Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 06:24

Pardon de cet accès de pessimisme au coeur de l'été, mais il faut parfois donner sa place à la vérité : C’est perdu ! Le combat pour la sauvegarde de la nature et pour la construction d’une coexistence harmonieuse et durable (ou même durable parce qu’harmonieuse) entre l’homme et  le reste du monde vivant est un combat perdu.  

Des solutions se feront jour, bien sûr, le temps résout tout, mais  elles seront subies quand elles auraient pu être voulues et c’est là, me semble-t-il, une juste définition de l’échec. Ces solutions feront suite à un anéantissement durable des équilibres naturels. Les espèces disparues mettront plusieurs millions d’années avant d’être remplacées par leurs équivalents. Depuis le début du 20ème siècle nous avons multiplié nos effectifs par 4, avons rasé, - les estimations varient - plus de la moitié des forêts et avons éliminé 97 % des prédateurs que sont les lions et les tigres, les poissons rapetissent et disparaissent, beaucoup d’espèces ont vu leurs effectifs baisser de 90 %. Les sols sont détruits et l’atmosphère voit évoluer sa composition à travers la rapide augmentation de la proportion de gaz carbonique.

Les faits sont graves, ils sont catastrophiques, mais plus terrible encore, aucun retournement de notre attitude n’est en vue. Tendances lourdes et volonté mal dirigée… que pouvons-nous faire ? Il y a maintenant quatre ans, l'analyste Jean-Marc Jancovici nous en donnait trois pour sauver le monde et rien n'a changé, ni dans les faits ni dans les aspirations des humains comme de leurs dirigeants qui n'ont en rien pris la mesure de l'enjeu :  notre survie et celle de la vie évoluée sur la planète. Les économistes ne parlent que de croissance sans comprendre que nous nous heurtons aux limites physiques de notre monde, les écologistes s’attachent à cet oxymore qu’est le développement durable et ils refusent dans leur grande majorité toute mise en cause de notre démographie. En France, le débat sur les allocations familiales tourne autour de l’idée de ne surtout pas défavoriser les familles nombreuses alors que le monde croule sous nos effectifs.    

Bref, nous refusons toute remise en cause sérieuse et laissons les choses suivrent leur cours cataclysmique. 

Ne soyons pas naïfs ;  ni la Nature ni l’Histoire ne seront tendres avec nous, qui d’ailleurs ne l’avons pas mérité. Notre omniprésence bien réelle et notre omnipuissance bien provisoire ont désenchanté le monde, elles le détruisent aujourd’hui. Le biologiste Frank Fenner  l’avait très clairement exprimé en 2010 en prévoyant un écroulement de nos sociétés avant la fin du siècle. Il n’est pas le seul et je ne peux, hélas, que faire miens les propos de François Cavanna qui répondit un jour à l’association Démographie Responsable qui lui demandait son soutien :

« Une certaine association, Démographie Responsable, se propose de lutter par tous les moyens contre le peuplement anarchique - et criminel - de la planète. Ces vaillants militants me demandent mon concours.

Je dois dire tout de suite quelle est mon opinion. La voici : il n’y a rien à faire. Il est trop tard, beaucoup trop tard. Je n’ai pas le loisir d’entrer dans les chiffres. Nous sommes déjà entrés dans l’ère des survivances. L’économie planifiée, les progrès techniques, les privations, ne peuvent plus faire face à la monstrueuse vague humaine qui submerge la Terre. Le fameux et terrible facteur 2 (doublement de plus en plus rapide du contingent) est un adversaire implacable. Nous sommes en démocratie, chacun a le droit de pondre, fût-ce des crève-la-faim. Les nations ayant employé des mesures persuasives ou coercitives ont échoué. La sélection naturelle va dans le sens de l’aggravation en favorisant l’avènement des plus doués pour survivre, puis, fin du scénario, en les tuant tous d’un coup.

La « nature » n’est pas notre amie. L’homme non plus. L’ambition, la rapacité, l’emporteront toujours sur la « froide » raison. Je regrette : il est trop tard. On va dans le mur. Allons-y gaiement. Ceci est mon message.»

