faim. La gauche et la droite ne constituent pas des objets matériels implicitement définis, ce sont des concepts construits. Chacun étant libre de les appréhender, de les définir, on pourrait presque dire de les " ressentir " comme il l’entend, la réponse ne peut engendrer l’unanimité. Cet empêchement intrinsèque n’interdit pas de se pencher sur ces affaires d’étiquette et d’en souligner quelques particularités.  

L’une des difficultés résulte de ce que la distinction entre droite et gauche ne se cristallise pas sur un axe unique mais peut se décliner autour de plusieurs lignes, parfois sans rapport simple les unes avec les autres. L’économie, l’histoire, la politique, constituent autant de domaines sur lesquels peuvent être indépendamment définies ces deux notions.

 

Sur le plan économique d’abord. On peut admettre que l’idéologie de droite regroupe les points de vue souhaitant donner l’essentiel de l’initiative aux agents individuels. Elle fait sienne l’idée que la meilleure façon de subvenir aux besoins des hommes est de laisser faire les forces de marché. Si un besoin apparait, la plus grande liberté d’entreprendre est la meilleure garantie pour que ce besoin se trouve satisfait. Coté consommateur, le marché offre a chacun, dans des conditions de rareté données, l’occasion de faire la meilleure allocation possible de ses ressources. Elle affirme la supériorité d’un principe général d’optimisation censé être plus efficace que tout système de planification. Cette idéologie, dominante dans les faits, sinon dans les discours, a permis, ou, pour être le plus prudent possible, s’est trouvée temporellement corrélée, à la formidable expansion économique des 150 dernières années. De façon indirecte l’économie de marché et l’idéologie qui la sous-tend ont donc bien engendré les problèmes écologiques liés à cette même expansion (problèmes qui cependant se seraient certainement et également posés avec tout autre moteur d’expansion). L’idéologie de gauche, au contraire, rejette fondamentalement ce pouvoir optimisateur du marché et prétend que c’est l’organisation collective des hommes (les Etats, les associations, les mouvements politiques…) qui doit gérer et orienter les productions et la plupart des activités humaines afin de répondre au mieux à nos aspirations.

Sur cet axe économique, l’écologie serait plutôt de gauche tant certains problèmes, par leur caractère global, comme la pollution ou la disparition des espèces, peuvent difficilement être appréhendés par le marché. Certains mécanismes de marché pourraient même se révéler particulièrement " vicieux ". Ainsi, si l’air devenait à ce point irrespirable qu’il faille le faire payer, nos économies y trouveraient sur le plan comptable un avantage et une source de croissance, sans que concrètement la vie soit plus agréable et nos besoins mieux satisfaits, tout au contraire. Rien ne prouve que dans ce cas, le cumul des actions des acteurs individuels cherchant soit à se procurer, soit à produire et à vendre de l’air respirable conduisent à une meilleure satisfaction globale de notre besoin d’oxygène, besoin par ailleurs parfaitement satisfait dans les sociétés les moins développées. Le même type de raisonnement pourrait s’appliquer par exemple à la protection des réserves halieutiques. La sommes des intérêts individuels des pêcheurs et des consommateurs de poissons peut très bien in fine conduire à vider les mers. Ce sont là des éléments qui laissent penser qu’une démarche écologique de protection de la nature s’accorde mal avec une idéologie libérale. L’écologie serait donc bien de gauche ou du moins devrait s’inspirer des principes et du mode d’appréhension propre à ce qu’on appelle communément la gauche : favoriser les actions collectives et organisées.

Deux premières retenues doivent cependant tempérer cette conclusion

Localement on peut admettre que des mécanismes de marché participent à la préservation de l’environnement. C’est par exemple le cas des réserves de biodiversité créées sous la pression d’agents économiques locaux pour maintenir le tourisme et l’intérêt des investisseurs en ce domaine (notons que concrètement la création de ses réservent exigent quand même une législation). Il semble par contre improbable que ces mécanismes soient généralisables au monde entier. La taxe carbone elle-même, si elle doit prendre un jour quelque importance, sera bien un mécanisme de marché mais dont l’existence même aura été imposée par la puissance publique.

L’autre réserve concerne la réalité des faits. Deux grands exemples d’économie planifiée ont existé dans l’histoire récente : les communismes chinois et soviétique, dans les deux cas et pour un niveau de production beaucoup plus faible que celui de l’occident capitaliste, la préservation de l’environnement n’a pas été exemplaire, loin de là. A niveau de PIB égal, ces sociétés polluaient et massacraient l’environnement plutôt plus encore que les sociétés capitalistes, même si la Russie a été partiellement préservée du fait de sa faible densité de peuplement. Cette leçon ne doit pas être oubliée.

Une troisième nuance enfin peut être ajoutée. En pratique les sociétés ne s’organisent jamais autour de versions aussi caricaturales des principes libéraux ou socialistes. Ainsi nos sociétés Occidentales majoritairement considérées comme capitalistes sont en réalité très marquées par des principes collectivistes. Par le poids des prélèvement obligatoires d’abord, une partie significative de la production sans doute autour de 50 % dépend en fait de l’action de l’état. A ceci s’ajoute bien évidemment une impressionante masse de réglementations en croissance ininterrompue qui encadre toujours plus les voies où peuvent s’appliquer les libertés des acteurs individuels, producteurs ou consommateurs. Cette inflation de règlements est une excellente illustration de notre soumission (obligée ?) à un principe d’organisation venant tempérer les préceptes libéraux.

 

Sur le plan politique, définir la droite et la gauche est le premier écueil. La question du conservatisme peut constituer une ligne de partage, la droite serait conservatrice tandis que la gauche serait novatrice et plus favorable à l’évolution des structures sociales. Notons qu’en fonction de l’Histoire, cette définition entre parfois en contradiction avec le point de vue économique précédent. Ainsi dans les sociétés ayant connu des économies planifiées au cours du dernier siècle, le conservatisme est du côté du socialisme et la gauche constitue plutôt le versant libéral. La difficulté d’analyse se trouve augmentée par le fait qu’à ces distinctions d’orientations économiques se superposaient des visions différentes du concept de démocratie. Les économies planifiées avaient une conception très particulière de la démocratie déniant, au nom de lui-même, tout pouvoir au peuple, dans une dialectique que seul un marxiste bon teint était susceptible de comprendre, d’accepter et plus encore de propager.

Ce point précisé, si l’on pose que la droite représente le conservatisme, alors on peut admettre que l’écologie est fondamentalement de droite. Il se trouve en effet au fond de l’idéologie de gauche l’idée que tout est possible ; que les hommes libérés des pressions du " grand capital " et de toutes les oppressions sociales seront capables de s’organiser au mieux et sauront imposer des lois justes et efficaces, lois face auxquelles aucune contrainte matérielle ne saurait s’opposer. C’est là, hélas, une négation de la réalité physique du monde. On le voit particulièrement bien dans les débats autour de la surpopulation, une large partie de la gauche ne veut pas entendre parler du problème. Imaginer que notre trop grand nombre puisse poser un problème à la nature est interdit, seuls peuvent être responsables le capitalisme et sa soif de profit. Pourtant la Terre ne grandit pas et la consommation d’espace par les hommes au détriment de toutes les autres espèces est une réalité dont aucune organisation sociale ne pourra faire abstraction. Ajoutons que pour la gauche, s’attaquer au nombre serait s’attaquer au peuple, crime de lèse-majesté s’il en est.

