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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 11:52


     Lundi 12 janvier, à l’issue de l’émission " C dans l'air " sur France 5 consacrée au conflit russo-géorgien, l’économiste Jean-Marie Chevalier a affirmé que le ratio entre les réserves prouvées de gaz et la consommation annuelle était de 65.

     L’animateur Thierry Guerrier en a alors conclu qu’il nous restait 65 ans de réserves et l’économiste a confirmé en précisant  : " On aura toujours du gaz "

    Rappelons donc qu’il n’y a pas identité entre un ratio réserves / consommation annuelle de 65 et la certitude d’avoir du gaz pour 65 ans.


    Pour que cette égalité soit exacte, il faudrait que soient remplies un certain nombre de conditions.

  • Que la consommation soit stable sur cette période ou au moins que la moyenne de ces consommations soit égale à celle de l’année de référence.
  •  Que nous puissions physiquement extraire du gaz au même rythme jusqu'à l’épuisement complet des gisements.
  •  Que même durant les dernières années, sachant que nous allons manquer très prochainement de gaz nous continuions à en consommer de la même façon.

Or aucune de ces conditions n’est satisfaite.

  • La consommation de gaz n’est pas stable, bien au contraire. Elle augmente de quelques pour cent par an. De plus cette augmentation est amenée à se poursuivre et probablement à s’accélérer non seulement à cause de la croissance démographique et économique, mais aussi parce que dans les décennies à venir, le pétrole entrera en déplétion. Une partie de L’énergie que nous en tirions devra donc être fournie par les autres sources fossiles et en particulier par le gaz qui lui est partiellement substituable. Cette considération réduira fortement les délais envisagés, rappelons qu’une croissance de la production de 2 % par an conduit à un doublement au bout de 35 ans.  
  • Un gisement ne s’arrête pas du jour au lendemain après avoir fourni le même débit jusqu’à la dernière seconde. Même si pour le gaz la chute de production est plus brutale que pour un gisement de pétrole, il va de soi que durant les dernières périodes d’exploitation la production ne soutient pas le rythme connu dans les meilleurs années.
  • Enfin bien entendu, et quoique l’humanité fasse souvent preuve d'imprévoyance, il est impossible d’imaginer que nous ferons " comme si " jusqu’au dernier mètre cube. Il faudra bien prendre un tout petit peu soin de l’avenir. Cette considération comme la précédente pourrait à l’inverse de la première, prolonger un peu les choses.

 

    En conséquence si le ratio évoqué est exact (ce qui d’ailleurs ne constitue pas une certitude ni dans un sens ni dans l’autre) il est probable que nous consommions encore un peu de gaz dans 65 ans et même au-delà. Mais, comme pour le pétrole, les quantités en cause seront déclinantes (et cela, bien avant 65 ans).
    Peu à peu ces deux sources d’énergie deviendront négligeables en terme de quantités et même sans doute finalement marginales en terme de part de marché. 
    Pour le pétrole, le ratio  réserves / consommations annuelles est d’environ 40. Cependant, là aussi, nous connaîtrons des pénuries  bien avant et cela, alors même que nous consommerons  encore un peu d’or noir dans 60 ou 100 ans. Le charbon, le nucléaire, les énergies renouvelables prendront probablement la relève, à moins que la civilisation ne s’écroule victime de nos aveuglements persistants.

   " C’est dans l’air "est généralement une excellente émission et mettons sur la pression de l’horloge (nous étions dans les dernières secondes) cette identité trop vite présentée comme vérité.

    Enfin la dernière remarque de Jean-Marie Chevalier illustre merveilleusement le raisonnement des économistes. Tout d’abord ceux-ci n’envisagent jamais le long terme. 65 ans lui semble le bout du monde puisqu’il affirme nous ne manquerons jamais de gaz. Or 65 ans est une broutille dans l’histoire de l’humanité et beaucoup des enfants qui naissent aujourd’hui ont même  la perspective de vivre dans un monde sans pétrole et sans gaz. Difficile à imaginer !   Non ?

 

    Plus fondamentalement encore, on mesure la réticence des économistes à prendre en compte les limites physiques du monde. La science économique ne s’intéressant et ne nommant même production que le résultat du travail des hommes elle continue à ignorer ou à tenir pour négligeables les dons de la nature. Il est vrai que si elle le faisait, il y a bien longtemps que les comptes de l’économie mondiale marqueraient une récession.

 

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Published by Didier BARTHES - dans Energie
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