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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 13:26
ARTE a consacré mardi 5 février 2008 son début de soirée au conglomérat russe GAZPROM.
Le reportage visait à dénoncer les liens trop étroits de Gazprom avec le pouvoir russe. Cette entreprise gigantesque (elle dispose d’une part appréciable des réserves mondiale de gaz) constitue un véritable Etat dans l’Etat et la collusion avec les autorités pose de nombreux problèmes.
Quoi que bien conçue, l’enquête se montrait finalement assez convenue. Elle présentait cependant, au-delà de son objet principal un autre intérêt trop peu mis en évidence.
En effet, en sus de ces critiques, en partie d’ordre moral, l’entreprise faisait l’objet de nombreux dénigrements de la part des responsables économiques occidentaux. Et là, pas de morale mais un réalisme très immédiat : Gazprom ne ferait pas bien son métier, plus précisément elle n’investirait pas assez dans la recherche et la mise en exploitation de nouveaux gisements de façon à compenser l’inévitable épuisement des sites actuellement en production.
Le monde devra faire face dans les années et les décennies à venir à de terribles défis énergétiques et les responsables occidentaux n’ont d’autres programmes à proposer que : Produisons plus, plus vite, encore plus, encore plus vite.
Bien entendu de telles solutions résoudront très provisoirement les problèmes. Au lieu d’avoir une grave crise dans dix ou vingt ans nous en aurons une encore plus grave dans vingt ou trente ans. En effet, ces nouveaux gisements eux aussi finiront par se tarir.
Et alors que ferons-nous ?
Le manque de recul et de perspectives chez certains analystes est effrayant. La solution au problème de l’épuisement des ressources passe d’abord par une moindre consommation pas par une production provisoirement accélérée.
Il ne sert à rien de tuer la poule aux œufs d’or ! 
 
Entendons-nous bien, il ne s’agit pas ici de défendre Gazprom et de se faire des illusions sur les raisons qui poussent l’entreprise géante à être modeste dans ses investissements. Il serait bien imprudent de jurer que son attitude reflète une grande sagesse et que cette retenue soit destinée à faire durer plus longtemps les réserves. Rien n’indique que Gazprom soit gérée par une bande d’écologistes !
Toutefois les critiques qui lui sont adressées semblent terriblement révélatrices de l’attitude de la majorité des milieux économiques. Le durable n’est pas entré dans les mœurs ! Même si c’est pour de mauvaises raisons, l’attitude de Gazprom n’est peut- être pas la plus mauvaise pour la planète.
 
Enfin, à notre sens un autre malentendu doit être levé.
Les économies d’énergies fossiles sont nécessaires pour faire perdurer la ressource autant que cela est possible. Elles le sont aussi pour limiter la pollution et en particulier les émissions de CO2. Et sur ce point il y a souvent confusion.
Ce n’est pas tant l’économie de pollution à court terme qui doit être limitée, car là aussi il faut prendre du recul. Si dans les 100 ans à venir une quantité donnée de CO2 est rejetée dans l’atmosphère, alors il importe assez peu à la nature qu’elle l’ait été majoritairement dans les 50 premières années et minoritairement dans les 50 suivantes (ce que donnerait une politique de gaspillage) ou au contraire à peu près régulièrement au cours de l’ensemble du siècle à venir (ce que donnerait une politique plus économe aujourd’hui qui préserverait la ressource et donc aussi la pollution un peu plus longtemps).

 L’intérêt de la seconde politique ne réside donc pas dans une moindre pollution puisqu’on arrive à terme à un résultat comparable (et 100 ans ce n’est rien pour la nature). L’intérêt de cette seconde politique c’est de nous donner du temps pour que la société évolue et se fasse (beaucoup) moins gourmande. Il serait alors possible d’éviter un retour généralisé au charbon qui constituerait une véritable catastrophe. (Voir l’article dans ce blog : Charbon : l’avenir noir de la planète.)

 

 

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Published by Didier BARTHES - dans Energie
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commentaires

Agnès Lenoire 13/02/2008 20:31

Bien d'accord avec vous ! Sans compter que l'énergie devrait se partager avec ceux qui en manquent cruellement. Mais ce n'est pas du tout dans l'esprit d'une volonté de croissance débridée.

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