Si le conservatisme, dans sa conception la plus pure, c’est-à-dire l’acceptation qu’au-delà des lois des hommes existent des lois physiques et des contraintes universelles auxquelles il n’est pas honteux, mais au contraire sage de se soumettre, est un concept de droite, alors oui, l’écologie bien comprise est de droite, fondamentalement.

Comme les choses ne sont jamais simples, admettons toutefois que la gauche puisse avoir sa revanche. On peut en effet considérer que globalement depuis la révolution industrielle l’humanité a perdu tout sentiment de dépendance vis-à-vis de l’ordre naturel (sentiment qui a perduré dans les sociétés dites primitives). Le natalisme forcené que nous reprochions à la gauche est d’ailleurs largement partagé par la droite. Changer de paradigme et d’attitude en remettant la nature au centre de nos préoccupations serait alors une démarche progressiste et donc de gauche.

 

Sur le plan historique enfin, ou plutôt sur le plan de l’histoire du rattachement politique des mouvements écologistes, les choses ne sont guère plus claires et plus décidables. En France, en 1974, René Dumont qui inaugurait l’entrée de l’écologie sur la scène médiatique proposait une certaine indépendance vis-à-vis de la césure droite/gauche, il parlait des problèmes d’écologie, de surpopulation, mettait en cause la croissance et se heurtait de ce fait avec un égal courage aux deux idéologies dominantes. Depuis l’écologie politique a connu moult bouleversements et les disputes internes et incessantes de ces mouvements constituent d’ailleurs l’axe d’attaque privilégié de tous leurs caricaturistes. Si des dirigeants comme Brice Lalonde ou Antoine Waechter ont également œuvré pour une certaine indépendance politique, depuis une dizaine d’années, le mouvement écologique majoritaire, aujourd’hui EELV, a investi le champ politique traditionnel et s’est clairement positionné à gauche (se coupant ainsi d’une partie de ses électeurs potentiels et prêtant le flanc aux soupçons d’opportunisme dans une période où la gauche espère retrouver le pouvoir). Pas de discussion possible sur ce point, si les concepts de droite et de gauche sont définis par les hommes qui prétendent se rattacher à ces tendances, alors si les écologistes se disent de gauche, ils le sont, mais il ne s’agit là, bien sûr, que d’une tautologie.

 

Si la pertinence d’une question se mesure à celle de sa réponse, alors cette dernière : " L’écologie est-elle de gauche ? " est une mauvaise question dans le sens où elle n’aura d’autre réponse que celle de notre arbitraire. Il ne faut donc pas la mettre au cœur de nos polémiques, cela reviendrait à lui accorder une importance injustifiée.

Nous marquerons plus de respect envers l’écologie en rappelant qu’elle est l’exigence essentielle de notre siècle (et des suivants, désormais elle accompagnera toute l’Histoire de l’humanité du fait de son pouvoir technologique sur la planète).

Exigence sur le plan pratique dans la mesure où toute autre question sera sans objet dans un monde dévasté, l’écologie l’est surtout sur le plan moral : La beauté du monde nous impose le respect et la capacité de souffrance du vivant nous y oblige.

 

Par Didier BARTHES - Publié dans : Politique
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Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 12:24

 

 

faim-du-monde.jpgSous-titré « L'humanité au bord d'une famine globale », cet ouvrage se veut une analyse méthodique  et sans complaisance de la situation énergétique et alimentaire actuelle de l'humanité, ainsi que de ses conséquences à moyen terme.  

Après avoir rappelé que l'impressionnante croissance de nos effectifs (1 milliard en 1800, 7 milliards aujourd'hui) n'a été possible que grâce à la manne énergétique, Hugues Stoeckel passe en revue les différents types d'énergie dont nous disposons encore.

Il s'intéresse tout d'abord aux fossiles que la planète avait (lentement et "patiemment") mis de côté il y a quelques centaines de millions d'années (300 pour le charbon, autour de 100 pour le pétrole et le gaz) et qui seront épuisées* vers la fin de ce siècle (cette gabegie s'étant déroulée sur à peine 300 ans, excusez du peu). Le pic de l'extraction des hydrocarbures est d'ailleurs déjà derrière nous et si nous n'en ressentons pas encore toutes les conséquences, c'est du fait de sa forme en « pic à plateau ondulant » :  

La demande baisse du fait de l'augmentation des coûts, reprend ensuite, puis rebaisse,... Mais comme écrit l'auteur : « le pétrole couvre aujourd'hui près de 35 % de notre consommation d'énergie, loin en tête de toutes les ressources consommées. Il représente surtout plus de 96 % des énergies nécessaires au transport, lequel est la condition absolue du commerce mondial » : La pénurie annoncée risque d'être lourde de conséquences.

Vient ensuite une analyse sans concession du nucléaire dont nous apprenons que « la production minière d'uranium ne couvre aujourd'hui que les deux-tiers des besoins, le reste étant fourni par les stocks libérés par le désarmement de l'après guerre froide », ce qui en soi pourrait être une bonne chose si ce n'est que cela augure un approvisionnement « qui sera rapidement problématique ». Si l'on tient compte des dangers inhérents à cette technologie (Tchernobyl, Fukushima), de l'énergie nécessaire au démantèlement des centrales et à celle du stockage, la filière (en déclin relatif puisqu'elle ne fournit plus que 13% de l'électricité mondiale) ne semble pas très rentable sur le plan énergétique, guère plus durable que celle des fossiles, et ce indépendamment du fait que « choisir le nucléaire, c'est prétendre à l'absolue certitude que la civilisation technique sera apte à perdurer sur plusieurs millénaires pour gérer ses déchets »...  

Pour autant, le renouvelable pourra-t-il prendre le relais ? Rien n'est moins sûr, car il y a des limites géographiques à l’hydraulique et surtout, il faut compter avec la pénurie des métaux qui entrent dans la composition des panneaux solaires et autres éoliennes et qui eux aussi vont se raréfier et seront dès lors de plus en plus coûteux (en terme d'énergie) à extraire. Il semble aussi que des investissements massifs auraient dû être mis en œuvre plus tôt.  

Le graphique ci-dessous, que l'auteur emprunte au site canadien de Paul Chefurka résume ainsi la situation : « A la fin du siècle, l'énergie disponible n'atteindra plus qu'un septième environ de ce qu'elle aura été à son apogée (entre 2010 et 2020), et le passage de 7 à 10 milliards d'humains (+ 40%) conduira alors (per capita) à un flux d'énergie disponible environ 10 fois plus réduit qu'aujourd'hui.»  

 stoeckel1.jpg  

La question alimentaire qui est la préoccupation fondamentale de l'ouvrage est ensuite détaillée. L'auteur ne conteste pas qu'il soit possible de nourrir la population actuelle en supprimant la pauvreté ... les inégalités … et le gaspillage : vaste programme s'il en est ! Mais pour lui, la vraie question est celle de nourrir 10 milliards d'êtres humains à l'horizon 2100 et donc, si l'on tient compte des malnutris, de quasiment doubler la production alimentaire actuelle, alors même que :

- l'agriculture chimique et mécanisée « qui avec 2% des agriculteurs de la planète produit la moitié de la nourriture mondiale » ne disposera quasiment plus de pétrole à la fin du siècle pour faire tourner ses machines et produire ses intrants (engrais, pesticides,...) eux-mêmes issus de la chimie du pétrole,

- la superficie des terres arables va se réduire inexorablement du fait de la désertification, de la salinisation et de l'érosion des sols.

