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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 14:30

   Les shadocks, vous vous souvenez ? C'étaient ceux qui prenaient l'eau derrière leur bateau et la mettaient devant pour continuer d'avancer ... et ils pompaient, ces fabuleux shadocks, ils pompaient !! avec l'inoubliable voix de Claude Piéplu pour nous conter tout ça.
   Claude Piéplu est mort, les Shadocks sont désormais entrés dans l'histoire du XXème siècle, mais nous avons gardé intact notre capacité à défier la physique et le bon sens.

   Un exemple ? Paris dans le cadre de l'opération 'Nature Capitale' couvre complètement pour ce week-end de Pentecôte 2010 les Champs Elysées de champs de blé, d'haies et d'arbres.

   Il a fallu pour ce faire préparer des centaines de caisses remplies de morceaux de nature découpée, qui là un peu de blé, qui ici un cognassier, qui encore un beau charme, pour ensuite les transporter et les mettre en place à l'aide de dizaine de transpalettes. Des centaines de personnes y travaillent. Et on attend 2 millions de personnes. Et le responsable de l'opération Gad Veil, interrogé (1), parle fièrement de ce projet en évoquant 'une nature en situation'.

   Mais quoi de plus artificiel que tout cela ? Quoi de plus inutile ? Quoi de plus insensé ?

   Ceci n'est qu'une gabegie qui traumatise inutilement des végétaux, qui a un impact carbone désastreux, qui se situe dans le déni des coûts de transport, qui occupe des centaines de personnes, et ce pour rien de tangible et de durable. La même logique que celle de Paris-Plage, mais pour un temps qui se mesure ici en jour et non en semaine. Ceci ne fait que s'inscrire dans cette logique de flux qui caractérise notre société aux dépens d'un développement soutenable.

   Il faut aussi avoir perdu gravement le sens des mots pour évoquer, au sujet de centaines d'arbres et d'arbustes déplacés hors de leur milieu sur du bitume aussi prestigieux soit-il pour seulement 3 jours et à grand frais, une nature en situation. Cette fraude lexicale n'est pas sans risque, comme en avertissaient en leur temps Platon ou Camus (2).

   Mais il faut peut-être prendre cette qualification au sérieux et s'interroger. Que cela veut-il nous dire ? De quoi cette nature-là est-elle le nom ? Une nature qui vient à nous, dans le centre de nos territoires urbains, enfin bordée, encadrée, propre, serait-ce cela sa place la plus désirable, la plus admirable, sa meilleure place en somme ?

   Alors il faut sans doute comprendre que c'est ce rapport-là à la nature que nous prépare ces étonnants écologistes au pouvoir à Paris et en Ile-de-France, ces écologistes qui ont accepté Paris-Plage et ladite opération de Nature-Capitale, ces écologistes citadinisés qui préfèrent prôner l'entassement urbain plutôt que la maîtrise démographique, ou la socialisation du vélo (3) au mépris de tous les coûts plutôt que la trop simple responsabilité de chacun de son deux-roues, ces écologistes idéologisés qui en période de déficits publics graves défendent le principe très classique à gauche d'une imposition des revenus du capital plutôt que la création de taxes sur les activités polluantes (4), ces écologistes enfin qui ne voient dans la nature qu'un environnement à la disposition de l'homme (5) qu'il faut juste gérer un peu plus intelligemment, plutôt que d'essayer de penser l'homme comme une vie parmi la vie dans ce merveilleux biotope qu'est la Terre.

 

   Avec ces éco-Shadocks, nous n'avons pas fini de défier la physique et le bon sens ; si nous les écoutons, nous n'avons pas fini de pomper ....

 

(1) au JT de 13h00 sur TF1 le vendredi 21 mai 2010.  

(2) "La perversion de la cité commence par la fraude des mots" avait dit Platon, idée reprise par Camus : "Mal nommer les choses ajoute au malheur du monde".

(3) Cela s'appelle Vélib et coûte cher à la fois au niveau de la gestion spatiale du parc de vélos et au niveau de l'entretien des machines. Sans compter les milliers de vélos détruits ou trouvés au fond du Canal de l'Ourcq. A l'inverse les propriétaires de vélo font attention à leur engin et les font durer plusieurs années, d'où une économie de ressources naturelles (un vélo, c'est aussi quelques kilos d'acier et d'alu) et humaines: les centaines de personnes préposées à la maintenance doivent à la longue s'interroger sur le sens d'un travail qui consiste à réparer des dégradations pour la plupart volontaires.

(4) Ce qui revient par exemple mais trés concrètement à taxer la personne âgée qui loue son logement pour financer sa maison de retraite médicalisée plutôt que la personne qui se paie des week-end en avion à l'autre bout de l'Europe ; sur ce thème, voir entre autres les diverses déclarations de Cécile Duflot, leader du parti des Verts.

(5) Difficile de ne voir autre chose que 'notre bon plaisir' dans ce déplacement de végétaux effectué ce week-end de Pentecôte pour Nature Capitale ; comment mieux prouver que la nature est à notre disposition ?

 

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Published by Jean Bruguier - dans Billets d'humeur
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