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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 21:04

"Derrière le mot de compétitivitéil y a le mot de croissance et il y a surtout le mot d'emploi."  François Hollande, le 5 novembre 2012

C’est quoi la France aujourd’hui ? Une société minée par le chômage et traumatisée par la dégradation accélérée de son tissu économique, à la recherche désespérée de la croissance.

La croissance, celle qui permet de faire de la place aux jeunes sans virer les vieux, qui offre aussi une place à ceux qui ont cru bon de ne rien faire de leurs années d’études, qui permet de financer tout à la fois les retraites, un bon système de protection sociale et un secteur public peu troublé par la notion de productivité. La croissance, celle qui permet de continuer comme avant sans se poser trop de questions, tout en laissant espérer que nos enfants vivront mieux que nous.

Mais la croissance, elle s’est enfuie. A bas bruit, tout doucement. Détruite de l’intérieur par notre préférence pour la consommation immédiate, le pouvoir d’achat et les dépenses d’Etat, accompagnée d’un refus collectif de comprendre qu’il était impossible dans la durée de consommer massivement de plus en plus de produits importés accessibles à bas prix et de maintenir des coûts salariaux élevés, tout en taxant plus fortement que les autres pays notre appareil productif. Résultat au bout de quelques années, la compétitivité, ce qui fait que ‘l’entreprise France’ peut trouver sa place dans un jeu économique mondial marqué par l’ouverture des marchés, la compétitivité donc s’est suffisamment dégradée pour que nos entreprises choisissent de porter leur développement à l’étranger pour les plus réactives ou ferment leurs portes tout simplement, étranglées qu’elles sont par des concurrents mieux positionnés. Pour le dire autrement, dans l’écosystème libéral et concurrentiel de la société de croissance, la perte de la compétitivité, c’est d’abord la résultante de boucles de rétroactions négatives, mais c’est surtout et très concrètement le déficit de la balance extérieure, l’augmentation de la dette nationale, la fin de la croissance et l’aggravation du chômage. La croissance, cette Providence du Progrès, cassée par l’Etat-Providence … Les ruses de l’histoire sont cruelles, même quand elles sont prévisibles.

Notre compétitivité en berne, la croissance est partie, et pourtant notre société industrielle avancée a impérativement besoin d’elle. D’où en dernier lieu le rapport Gallois et les mesures proposées par Jean-Marc Ayrault construites autour d’un allègement compliqué des coûts salariaux pour les entreprises vertueuses financé pour moitié par une réduction des dépenses publiques, et pour l’autre moitié par une hausse de la TVA de 0,4 % pour le taux de référence et de 3,0 % pour le taux intermédiaire affectant les secteurs de la restauration et du logement.

Au-delà de l’inquiétude qu’il y a pour toute personne sensibilisée à la question écologique de voir un pays aussi addict à la croissance, ces mesures marquent toutefois une avancée. Elles sont le signe que quelque chose a bougé dans la compréhension qu’ont les élites politiques, notamment de gauche, du fonctionnement de nos sociétés. Pour quasiment la première fois elles intègrent le fait qu’il est nécessaire de prendre en compte les rétroactions générées par leurs décisions.

Longtemps nos élites ont cru, sans doute par l’effet d’un keynésianisme mal compris, qu’il suffisait de distribuer de l’argent pour relancer l’activité économique. Sans voir que cet argent généreusement distribué allait devoir être prélevé d’une manière ou d’une autre sur les agents économiques et que cela n’était pas sans conséquences négatives. On a ainsi connu dans l’histoire des périodes de folle inflation comme avec les assignats sous la Révolution Française, on vient de connaître la perte de notre compétitivité économique générée en bonne partie par une générosité mal maîtrisée de la puissance publique.

Le discours d’aujourd’hui montre que la complexité de l’écosystème économique dans lequel nous vivons quasiment tous sur cette planète a enfin été intégrée dans les process décisionnels. Pour relancer la machine économique, il ne suffit pas de faire une relance par la consommation alors que notre appareil productif est malmené, il faut d’abord lui donner les moyens de se repositionner sur le marché mondial en n’hésitant pas à opérer des transferts de charges et à préconiser des réajustements de coûts. Et c’est seulement dans un second ou un troisième temps que l’économie du pays repartira.

Cela semble une bonne nouvelle pour tous les économistes libéraux adeptes de la société de croissance. C’est vrai. Mais l’abandon des idées simplistes semblables à celles qui ont longtemps présidées en matière d’aide au développement comme la distribution gratuite de riz ou de blé produit en Occident et in fine cassant les circuits locaux de production et aggravant le malheur des pauvres, cette irruption de la complexité, cette capacité à jouer quelques coups à l’avance et à se détourner d’un effet immédiat, la prise en compte des rétroactions avec les effets multiples qu’elles produisent, ce progrès de la pensée systémique, tout ceci peut nous laisser espérer que dans quelque temps nos élites politiques sauront aussi intégrer réellement les effets des prédations sur la nature générées par la société de croissance.

Demain peut-être, nos élites sauront aller au-delà de la complexité des sociétés libérales pour lier ensemble les écosystèmes humains avec l’écosystème qui nous sert de support, la Terre et toute la vie qui va avec.    

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Billets d'humeur
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