Reprenant la conjecture de Paul Chefurka « en 2100, le flux d'énergie par humain se trouvera, grosso modo divisé par 10 », l'auteur pense que la Terre risque de ne pouvoir nourrir qu'un milliard d'habitants à cette échéance : sombre présage...

Citant ensuite une des conclusions du rapport 2009 de l'UNFPA qui indique que les émissions humaines de CO2 sont dues, à part égales, au nombre d'Hommes et à leur consommation, Hugues Stoeckel écrit : « il n'est pas question de s'exonérer du devoir de réduire la consommation et les rejets évitables, mais se borner à cela pourrait déboucher sur un effet rebond [de la natalité] » : le recours à la maîtrise de cette dernière lui semble donc aller de bon sens.

Revenant sur l'argument du vieillissement de la population, souvent opposé aux défenseurs d'une "Démographie Responsable", l'auteur fait remarquer que celui-ci est de toute façon inéluctable, que ce soit avec un effectif de 6 ou de 10 milliards (respectivement, projection basse et moyenne de l'ONU pour 2100) et que, même s'il est déjà fort tard, il vaut mieux que le phénomène soit anticipé et géré dès aujourd'hui où nous disposons encore d'un reliquat d'énergies fossiles « car seuls les gains de productivité seraient à même de rendre [relativement] indolores la chute du ratio entre actifs et personnes à charge.»

Au final, voici un excellent ouvrage prospectif réalisée de façon fort pédagogique, dont nous recommandons la lecture à toutes les personnes soucieuses de l'avenir de la planète et de notre espèce. Puisse-t-il prolonger leur prise de conscience et les aider à s'affranchir des messages démographiques rassurants (et donc démobilisateurs) qui sont régulièrement délivrés par les médias.  

(*) Ou du moins leur extraction demandera plus d'énergie qu'elle ne sera susceptible d'en fournir.

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Ils parlent de ce livre :   Max Milo Éditions,  Le Sauvage,  Néo-planète,  L'Est Républicain, Presse pour un autre monde .

A écouter : Une interview de l'auteur

A voir et à écouter : Une conférence de l'auteur avec Démographie Responsable. 

Cette note de lecture a été préalablement publiée sur le site de l'association Démographie Responsable.

Voir ici un  autre article de M. Denis Garnier sur le tabou que constitue la question démographique au sein du débat écologique.

Par Denis Garnier - Publié dans : Notes de lecture
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Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 08:44

 

Après la session de Paris, l'IFP Energies Nouvelles (*) organisait le jeudi 2 février 2012  la session lyonnaise de son colloque PANORAMA 2012. Le thème en était : Mer et énergies : Quelle place pour les ressources marines dans le mix énergétique ?

Quatre intervenants se sont partagé la tribune.

M. Olivier Appert : IFP Energies Nouvelles

M. Michel Ollier : Pôle Mer Provence Alpes Côte d’Azur

M. Alain Marion : Technip

M. Philippe Gilson : Alstom

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Marché de l’énergie 2012 : Risques de tension persistants        

Comme à l’accoutumée la réunion s’est ouverte sur un survol général de la situation énergétique mondiale dressé par M. Olivier Appert, président d'IFP Energies Nouvelles.

M. Appert considère que l’année 2011 a connu un véritable choc pétrolier rampant, le troisième de l’Histoire. Choc caractérisé, non par une pointe brutale mais par une évolution forte et continue vers la hausse des prix. En 2010 le prix moyen du baril de pétrole était de 60 $, en 2011, il s’est établit en moyenne à 80 $ soit 20 $  (33 %) de plus en une année. Notons d’ailleurs que cette évolution se poursuit en 2012 avec un prix moyen de 90 $. Les prix sont désormais supérieurs à ceux de l’année 2008 en monnaie courante et même à ceux de 1980 (second choc pétrolier)  en monnaie constante. Sur les marchés spot, les prix ont atteint en moyenne 111 $ / baril pour le Brent et 95 $/ baril pour le WTI).

Plusieurs facteurs se sont conjugués pour favoriser cette évolution : Parmi eux, l’accident nucléaire de Fukushima qui a augmenté la demande en énergie fossile et les inquiétudes autour de la situation géopolitique au Moyen Orient (notamment en Iran).

Il est important de souligner que cette hausse du pétrole est d’autant plus fortement ressentie en Europe que dans la même période l’Euro a perdu de sa valeur face au dollar.

M. Appert envisage une poursuite du mouvement favorisé par le maintien d’une demande d’énergie croissante de la part des pays dits émergents, même si des découvertes importantes et des perspectives intéressantes, notamment dans l’offshore profond viennent plus moins tempérer le phénomène. Selon le scénario moyen présenté par l’IFPEN, les prix du pétrole (cours moyens, pas spot) devraient fluctuer en 2012 entre 100 et 120 $ le baril.

M. Appert estime également que nous devons nous attendre à  une baisse des capacités de raffinage américaines et européennes sous la triple pression de la baisse de la demande de carburant dans ces pays, de l’inadaptation de la production aux types de carburants demandés  (pas assez de gaz oil) et de la concurrence de nouveaux pays désormais capables de raffiner eux-mêmes et qui investissent en ce sens.

 

Pour le gaz  nous devrions faire face à deux tendances antagoniques :

- Une tendance haussière du fait de l’augmentation de la demande mondiale de gaz (Fukushima est un des éléments qui participe à cette propension)

- Une tendance à la baisse des prix du fait de l’arrivée des shales gaz qui commencent à représenter des quantités significatives et offrent de larges perspectives.  

Globalement toutefois la tendance haussière devrait l’emporter et nous aurons du mal à contenir la hausse des tarifs surtout en Europe. Les prix pour les industriels sont déjà plus élevés en Europe qu’aux Etats-Unis et cette tendance devrait en effet  se poursuivre, les USA étant en pointe sur ces gaz dits non conventionnels. La production des Etats-Unis en ce domaine devrait être multipliée par plus de deux d’ici 2030 passant de 150 à plus de 360 milliards de mètres cubes.   La Chine devrait également connaitre une forte augmentation de sa production.

En ce qui concerne les énergies renouvelables, M. Appert souligne que les investissements, sans atteindre encore ceux du monde pétrolier commencent à être très significatifs. On a investi 210 milliards en 2011 (+ 32 % par rapport à l’année précédente)  dans le renouvelable (dont une large partie toutefois sera subventionnée) contre 600 milliards de dollars pour l’énergie pétrolière.  

M. Appert rappelle enfin que l’IFPEN participe activement aux recherches sur les modes de stockage du CO2 ainsi que sur les biocarburants qui devraient représenter 20 à 25 % du mix énergétique des années 2050. Cette évolution allant de pair avec la généralisation d’un mode de traction hybride électrique.

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Energie Marines renouvelables – Gestion de l’espace marin.

Par M. Michel  Ollier,  chef de projet Energies Marines du Pôle Mer Provence-Alpes-Côte d'Azur .  

M. Ollier estime que Globalement le potentiel énergétique que l’humanité pourrait tirer de la mer serait de 3 600 Térawattheures par an en 2030 dont 600 TWh  pour la France. Il rappelle ensuite la grande variété des dispositifs permettant d’extraire de l’énergie des océans.

 

- L’éolien offshore.

- L’hydrolien (extraction de l’énergie des courants marins qu’ils relèvent des grands courants océaniques ou des courants de marées).

- Les mécanismes houlomoteurs par lesquels on transforme en électricité l’énergie des vagues (les mouvements des vagues servent généralement à compresser de l’air dont la détente est utilisée pour produire de l’électricité).

