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20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 08:54

Bonus malus abusus ! 

 

Mondial de l’automobile, et déjà 10 mois d’expérience du bonus malus : c’est le moment de s’interroger sur ce dispositif au service du développement durable mis en place par le tandem Jean-Louis Borloo-Nathalie Kosciusko-Morizet dans la foulée du Grenelle de l’environnement.

A première vue, c’est un succès : la part des petites voitures a nettement augmenté au détriment des grosses automobiles, plus rapides, plus lourdes et donc plus polluantes. Succès si important que l’équilibre financier du dispositif initialement prévu – les malus finançant les bonus distribués – a été mis à mal et que l’Etat y est de sa poche.

A tout le moins, si on déclare se situer dans une logique de long terme, il faudrait exiger que toute redistribution financière à fin d’orienter les choix des consommateurs d’une activité polluante, même s’il s’agit d’en réduire ses effets, soit financée par les consommateurs de cette activité eux-mêmes. Le système de bonus malus automobile doit s’équilibrer, sinon il fonctionne comme une pompe qui marche à l’envers et se transforme en mode de subvention à une consommation polluante, un bonus malus abusus !

Autre interrogation : est-il malin de la part des Pouvoirs publics de qualifier d’écologique et d’encourager les Français à acheter une voiture qui va générer lors de sa durée de vie, comme signalé plus haut, environ 25 tonnes de CO2 ; et qui devra fonctionner au diesel ou à l’essence jusqu’en 2023, terme prévisible de son fonctionnement ? Outre que l’on produit une pollution du langage à qualifier une telle voiture d’écologique, on lance les consommateurs dans une impasse économique, car nous savons tous que l’économie du pétrole ne permettra pas de circuler à bon compte dans les années 2015-2020 avec du diesel ou de l’essence. Or l’achat d’une voiture est un achat lourd, structurant et engageant pour le budget des ménages ; en l’absence d’une rupture technologique nécessaire (voiture légère, moteur Stirling à air comprimé, etc.), il serait plus prudent pour les consommateurs de faire durer leur voiture actuelle encore quelque temps et de garder leur argent ou de l’investir par exemple dans une meilleure isolation de leur logement. Cela aurait aussi pour vertu de mettre les constructeurs automobiles sous tension, car il faut bien reconnaître qu’ils ne se pressent pas de s’adapter aux contraintes écologiques. Qu’attendent-ils, sans attendre de miracles en R&D, pour produire dés maintenant des voitures légères, conçues avec une vitesse de pointe de 120 km/h, ce qui permettrait d’économiser sur le système de freinage, les pneumatiques, la motorisation, en fait sur la totalité de la voiture ?

Allons plus loin encore ! Et constatons que se déplacer en automobile a un coût élevé pour la planète. Sans oublier qu’aujourd’hui l’automobile n’est pas zappable, voici quelques suggestions d’action pour tous ceux qui veulent se situer dans une logique de long terme.  

Pourquoi ne pas garder le principe du bonus malus, mais en l’étendant à la logique du déplacement ? En d’autres termes, passer du bonus malus automobile au bonus malus déplacement ; donc taxer les voitures les plus polluantes comme aujourd’hui et utiliser cet argent pour encourager les modes de circulation propres en finançant par exemple l’amélioration des trains de banlieue, ou des pistes cyclables et des parkings à vélo, ou en multipliant les voies piétonnes. Et pour les voitures actuellement objet d’un bonus se contenter d’une absence de taxe.

Pourquoi ne pas interdire la publicité pour les voitures, comme on l’a fait pour le tabac ? Il faut sortir de notre imaginaire ‘le désir de voiture’, cela à terme aura des conséquences sur cette consommation-là. Bien sûr, cela va poser un problème à nos constructeurs automobiles ; alors prévenons les au plus vite qu’ils doivent s’adapter et/ou se diversifier, un peu comme les grands groupes pétroliers sont en train de se transformer en spécialistes de l’énergie.

Pourquoi ne pas baisser immédiatement la vitesse maximale à 120 ou même 110 km/h sur les autoroutes, comme il en était question au Grenelle de l’environnement ?  

Pourquoi ne pas imposer aux villes de plus de 5000 habitants la création d’une zone sans voitures significative ?

Pourquoi plus globalement ne pas réfléchir en terme de néga-kilomètres, comme certains le font en matière d’énergie avec les néga-watts ? Autrement dit, il faut favoriser le non-déplacement ou minimiser les distances à parcourir. Ce qui suppose de réfléchir en profondeur à l’aménagement de nos territoires. Une épicerie qui ferme dans un quartier, combien de km en voiture ? Combien de tonnes de CO2 ? Réfléchir en néga-kilomètres, c’est assez vite penser à établir une taxe carbone significative pour obliger chacun à faire ses choix en matière de situation du logement et/ou du travail, et de déplacements pour les courses, les promenades ou les vacances. Qu’est ce qu’une taxe carbone significative ? Une taxe qui oblige à faire des vrais choix, donc d’un montant d’au moins 50 centimes par litre de carburant pour commencer, et qui devrait doubler d’ici à 5 ans. En contrepartie, les sommes collectées doivent être utilisées à baisser les impôts pour rester à niveau de prélèvement constant et à aider les ménages déstabilisés par ce changement à s’adapter. Cela peut nous affecter fortement dans notre vie quotidienne, dans notre niveau de vie, cela ne sera pas facile, mais ne rien faire aujourd’hui sera encore plus pénalisant demain, et d’abord pour les plus fragiles d’entre nous.

Encore un mot, remettre en question les déplacements automobiles d’aujourd’hui n’est pas vouloir un monde immobile et fermé sur lui-même. C’est plutôt notre monde, en formatant, en uniformisant, qui tue la diversité, qui tue le voyage et la découverte de l’autre. Eviter les déplacements inutiles et polluants, éviter de passer une partie importante de son temps à financer une voiture prise quotidiennement dans les embouteillages comme le dénonçait déjà Ivan Illich il y a plus de trente ans, c’est aussi gagner du temps pour voyager et découvrir le monde.

 

Cet article fait partie d’une série de trois articles sur le thème du déplacement ; les deux prochains aborderont la question du transport de marchandises et la question du transport aérien.

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Published by Jean Christophe VIGNAL - dans Transports
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