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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 18:04

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« Aujourd’hui la seule condition de survie réside dans l’établissement d’un rapport plus humble avec la planète. » Alain Gras

Une attaque de requin qui a récemment fait un blessé grave à la Réunion vient une nouvelle fois de générer les plus indignes réactions et d’illustrer la folie des hommes et le peu de recul de leur pensée.

Suite à plusieurs accidents, des voix s'élèvent désormais pour demander, non seulement l’autorisation de tuer les requins (comme si l’humanité ne s’en chargeait déjà pas suffisamment), mais aussi pour mettre en cause les zones protégées où la pêche est interdite, sous prétexte, que ces zones, plus poissonneuses (quelle honte), attireraient les requins ! (1).

Si l’on peut comprendre quelques réactions de ce type de la part des blessés ou de leurs proches sous le poids du drame personnel, il est inconcevable et bien triste que de telles positions soient relayées, parfois même, par les autorités.

Ces réactions illustrent bien la mentalité dominante : La nature n’a aucun droit, aucune valeur pour elle-même. Tout doit être organisé au profit immédiat de l’Homme, même pour ses loisirs les plus futiles et les moins partagés (2). La nature n’est qu’un terrain de jeu, et qu’elle se porte bien nous indiffère, si cela doit se payer de la moindre contrainte.

Dans le monde, les attaques de requins font très peu de victimes (3). George Burgess, un ichtyologue  américain rappelait d’ailleurs que le nombre de décès par chute de noix de coco est beaucoup plus important que celui imputable aux redoutables squales (4): Messieurs les préfets, il est donc urgent de faire abattre tous les cocotiers ainsi d’ailleurs que d’éradiquer les abeilles que d’infâmes écologistes se proposent de protéger puisque les abeilles, plus encore que les cocotiers et les requins, font plusieurs morts en France chaque année.

Quelle myopie intellectuelle ! Quelle folie et quel mépris pour la nature et pour la vie ! Partager la planète, quitte à nous priver un peu serait au contraire une excellente leçon d’adaptation, une marque de respect envers le vivant, en un mot une preuve de l’humilité dont nous aurons tant besoin si nous voulons tout simplement survivre (voir la citation d'Alain Gras). Ce serait aussi, tout simplement, se comporter dignement.

Mais non ! Face à un problème avec les animaux, la première réaction des hommes est de tuer, d’éradiquer sans réfléchir. Nous montrons là toute notre petitesse d’âme mais aussi toute notre incapacité au moindre recul. Cela augure très mal de l’avenir qui nécessitera de notre part une attitude toute différente si nous voulons sauvegarder les équilibres du vivant. 

Mais le voulons-nous ? L’humanité dans son ensemble a-t-elle une volonté ? A-t-elle d’ailleurs jamais agi collectivement ou l’Histoire n’est-elle que l’addition de drames et de situations particulières ?

Il est certain que dans un monde entièrement macadamisé nous ne nous tordrons plus les chevilles, que dans un monde sans arbre aucune branche ne nous tombera sur la tête et que dans un monde sans requin plus aucun surfeur ne sera blessé. Nous n’en profiterons malheureusement pas, car dans ce monde-là, nous serons morts.

___________________________________________________________________________________________________

(1) Voir par exemple cet article :    

(2) Je n’exprime en cela aucune animosité contre le surf. J'admire les performances de ses pratiquants et l'esthétique de la discipline. Mais il est clair que si nous devons parfois choisir entre un sport et la protection de la nature, nous devons sans hésiter donner la priorité à cette dernière. Ajoutons dans le cas présent que l’on peut  parfaitement surfer ailleurs, même s'il faut pour cela se déplacer un peu.    

(3) Les statistiques restent imprécises mais la plupart des sources évoquent largement moins de 10 morts par an. D’autres animaux, serpents, chiens (tout simplement) insectes, éléphants, hippopotames notamment font beaucoup plus de victimes bien que leurs attaques soient moins médiatisées. Il va de soi que ce qui est vrai pour les requins l’est tout autant pour toutes les autres espèces que nous devons également protéger.

