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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 14:04

De nombreux médias dont Le Monde (*), ont récemment fait état de la publication par l’ONU d’un rapport révisant les perspectives démographiques mondiales à la hausse.

Alors qu’il semblait très largement acquis que l’humanité allait plafonner entre 9 et 9,5 milliards de représentants à l’aube des années 2050, ces nouvelles études jettent un doute sur ce scénario. Selon l’ONU la croissance pourrait se poursuivre et la planète héberger un peu plus de 10 milliards d’hommes au tournant du prochain siècle.

Sur le fond, rien de bien étonnant. Nul ne connaît demain et fixer nos effectifs futurs consiste à faire un pari sur la fécondité et la mortalité des décennies à venir. Ce pari s’appuie sur la prolongation des tendances présentes et dans le cas particulier sur la poursuite de la baisse de la fécondité dans les pays les moins développés. Cette poursuite est possible, elle n’est pas certaine. Il est salutaire de voir ce rapport remettre en cause ce qui n’était qu’une hypothèse et en proposer une autre, hélas plus probable.

Cette révision jette un pavé dans la mare du débat écologique. On sait que la quasi-totalité des mouvements politiques ou même écologistes refusent d’aborder la question démographique définitivement (?) considérée comme taboue. Ils s'appuient pour cela sur deux arguments principaux.

D’une part, le mode et le volume de consommation des individus seraient infiniment plus déterminants pour les dégâts faits à la planète que le nombre des hommes et d’autre part, la question de nos effectifs serait réglée puisque la fin de la croissance démographique est (était, devrions-nous dire) programmée pour dans 40 ans.

Le premier argument est extrêmement discutable notamment parce qu’il fait bon marché de la consommation d’espace au détriment des forêts et des espèces sauvages que suppose l’extension des effectifs de l’humanité. On peut également ajouter  que la consommation moyenne des individus aura globalement bien du mal à baisser dans un monde où la plupart des hommes ne sont pas très riches et ont justement comme objectif principal  d’accroître leur consommation pour la situer au niveau de celles des pays occidentaux devenus de fait le modèle mondial.

Le second argument, très répandu dans la communauté des démographes avait notamment été utilisé par Nicolas Hulot dans une conférence téléphonique pour justifier de ne pas placer la question démographique en tête de ses préoccupations.

Ces nouvelles estimations provoqueront-elles une évolution des points de vues ? Les craintes de la  surpopulation qui avaient connu leur heure de médiatisation dans les années 1960 referont-elles surface ? J’en suis partisan tant la politique de l’autruche n’a jamais fait avancer les choses et tant je suis persuadé qu’un monde durable ne peut être un monde surpeuplé. Les hommes ont besoin à coté d’eux du reste du vivant. La Terre ne peut se réduire à quadrillage ininterrompu de villes et de champs.

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(*) Notez quand même une petite incohérence dans le texte proposé par Le Monde, puisque l’Onu envisagerait le passage aux 6,9 milliards en juillet 2011 et le franchissement des 7 milliards pour le 31 octobre de la même année. Il s'agit là d'un rythme évidemment (et heureusement) impossible puisque l’humanité « gagne » environ 80 millions de représentants chaque année (solde d’un peu moins de 135 millions de naissances et de 55 millions de décès), il est improbable qu’elle progresse soudain de  100 millions en trois ou quatre mois. De façon générale ces données constituent des estimations; il est impossible de connaître les effectifs de notre espèce à 100 millions près et, bien entendu, le jour des sept milliards sera une date administrative ou symbolique mais en aucun cas réelle (sauf hasard extraordinaire, mais  nous ne le saurons pas).

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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commentaires

Benjamin 15/05/2011 16:17


Il n'est même pas sûr que cette annonce fasse un électrochoc, car 9 ou 10 milliards, finalement, on a l'impression que c'est la même chose.
Il y a quelques décennies, quand on passait de 3 à 4 milliards, finalement, on avait l'impression qu'1 milliard pesait bien plus...
Peut etre faut il focaliser sur certaines parties du monde (Afrique, Inde), afin de créer un électrochoc chez les gens...


Didier BARTHES 15/05/2011 16:36



Votre remarque est très juste et dans la perception des choses par l'opinion publique je crains que vous n'ayez raison. Toutefois, dans la perspective de l'impact
sur l'environnement ce milliard marginal, même s'il ne représente qu'un neuvième de plus, pourrait faire basculer les choses et placer l'homme face aux limites concrètes et physiques de la
planète. Au-delà du nombre c'est également la poursuite du mouvement de croissance qui est catastrophique, car rien n'indique que l'on s'arrêtera là.
Pourquoi pas 11 ou 12 Milliards ? S'arrêter en 2050 c'était la perspective de pouvoir commencer à décroître et accompagner concrètement une politique plus respectueuse de
l'environnement. Continuer à croître après cette date et sans limite prévisible c'est prendre la mauvaise pente à coup sûr. 



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