Mardi 27 avril 2010 2 27 /04 /Avr /2010 09:15

 

  Pourquoi la France ? Parce qu’elle est notre pays et que nous en sommes responsables … même s’il faut reconnaître que le chemin suivi, hormis peut-être le choix massif et persistant du nucléaire civil, n’a guère été différent de ceux des pays comparables.

 

  Pourquoi parler des quarante dernières années ? Simplement parce qu’un désir de retour à la nature et la révolte contre la société de consommation ont éclaté à la fin des années 60, avec dans la foulée la publication d’une somme de réflexions et de rapports portée par un mouvement écologique naissant. Parce que depuis le début des années 70, il n’est pas possible pour un responsable politique ou un citoyen informé de n’être pas au courant de la rupture grandissante des équilibres de notre biotope. Bref, nous connaissions l’urgence écologique ; or qu’avons-nous donc fait depuis ?

 

  En apparence nous avons fait beaucoup de progrès.

 

  Sur le plan politique, un mouvement minuscule – rappelons-nous le 1% de René Dumont à la présidentielle de 1974 – est devenu la troisième force politique du pays, le ministère de l’écologie est devenu le ministère majeur, et le principe de précaution est même devenu un principe constitutionnel.

 

  Sur le plan économique, le concept de développement durable et son corollaire la croissance sélective sont partagés par l’ensemble ou presque des acteurs. La consommation des produits écolos ou bio poursuit une croissance ininterrompue depuis 30 ans. Et les produits énergivores sont dorénavant encadrés par des normes strictes, avec une fiscalité accompagnatrice comme sur les voitures.

 

  Quant aux media, pas un jour sans nous diffuser des émissions sur la nature, sans nous inciter à modérer notre consommation ou à modifier nos comportements.

 

  En un mot, le vert est partout, semblant dicter notre vie quotidienne.

 

  Mais qu’en est-il en réalité ?

 

  En quarante ans, nous avons :

 

  • liquidé l’immense majorité de nos agriculteurs, dépeuplé les campagnes et accentué le phénomène d’urbanisation-rurbanisation du territoire, au prix d’une agriculture fonctionnant au pétrole et aux intrants chimiques et d’une population banlieurdisée perdant ses repères à force de vivre hors sol,
  •  habitué nos concitoyens à payer de moins en moins cher leur nourriture tout en consommant de plus en plus de plats préparés industriellement et grand consommateurs d’emballage et de transport en tout genre, ceci aux fins de libérer à la fois du temps domestique et du pouvoir d’achat, 
  • ouvert la France sur le monde entier en matière de produits consommés, avec l’immense avantage de disposer immédiatement de produits manufacturés produits dans les pays pauvres donc moins chers pour nous Français, même si dans un second temps cela signifie la disparition ou la délocalisation d’une partie de notre appareil productif … une logique à courte vue mais belle et bien choisie par une majorité d’entre nous, comme un exemple parfait d’externalité négative ! Tout ceci au prix d’une part d’un développement considérable des échanges internationaux générateur de pollution et de déséquilibres, et d’autre part d’un chômage de masse qui nous rend d’autant plus addict à la croissance, pris que nous sommes dans un cercle vicieux …
  • massifié l’usage de l’automobile au point d’inscrire durablement son usage dans l’organisation de l’espace, en quadrillant le pays de voies rapides, de rocades et d’autoroutes, et en colonisant l’espace urbain, 
  • multiplié les départs en vacances et généralisé les voyages aériens, tout ceci étant bien agréable mais entre-autre grand pourvoyeur de CO2 pour la planète,
  • augmenté sensiblement la taille de nos maisons ou de nos appartements, oubliant de prendre en compte l’impact en matière d’emprise, de construction et de chauffage, 
  • encouragé tous les acteurs à disposer de plus de confort personnel sans souci des conséquences écologiques, que ce soit par l’usage de plus en plus d’objets, le chauffage des terrasses extérieures des cafés, ou le recours aux médicaments ou traitements comme la pilule contraceptive  responsable de la féminisation des poissons des rivières et de la disparition de certains d'entre eux ...
  • et fait croitre la population sur notre territoire de plus de 25%, ce qui suppose toujours plus d’espace à consommer pour l’habitation, la nourriture, les loisirs, au détriment des autres occupants du territoire, arbres, fleurs, animaux.

  

  Or, tout ceci a un impact direct sur notre empreinte écologique.

 

  Il faut le dire, la France d’il y a quarante ans, celle du début des années 70, même si l’écologie était une question marginale pour beaucoup, était bien plus écologique ! Autrement dit, nous n’avons pas seulement perdu quarante ans pour adapter notre pays au respect de notre biotope, nous avons aggravé de façon lourde notre impact sur le territoire que nous occupons tout en parlant de plus en plus ‘vert’. Et les Français d’aujourd’hui, au-delà de la maîtrise des mots de l’écologie et du développement durable, sont sans doute sur un plan pratique moins préparés que ceux d’il y a quarante ans à vivre en réduisant leur empreinte écologique.

 

  Concrètement nous nous pensons écolos en nous contentant d’une douche par jour, en recyclant nos bouteilles en verre, en achetant du lait bio et en prenant le TGV pour partir en week-end alors que l’empreinte que nous faisons peser sur notre biotope n’a jamais été aussi forte.

 

  Mais sommes-nous prêts à préparer nos repas à partir d’aliments non-transformés en y passant le temps nécessaire comme le faisait nos grands-parents ? A payer plus cher notre nourriture et notre logement afin que ceux-ci soient conformes à des normes bio ? A acheter moins de vêtements, moins de gadgets, moins de meubles ? A nous contenter de produits majoritairement locaux ? A garder nos télévisions, nos ordinateurs et nos téléphones au moins 10 ans ? A ne partir en vacances avec nos voitures qu’une ou deux fois par an à quelques centaines de km de nos domiciles ? A ne plus prendre l’avion pour visiter des pays lointains ou même un peu éloignés ? A ne pas avoir plus de 2 enfants par couple ? A changer de travail si nous travaillons dans un secteur qui doit décroître ?

 

  Sommes-nous prêts à vivre plus sobrement et à partager cette aventure ensemble ? Comment faire, comment passer d’une France de plus en plus anti-écologique dans la réalité de ses comportements à une France responsable ? C’est bien le défi des prochaines années et un axe de réflexion à la fois inconfortable et stimulant pour ceux qui veulent une terre vivante.

 

 

Par Jean Bruguier - Publié dans : Billets d'humeur
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