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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 11:24

 

 

faim-du-monde.jpgSous-titré « L'humanité au bord d'une famine globale », cet ouvrage se veut une analyse méthodique  et sans complaisance de la situation énergétique et alimentaire actuelle de l'humanité, ainsi que de ses conséquences à moyen terme.  

Après avoir rappelé que l'impressionnante croissance de nos effectifs (1 milliard en 1800, 7 milliards aujourd'hui) n'a été possible que grâce à la manne énergétique, Hugues Stoeckel passe en revue les différents types d'énergie dont nous disposons encore.

Il s'intéresse tout d'abord aux fossiles que la planète avait (lentement et "patiemment") mis de côté il y a quelques centaines de millions d'années (300 pour le charbon, autour de 100 pour le pétrole et le gaz) et qui seront épuisées* vers la fin de ce siècle (cette gabegie s'étant déroulée sur à peine 300 ans, excusez du peu). Le pic de l'extraction des hydrocarbures est d'ailleurs déjà derrière nous et si nous n'en ressentons pas encore toutes les conséquences, c'est du fait de sa forme en « pic à plateau ondulant » :  

La demande baisse du fait de l'augmentation des coûts, reprend ensuite, puis rebaisse,... Mais comme écrit l'auteur : « le pétrole couvre aujourd'hui près de 35 % de notre consommation d'énergie, loin en tête de toutes les ressources consommées. Il représente surtout plus de 96 % des énergies nécessaires au transport, lequel est la condition absolue du commerce mondial » : La pénurie annoncée risque d'être lourde de conséquences.

Vient ensuite une analyse sans concession du nucléaire dont nous apprenons que « la production minière d'uranium ne couvre aujourd'hui que les deux-tiers des besoins, le reste étant fourni par les stocks libérés par le désarmement de l'après guerre froide », ce qui en soi pourrait être une bonne chose si ce n'est que cela augure un approvisionnement « qui sera rapidement problématique ». Si l'on tient compte des dangers inhérents à cette technologie (Tchernobyl, Fukushima), de l'énergie nécessaire au démantèlement des centrales et à celle du stockage, la filière (en déclin relatif puisqu'elle ne fournit plus que 13% de l'électricité mondiale) ne semble pas très rentable sur le plan énergétique, guère plus durable que celle des fossiles, et ce indépendamment du fait que « choisir le nucléaire, c'est prétendre à l'absolue certitude que la civilisation technique sera apte à perdurer sur plusieurs millénaires pour gérer ses déchets »...  

Pour autant, le renouvelable pourra-t-il prendre le relais ? Rien n'est moins sûr, car il y a des limites géographiques à l’hydraulique et surtout, il faut compter avec la pénurie des métaux qui entrent dans la composition des panneaux solaires et autres éoliennes et qui eux aussi vont se raréfier et seront dès lors de plus en plus coûteux (en terme d'énergie) à extraire. Il semble aussi que des investissements massifs auraient dû être mis en œuvre plus tôt.  

Le graphique ci-dessous, que l'auteur emprunte au site canadien de Paul Chefurka résume ainsi la situation : « A la fin du siècle, l'énergie disponible n'atteindra plus qu'un septième environ de ce qu'elle aura été à son apogée (entre 2010 et 2020), et le passage de 7 à 10 milliards d'humains (+ 40%) conduira alors (per capita) à un flux d'énergie disponible environ 10 fois plus réduit qu'aujourd'hui.»  

 stoeckel1.jpg  

La question alimentaire qui est la préoccupation fondamentale de l'ouvrage est ensuite détaillée. L'auteur ne conteste pas qu'il soit possible de nourrir la population actuelle en supprimant la pauvreté ... les inégalités … et le gaspillage : vaste programme s'il en est ! Mais pour lui, la vraie question est celle de nourrir 10 milliards d'êtres humains à l'horizon 2100 et donc, si l'on tient compte des malnutris, de quasiment doubler la production alimentaire actuelle, alors même que :

- l'agriculture chimique et mécanisée « qui avec 2% des agriculteurs de la planète produit la moitié de la nourriture mondiale » ne disposera quasiment plus de pétrole à la fin du siècle pour faire tourner ses machines et produire ses intrants (engrais, pesticides,...) eux-mêmes issus de la chimie du pétrole,

- la superficie des terres arables va se réduire inexorablement du fait de la désertification, de la salinisation et de l'érosion des sols.

Reprenant la conjecture de Paul Chefurka « en 2100, le flux d'énergie par humain se trouvera, grosso modo divisé par 10 », l'auteur pense que la Terre risque de ne pouvoir nourrir qu'un milliard d'habitants à cette échéance : sombre présage...

Citant ensuite une des conclusions du rapport 2009 de l'UNFPA qui indique que les émissions humaines de CO2 sont dues, à part égales, au nombre d'Hommes et à leur consommation, Hugues Stoeckel écrit : « il n'est pas question de s'exonérer du devoir de réduire la consommation et les rejets évitables, mais se borner à cela pourrait déboucher sur un effet rebond [de la natalité] » : le recours à la maîtrise de cette dernière lui semble donc aller de bon sens.

Revenant sur l'argument du vieillissement de la population, souvent opposé aux défenseurs d'une "Démographie Responsable", l'auteur fait remarquer que celui-ci est de toute façon inéluctable, que ce soit avec un effectif de 6 ou de 10 milliards (respectivement, projection basse et moyenne de l'ONU pour 2100) et que, même s'il est déjà fort tard, il vaut mieux que le phénomène soit anticipé et géré dès aujourd'hui où nous disposons encore d'un reliquat d'énergies fossiles « car seuls les gains de productivité seraient à même de rendre [relativement] indolores la chute du ratio entre actifs et personnes à charge.»

Au final, voici un excellent ouvrage prospectif réalisée de façon fort pédagogique, dont nous recommandons la lecture à toutes les personnes soucieuses de l'avenir de la planète et de notre espèce. Puisse-t-il prolonger leur prise de conscience et les aider à s'affranchir des messages démographiques rassurants (et donc démobilisateurs) qui sont régulièrement délivrés par les médias.  

(*) Ou du moins leur extraction demandera plus d'énergie qu'elle ne sera susceptible d'en fournir.

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Ils parlent de ce livre :   Max Milo Éditions,  Le Sauvage,  Néo-planète,  L'Est Républicain, Presse pour un autre monde .

A écouter : Une interview de l'auteur

A voir et à écouter : Une conférence de l'auteur avec Démographie Responsable. 

Cette note de lecture a été préalablement publiée sur le site de l'association Démographie Responsable.

Voir ici un  autre article de M. Denis Garnier sur le tabou que constitue la question démographique au sein du débat écologique.

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Published by Denis Garnier - dans Notes de lecture
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commentaires

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