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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 17:04

Kyoto, Copenhagen, Nagoya et maintenant Durban … nous enregistrons ces noms de sommets internationaux qui s’occupent de l’état de la planète, nous entendons à chaque fois que l’avenir de l’humanité se joue là, nous finissons par comprendre par delà les méandres de la diplomatie qu’un accord pas aussi fort qu’il eut fallu a été passé, a minima ou presque … et la vie continue, avec un nouveau rendez-vous prévu dans une autre ville dans deux ans dans trois ans (1). Et pendant ce temps, notre économie carbonée crache à pleins poumons, les pays développés continuent sur leur lancée consommatrice, les pays émergents n’en finissent pas d’émerger à coup de centrales à charbon et de grands barrages hydroélectriques, et les pays pauvres font ce qu’ils peuvent.

 

En paraphrasant René Dumont, on a envie de dire que "le monde est mal parti". Avec des pays riches fonctionnant à la démocratie élective peu outillée pour gérer les enjeux de long terme, avec des pays émergents qui veulent de toute leur force faire leur le modèle économique des pays riches, prenant ainsi leur revanche sur un modèle colonial qui les a brisés pendant plusieurs siècles, et des pays pauvres qui n’en peuvent mais et sont le plus souvent submergés par une croissance démographique qui bouleverse leurs cadres, comment réussir à s’entendre à l’échelle de la planète pour limiter les impacts d’une trop forte exploitation de notre biotope ? Comment faire comprendre au Brésil, à l’Inde ou à la Chine qu’à peine trouvée leur place dans l’économie-monde industrielle, ils doivent entraver leur croissance économique et limiter au maximum leurs rejets de gaz à effet de serre quand l’Occident s’est développé sans aucune préoccupation de ce genre pendant deux siècles ? Comment faire comprendre aux classes moyennes d’Amérique ou d’Europe que leurs enfants ne vivront pas aussi bien que leurs parents si une place de consommateur doit être faite aux enfants du tiers-monde tout en ne saccageant pas la planète en moins d’un demi-siècle ? Comment dire aux nigériens ou aux égyptiens que même en vivant très pauvrement leur modèle démographique les mène dans le mur et qu’eux aussi feront bientôt partie du problème écologique ?

Dans une négociation internationale, la logique du court terme comprise au niveau de chaque état l’emporte. Quand la somme des intérêts de chacun est incompatible avec l’intérêt de tous, quand la logique des externalités négatives joue à plein, quand aucune autorité mondiale ne peut s’imposer, comment faire pour aboutir à un accord suffisamment fort et contraignant pour être à la hauteur des enjeux ? Alors nous dévidons les sommets comme les brins d’une guirlande éphémère …

 

Par son incapacité à prendre les mesures qui s’imposent, notre monde bascule peu à peu dans un futur sans avenir, oscillant sans cesse entre les catastrophes, loin très loin de l’intelligence des hommes qui du plus profond de leur histoire ont tressé les brins d’une guirlande éternelle (2).

___________________________________________________________________________________________________

(1) Ces sommets se suivent et se ressemblent, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre française de l'Ecologie et du Développement Durable, parle de "tous petits pas" dans une interview au Figaro du 11 Décembre 2011. Il y a treize mois, la même chose pouvait être dite, cf: Kyoto, Copenhague, Nagoya ou les étapes d'une course contre la montre.

(2) Douglas Hofstadter, Gödel, Escher, Bach: an Eternal Golden Braid, Basic Books, 1979 ; version française Gödel, Escher, Bach: les Brins d’une Guirlande Eternelle, Dunod, 1985.  

 

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Actualités
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commentaires

amine 23/12/2011 11:52

Bravo pour la qualité de votre article. Il y'a un aspect auquel il faudrait peut être signaler désormais à chaque fois qu'on parle des changements climatiques : ce sont ses milliers pour ne pas
dire millions de migrants climatiques effectifs ou potentiels, l'ONU parle de quelque chose comme 50 millions de migrants environnementaux en 2050 !!

Jean-Christophe VIGNAL 30/12/2011 21:27



Les changements climatiques, même si quelques degrés supplémentaires n'ont l'air de rien pour le profane, auront des impacts forts sur la planète et surout pour nous qui l'occupons de façon
dense. Et les migrants climatiques, comme vous le soulignez, risquent d'être nombreux, et en parler concrètement peut aider à faire comprendre ce qui va passer si nous laissons aller les choses.


