Jeudi 27 janvier 2011 4 27 /01 /Jan /2011 14:16

Nouvelle bataille du Larzac – Présidentielle 2012 – Alliance entre socialistes et écologistes - Risque d’une victoire symbolique – Nécessité de convaincre les électeurs - Défendre une ‘vita povera’

 

D’un côté il y a la stratégie affichée d’Europe-Ecologie - Les Verts qui, après s’être fait reconnaître comme étant le seul parti écologique (1) , consiste à faire partie d’une majorité présidentielle dominée par le Parti Socialiste, Daniel Cohn-Bendit allant jusqu’à suggérer que la présentation d’un candidat autonome au premier tour, qu’il s’appelle Eva Joly, Nicolas Hulot ou Yves Cochet, serait contre-productive.

De l’autre il y a la mobilisation croissante des écolos, associatifs et politiques réunis, pour demander le gel des recherches de gaz de schiste prévues du Larzac à la Drôme en passant par les Cévennes, suite aux autorisations de recherche délivrées par Jean-Louis Borloo en mars 2010. Tout porte à croire que cette lutte qui commence va animer la mouvance verte dans les prochains mois et cristalliser les oppositions écologiques au pouvoir actuel et au déceptif Grenelle de l’Environnement qui a suivi sa mise en place.

Pas de chance pour le pouvoir, les régions concernées ont toutes une tradition de luttes et de résistances ; faut-il rappeler la bataille du Larzac qui fit plier l’armée (2), ou plus loin dans le temps, l’âpre lutte des camisards dans les Cévennes ? N’oublions pas non plus l’atout que peut présenter dans ce combat la personnalité de José Bové … bref tout est réuni pour faire de la bataille du gaz de schiste un combat symbolique à forte résonnance, et ce à la veille d’une échéance électorale importante.

Alors quel est le risque ?

Le risque est tout entier contenu dans la demande d’un gel des recherches. Nous avons déjà dit dans ce blog (3) que cela n’est pas suffisant, que se concentrer sur ce point-là et seulement sur celui-là réduit ce combat en un mouvement local d’opposition à l’installation d’une infrastructure d’utilité publique à voisinage désagréable. Ce qu’on qualifie souvent de ‘pas dans mon jardin’ résume une attitude somme toute assez égoïste. C’est écologiquement bien de s’opposer à l’exploitation de shales gas sur son territoire, mais il faut reconnaître que continuer dans le même temps à importer du pétrole et du gaz en grande quantité pour assurer un mode de vie construit sur la gabegie et les futilités suppose que les forages et la pollution soient chez les autres …

Le risque, en se concentrant uniquement sur une décision de gel des forages, c’est de permettre de construire un accord politique entre les écologistes et les socialistes qui fasse la part belle au symbolique, oubliant que si nous voulons nous passer des forages il nous faut aussi aller vers l’abandon programmé des énergies fossiles. Quoi de plus simple que de promettre pour 2012 un gel ou un moratoire des recherches, après une année 2011 scandée par une mobilisation écologique sans précédent sur ce thème ? Après tout, on importera un peu plus de pétrole et de gaz … Rappelons-nous 1981 et le Président Mitterrand, qui supprima d’un trait de plume la centrale nucléaire de Plogoff : grande victoire écolo certes, mais avez-vous vu pour autant une politique active pendant les deux septennats socialistes pour changer le mode de vie des français et le rendre un tant soit peu compatible avec les contraintes écologiques (4) ?

Autre temps, autres mœurs me direz-vous. Peut-être, mais les enjeux sont si importants, l’urgence écologique se fait tellement plus prégnante, que toute personne responsable n’a pas envie de jouer. Et comment croire à la mise en place d’une politique prenant en compte les contraintes écologiques à l’occasion d’une alliance inégale entre socialistes et écologistes, quand, par exemple et même si c’est un détail, Paris, la ville socialiste dirigée par un Bertrand Delanoë allié aux Verts, se révèle incapable d’interdire de chauffer les trottoirs (5), ou quand Jean-Louis Bianco, après d’autres, voit notamment "dans une croissance plus forte"  le moyen de financer le projet présidentiel socialiste ?

