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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 12:44

En matière d'écologie et d'économie durable, l'habitude a été prise de commenter les faits importants, comme pour ce mois de septembre 2013, la décision prise par les Pouvoirs Publics lors de la Conférence Environnementale de favoriser la rénovation thermique des bâtiments en ramenant la tva payée sur ces travaux de 10 à 5 %. De même glose-t-on à l'infini sur la transition énergétique et la décision de fermer ou pas la centrale nucléaire de Fessenheim. D'autres faits pendant ce temps passent inaperçus, bien qu'ils soient eux aussi lourds d'impacts ou de questionnements sur la problématique écologique. Je voudrais dans cette "chronique des petits faits" pour le mois de septembre dernier évoquer deux éléments bien peu commentés et analysés.

D'abord l'encouragement à une généralisation de la garde partagée des enfants après divorce, encouragement venu de notre assemblée des sages qu'est le Sénat. La promotion de ce mode de garde répond bien évidemment à une logique d'égalité entre les sexes, et prend notamment en compte les demandes des pères divorcés, en lutte contre ce qu'ils considèrent comme une forme d'exclusion.  Evolution souhaitable pour un monde plus juste, la messe semble dite et les commentaires inutiles. C'est pourtant oublier son impact, déjà bien repéré et connu des professionnels de l'immobilier. A savoir que le divorce d'un couple avec enfant(s) accompagné d'une garde partagée, c'est concrètement une consommation immobilière multipliée par deux, chaque parent devant être capable de loger à titre permanent son ou ses enfants en plus de lui-même et de son éventuel nouveau conjoint. C'est donc à terme plus de constructions nécessaires, plus de béton à produire, plus d'espaces consommés, plus de mètres carrés à chauffer, plus de meubles à fabriquer. Et aussi plus de transports et autres mouvements incessants pour les enfants et leurs parents. Toute cette consommation matérielle, si elle se révèle un facteur positif pour les tenants de la croissance à tout prix, peut aussi être perçue comme un gaspillage de biens rares impactant négativement sur notre biotope. En fait, là encore, l'impression domine que notre espèce se soucie d'abord de résoudre ses problèmes comme cela l'arrange, au mieux de ses intérêts directs, sans réellement s'occuper de leur impact pour la planète.  L'objet de cette réflexion n'est évidemment pas de stigmatiser les parents divorcés, mais plutôt d'ouvrir une brèche, un questionnement sur l'évolution du couple en Occident. Autrement dit, le couple fondé sur le sentiment amoureux, couple forcément plus fragile que l'alliance de raison qui a si longtemps prévalu dans nos sociétés, n'est-il pas la conséquence de la société de croissance et de la richesse momentanée et un peu illusoire qu'elle a apportée ?  Sans cette richesse bâtie sur le pillage des ressources et la pollution généralisée, comment financer les doublons économiques nécessités, générés par notre présente conception du couple et de la famille ? Le retour à une simplicité volontaire, à une vita povera, à une économie des moyens, ne contient-il pas aussi le retour à un couple et une famille plus fondée sur des intérêts bien compris que sur un sentiment amoureux si difficile à gérer dans le temps ? Quand l'écologie devient susceptible de heurter ce que nous finissions par considérer comme notre liberté, la réflexion devient difficile mais elle n'en est que plus nécessaire.

L'autre fait 'invisible'  est la persistance, pour ne pas dire l'aggravation, des dégradations enregistrées pour le Vélib. Voilà une solution écologique de transport basée sur une collectivisation des moyens qui pouvait sembler faire progresser notre adaptation à une vie plus simple et moins dévoreuse de ressources, dans un territoire densément peuplé. Qu'apprend-on ? Que cette solution est sans cesse l'objet de dégradations volontaires et coûteuses, à tel point que l'intérêt économique de l'offre proposée ne peut se maintenir qu'avec le soutien de subventions de plus en plus financées par le contribuable. Première constatation : la solution collective - le principe du Vélib - entraîne une déresponsabilisation des acteurs qui génère à son tour un gaspillage de ressources tant en main d'œuvre qu'en matériaux. Seconde observation : le délitement social est financièrement coûteux à tous du fait des gaspillages qu'il entraîne, et négatif quant à l'impact sur la nature par les prélèvements supplémentaires que ces gaspillages génèrent. Une société construite sur la simplicité et la sobriété est-elle compatible avec des logiques collectives qui favorisent la déresponsabilisation ? Et peut-elle tolérer longtemps les désordres provoqués par un délitement social qui touche des parties entières de la population ? Une société écologiquement responsable ne risque-telle pas de promouvoir outrageusement le principe de responsabilité généralement à l'œuvre dans les sociétés libérales, et de gérer autoritairement le délitement social à travers la promotion de normes culturelles contraignantes, bien loin de la tolérance actuelle ?

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Société
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commentaires

teysseire 11/10/2013 07:32

Cet article ouvre en effet à une discussion intéressante et qui me tient particulièrement à coeur notamment en ce qui concerne le couple et l'amour.Enfin l'idée "courtoise" que l'on s'en fait
encore. Il est vrai que nos sociétés occidentales, puis mondiales ont adopté l'idée( courtoise ou/et romantique?) que le couple,( donc la famille )devait être fondé sur le sentiment amoureux de 2
personnes. Ce qui est nécessaire pour qu'un jeune quitte le foyer de ses parents et se fasse sa propre vie séparée de celle de son enfance, l'est-il quand il a la responsabilité d'un enfant par
exemple? Or la majorité des divorces se fondent sur le désamour, cad sur la fin normale de l'illusion de devoir être tout pour l'autre et d'en dépendre totalement. Illusion tout à fait infantile
qui pousse à chercher tous les 5 ou 10 ans un nouvel objet de dépendance...et chaque fois de laisser sur le carreau 1 ou 2 enfants( car souvent on veut un nouvel enfant pour se prouver un nouvel
amour!).Les enfants n'ont pas besoin de parents amoureux l'un de l'autre dans une bulle narcissique mais de tuteurs responsables et pérennes. Quant à la garde partagée c'est une grosses difficulté
pour les plus petits et même pour tous les âges, cela aboutit à n'avoir pas de maison réellement mais les enfants sont prêts à tout accepter pour consoler leurs parents et pour qu'ils ne soient pas
jaloux l'un de l'autre!
Quant aux Vélib, je dirais quand même, que depuis qu'ils existent, on voit beaucoup, beaucoup plus de gens circuler en vélo...cela, malgré les inconvénients cités, a peut être incité les gens à
utiliser ce mode de transport, Vélib ou vélo personnel.

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