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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 14:04

Démographie, économie, pollution, amoindrissement de la biodiversité, climat… sur tous ces plans nous savons désormais que nous courrons à la catastrophe et que la poursuite des tendances adulées au XXème siècle conduit aussi inéluctablement que rapidement à une douloureuse impasse.

Si des Claude Allègre, des Jacques Attali et quelques autres imaginent encore une sortie par le haut à grands coups de croissance, de hautes technologies ou d’hypothétiques manifestations à venir du génie humain, la plupart des analystes rejettent désormais ce scénario.

Sauf en ce qui concerne la démographie, sujet encore largement tabou, nous voyons peu à peu naître l’idée que nous sauverons la Terre et notre avenir par un renversement de nos valeurs. C’est vers plus d’humilité, vers une restriction de nos consommations matérielles que nous devons nous diriger si nous voulons préserver la planète, si nous voulons tout simplement durer. En 2008, Alain Gras déclarait très justement  au magazine Science & Vie : « Aujourd’hui la seule condition de survie réside dans l’établissement d’un rapport plus humble avec la planète. »

C’est en réalité une profonde remise en cause de la croissance. Beaucoup l’ont déjà dit, notre société se heurte au réel. Et dans le réel, finitude matérielle du monde et croissance permanente sont par nature incompatibles.

Mais n’y a-t-il pas derrière la triste litanie de nos atteintes à l’environnement, une seule et même cause : notre structurelle incapacité à gérer le long terme ?

Si l’on attend de l’intelligence la faculté d’anticiper, il est curieux de constater que l’espèce au cerveau le plus puissant (1) n’agisse que pour le court terme.

Incapacité à penser sur le long terme ou seulement incapacité à en imposer la perspective à la société ? Un peu de l’un et de l’autre sans doute !

L’humanité semble toujours agir pour les mois à venir, au mieux pour le prochain lustre, certainement pas pour les siècles futurs. Aujourd’hui, la recherche frénétique d’un retour de la croissance du PIB dont on sait parfaitement qu’il n’est pas adapté à la mesure de la véritable richesse du monde l’illustre à merveille (2).

Les difficultés à appréhender la question démographique constituent à la fois le symbole et le résultat de ce court-termisme.

Abaisser la natalité afin de réduire l’effectif de l’humanité et ainsi diminuer la pression anthropique sur l’environnement est une affaire de long terme par nature. Agir sur ce paramètre c’est accepter n’en recevoir les bénéfices que dans 40 ou 50 ans, (3).

Ce serait là un renversement porteur d'espoir que l'humanité puisse se donner des objectifs et attendre leurs profits sur de telles échéances. Comme nous le rappelions dans l'article précédent, Nicolas Hulot dénonçait récemment la dictature du court terme. L'aveuglement démographique qui nous conduit à vouloir être toujours plus et à en nier, contre toute raison, les funestes conséquences en constitue la meilleure illustration. La démographie un facteur déterminant mais sur lequel nous n'obtiendrons pas de résultats immédiats.

L'inertie des mécanismes démographiques, les placent d'entrée dans le long terme et, pour cela justement, agir sur ces questions serait un indice de  sagesse. Ce serait aussi un indice de courage et d'intelligence car, accepter de réfléchir et d'agir sur le long terme c'est se forcer à envisager la complexité du monde, la mutiplicité des interactions entre toutes ses composantes. Se donner une perspective de long terme, c'est refuser le simplisme et la démagogie. C'est une très belle voie, il serait temps de la prendre. 

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(1) Rappelons que certains cétacés ont néanmoins un cerveau plus volumineux que le nôtre.

(2) Les principaux reproches que l’on peut adresser au PIB sont de mesurer des flux et jamais l’évolution des stocks, en particulier celle des ressources naturelles considérées comme gratuites et infiniment renouvelables. La prise en compte de la seule activité marchande fausse également la mesure tant de l’activité que du bien-être. Rappelons cette horreur : si l’air devenait payant le PIB et donc la croissance ferait un bond. Y aurait quelqu’un d’autre qu’un économiste pour s’en réjouir ?

 (3) A l’exception des bénéfices que l’on peut attendre à plus court terme de la baisse des dépenses d’éducation.  

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Published by Didier BARTHES - dans Société
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commentaires

José Diaz 08/08/2012 14:40

L'homme a la tête dans les étoiles et il en oublie de se laver les pieds.

Didier BARTHES 09/01/2013 15:26



Je ne suis même pas sûr qu'il ait la tête dans les étoiles.



teysseire 14/07/2012 14:36

Très clair et très juste!

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