Nous n’avons plus les moyens d’être naïfs, et le coup de Plogoff on nous l’a déjà fait. Alors, même si c’est difficile de convaincre les citoyens de vivre bien plus sobrement, même si c’est difficile d’assumer le choix collectif d’une vita povera (6), c’est aujourd’hui d’abord cela le travail de ceux qui se veulent des écologistes, un travail d’explication, un travail ardu pour réussir à désintoxiquer (7) notre société des facilités et des futilités permises par l’oubli des limites, un travail politique pour rendre enfin possible ce qui est si nécessaire.

 

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(1) Si l’Alliance Ecologique Indépendante représentait quasiment 20 % du total des voix écologistes aux élections européennes en juin 2009 (avec 3.6 % des suffrages exprimés pour 16.3% pour Europe Ecologie), les élections régionales de mars 2010 ont vu un délitement électoral de ce parti composite, tantôt uni et présentant ses propres listes, tantôt divisé et soutenant le Modem ou Europe Ecologie. De même, le mouvement de Corinne Lepage, Cap 21, n’a pas su adopter une ligne nationale claire et a soutenu selon les régions soit Europe Ecologie soit le Modem.

(2) L’armée française avait envisagé l’extension d’un camp militaire au Larzac dans les années soixante-dix ; cette demande avait généré une forte mobilisation sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing, mobilisation qui s’est traduite en 1981 par la décision de François Mitterrand une fois élu Président d’annuler l’extension prévue.

(3) Cf. Larzac 2: NIMYG or not NIMYG? Le présent article se veut la suite du précité.

(4) Les écologistes de l’époque s’étaient concentrés sur l’opposition au nucléaire en protestant surtout contre la construction de chaque centrale et n’avaient que peu popularisé une option ‘négawatt’ rigoureuse, s’offrant ainsi la possibilité d’une victoire apparente à l’occasion d’un changement politique majeur mais ne se donnant pas les moyens d’infléchir sensiblement le mode de fonctionnement de notre société. Il n’est pas interdit de ne pas répéter la même erreur, et d’essayer de se donner ainsi les moyens politiques, grâce à l’adhésion d’une partie importante des citoyens à l’option ‘néga’, d’aller vers une société à basse consommation matérielle.

(5) Voir dépêche AFP du 26.01.2011, dans laquelle Lyne Cohen-Solal, adjointe au maire (PS) chargée du commerce, déclare seulement vouloir remettre en question le mode de chauffage au gaz des terrasses de cafés mais précise qu’il ne s'agit pas d'interdire le chauffage brutalement. Rappelons qu’en Scandinavie, chauffer les terrasses est prohibé et que des couvertures sont proposées.

(6) L’expression est construite en parallèle à celle d’arte povera ; ainsi la pauvreté n’est pas incompatible avec la beauté, l’énergie, la joie de vivre. Mais ce concept de vita povera est toutefois différent de celui de sobriété heureuse défendu notamment par Pierre Rabhi. Il insiste plus sur l’idée de pauvreté afin de marquer notre défiance vis-à-vis des nombreux discours écologisants qui tentent de masquer l’importance des changements et des sacrifices matériels à prévoir.

(7) La  campagne Petrol Addict  lancée par Greenpeace début 2011 est intéressante parce qu’elle tente d’aller au-delà d’une critique de la recherche d’énergies fossiles tous azimuts pour agir en amont en demandant à ce que des mesures soient prises afin que nos sociétés se libèrent de cette dépendance. Il est toutefois à noter que Greenpeace n’appelle pas dans sa campagne à une restriction volontaire massive qui nous priverait de facilités agréables pour faire chuter notre consommation de pétrole : aucun boycott de l’aviation civile à usage privé par exemple n’est lancé.

 

Par Jean-Christophe VIGNAL - Publié dans : Société
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