- Les dispositifs visant à tirer parti des différences de salinité (par utilisation du mécanisme d’osmose).

- Les dispositifs extrayant l’énergie des différences de températures.

 

Derrière cette variété se cache des ordres de grandeurs et des potentialités très différents. Aujourd’hui l’éolien offshore est ultra dominant, l’hydrolien est débutant (exception faite de la fameuse centrale marémotrice de la Rance qui ne semble pas pouvoir faire école pour des raisons d’opposition écologique). Alstom a toutefois dans ce domaine quelques projets en cours même si l’on peut, pour l’instant encore, les qualifier de « niches énergétiques »

Les mécanismes houlomoteurs en sont également à leurs débuts. Quelques exemples nous seront présentés par les intervenants, il s’agit là aussi de niches encore infinitésimale en terme de marché.

Les deux autres principes sont encore plus minoritaires et ne sont quasiment qu’au stade des recherches. Ils ne semblent pas pouvoir présenter demain des solutions alternatives significatives. La différence de salinité dégage très peu d'énergie  et la différence de température n’est intéressante que dans de rares régions du globe;  car  il faut pouvoir mettre en relation des couches d’eau présentant une différence de température d'au moins 20 C°, c'est à dire mettre en contact les couches profondes avec de l'eau de surface là où elle est particulièrement chaude.

M. Ollier  a également évoqué une difficulté inhérente à tous ces projets et qui se trouve liée à la nécessité de réunir et de mettre d'accord tous les travailleurs ou utilisateurs de la mer. Marins, pêcheurs, plaisanciers, et maintenant producteurs d'énergie doivent se partager un même domaine et trouver des solutions de compromis, ce n'est pas toujours le moindre des problèmes.

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Les nouvelles frontières de l’offshore,

Présenté par Alain Marion, Senior Vice-président Subsea Assets & Technologies, Technip

 M. Marion nous propose un survol des progrès réalisé en exploitation pétrolière et offshore et rappelle combien ces progrès ont été rapides. Il y a 50 ans encore, exploiter des réserves pétrolières sous quelques dizaines de mètres était un exploit. Aujourd’hui on exploite des gisements sous 3 000 mètres et des recherches se font pour analyser des gisements à plus de 5 000 mètres en zones pré-salifère notamment  (sous 2 500 m d’eau + 2 500 m de couches de sel) et bientôt peut-être, sous 7 000 mètres.

En la matière, une bonne partie des réserves mondiales se situe dans une sorte de « triangle d’or » dans l’Atlantique dont les trois pointes seraient le Golfe du Mexique au Nord, les côtes brésilienne plus au Sud et à l’extrême Est, les côtes africaines.

Au large du Brésil, les réserves sont évaluées à 100 milliards de barils ce qui est loin d’être négligeable (A titre de comparaison, l’ensemble des réserves estimées pour l’Arabie Saoudite est de 260 milliards de barils). Globalement M. Marion considère que l’offshore profond (parfois même dit ultra-profond, au-delà de 5 000 m) offre d’énormes potentialités pour l’avenir. Ces potentialités sont-elles susceptibles de modifier significativement la date du pic pétrolier ou prolongeront-elles sensiblement une éventuelle phase de plateau de production ? Le débat n’a pas vraiment eu lieu au cours de cette intervention.  

M. Marion a également présenté quelques-uns des très impressionnants outils des l’industries pétrolières et gazières modernes (spécialité de Tecnip) que ce soit les barges d’exploitation  ou les bateaux et les appareils de forages pour l’exploration. Ces outils sont en taille tout à fait comparables et même supérieurs aux plus grands navires, l’un des bateaux, le  FLNG de Shell pour le gaz naturel, fait 488 m  de long ! Les coûts sont à l’avenant.  

Il est intéressant aussi de noter cette remarque faite au cours des discussions ayant suivi cette intervention. Un participant a expliqué que les énergies renouvelables n’avaient pas toujours les avantages qu’une vision simpliste des choses voudrait leur accorder. Ainsi selon cette personne (manifestement approuvée par l’ensemble des spécialistes ici présents), le Danemark champion du monde de l’éolien est pour la production d’électricité le pays qui émet le plus de CO2 (pour une quantité d’électricité donnée). Le caractère intermittent de l’éolien impose en effet de prévoir des moyens alternatifs de production qui reposent essentiellement sur les énergies fossiles. Les bonnes intentions ne sont pas toujours récompensées !

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Les enjeux des énergies marines renouvelables

Présenté par Philippe Gilson, Directeur des énergies marines, Alstom

Après une présentation des activités d’Alstom dans le domaine de l’énergie et en particulier dans les énergies renouvelables, M. Gilson, comme M. Ollier rappelle la grande variété des sources d’énergie que nous pourrions trouver dans la mer. Pour lui aussi l’éolien offshore est le secteur le plus important dans un avenir proche.

M. Gilson  a présenté avec quelques détails l’éolienne géante Haliade 150 (le rotor a un diamètre de 150 mètres !) d'une puissance 6 MW. Cette éolienne est dite à « alternateur direct », le mouvement des pales est transmis à l’alternateur sans passage par une boîte de vitesse. Cette simplification mécanique augmente la fiabilité de l’ensemble.

Concernant les différentes machines « houlomotrices », M Gilson tient à souligner que les concepts foisonnent, même s'il y existe encore peu de réalisations concrètes. Il rappelle que la houle arrivant souvent en retard par rapport aux pointes de vent, l’existence sur un même lieu des deux sources d’énergies, pourrait permettre d’envisager un certain « lissage de la production ». Ce lissage est intéressant puisque le caractère erratique  et intermitent de ces deux sources constitue l’un de leurs principaux handicaps. Il subsiste toutefois une difficulté:  Pour l’instant, l’éolien est beaucoup plus développé que le  « houlomoteur ».  

L’intervention de M. Gilson a aussi donné lieu à quelques remarques sur le concept d’externalités négatives, bien connu de tous les théoriciens de l’écologie. A l’inverse il a été évoqué un avantage non négligeable des champs d’éoliennes offshore et que l’on pourrait qualifier d’externalité positive : autour d'un tel champ, la circulation maritime étant empêchée, la pêche est généralement impossible. Il en résulte que ces zones deviennent de riches réserves de biodiversité.

Enfin pour l'ensemble des énergies renouvelables (et cela ne concerne donc pas seulement celles qui proviennent de la mer), tous les intervenants ont fait part de l’extraordinaire « puissance de frappe » de la Chine qui a, par exemple, cassé les prix et fait main basse sur la production de panneaux photovoltaïques. S’il en était de même pour l’éolien, l’industrie européenne pourrait connaître bien des diffucultés malgré la  forte croissance du marché.

Accord également des intervenants sur le très (trop) bas prix des droits d’émission de la tonne de CO2. Nous en sommes à quelques euros alors que des prix de 32 euros avaient été envisagés pour 2010 par la commission dirigée par Michel Rocard qui avait été chargé de réfléchir à la taxe carbone . Une telle évolution si elle s'explique dans un contexte de crise économique est néanmoins surprenante quand on analyse la progression permante du taux de CO2 dans l'atmosphère. (voir, sur ce site,  les chiffres clefs du CO2). Elle  ne consitue évidemment pas une incitation en faveur des économies d’énergies fossiles. 

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(*) Parfois nommé  IFPEN, il s'agit de l'ex Institut Français du Pétrole.

