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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 10:24

 

 

Petite réflexion sur des arguments avancés contre cette loi, ou quand l’écologie oblige à la rigueur.

 

 

   Des arguments contre cette loi, il y en a eu beaucoup.
  Sur la difficulté du contrôle et le flicage que son application risque d’entraîner. Sur les erreurs qui pourront être faites sur l’identité des fraudeurs (voisins de wifi, appartement loué avec accès Internet, etc.) Sur l’automaticité de la sanction. Sur l’absence d’intervention d’un juge...

   Mais certains arguments avancés posent question d’un point de vue qui peut sembler très loin de cette problématique, je veux parler du point de vue écologique.
  J’en retiendrai deux : l’impossibilité pour les jeunes d’accéder à la culture si l’on ne leur donne pas un accès gratuit ou quasi gratuit aux œuvres accessibles sur le net, et la lourdeur relative à la mise en place d’un système où chaque consommateur devrait payer ce qu’il consomme, mise en place si lourde si complexe qu’elle n’en vaudrait pas la peine et qu’il serait alors plus sage de se tourner vers une logique forfaitaire basée sur l’accès au net.

 

  L’idée que les jeunes et tous les économiquement faibles puissent télécharger à volonté films, chansons, et toutes les musiques qu’ils aiment sans se soucier du prix à payer* pour rémunérer les hommes qui assurent ce qu’il faut bien appeler une production est généreuse. Dans ce qu’elle a de meilleur, elle ne restreint pas les gens avec peu de moyens de faire la connaissance d’autres peuples, d’autres cultures, via leur production audiovisuelle.
   Mais elle est dangereuse aussi. Car elle contribue à ancrer l’idée qu’avec un peu d’organisation et de légères contreparties la consommation illimitée de biens est possible. Car en évacuant la frustration de ne pas avoir accès à tout ce qu’on désire en matière de biens culturels, elle ne nous prépare pas, c’est le moins qu’on puisse dire, à vivre dans un monde de 7 milliards d’habitants où la limitation de notre consommation va peu à peu s’imposer à chacun d’entre nous si l’on veut garder une planète viable et respecter les autres formes de vie.

 

  Quant au second argument, il est vrai qu’on ne peut évacuer d’une pichenette la lourdeur et la complexité résultant de la mise en place d’un système faisant payer le consommateur réel et capable de sanctionner les fraudeurs et les voleurs.
  Mais peut-on sans faillir jeter aux orties nos principes**, sous la raison d’une impuissance trop facilement affichée ?
  Beaumarchais*** réveille-toi ! ils sont devenus fous …

  Plus grave encore : cette impuissance quasiment revendiquée face à une population qui ne veut pas payer le vrai prix des choses – ah ! le mythe d’un monde-internet où la gratuité serait reine – finit par ressembler à une vraie lâcheté… et augure mal des qualités et des capacités que devra déployer la puissance publique quand il va falloir mettre en musique les changements nécessaires pour s’adapter au nouvel ordre écologique qui doit émerger si l’on veut, vous connaissez la musique ! garder une planète viable et respecter les autres formes de vie sur terre.

 

   Il ne s’agit pas ici, rappelons le, de prendre parti sur la loi Hadopi, juste de récuser des arguments qui ne sont pas compatibles avec une perception honnête de ce qu’implique l’écologie. Ce qui déresponsabilise, ce qui peut faire croire à une consommation sans limite, ce qui s’appuie sur la facilité au détriment de valeurs profondes ou du courage d’affronter le réel, ce réel qu’évoquait si bien Jaurès, cela ne peut se conjuguer avec cette science politique consciente de la beauté du vivant qu’est l’écologie.
En un mot, écologie oblige.

 

 

 

* Hormis une taxe liée à la connexion Internet pour rémunérer les créateurs et producteurs ; cette solution, généralement proposée par les adversaires de la loi Hadopi, n’est en fait qu’un impôt ‘culture’ appelé 'licence globale' payé par tous les connectés au net et pouvant s’élever selon les diverses projections de 3 à 7 euros par mois ; elle suppose une redistribution monétaire ‘administrative’ aux créateurs et producteurs.

 


** En matière de droit d’auteur. Voir notamment les réactions de Pierre Arditi, Juliette Greco ou Maxime Le Forestier.

 


*** Beaumarchais peut être considéré comme le père du droit d’auteur en France, ou en tous cas comme son inspirateur.

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Published by J Bruguier - dans Société
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