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Didier Barthès - dans Billets d'humeur
commenter cet article

commentaires

René Varenge 31/01/2016 12:36

Le constat est sans appel, il est bien trop tard, pourtant il suffit de regarder autour de soi pour voir les dégâts et les changements, il faut croire que les économistes et nos dirigeants ne regardent que leur nombril.

Didier Barthès 02/02/2016 13:22

En tout cas c'est ce que font beaucoup d'entre eux, regarder sinon leur nombril, du moins le court terme, c'est le grand problème de nos sociétés, elles donnent, par différents mécanismes, le pouvoir à ceux qui n'ont qu'une vision de court terme.
Il est très difficile de changer cette règle du jeu. C'est pourquoi, entre autres, il y a de sérieuses raisons d'être pessimiste.

José 17/10/2013 13:17

Quand un homme de la qualité de Claude Lévi-Strauss nous annonce que c'est sans état d'âme qu'il se prépare à tirer sa révérence, je crois que tout est dit. Il ne nous restera que le regret de ce
qui aurait pu être si nous avions su tirer parti de cette malencontreuse intelligence que nous n'avons pas su mériter.

Didier Barthès 19/10/2013 10:26



Oui, vous avez raison, Claude Lévi-Strauss avait bien compris le monde et nous aurions pu tirer meilleur  profit de ses propos.



Franck 03/09/2013 12:15

Nous sommes effectivement au coeur de la 6 ou 7 ème grande extinction (Holocène) qui est unique par sa fulgurance (quelques siècles). Elle conduira sous peu, par le pression humaine, à
l'éradication de tout ce qui dépasse la taille d'un rat sur terre et d'une sardine en mer.

Mignerot 11/08/2013 15:13

Je découvre ce site et en apprécie le réalisme.

Permettez-moi de vous orienter vers un article dont les conclusions rejoignent les vôtres :

L'écologie est-elle possible ?

http://www.theorie-de-tout.fr/2013/07/19/ecologie-impossible-irrationnelle/#.UeqWXz5KQnJ

Cordialement.

teysseire 08/08/2013 19:59

C'est la vérité. Mais c'est insupportablement la vérité. Pour des sexagénaires comme moi, qui ont encore en mémoire ce qu'ils ont un peu connu, ce dont ils ont eu le témoignage par leurs parents (
et qui parait dater d'un millénaire!), c'est un sentiment de perte terrible! la perte d'un monde vaste et plein et riche C'est la perte de la seule consolation qui reste à l'homme sans Dieu: la
beauté de la nature et de ses créatures...mais, il n'en faut pas moins se battre, même dos au mur. S'accrocher à l'espoir irréaliste que nos descendants pourront préserver un peu de cette magie
agonisante. Enfin, j'essaie de le croire...

Didier BARTHES 08/08/2013 20:06



Oui.



Manso 08/08/2013 13:37

Moins nous serons nombreux, plus il sera possible de faire face aux maux qui nous attendent et dont il faut savoir que nous sommes (en temps qu'espèce) les seuls responsables. Les écologistes,
enfin les vrais, ne se battent pas pour un monde meilleur, mais pour un monde moins pire.

Didier BARTHES 08/08/2013 20:18



Oui, nous en sommes là, "éviter le pire".



René Varenge 08/08/2013 11:00

Bonjour
Le plus triste c'est que je suis entièrement d'accord avec votre article.
Oui je suis triste, triste de savoir que mes deux petites filles vont vivre dans un monde ravagé, pollué, triste de voir que mes congénères sont aveugles et sourds au changement climatique, à la
pollution, aux disparitions des autres espèces, à la raréfaction des ressources naturelles.
Ce n'est pas un monde meilleur que nous laisserons à nos enfants, mais l'enfer.

Didier BARTHES 08/08/2013 12:33



Oui, d'ailleurs Claude Lévi-Strauss n'hésitait pas à dire : " Ce n'est pas un monde que j'aime."



Présentation

  • : ECONOMIE DURABLE
  • : Site de réflexion sur l'écologie pour une société durable. Auteurs : Didier Barthès et Jean-Christophe Vignal.
  • Contact

Recherche