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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 14:44

Souvent les débats sur l’environnement conduisent à une mise en cause radicale du système capitaliste accusé de tous les maux. A croire que cette forme d’organisation économique s’est donné pour objectif le saccage de la nature et y réussit particulièrement bien.

Les choses sont-elles aussi simples ? Probablement pas.

Pour une part cette responsabilité résulte d’un automatisme. Tout système politique ou économique dominant peut-être considéré comme responsable des dysfonctionnements constatés. Cette responsabilité « obligatoire » suffit-elle à discréditer le capitalisme sur ce plan et peut-on le déclarer coupable de tous nos malheurs environnementaux ?

De toutes les organisations sociales qu’a connu l’Histoire (1), le capitalisme s’est montré la plus apte à favoriser l’expansion des productions matérielles et commerciales. Plus généralement, elle s’est montrée la plus efficace dans la création de richesses au sens que les économistes donnent à ce terme c’est à dire comprises comme le produits du travail des hommes (2 et 3). Or, c’est cette explosion de nos productions et celle de la démographie (qui en est à la fois une conséquence et partiellement une cause), qui provoque à son tour une pression sur la biosphère aujourd’hui devenue insupportable.

Inévitablement une question vient à l’esprit : Si un autre système économique se montrait capable de fournir autant de biens matériels aux hommes, ce système pourrait-il, dans le même temps, se montrer plus respectueux pour l’environnement ? A cette question, la réponse est probablement non. Attention, une telle réponse condamne à jamais notre tant aimé « développement durable » à rester dans la catégorie des oxymores.

Prenons quelques exemples :

Les océans se vident ! Nous pêchons environ 100 millions de tonnes de poissons par an. Pourrait-on nourrir 7 milliards d’hommes en pêchant 10 fois moins ? Non.

Nous déforestons à tout va pour nous fournir en bois, pour accueillir de nouvelles cultures ou pour loger de nouveaux habitants. Un autre système pourrait-il inventer du bois « ex nihilo » ? Non. Des terres arables ? Non. Des mètres carrés supplémentaires pour la planète ? Non.

Un autre système que le capitalisme permettrait-il de transporter les hommes sans infrastructures ? De faire rouler les autos en brûlant du  CO2 pour leur faire dégager de l’oxygène ? De donner à une éolienne la puissance d’une centrale nucléaire ? Non non et non !

Un système politique inspiré d’humanisme et de générosité permettrait-il aux tigres et aux lions de se promener en liberté au milieu de foules radieuses et aimantes ? Non, il faut laisser aux animaux sauvages des espaces vierges d’hommes. Si plusieurs milliards d’humains peuplent durablement la Terre, alors les autres espèces disparaîtront. Il n’existe pas d’alternative à cette réalité qu’avec une rare constance, les mouvements écologistes préfèrent ne pas évoquer.

La prise de conscience de la finitude du monde, la juste mesure des lois physiques et des contraintes matérielles, la compréhension des dangers encourus dans cette fuite en avant que constituent la recherche et le maintien d’une croissance perpétuelle ont inspiré les courants économiques de la décroissance. Pour une raison étrange relevant probablement du politique ou du sociologique, ces mouvements ont presque toujours refusé d’étendre leur pensée à la question démographique, comme si celle-ci, par une magie quelconque, pouvait se jouer de la problématique quantitative.  Alors que le discours écologique se place presque exclusivement sur le plan qualitatif, il faut  rappeler qu’il est impossible d’échapper à cette contrainte . Au-dessus de tout il y a le nombre ! (4)

D’une façon générale, les dégradations que l’homme fera subir à son environnement seront proportionnelles à l’importance de ses activités, elles-mêmes liées à ses effectifs et aux quantités consommées par chacun. La façon de s’y prendre n’est pas neutre mais le « combien » reste largement déterminant.

