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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 09:44

On l’attendait lundi soir, quelques mesures avaient d’ailleurs été prises, et largement médiatisées ici et là, pour l’éviter, ou au moins en limiter l’ampleur, mais c’est finalement ce mardi à 19 heures que la France a battu son record de puissance électrique avec une production instantanée de 100 500 mégawatts. Record non négligeable puisqu’il dépasse de 4 % le pic précédent : 97 500 MW le 15 décembre 2010 (1).

Avons-nous relâché nos efforts suite à la réussite des mesures de la veille ou est-ce le froid qui s’est fait plus mordant ou plus généralisé à l’ensemble du territoire ? Peu importe, le seuil symbolique des 100 000 MW est franchi. RTE l’attendait plutôt pour 2013 et prévoit d’atteindre des pointes de 110 000 MW en 2020.  

100 Gigawatts ! Une telle puissance a de quoi donner le tournis. Elle correspond à la production (électrique) instantanée de plus de 70 réacteurs nucléaires de dernière génération (2). Elle correspond aussi, puisque l’électricité ne se stocke pas, à la consommation instantanée de 1,5 kW par français, bébés compris, c’est un peu comme si toute la France était en train de repasser au même instant.

Ce qui donne aussi le tournis c’est le regard sur le passé. La consommation électrique dans notre pays a fortement augmenté au cours des quatre dernières décennies. Entre 1973 et 2005 la production  électrique française a été multipliée par plus de trois, passant de 182 à 570 Térawattheures/an. Depuis 2005, il est vrai nous la consommation tend à stagner, ce qui n’exclut pas, nous le voyons, les problèmes de pointe.

La généralisation du si pratique chauffage électrique, allié à la puissance et à l’efficacité de la production nucléaire, ainsi que le faible prix de vente de l’électricité (si si !) ont favorisé cette dérive, tous ces facteurs d’ailleurs se renforçant et se justifiant l’un l’autre.

Dans d’autres pays, les pointes de froid génèrent plutôt une surconsommation d’autres sources d’énergie : chauffages d’appoint au gaz, au fioul au bois… En France c’est prioritairement l’électrique qui assure l’ajustement marginal, pour le chauffage au moins.

En pleine campagne électorale et donc en plein débat latent sur le nucléaire, cette année revitalisé par le souvenir des évènements de Fukushima, un tel record suscite bien des interrogations.

Comment ferons-nous face à une telle demande, si demain nous devons fermer une part significative de notre parc électronucléaire comme le demandent instamment les écologistes d’EELV et comme le promet, beaucoup plus mollement il est vrai, le parti socialiste ?

Lors d’un récent colloque organisé par l’IFP (Panorama 2012), un intervenant fit malicieusement remarquer que le Danemark, pays connu pour sa sensibilité écologique et ses nombreuses éoliennes géantes, était le pays qui, pour sa production électrique produisait le plus de CO2 par habitant. Les éoliennes ne fournissant pas de courant en continu, elles doivent être doublées par des centrales fonctionnant majoritairement aux énergies fossiles qui se trouvent largement sollicitées en périodes de pointe et/ou de calme plat. Oui, cette question doit aussi être abordée, rien n’est simple.

C’est en réalité tout notre modèle qui est en cause ; notre modèle de croissance permanente et conjuguée de nos consommations individuelles et de nos effectifs. Modèle hélas plébiscité par la quasi-totalité des partis politiques qui réclame toujours plus de croissance et se félicite dans une touchante unanimité (pour une fois !) des réguliers records de la fécondité français.

Quelle que soit la position de chacun sur le nucléaire, nous n’éviterons pas, si nous voulons assurer quelque durabilité à nos sociétés une politique d’économie d’énergie qui passera par une remise en cause de quelques habitudes modernes. Les « négawatts » selon l’expression en vogue, font partie des options les plus prometteuses.

Nous pouvons (devons ?) accepter un ou deux degrés en moins dans les maisons, nous pouvons refuser la climatisation généralisée, baisser sensiblement les éclairages publics et les publicités inutilement lumineuses.

Plus fondamentalement, nous devons entrer dans l’ère où nous acceptons de supporter certaines contraintes de la nature liées au caractère fini de notre monde. La fuite en avant productive et démographique que nous connaissons est une perspective impossible. Cela ne serait pas le moindre mérite de ce record que de nous aider à en prendre conscience.

 

Ci-dessous, une illustration de l'extraordinaire croissance des pointes de consommation électrique en France au cours des dix dernières années. Source : RTE

   pic de consommation

_________________________________________________________________________________________________________  

 (1) A peine cet article écrit, que l'actualité le rendait caduque. Le lendemain soir même,  mercredi 8 février, le record de consommation électrique tombait à nouveau  avec une consommation instantanée de 101 700  MW  (dont 7 800 importés), soit encore 1 % de plus que la veille. Dans le même temps, la consommation de gaz atteignait aussi son plus haut niveau. La vague de froid illustre à merveille notre dépendance à l'énergie et ne laisse pas d'inquiéter si celle-ci venait un jour à manquer.

 (2) La France héberge 58 réacteurs nucléaires dont 55 étaient en fonctionnement au moment du pic. La dernière génération, à laquelle tous n’appartiennent pas, offre une puissance d’environ 1 400 MW électrique, le futur EPR devrait atteindre environ 1 600 MW.

Sur le même sujet voir aussi, sur ce site, l'article : Le Pic et le Nucléaire, et sur le site de Libération l'excellente analyse de Sylvestre Huet.                                  

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Published by Didier BARTHES - dans Energie
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commentaires

egc 21/10/2016 12:17

on consomme trop cela devient grave ....

Mike Da Funk 11/03/2013 22:24

à côté de ça, il y a les radiés :
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2013/03/11/97002-20130311FILWWW00492-energie-230000-foyers-radies.php

Jean-Christophe VIGNAL 13/03/2013 11:15



Vous avez raison de souligner ce qu'on n'a tendance à ne pas voir, à savoir les oubliés ou les maladroits de la société de croissance, une société qui promeut une dépendance généralisée, et
notamment à l'électricité, et qui risque de plus en plus à l'avenir de ne pas tenir ses promesses de progrès, ou plus concrètement, de mettre une bonne partie de nos concitoyens dans des
situations ingérables.



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