Toutefois j'ai tendance à penser que les désagréments écologiques qui nous attendent dans ce siècle seront d'une ampleur bien plus grande que le 'déménagement' de 50 ou 100 millions d'individus,
les déracinés écologiques risquant surout d'ajouter un peu de chaos supplémentaire dans un monde exsangue confronté dans un même mouvement à la fin des énergies faciles, aux dérèglements d'un
biotope saturé de pollutions de toute nature, et aux besoins croissants générés notamment par une population humaine autour de 10 milliards d'individus ... à moins que nous décidions très vite de
changer de cap. C'est en cette période de fêtes le voeux que nous pouvons faire.



Lionel 13/12/2011 15:03

Tout d'abord petite rectification (mineur), les sommets mondiaux des nations unies sur le changement climatique (UNFCC) on récemment été tenu à Copenhague (2009), Cancun (2010) et Durban (2011), à
Nagoya c'est aussi tenu une conférence des nations unies en 2010 mais sous la bannière de la convention sur la diversité biologique (CBD).

Ensuite pour essayer de répondre aux questions soulevées, je pense que les actions décisives pour la lutte contre le changement climatique viendront à la fois d'en haut (homme politique) mais
surtout d'en bas (nous-autres). Étant donné que la plupart des grands pays de ce monde sont actuellement en démocratie (exception notable de la Chine) ce sont au final les préoccupations de ceux
d'en bas qui seront répercuté en décisions à grande envergure. Il nous reste à entreprendre l'immense chantier de l'information global pour que chacun se sente concerné par les changements
climatiques et qu'aux travers d'actions personnels (réduction de l'empreinte écologique), social (association) et politique (vote) tout les citoyens s'engage et que des politiques national et
international ambitieuse en sorte. Pour y arriver l'éducation est primordial et dans de nombreux pays des ONGs sensibilise les enfants ou adultes aux actions que tout un chacun peux prendre.

Concernant les pays comme le Brésil et l'Inde, nous européens sommes responsable (du moins les générations antérieurs) du changement climatique actuel, je suis donc d'avis que les efforts se
doivent d'être proportionnel aux richesses des pays mais aussi à leur contribution historique même si cela ne doit pas servir d'excuse pour l'immobilisme des émergents en la matière. Je pense que
sur le long terme tout les gouvernements accepterons que le modèle de croissance économique actuel n'est pas durable. Le souci c'est que l'ensemble des acteurs politiques ont la fâcheuse tendance à
répondre au crise lorsqu'elle se présente et non pas en amont lorsque les spécialistes le prédise (qu'ils soit économiste ou climatologue). D'autre part la crise économique nous donne l'unique
opportunité de réfléchir et de critiquer le modèle économique actuel qui est la raison pour laquelle on détruit la forêt tropical pour planter de l'huile de palme ou faire paitre des zébus.

Pour conclure le combat contre le changement climatique se doit d'être fait à tout les niveaux (personnel, régional, mondial) et pour ce faire il faut continuer et augmenter la portée des
programmes éducatifs en tenant compte des populations visées pour mieux ciblés les problématiques clés, changer son mode de consommation, réfléchir au modèle de production et de consommation
actuel, faire pression sur les élus locaux et nationaux au travers des réseaux d'ONGs pour intégrer des politiques publics prenant en compte la lutte contre le changement climatique, utiliser son
droit de vote pour privilégiés des candidats se souciant vraiment du changement climatique, et surtout s'informer, partager et discuter!

Jean-Christophe VIGNAL 14/12/2011 22:03



Vous avez raison, Nagoya et Durban ne peuvent être mises sur le même plan au sens strict ; j'ai voulu dans l'article englober toutes ces conférences qui sont des rendez-vous mondiaux et qui
parlent de la planète sans faire de différence de nature ... et qui, malgré toutes les avancées qui y sont faites, ne sont jamais à la hauteur des enjeux que l'humanité doit surmonter depuis que
le développement industriel a pris l'ampleur que nous connaissons.


Bien sûr l'éducation est un vecteur majeur pour sensibiliser les peuples à l'écologie et promouvoir des pratiques éco-compatibles. Mais l'important est d'agir vite et fort si nous voulons éviter
des crises gravissimes. Dans ce cadre, c'est aux pays développés de promouvoir les changements les plus forts en questionnant les fondamentaux sur lesquels ils ont bâti leur mode de vie actuel,
et d'inventer une nouvelle façon de produire, de consommer, et de vivre ensemble. C'est à cette réflexion que ce blog essaie modestement de contribuer.


Merci donc pour vos commentaires et vos questionnements qui ne peuvent qu'enrichir le débat.



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  • : Site de réflexion sur l'écologie pour une société durable. Auteurs : Didier Barthès et Jean-Christophe Vignal.
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