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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 16:04

Qu'il faille réformer le millefeuille territorial, cet entrelacs de compétences partagées par tant de niveaux et de structures diverses, est devenu une évidence pour la plupart des acteurs, citoyens comme politiciens. Car, outre le coût bien réel des coordinations sur des dossiers intéressants 4 ou 5 administrations à la fois, cet éparpillement est propice à développer une culture de la non-responsabilité, fille de la dilution des décisions dans l'écheveau politico-administratif, culture génératrice de gaspillage, d'inefficacité technique et d'un affaiblissement du contrôle démocratique du fait de l'impossibilité pour les citoyens lambda d'identifier réellement qui fait quoi.

L'efficience de l'Etat français passe donc par sa réorganisation territoriale, c'est devenu aujourd'hui un lieu commun, une proposition d'évidence. Cela paraît même comme une obligation pour que la France survive dans la nouvelle économie-monde, si efficace et si concurrentielle que le surcoût de la puissance publique française semble devenu insupportable à nos acteurs économiques.

Surgit alors l'idée de constituer de grandes régions susceptibles de pouvoir se mesurer aux landers allemands d'un coup voués à notre admiration ; de supprimer l'échelon départemental ou à tout le moins de le vider de sa substance ; et de faire de même pour nos 36 000 communes en conférant aux intercommunautés la réalité de l'exercice local du pouvoir.

Et de voir, depuis l'annonce faite de la réforme territoriale par le premier ministre Manuel Valls, tout ce qui a une petite parcelle de pouvoir faire dans son coin des propositions de redécoupage : une passion pour le dessin des territoires envahit nos élus, un peu comme on l'avait connu sous la Révolution Française au moment de l'invention des départements. Avec souvent une façon de voir les choses de tellement haut qu'il est parfois facile d'oublier la réalité géographique, physique comme humaine, des territoires. Rappelons-nous le premier projet présenté dès la fin 1789 par le rapporteur Thouret s'inspirant des études du géographe du Roi, Robert De Heissen, consistant en un découpage au carré, avec des départements de 18 lieues sur 18, chacun divisé en 9 communes carrées, elles-mêmes divisées en 9 cantons pareillement carrés ... cette passion géométrique qui voulait ignorer les hommes et leur histoire comme la réalité physique du pays : plus de provinces, plus traces des anciennes communautés d'appartenance, plus de montagnes, plus de fleuves ni de rivières, aucun obstacle, juste un territoire lisse et plat avec des hommes interchangeables ... l'homme nouveau, unidimensionnel, n'était pas loin, et la Terreur non plus !

Bien sûr, nous n'en sommes pas là mais une réflexion intégrant la question écologique amène au moins une remarque et une demande.

Il y a dans les racines et les buts de cette réforme l'idée d'adapter la France au monde comme il va, et donc de tout faire pour que notre pays retrouve le chemin d'une croissance économique si désirée pour combattre le chômage. Les nouveaux territoires et leur articulation sont pensés in fine pour la croissance et pour elle seule. Mais peut-on penser l'organisation d'un territoire fort d'une histoire millénaire dans le seul but de résoudre un problème ponctuel d'ordre économique ? Difficile de ne pas trouver à cette réforme territoriale qui s'annonce, comme un certain manque de perception du temps long, ce temps qui tisse la vie entre une communauté d'hommes et de femmes et un bout de continent.

Oserai-je alors soumettre une demande qui ne soit pas d'ordre économique au beau milieu de ce tintamarre politique omnibulé par la question de la croissance ? Une demande qui consisterait juste à ne pas oublier que pour occuper et faire vivre écologiquement un territoire, il faut que les hommes et les femmes qui y vivent aient conscience d'une manière ou d'une autre d'appartenir à ce territoire et aient envie de s'y projeter. Sans ce sentiment, qui je le reconnais fait un petit pied de nez à la ballade de Brassens dédiée " à ceux qui sont nés quelque part ", j'avoue ne pas voir la question écologique capable d'échapper à une vision et un mode de gestion désespérément technocratique, tournant le dos à une démocratie vivante, lointain écho de la perception hors sol du géographe royal Robert de Heissen.

Le combat, qui fut gagné en 1789 contre le rapport Thouret et qui nous a évité des frontières à l'africaine, ces frontières tirées au cordeau et se moquant des territoires des tribus comme d'une guigne (ce que l'Afrique paie encore, notamment par des guerres locales sans fin), peut-il l'être aujourd'hui contre les technocrates et politiciens hors sol pour que nos territoires de demain soient propices à une prise en charge simple et démocratique de l'écologie par des habitants soucieux de leur environnement ?

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Politique
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