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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 06:24

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Sous le titre : les Robots Abeilles, la revue Pour la Science  a pésenté dans son numéro d’avril 2013 une étude sur la conception de robots de la taille d’un insecte.

 

 

 

 

 

Les défis à relever sont nombreux. Même miniaturisés, les moteurs habituels des drones sont inopérants; la mécanique, tout autant que la faible disponibilité en énergie s’y opposent. Les mouvements des ailes qui assurent la sustentation et la propulsion sont ici engendrés par des muscles artificiels à base de matériaux piezo-électriques se contractant sous l’application d’un courant. Des dimensions aussi réduites limitent également les capacités de leur électronique et, comme pour les vraies abeilles ou pour d’autres insectes sociaux, il faudra parier sur une forme d’intelligence collective où l’efficacité dépendra plutôt de l’addition et de la synergie entre les comportements individuels que des performances « intellectuelles » propres à chaque machine.  

C’est là une branche particulière de la recherche en robotique que l’on pourrait regarder avec intérêt et sans trop d’inquiétude, si l’article n’évoquait également un usage plus menaçant peut-être encore que les applications militaires ou policières auxquelles nous pourrions songer. Les auteurs, tous professeurs à Harvard, évoquent, semble-t-il le plus sérieusement du monde, la possibilité pour de tels robots de se substituer aux abeilles et même à l’ensemble des insectes polinisateurs aujourd’hui fortement menacés.

Un tel projet signe évidemment une confiance absolue dans la technologie et marque surtout la volonté de l’Homme de se substituer à la nature pour assurer la permanence des équilibres écologiques.  

L’hypothèse Gaïa développée par James Lovelock avait démontré combien la vie avait participé elle-même activement et sur plusieurs milliards d’années aux conditions de sa propre durabilité via le maintien dans des limites acceptables de facteurs aussi déterminants que la température, l’humidité, la densité et la composition atmosphérique ou même la salinité des océans. Certains mécanismes, tels par exemple  l’émission de Sulfure de Diméthyle (1) que Lovelock étudia dans les années 70 illustrent à merveille la complexité et la variété des principes et des rétroactions en cause.

Que l’Homme, dont l’activité a jusqu’à présent conduit à détruire ces équilibres ait pour ambition d’en devenir le maître ou, au moins le gestionnaire, tient de l’incroyable. C’est le pire des cancres qui exige de représenter son établissement au Concours Général !

Cette ambition marque surtout un manque de recul  des scientifiques sur leur propre domaine d’activité qu’ils parent imprudemment de trop de pouvoirs. Avant d’envisager et même simplement d’évoquer publiquement de telles évolutions, un roboticien devrait s’enquérir auprès des biologistes de l’extraordinaire complexité du monde vivant (2). Une simple lecture des livres de Jean-Marie Pelt, pour rester dans la seule vulgarisation, mettrait en évidence l’impuissance fondamentale des robots à ressembler sérieusement à quoique ce soit de vivant. Leur manque d’autonomie, tant énergétique que décisionnelle, sans parler même de la reproduction,  devrait ranger ce genre de propositions au rayon de la science-fiction, amusantes certes, mais non réalistes.

Hélas, cette confiance aveugle de l’Homme en ses propres capacités s’apparente à un mouvement plus vaste encore de fuite en avant où, face aux contraintes qui se profilent nous cherchons tout et n’importe quoi pour repousser les limites du monde  auxquelles nous nous heurtons. Manger des insectes, faire le pari de la fusion nucléaire, surdensifier nos villes, partout nous nous sommes prêts à tout sacrifier : notre culture, notre bien-être, la simplicité de vie dans une aveugle fuite en avant. Nous cherchons à toute force des solutions complexes en oubliant que l’ordre de grandeur d’un problème constitue un composant essentiel de sa nature. Réduisons la taille de nos problèmes. A long terme, seule la décroissance économique et surtout démographique offrira une porte de sortie. L’Homme veut jouer à Dieu quand l’Histoire ne semble lui accorder que quelques prédispositions à imiter le Diable.

__________________________________________________________________________________ 

Pour la Science numéro 426avril 2013, p 64 à 71 : Les robots abeilles, article de Robert Wood, Radhika Nagpal et Gu-Yéon Wei.

Une vidéo du vol. Le robot a encore un fil à la patte.

Une vidéo sur la fabrication de ces robots (en anglais).

(1) James Lovelock mis en évidence le rôle prépondérant de l’émission de Sulfure de Diméthyle par l’océan (via le phytoplancton) dans le cycle planétaire du Souffre. Ce cycle ayant lui-même un rôle déterminant dans la régulation climatique. Le résultat de ces études est aujourd’hui connu sous le nom d’hypothèse CLAW.

(2) Probablement l'ont ils faits et sont-ils d'ailleurs  conscients des problèmes. Le pire est alors que malgré cela, l'hypothèse d'une telle substitution (même à long terme) puisse-t-être évoquée. Cela signifie que le mouvement de fuite en avant n'est absolument pas perçu. 

 Voir également dans ce même numéro un article très documenté relativisant le rôle du Gulf Stream dans la douceur du climat Ouest Européen (Le rôle controversé du Gulf Stream, p 36 à 41,  par Stephen Riser et Susan Lozier).      

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Published by Didier BARTHES - dans Technologie
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commentaires

José 17/01/2014 10:16

Même si les élucubrations de ces techniciens devenaient réalité - ce dont on peut douter vu la complexité de la tâche -, ce "pas en avant" provoquerait comme d'habitude l'émergence d'une multitude
de problèmes, dont la solution engendrerait elle-même etc. On est bien là dans une des facettes de la complexification de la société qui a toujours mené à leur perte (cf J. Tainter). Sauf que cette
fois, la société qui s'effondre sera la dernière puisqu'on a tout fait pour qu'il n'en reste qu'une!

teysseire am 12/06/2013 09:02

La lecture de cet article si bien documenté me plonge dans le désespoir. Enfin, comment peut-on entériner sans plus d' état d'âme(comme une simple variable de la réalité) la disparition des
insectes pollinisateurs dont le rôle est indispensable à notre nourriture donc à notre survie? et comment envisager sans rire, de les remplacer par des drônes? Comme le dit D Barthès nous visons
l'enfer si nous sommes persuadés de notre totale maitrise du vivant et si nous continuons à refuser les limites et la finitude, celles de la terre et les nôtres.

Didier BARTHES 12/06/2013 09:21



Une jolie façon de répondre à ces savants serait de leur dire : " Vos abeilles ne feront jamais de miel. "



René Varenge 11/06/2013 16:01

"A long terme, seule la décroissance économique et surtout démographique offrira une porte de sortie."

Bonjour,
En effet, c'est certainement la seule solution logique, mais visiblement nos semblables ne sont pas encore prêts à accepter cette évidence.

Didier BARTHES 12/06/2013 09:22



Ne sanchant l'accepter comme une évidence, nous la subirons comme une obligation.



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