Les systèmes alternatifs (en fait pour les grandes sociétés seuls le socialisme ou ses avatars ont été réellement expérimentés) ne se sont pas montré plus respectueux. Les sociétés plus douces envers la nature  (on pense aux sociétés tribales)  étaient beaucoup plus petites, dépendaient de façon très directe des ressources naturelles de proximité. Elles se sont aussi révélées beaucoup moins productives (toujours au sens que l’économie donne à ce concept) et  du fait de cette moindre productivité, ne se trouvaient pas engagées dans un processus de croissance continue (voir les analyses de Jared Diamond dans son ouvrage "Effondrement "). Ajoutons, et ce n'est pas le moindre, que ces sociétés n'ont jamais connues des densités de peuplement comparables à celles d'aujourd'hui. 

Le capitalisme a été l’outil qui nous a permis d’accéder à notre nombre et à notre mode de vie. Par leurs excès, ce nombre et ce mode de vie sont devenus insupportables et en conséquence non durables. C’est une facilité à laquelle cèdent trop d’écologistes que d’accuser l’outil plutôt que la volonté qui le porte. La véritable révolution consiste à accepter de mettre en cause le concept de croissance permanente de nos effectifs et de nos consommations, ensuite seulement peut venir le débat sur le type d’organisation économique le mieux à même de satisfaire, dans le cadre des contraintes naturelles du monde, les aspirations qui sont les nôtres (alimentation et confort minimum, accès à l’éducation, temps de travail, répartition des biens…)

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(1) Il faudrait ici engager une réflexion détaillée sur ce que l’on entend par « capitalisme » ainsi que sur le rôle du progrès technique, cela nous éloignerait toutefois du reste du propos. Notons cependant que si l’on parle de système capitaliste dominant, la réalité est plus nuancée et toute l’activité économique est loin de se soumettre aux seules lois du marché. En France mais aussi dans la plupart des pays développés dont les structures économiques sont comparables, les prélèvements obligatoires résultant soit de la fiscalité soit des prélèvement sociaux représentent une part très importante de la production totale (souvent de l’ordre de 50 % du PIB). Nous sommes de fait dans des économies semi-étatiques.

(2) Les « richesses gratuites », l’air, la beauté des paysages, la biodiversité, la fertilité naturelle des sols, les ressources de la Terre indépendamment du travail que fournit l’homme pour se les approprier, ne font pas partie du champ de l’économique. Pourtant, au 17ème siècle déjà, l’économiste anglais William Petty attribuait aux produits un père : le travail et une mère : la Terre. Nous avons oublié la seconde. On voit que cette exclusion pose aujourd’hui un problème. N’étant jamais prise en compte, la destruction de ces « richesses gratuites » n’est pas inscrite au passif de nos économies. Le PIB n’est jamais défalqué des espèces et des forêts disparues pas plus qu’il ne l’est du pétrole consommé qui ne sera plus à disposition des générations futures. Nous établissons une comptabilité de flux quand il faudrait également concevoir une comptabilité de stocks. A force d’accumuler des PIB monstrueux, la planète a quand même réussi à s’appauvrir. L’incohérence est flagrante.

(3). En guise d’héritage sinon de richesse le capitalisme nous a surtout donné le travail comme valeur suprême. Nous travaillons tout le temps et le non-travaill se vit comme une honte. Ce n’est pas un hasard si en réaction la société capitaliste de la fin du 19ème siècle (1880) a aussi connu la publication du célèbre Droit à la paresse de Paul Lafargue.

(4) Voir cet extrait significatif du film : Le déclin de l’empire américain.

 

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Published by Didier BARTHES - dans Economie
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commentaires

Mike Da Funk 09/08/2011 18:28


Encore un billet intéressant, je suis allé à une conférence et j'aimerais la partager avec vous :
http://mikedafunk.over-blog.org/article-laissez-nous-pouvoir-revoir-les-etoiles-81116593-comments.html#comment86974823


Manso 27/07/2011 13:37


Faisons, d'urgence, cesser cette croissance de nos effectifs et de nos pollutions afférentes. Si nous y réussissons, nous aurons tout le temps (ensuite) de nous chamailler sur le meilleur système
politique et économique à mettre en place...


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