(4) Le ratio entre ces deux dangers, (Georges Burgess évoquerait 10 fois plus de (mal)chances d’être tué par une noix de coco que par un requin), est discuté, mais l’essentiel est là, parmi les risques naturels l'attaque de requin est un risque mineur fortement surmédiatisé.     

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Published by Didier BARTHES - dans Billets d'humeur
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commentaires

teysseire 19/08/2012 18:27

A propos du commentaire de Franck : peut-être un jour la boucle sera-t-elle bouclée et nous finirons par nous entre dévorer comme dans "Soleil Vert"!

Didier BARTHES 09/01/2013 15:22



Cela n'est pas exclu, cela sera une des composantes de l'effondrement qu'hélas de plus en plus de penseurs envisagent comme une hypothèse de plus en plus
plausible.



Franck 19/08/2012 09:46

Le nombre d'attaques par requins et de victimes est clairement infinitésimal. L'endroit le plus dangereux du monde pour y risquer décès et mutilations est bien ... la selle de ma moto. Néanmoins,
l'émotion que provoque chaque attaque mortelle se trouve au plus profond de notre cerveau reptilien : l'homme a passé le plus clair de son évolution à être une proie. Ce qui nous terrorise le plus,
ce n'est pas tant d'être tué que d'être consommé. On ne peur rien y faire c'est trop profond. Plus loin de la terre, on a le grand méchant loup qui relève du même processus mental. Nous pouvons
toutefois être optimistes : au train où la population augmente et au vu des pertes disproportionnées dans les 2 camps de l'ordre de 100 000 000 pour 1, le problème va disparaitre de manière
inéluctable.

Didier BARTHES 19/08/2012 14:26



Rien à ajouter, j'ai décrit les faits, vous avez explicité les causes, j'y souscris entièrement.



teysseire 09/08/2012 13:08

Je ne peux résister à faire part d'un article paru ce jour dans "Le Progrès": Palmarès des animaux tueurs! On y apprend que le serpent, le scorpion,le crocodile, l'éléphant, le lion et
l'hippopotame feraient à eux 6: 108 000 victimes humaines par an( à la décharge de l'auteur il place le moustique en tête de liste et le requin en queue).
Le journaliste ne met pas en regard les 700 000 homicides annuels et le million et demi de morts dû aux guerres ou violences d'état(les bonnes années)
Quelle est donc l'espèce dont il faut le plus se méfier?

Didier BARTHES 19/08/2012 14:27



Je ne peux mieux répondre à votre commentaire qu'en vous renvoyant à l'analyse faite par le lecteur suivant (Franck).



José Diaz 08/08/2012 14:57

Curieusement, l'objectif du risque zéro envahit les médias "mainstream" quand il s'agit des requins, alors que dans le même temps et les mêmes médias, des Allègre viennent le tourner en dérision
quand le nucléaire, les OGM et autres joyeusetés du progrès sont sur la sellette. Franchement, la mort par requin est plus nette et plus rapide!

Didier BARTHES 19/08/2012 14:28



Elle est surtout particulièrement rare.



teysseire 07/08/2012 12:24

Il y a quelques années, il était sérieusement question de supprimer les platanes en bord de route car ils avaient l'habitude de rentrer dangereusement en contact avec les autos. Récemment, j'ai
aussi appris que certains envisageaient de supprimer ceux bordant une magnifique route aux alentours de Tarascon en raison du risque d'éblouissements, voire de crises d'épilepsie pour des voyageurs
passant à grande vitesse, sur plusieurs kms, alternativement de l'ombre à la lumière . Nous avons aussi J Bové qui conseille d'abattre le loup à vue, pour protéger les paysans. La profondeur de la
bêtise humaine est plus abyssale que les eaux où tentent de survivre quelques requins!

Didier BARTHES - Jean-Christophe VIGNAL 24/05/2013 15:14



On dirait que l'Homme trouve toujours toutes les bonnes raisons de détruire. On dirait que l'Homme n'a pas de tendresse pour le monde.



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