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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 07:44

Deux des principales villes de France se sont engagées dans la réalisation d’infrastructures qui heurtent de front ce que l’on pourrait espérer pour demain : une politique de préservation de la nature et une priorité donnée aux besoins essentiels et aux investissements durables. Ces deux villes sont Nantes avec le projet d'Aéroport du Grand Ouest à Notre Dame des Landes et Lyon avec celui du Grand Stade modestement appelé « Stade des lumières » sur la commune de Décines.

Si, au niveau national, l’aéroport suscite de loin la contestation la plus médiatisée, on parle déjà d’un nouveau « Larzac », et le succès de la manifestation du 17 novembre dernier en témoigne, le futur terrain de jeu de l’Olympique Lyonnais génère également, quoique plus localement, la fronde d’une large partie de l’opinion.

Les deux projets sont bien différents dans leur ampleur comme dans leur fonction, mais ils partagent hélas tous deux les signes d’un aveuglement sur les contraintes du  monde futur. Ils illustrent au mieux une politique basée sur le prolongement des règles du passé, à savoir, trouver son équilibre dans une perpétuelle fuite en avant, dans une croissance infinie, caractéristique par définition impossible dans un monde qui ne l’est pas. Les barrières énergétiques et territoriales ne tarderont pas à nous le faire savoir.

Ces deux projets font une large place au superflu, au provisoire et à l’artificiel.

Au superflu car, faut-il le rappeler ? Nantes et Lyon ont déjà respectivement leur aéroport (aéroport Nantes Atlantique) et leur stade (Gerland). Il s’agit donc de faire toujours plus grand, de créer de nouveaux équipements sans d’ailleurs jamais prévoir de rendre à la nature les espaces occupés par les précédents.

Au provisoire, parce que le monde de demain a toutes les chances d’être un monde en manque d’énergie et d’énergie fossile en particulier. Dans ce monde-là le transport aérien ne pourra que voir son rôle décliner. Or un aéroport n’est pas conçu pour dix ou vingt ans. Sa durée d’usage normal est plutôt de l’ordre du siècle. Or, c’est bien avant que la déplétion pétrolière viendra imposer ses dictats. Provisoire aussi pour le football. Ce projet est né dans un contexte où l’équipe locale obtenait de bons résultats, en sera-t-il toujours ainsi ? Mais surtout, reconnaissons que le football n’est qu’un jeu qui bénéficie déjà d’une manne financière indécente par rapport aux autres activités de loisir. Dans le monde de demain, où il nous faudra de gré ou de force nous recentrer sur l’essentiel et notamment sur l’alimentation, il eut été préférable de laisser ces surfaces disponibles.

A l’artificiel sur le plan territorial parce que ses deux projets contribueront à artificialiser une partie des terres jouxtant ces deux métropoles. A Lyon en particulier qui s’étend vers l’Est de façon tentaculaire, les espaces non urbanisés deviennent  l’exception, on pourrait imaginer, pour cette raison aussi, qu’il eût mieux fallu les préserver. A l’artificiel également de manière plus générale puisqu’il s’agit de proposer toujours plus d’activités relevant d’une consommation matérielle. Le transport aérien en est une le football professionnel aussi. De plus, au Grand Stade sera accolé un centre de loisir.

Sur le plan budgétaire enfin, on ne peut qu’être frappé, alors même que des difficultés semblent étrangler toute politique, par la disponibilité soudaine de centaines de millions d’euros. Bien sûr, à Lyon la majeure partie des investissements est d’origine privée, cependant une large proportion des infrastructures de raccordement sera à la charge des collectivités. En outre, le Grand Stade, situé plus loin du centre-ville que son prédécesseur générera un trafic routier et ferroviaire (tramway) supplémentaire dont de nombreux mouvements écologistes ne cessent de dénoncer les inévitables nuisances.   L’opposition à ces deux projets comporte donc une part symbolique essentielle, il s’agit de montrer que la société doit changer de direction, que d’autres priorités doivent être mises en avant.

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Pour plus d’information voir par exemple :

Sur Notre Dame des Landes l’analyse publiée par l’économiste Alain Grandjean.

Sur le Stade des Lumières, le site de l’association Carton Rouge.  

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Published by Didier BARTHES - dans Billets d'humeur
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commentaires

teysseire 20/11/2012 21:03

Il faudrait lutter plus médiatiquement peut-être contre le projet mégalo du Grand Stade.
Le pain et le cirque réjouissaient, dit-on, les Romains et faisaient taire les révoltes. Le cirque, celui de Décines , côtoiera avec indécence les bidonvilles itinérants des Roumains. Cirque ou
temple de la futilité, de la vulgarité et du fric -dieu qui a pourri toute une génération .Quand va-t-on trouver un responsable politique réellement responsable, qui soit conscient des problèmes
que la société humaine va sous peu devoir affronter ?

Didier BARTHES 21/11/2012 12:16



Que dire ? Je partage entièrement votre avis. Certaines associations comme carton rouge font ce qu'elles peuvent. Lors des dernières élections législatives, certains
candidats se sont publiquement déclarés contre ce projet. Le rouleau compresseur du football et de l'argent, plus fondamentalement celui de l'analyse à courte vue sont aujourd'hui les
plus forts. Dans 30 ans peut-être faudra-t-il détruire la pelouse de ce stade pour y planter des légumes. La nature et les années perdues semblent compter bien peu aux yeux de certains dirigeants
politiques. Le monde ne devrait pas tourner autour d'un ballon. Notre futilité sera, je l'espère, justement moquée par les générations futures.



René Varenge 20/11/2012 10:13

Bonjour,
Une chose me préoccupe, il semble que, grâce aux pétroles et gaz de schistes, la déplétion pétrolière fasse déjà partie du passé en ce qui concerne les USA. Cet exemple risque fort d'être suivi par
beaucoup d'autres nations malgré les conséquences désastreuses sur l'environnement dont nous ne voyons pour le moment que la partie visible, or nous ne savons pas ce que cette extraction brutale et
polluante va nous apporter sur le long terme ormis les nouveaux rejets de CO2 qui ne peuvent qu'accélérer le changement climatique.

La croissance, sous toutes ses formes, reste encore le mot d'ordre absolu de presque tous les hommes politiques.

Didier BARTHES 21/11/2012 12:09



Oui, en effet l'exploitation croissante des pétroles et gaz de schistes ouvre un nouveau réservoir de CO2 à déverser dans l'atmosphère. La déplétion pétrolière
n'appartient pas pour autant au passé, disons qu'elle est légèrement repoussée. On pourrait penser que moins que le manque, c'est désormais la barrière de l'enrichissement de l'atmosphère en gaz
carbonique qui constituera la raison principale pour limiter notre consommation d'énergie d'origine fossile. Je doute hélas que cette raison soit suffisante pour amener les hommes à la sagesse.
De plus cette barrière existait déja à cause du charbon dont les réserves sont importantes et qui est pour une large part substituable au pétrole (directement pour la production d'éléctricité et
indirectement via la liquéfaction pour la production de carburant). Mon sentiment pessimiste est que nous allons consommer tout ce qui est consommable jusqu'à ce que l'extraction des carburants
fossibles consomme plus d'énergie qu'elle ne sera susceptible d'en produire. Quant aux conséquences climatiques, nous les subirons de force sans jamais avoir jamais su les éviter par une
intelligence et un courage collectifs qui nous font cruellement défaut.



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