Cette année le colloque se tenait dans la salle du conseil du Grand Lyon, l’animation était assurée par M. Francis Papillon. Les notes de synthèses des interventions de ce colloque sont disponibles ici. Vous trouverez aussi d'autres documents sur le lien suivant. Les précédents compte rendus des colloques "Panorama" de l'IFP réalisés par Economie Durable sont  disponibles pour les années 2011, 2010 et 2008

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recherche hs 2012 l'energie de demain Sur ces sujets, signalons également la publication d’un numéro hors série des « Dossier de La Recherche »  intitulé « Les énergies de demain » : Dossier La Recherche, HS n° 47, février 2012.  Ce numéro fait notamment le point sur les réserves de pétrole et sur le problème  très importante du stockage de l’électricité. La question du futur de l'énergie nucléaire est par contre assez peu développée.

Par Didier BARTHES - Publié dans : Energie
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Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 08:44

Le 17 janvier dernier, le magazine Usbek et Rica organisait à la Gaité Lyrique, dans le cadre de la série  « Tribunal pour les générations futures », une conférence sur la surpopulation intitulée: Sommes-nous trop nombreux sur Terre ?   La présentation générale étant assurée par M. Mao (Usbek et Rica) quatre intervenants se partagèrent la tribune.   

Gilles Pison, démographe à l’INED qui a dressé le panorama démographique mondial et a décrit précisément le mécanisme de transition démographique.  

Didier Barthès, porte-parole de l’association Démographie Responsable (également  corédacteur de ce site et auteur de cet article) qui a défendu la thèse selon laquelle, le niveau et la croissance de nos effectifs constituant une menace incontournable, les questions de surpopulation devaient avoir toutes leur place dans la réflexion sur la protection de l’environnement.  

Théophile de Giraud, écrivain et  organisateur de la fête des « non parents »  auteur notamment de « L’art de guillotiner les procréateurs » qui a présenté une vision antinataliste forte  

Thierry Keller, rédacteur en chef d’Usbek et Rica, qui, revenant à une vision plus conventionnelle, a insisté sur le rôle prédominant du mode de vie plutôt que sur celui des effectifs.  

Dans une mise en scène sous forme de procès, Le démographe était l’expert chargé de présenter le contexte général, Didier Barthès et Théophile de Giraud, les accusés pour leurs propos antinatalistes et Thierry Keller le procureur.  

La conférence a été suivie du vote d’un jury tiré au sort qui à l’issu d’un bref échange avec les intervenants a répondu non à la question qui constituait l’intitulé de la conférence.  

Vous trouverez ci-dessous le script de ma propre intervention reprenant plusieurs des thèses déjà présentées sur Economie Durable. La vidéo en est également disponible via ce lien.

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Bonsoir,  

Les différentes simulations que Monsieur Pison nous a présentées l’ont bien montré : L’avenir est incertain : On s’en doutait ! Selon les différents scénarii, on peut avoir une explosion, on peut avoir une diminution, on peut avoir une stabilité.  

Malgré ces incertitudes, il y a un point sur lequel je suis prêt à prendre un pari. Ce pari c’est que, de façon obligée, au cours de ce siècle, l’humanité devra mettre la question écologique au cœur de ses préoccupations.

Nous n’avons pas le choix, parce que l’alternative c’est tout simplement l’impossible :

C’est un monde invivable, c’est un monde pollué, c’est une absence de forêts, ce sont des sols dégradés, pour une bonne part d’ailleurs, tout simplement asphaltés, ce sont des animaux qui ont disparus, ce sont des poissons qui ont disparus. Pour les poissons, d’une certaine façon, c’est déjà fini : les stocks de poissons sont aujourd’hui de 80 à 90 % plus faibles que dans les conditions naturelles.

Donc, nous n’avons pas le choix.

 

1, La démographie : Un facteur négligé.  

Cette inquiétude elle se voit déjà : Elle se voit  dans les discours au moins.

Elle se voit dans la création d’un certain nombre de partis écologistes.

Elle se voit également dans les partis traditionnels à travers l’élaboration d’un certain nombre de volets écologiques à leur programme.

Elle se voit enfin dans le monde commercial où pratiquement tous les produits, aujourd’hui, nous vantent leur innocuité environnementale.   

Ces discours, ces mesures  sont une façon de reconnaitre les pressions que l’homme fait peser sur l’environnement. Les contraintes que l’on nous impose, par exemple: économisez l’énergie, recycler les matériaux etc. Tout cela constitue une façon de répondre aux facteurs de pression, de lister ces facteurs et de les acter.

Dans toutes les discussions sur l’écologie il existe un débat sur chacun de ses points : Sur la pollution, sur la pêche, sur la protection animale etc. Et puis curieusement, il existe un facteur, un facteur de pression à mon avis absolument évident, c’est le nombre des hommes.

Ce facteur-là, il est tabou, ce facteur-là, il est interdit, ce facteur-là, il est ignoré et il est ignoré même de mouvements écologistes dont on pourrait pourtant penser qu’ils devraient le mettre en tête de leurs préoccupations.  

Je reviendrai sur le « pourquoi » il faut mettre en avant ce facteur ainsi que sur les raisons et les conséquences de cette négligence.  

Je veux m’arrêter sur les chiffres, et vous présenter quelques données.

 

2, Les chiffres, les ordres de grandeurs. (L’intervention est ici en partie constituée de commentaires de graphiques projetés sur un écran).  

Ce graphique représente l’évolution de la population mondiale depuis 10 000 ans, depuis ce que l’on a appelé la révolution néolithique, c’est-à-dire depuis que l’Homme est passé d’une économie de prédation à une économie de production.

Ce n’est pas pour vous montrer l’extraordinaire taux de croissance, celui-là, vous le connaissez déjà, c’est pour m’arrêter sur deux points.  

- Nous sommes en haut de la pyramide, juste à l’extrémité, cela veut dire, et c’est souvent négligé dans les débats sur la démographie, et là je suis d’accord avec M. Pison, il faut prendre du recul, cela veut dire que l’on vit une époque absolument exceptionnelle. C’est un point spécial de l’Histoire de l’Humanité.

Je veux dès à présent désamorcer certaines critiques, je sais que cela ne va pas continuer comme cela, ce n’est pas possible. Nous sommes dans un moment absolument particulier, nous vivons sur une pointe, nous n’avons jamais connu cela et nous ne le connaitrons jamais plus.  

- L’autre point que je veux évoquer, c’est l’ordre de grandeur. A l’époque, il y a 10 000 ans, l’INED était encore balbutiante, nous ne savons pas exactement combien nous étions, mais l’on estime  généralement qu’il vivait sur la Terre entre 5 et 10 millions d’hommes. Nous sommes 7 milliards aujourd’hui, c’est-à-dire très précisément 1 000 fois plus nombreux !  

Ce n’est rien de le dire comme ça, mais je vous demande de vous y arrêter. Imaginez un monde ou pour 1 000 hommes qui vivent aujourd’hui il y  en avait un seul ! Nous étions dans un autre monde. En 10 000 ans, ce qui n’est pas grand-chose dans l’Histoire de la vie sur Terre mais ce qui n’est même pas énorme à l’échelle de l’Histoire de l’Humanité nous avons multiplié notre nombre par 1 000 !  

Je vous montre maintenant  le même graphique que M. Pison mais sous une présentation différente. C’est M. Garnier, président de Démographie Responsable qui a établi cette courbe. Voilà ce qui s’est passé sur les 2 000 dernières années.  

Ce recul de 2 000 ans est intéressant parce, lorsque l’on analyse les évènements à cette échelle il y  a des propos qui nous sont toujours opposés, c’est la célèbre phrase de la Genèse : Croissez et multipliez.  

Elle est remarquable cette phrase, parce qu’elle nous est opposée par beaucoup de gens et par des gens de natures très différentes.  

- Elle nous est opposée par des croyants assez traditionalistes qui s’attachent au texte.

- Elle nous est opposée par des gens qui ne sont pas forcément croyants mais qui partagent ces valeurs : L’Homme est sacré, le nombre d’hommes est sacré on ne doit pas chercher à le limiter.

- Elle nous est opposée enfin, par une catégorie tout à fait différente, faite de non-croyants militants qui nous disent : « Voyez : C’est cette phrase qui est responsable ! Au lieu de nous présenter vos chiffres : Attaquez-vous aux religions, ce sont elles les coupables. »  

Ce n’est pas notre affaire, évidemment !  La question de la foi est une question intime, propre à l’âme de chacun, nous n’avons pas à aborder cela au sein de Démographie Responsable. Par contre, il est intéressant de montrer qu’à chacun d’entre eux, et malgré leurs différences, quelles que soient leur positions, on peut faire exactement la même réponse.  

Nous disons : « Voyez cette phrase a été écrite il y a 2 000 ans. C’est à dire  dans un monde où il y avait (là encore, l’INED était bébé) entre 150 et 250, disons 200 millions d’habitants ! Nous sommes 7 milliards, c’est-à-dire qu’il y avait 35 fois moins d’hommes qu’aujourd’hui ».

Là aussi c’est un autre monde, cela n’a rien à voir.

Les gens savent que nous étions moins nombreux auparavant, mais beaucoup ne connaissent pas par cœur ces chiffres ou en tout cas, n’ont pas intégré ces ordres de grandeur.  

Le phénomène ne s’est pas  arrêté là. Récemment, au cours du seul 20ème siècle, nous avons multiplié nos effectifs par quatre. Nous étions 1,6 milliard en 1900, nous étions 6 milliards en l’an  2 000 et depuis nous avons encore gagné un milliard de plus.

J’ai un souvenir particulier. C’est le jour où l’homme a posé le pied sur la Lune. Depuis ce jour, le 21 juillet 1969 où Neil Armstrong a marché sur notre satellite, ce n’est pas si lointain, nous avons multiplié nos effectifs par deux !

Cela a nourri ma réflexion, je trouve que c’est impressionnant et qu’il faut l’avoir à l’esprit.

 

3, Surpopulation : Une menace pour la durabilité.

Je reviens maintenant sur le fond de l’affaire c’est-à-dire sur ce pourquoi la surpopulation pose problème pour notre avenir.  

C’est d’abord pour une question d’ordre de grandeur.  

Ce n’est pas par dogmatisme que Démographie Responsable milite pour une démographie plus douce, c’est d’abord par réalisme, par prise de conscience de ces ordres de grandeur.  

On peut faire quelque chose pour la consommation de matière, on peut faire quelque chose pour la consommation d’énergie, on peut essayer de prélever moins de ressources, on peut avoir des voitures qui consomment moins, on peut recycler les matériaux. Tout cela, les écologistes en parlent, les règlementations, comme je vous l’ai dit, commencent à le prendre en compte. Mais il y a une chose que l’on ne peut pas faire : C’est jouer sur la consommation d’espace.  

Quoi que l’on fasse, sauf à  entasser les hommes et encore faudra-t-il disposer de zones réservées production, quoi que l’on fasse nous sommes en train de grignoter la planète.  

Cela se constate physiquement sur les photos satellites ou l’on voit les villes qui grandissent, cela se voit sur les images de l’Amazonie toujours plus grignotée.

Cette pression se traduit concrètement par une élimination du reste vivant.

Je prends souvent l’exemple du tigre parce que c’est un bel animal, le prédateur par excellence, un symbole : Nous n’avons pas seulement abaissé ces effectifs. Au cours du 20ème siècle, nous avons éliminé 93 % de ces animaux et   nous avons encore éliminé 3 des 7 % restant au cours des seules dix dernières années. En 110 ans nous avons donc tué 97 % des tigres !

Il est inutile de faire un dessin : On ne peut pas continuer comme cela. Le tigre c’est une chose, il y a hélas tant d’autres animaux pour lesquels c’est pareil.  

C’est-à-dire que, quoi que l’on fasse, aussi écolo soit-on aussi bien-pensant soit-on, de toute façon, notre croissance démographique, notre omniprésence élimineront le reste du vivant.  

Veut-on d’un monde composé seulement de villes, d’usines, de champs traités de manière industrielle ? Moi : Non !

C’est cela qui motive notre point de vue à Démographie Responsable, je pense que cela n’est pas un monde qui est beau, je pense qu’un autre monde est possible et que nous devons aller vers une démographie plus douce.  

Je ne dis pas, notez-le bien, que le problème démographique est le seul  problème ou  le plus important. Je dis une chose un peu différente, je dis que c’est le problème clef. J’entends par là que si nous échouons sur la question démographique, alors nous échouerons aussi à régler tous les autres problèmes environnementaux. On peut toujours consommer deux fois moins par personnes, si nous sommes deux fois plus nombreux vous comprenez bien que nous restons sur un statu quo. S’ajoute à cela la question de la préservation des espaces naturels que je viens d’évoquer.  

A l’inverse, si l’on redescend à des niveaux de population plus bas, alors, nous pourrons sauvegarder des espaces naturels où vivront d’autres espèces, nous pourrons également nous contenter d’énergies renouvelables.  Le débat sur le nucléaire, sur la fin des énergies fossiles aura alors beaucoup moins de pertinence le jour où nous pourrons de fait et sans difficultés particulière nous contenter d’énergies renouvelables. Etre moins nombreux constituera pour cela une condition importante.

 

4, Pourquoi ce silence ? La réalité et les raisons du tabou.  

Je voudrais dire un mot des raisons pour lesquelles on néglige la question de la surpopulation dans les débats autour de l’écologie.  

Sur le tabou d’abord. M. Pison et M. Mao l’ont évoqué : Il est bien réel. Je peux vous dire que pour militer à Démographie Responsable nous le rencontrons fréquemment. On nous traite à peu près de tous les noms.  

C’est un véritable florilège :

Fascistes …. Je ne sais pas pourquoi, je ne vois pas le rapport !

Eugénistes….Jamais, jamais j’insiste bien nous n’avons prôné une sélection ou une sélection artificielle. Nos positions n’ont rien à voir avec cela.

Antihumains…. J’y reviendrai.

Ou aussi, j’ignore si j’ai le droit de prononcer des gros mots… Bon, alors je le dis doucement… Malthusiens. Là, c’est la corde au cou avant d’avoir fini de prononcer le mot.

Les plus extrémistes aussi nous proposent de nous suicider afin de mettre en accord nos actes et nos propos. Ça fait toujours plaisir…

Bon enfin, je résume, il existe un rejet très fort.  

Pourquoi tout cela ?  

D’abord il y a les préceptes sacrés que j’ai évoqués tout à l’heure.  

Il y a aussi une conception facile de l’humanisme : Plus d’hommes c’est mieux…. Il n’y a de richesses que d’hommes…. Enfin, vous connaissez ces phrases que, pardonnez-moi, je trouve assez stupides. Parce que, s’il n’y a de richesses que d’hommes alors : Allons-y, soyons 100 milliards, soyons 200 milliards, il n’y a plus de limites,  soyons le plus riche possible.  

Il y a une méconnaissance des chiffres, ces ratios, un sur mille et sur trente-cinq, tout le monde ne les a pas en tête. 

Et puis, il y  a aussi cette perspective de la stabilisation et là c’est un débat intéressant que nous aimons avoir avec les démographes. Cette stabilisation qui nous est annoncée pour le courant de ce siècle.  Nous serons 9… 10 milliards.

Je ne remets évidemment pas en causes les chiffres ou les hypothèses qui vous ont été présentées tout à l’heure, je les crois au contraire très sérieuses mais elles posent un certain nombre de problèmes.    

Le premier de ces problèmes c’est le niveau de cette stabilisation. Si nous nous stabilisons à neuf milliards, qu’allons-nous faire du monde naturel ? Vous avez bien vu ce que l’on a fait à sept milliards. Je ne vois pas en quoi en en ajoutant deux ou trois c’est le minimum que l’on puisse envisager, on va améliorer les choses.  Cela me semble extrêmement improbable.  

Le second point sur lequel je veux insister c’est l’évolution du taux de croissance : Oui, c’est vrai, ce taux de croissance diminue.  

Le maximum a été atteint vers 1970 et autour avec + 2,1 % par an, il est aujourd’hui de + 1,2 % par an environ. Mais bien évidemment, un taux de croissance plus faible mais qui s’applique à une base plus large conduit à une croissance absolue identique.  

(De nouveau maintenant quelques commentaires de graphiques)  

Vous voyez sur ce graphique qui présente la croissance annuelle mondiale de la population (en nombre d’hommes et non en pourcentage) depuis 1950),  qu’aujourd’hui, en 2010, nous « gagnons » environ  80 millions d’hommes par an. Or dans la décennie 1960 qui constitue la décennie symbole de l’explosion démographique, on avait un taux plus fort mais une base plus faible et  finalement l’on « gagnait » plutôt 70 millions d’hommes par an. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, on « gagne » plus d’hommes chaque année que l’on en gagnait dans ces périodes-là. Et c’est bien le nombre absolu d’hommes qui est déterminant pour la pression exercée sur l’environnement.

Je profite de ce graphique pour vous signaler  cette pointe vers le bas autour de l’année 1960. Ça c’est l’effet du « Grand bond en avant » de Mao Tsé Toung. C’est assez catastrophique car cela a fait de très nombreuses victimes et il y a eu beaucoup moins de naissances du fait de cet épisode dramatique. C’est justement ce que nous voulons éviter à Démographie Responsable. Nous voulons faire baisser la population mais pas avec ce genre d’accident.  J’insiste là-dessus car je sais combien nous sommes assez facilement caricaturés, notre combat, c’est justement pour éviter cela, essayer de contribuer à éviter ce genre de crise.    

Deuxième point sur lequel je veux m’arrêter, vous voyez qu’en 2050, on envisage toujours une croissance de la population de 40 millions d’habitants par an : Ce n’est pas rien !  

Dernier point que je souhaitais évoquer : On ne connait pas bien l’avenir.  

En 2050, nous sommes d’accords nous serons environ 9 milliards, un peu plus… un  peu moins.  

En 2100 par contre, les prévisions de l’ONU naviguent entre une hypothèse basse à 6,2 milliards d’habitants et une hypothèse haute à 15,8 milliards d’habitants. C’est une autre façon de dire : On n’en sait rien ! C’est assez normal parce que le niveau de la population en 2100 dépend du nombre de naissances qui auront lieu au cours de ce siècle c’est-à-dire du comportement reproductif de gens qui sont ou très jeunes ou qui ne sont même pas encore nés.

Donc il y a pour l’avenir une grande incertitude, mais il n’y a pas symétrie des conséquences. D’un côté il y a un monde peut-être vivable à 6 milliards et de l’autre côté un monde à 15,8 milliard qui, j’en fais le pari, un pari triste, mais que je fais quand même, est un monde invivable.

 

5, Oui, on peut Agir.  

Alors : Peut-on agir ou faut-il simplement déplorer l’inertie de ces phénomènes ?  

On peut agir sur la contraception dans les pays les plus pauvres où il existe une demande insatisfaite de contraception    

Dans les pays les plus développés on peut également agir. Nous militons dans un pays comme la France en faveur de politiques fiscales et sociales qui soient réorientées de façon plus favorable vers les familles moins nombreuses (et moins favorable vers les familles plus nombreuses).

 

6, Conclusion : La Modestie Démographique la nouvelle forme de l’humanisme.  

Je tiens aussi à dire un mot sur la question de l’humanisme. Trop souvent notre combat est compris comme un combat anti humaniste parce que nous sommes contre le nombre. Nous ne sommes pas contre l’humain pour autant.  

Pour moi l’humanisme c’est deux choses.  

D’une part, c’est une obligation morale. Celle de ne pas détruire le monde.  Cela : je le pose, Je crois que l’Homme n’a pas le droit de détruire le reste du vivant à son profit (profit illusoire d’ailleurs).  

D’autre part c’est d’assurer la durabilité des sociétés.  

Pour ces deux raisons, pour satisfaire à ces deux conditions, je crois qu’il est important que l’on s’oriente vers une démographie plus modeste. C’est ce que  j’appelle la modestie démographique. Cela permettra plus longtemps à des hommes de profiter de la vie sur Terre. Si l’humanité disparait, il est certain que les hommes ne jouiront pas de la vie sur notre planète. Cette voie-là, ce n’est pas l’humanisme.  

Je vous remercie.  

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                                                                                                    L'intervention de Didier Barthès

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Signalons par ailleurs la tenue à Dijon le mardi 31 janvier dernier d’un café Ecolo où des sujets très proches ont été évoqués. Compte rendu de cette réunion organisée par l'association Dijon Ecolo: ici    

Par Didier BARTHES - Publié dans : Démographie
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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 19:24

Pic de consommation – Energie nucléaire – Confort magique – Risque d’accident – Prix minoré du kWh – Retard sur les énergies renouvelables – Compétitivité des entreprises – Immobilier ‘passoire thermique’ – Fin du rêve nucléaire – Renouvellement du modèle de consommation –


Après le conte des 1001 nuits, nous vivons le conte des 101 000 mégawatts (1) : en effet quoi de plus miraculeux que d’avoir chaud dans une France entre – 10° C et – 20° C sans avoir à faire plus d’effort que de régler le thermostat et sans aggraver outre mesure les rejets en CO2 ; sans non plus avoir pris la peine d’isoler correctement nos maisons et appartements. Il y a bien là quelque chose de magique.

L’auteur de ce conte a un nom, c’est le nucléaire (2) et on a envie de lui dire merci.

Et puis on se rappelle Fukushima, 10 mois à peine, là où le conte japonais s’est mué en cauchemar. Et puis on doute à la vue de la glace qui commence à prendre nos rivières en se rappelant d’un coup que nos chères centrales fonctionnent aussi à l’eau qui court … L’accident n’est pas certain, il faudrait juste quelque chose de plus fort que ce qui a été prévu dans les longues séries statistiques qui ont présidées à l’élaboration des critères de sûreté de ces nœuds de dépendance qui ne supportent pas l’aléa imprévu, et le rêve peut basculer. Le rêve nucléaire a sa rançon, ce risque infime et permanent d’une catastrophe possible. Une épée de Damoclès sur un rêve prométhéen en somme (3). S’expliquer sur ce risque, c’est le premier compte qu’on peut lui demander.

Le nucléaire en France a eu un effet. Par la grâce d’une comptabilité qui a joué pleinement son rôle, à savoir qu’elle a produit un prix du kWh largement déterminé par des contraintes politiques en oubliant les coûts cachés (4), les Français, particuliers comme entreprises, ont bénéficié de tarifs forts avantageux par rapport à leurs voisins non-biberonnés à l’énergie nucléaire d’Etat. Et ce prix minoré a lui-même provoqué des effets en cascade.

Une moindre appétence pour les énergies renouvelables, toujours susceptibles de provoquer au moins à court terme une hausse des coûts énergétiques, et qui nous laisse fort dépourvu quand le monde développé, Allemagne et Japon en tête, met la filière nucléaire à l’index. Le retard en matière d’énergies nouvelles, c’est encore un compte qu’on peut demander à l’énergie nucléaire.

L’électricité bon marché a aussi contribué, pour les industriels consommateurs d’icelle, à compenser et donc à masquer un coût du travail excessif vis-à-vis de nos voisins. Maintenant qu’il nous faut prévoir une hausse à court terme d’au moins 30 % pour tenir compte des coûts d’une sécurité renforcée après le traumatisme fukushimien, quelle politique adoptée pour maintenir la compétitivité des industries énergivores sans une remise en cause difficile ? Avoir facilité la dérive des coûts sociaux, c’est un autre compte qu’on peut demander au nucléaire.

La facilité d’installation et de maintenance du chauffage électrique comme son coût de fonctionnement ont convaincu depuis 40 ans un nombre de particuliers sans équivalent en Europe, et c’est ainsi que nous nous sommes habitués à un mode de chauffage simple sans nous soucier de faire des efforts significatifs pour faire passer notre habitat en mode très basse consommation (5), en isolant sérieusement les constructions comme en développant la captation de l’énergie solaire (6). Hériter aujourd’hui d’un parc immobilier construit comme une passoire thermique, c’est aussi un effet de la politique nucléaire suivie (qui a longtemps préféré jouer la carte de la croissance de la consommation plutôt que celle des économies d’énergie) et un compte à lui demander.

On ne récrit pas l’histoire, mais comment oublier que les écologistes des années 70 criaient casse-cou quand EDF promouvait le chauffage électrique (7) et annonçait avec gourmandise des courbes de croissance impressionnantes ? Pour 40 ans après demander aux Français d’éteindre les lumières et mettre en avant une impossibilité à démanteler les vieilles centrales, prisonniers que nous sommes d’un besoin immaîtrisé.

Il y a une bonne nouvelle dans tout ça. En ces temps d’une mondialisation qui semble nous priver du contrôle de notre avenir, nous pouvons constater que le pic de consommation se fait le soir à 19 h 00 et ne dépend que de nous-mêmes.

Après avoir demandé des comptes au conte que le nucléaire a cru nous faire vivre, nous pouvons rentrer dans la réalité, adapter à marche forcée nos maisons nos bureaux nos appartements, promouvoir une économie drastique de l’énergie sous toutes ses formes et jouer la carte des énergies renouvelables comme nous interroger sur notre nombre de consommateurs (8).

Toutefois, s’adapter vite, c’est s’adapter avec d’autant plus d’efforts à fournir. Transformer nos constructions va supposer des investissements lourds et se traduira par un coût croissant du logement, s’exonérer des énergies fossiles (9) et du nucléaire à terme commande là aussi des investissements qui se reflèteront dans les prix comme dans les usages de l’énergie. En fait, et il faut le dire et le répéter, changer de modèle énergétique suppose une rétraction du niveau de vie, avec une part croissante du budget des ménages affectée au logement et à la dépense énergétique qui y est associée. Sans compter une remise en cause à la hausse du coût des déplacements des hommes et des choses, qui impactera nos modes de vie et notre urbanisme au premier chef. Si l’on ajoute à ces changements la modification de notre mode d’alimentation vers une agriculture biologique plus saine mais plus coûteuse elle aussi, c’est tout le modèle occidental de consommation qui doit se renouveler.  

Un conte est passé et le réveil est difficile, mais il fait si bon vivre ! alors à nous de jouer.

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1. Le pic de consommation électrique instantanée en France a passé pour la première fois le cap des 100 500 mégawatts mardi 07 février 2012.

2. L’électricité d’origine nucléaire représente grosso modo 75 % de l’électricité consommée en France.

3. C’est ce rêve que des scientifiques comme Louis Leprince-Ringuet mettaient en avant à l’époque où la France du Président Pompidou sous le ministère de Pierre Messmer fit le choix du tout-nucléaire.  

4. Au premier chef de ces coûts, la surveillance des déchets à long terme et le démantèlement des centrales.

5. Sur ce sujet d’un habitat faiblement consommateur, rappelons simplement que les Suisses ou les Allemands ont été les premiers à émettre des normes sévères type Passivhaus et à imaginer la construction de maisons passives quasi non-consommatrices d’énergie extérieure. Toutefois, si la politique pro-nucléaire a eu un rôle dans cette absence de politique sur l’habitat, il faut reconnaître que le coût relativement bas du gaz ou du fioul domestique a aussi encouragé les Français à ne rien faire.

6. On pense d’abord aux capteurs solaires et ceux-ci peuvent être assez aisément ajoutés ; mais il y a aussi la conception de la maison, avec des baies plein sud notamment et une inertie calculée, qui permet un chauffage solaire dit passif très économe. Bien évidemment ce mode de construction doit être prévu au départ ou se révèle coûteux ensuite, d’où l’intérêt d’anticiper. Quand on pense à l’importance du parc immobilier construit depuis 40 ans, on ne peut que déplorer l’absence d’une politique prévoyante.

7. A quelque 40 ans de distance, il n'est pas forcément illégitime de se demander si le lobby nucléaire français ne tente pas une opération similaire en présentant la voiture électrique comme l'avenir de l'automobile. Avec la complicité de bobos écologisants pour qui l'important est de déplacer la pollution hors de leur sphère d'évolution, comme ils l'ont déjà fait à moult reprises, en s'opposant par exemple à la centrale nucléaire de Plogoff ou plus récemment aux recherches de gaz de schiste au Larzac sans pour autant promouvoir une vita povera seule à même de ne pas déporter vers des voisins moins adroits et moins introduits les conséquences d'un mode de vie gaspilleur et destructeur. Sur ce sujet,cf. Le coup de Plogoff, in le blog Economie durable

8. La question du nombre de consommateurs a aussi été mise en avant par les experts énergétiques pour expliquer la tendance à la croissance de notre consommation énergétique. On ne peut donc exclure qu’il faudra se poser la question aujourd’hui taboue du nombre acceptable de consommateurs sur notre territoire si nous voulons préserver à la fois une cohérence sociale et un équilibre écologique.

9. Il ne s'agit évidemment pas d'avoir à choisir entre la peste et le choléra, comme nous y mène si volontiers la société de croissance. Le pétrole le charbon ou le gaz ne doivent pas être des substituts au nucléaire. D'une part parce que la raréfaction de la ressource oblige à aller chercher toujours plus loin avec toujours plus de risques (voir les forages pétroliers à 5000 m de profondeur) ou toujours plus difficile avec la pollution y afférente (voir les gaz de schiste ou assimilés). D'autre part parce que la planète commence à plus que saturer en matière de rejets de CO2. In fine la solution écologiquement viable consiste à miser dans un même mouvement vers les économies d'énergie et les renouvelables.


Sur ce sujet du pic de consommation voir également l'article : 100 500 Mégawatts : Record de consommation électrique.

Par Jean-Christophe VIGNAL - Publié dans : Energie
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