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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 12:44

 

Poids-du-nombre-Minois-Livre.jpg

Il est agréable de dire tout le bien qu’on pense d’un livre et c’est sans retenue que je conseille cet ouvrage de Georges Minois :

 

Georges Minois : Le poids du nombre : l’obsession du surpeuplement dans l’histoire, Editions Perrin, Collection « Pour l’Histoire », février 2011, 677 pages, 26 Euros, ISBN : 978-2-262-03224-1

 

 

 

 

Vous y découvrirez le regard que tout au long des siècles, les hommes ont porté sur leurs propres effectifs. Vous verrez que la peur du sous peuplement, mais plus souvent encore, celle du surnombre a accompagné presque toutes les civilisations et que le contrôle des naissances est une vieille affaire (cruelle parfois). De tout temps les hommes se sont mis en devoir d’adapter leur nombre aux ressources disponibles et curieusement c’est aujourd’hui, alors que la Terre n’a jamais été aussi peuplée que la conscience du problème est la plus ténue et que le tabou règne sur le sujet.

Ainsi dés l’antiquité, avec pourtant moins de 200 millions d’habitants, soit le quarantième de la population actuelle (!), Aristote écrivait :

« Il est manifeste que si le nombre de gens croit et que la Terre reste partagée comme elle l’est, il y aura nécessairement des gens qui deviendront pauvres » (p 48) ou plus loin : « …le laisser faire en ce domaine…. sera nécessairement cause de pauvreté pour les citoyens et la pauvreté engendre sédition et délinquance » (p 49). On voit comme nos débats d'aujourd’hui présentent de lointaines racines.

Avec érudition et talent Georges Minois nous entraîne dans les variantes et les subtilités du problème. Ainsi croyez-vous que l’église fut un modèle unanime de natalisme ? Lisez Saint Augustin : (p 105)

« Le besoin d’une nombreuse génération ne se fait pas sentir de nos jours comme dans les temps anciens…. » ou plus loin « Dans les temps où nous vivons, il est mieux, il est plus saint de ne pas rechercher le mariage en vue de la génération charnelle. »

Fin de l’empire Romain, moyen âge, temps « des lumières », Georges Minois propose une revue complète des débats suscités par la démographie.

Malthus avec son fameux Essai sur le principe de population devenu le symbole même de l’inquiétude démographique fait bien entendu l’objet d’un traitement particulièrement détaillé. Nous découvrons une fois encore toute la complexité de l’Histoire. Ainsi l’église majoritairement nataliste (malgré Saint Augustin donc) s’oppose-t-elle à ce pasteur évidemment tout à fait croyant comme elle s’était opposée au chanoine Copernic. Souvent, les idées neuves naissent au sein des structures dominantes qui, dans un premier temps, les combattent.

Avec raison Georges Minois s’attarde sur la question des "poor laws", des lois destinées à aider les plus pauvres en Angleterre et que Malthus avait combattues. Cette position déconsidérera et déconsidère toujours Malthus aux yeux de beaucoup. De manière assez injuste sa position sur ce plan portera dans l’Histoire ombrage à sa réflexion générale sur les dangers de la surpopulation. Là aussi on découvrira que le problème est compliqué et que Malthus n’était sans doute pas ce « monstre anti-pauvres » que certains se plaisent à caricaturer. Il considérait surtout que ces lois n’étaient pas les plus à même de porter remède à la question de la pauvreté. Sur le plan de l’éducation Malthus se montrait progressiste, il était convaincu de son bienfait, mais de cette position moderniste peu de gens lui font aujourd’hui crédit. Curieusement, le grand économiste John Stuart Mill (Principes d’économie politiques) qui partageait sur la démographie les vues de Malthus n’a pas souffert de la même image de marque et seul l’adjectif malthusien est aujourd’hui considéré comme un gros mot.

Georges Minois analyse avec objectivité toutes les facettes du problème de cette relation intime de l’humanité avec ses effectifs. Si, très vite, l’on devine chez lui une certaine sympathie pour ceux qui s’inquiètent de la surpopulation, cette inclinaison devient plus évidente encore dans sa conclusion. L’auteur nous propose (p 634) un petit discours de réception à tous les nouveaux nés de l’année écoulée :

« Bienvenus aux 135 millions de petits qui sont venus cette année rejoindre leur 6,8 milliards de semblables. 50 millions d’entre vous n’ont pas été désirés  et sont là par erreur ou par hasard. 7 millions vont d’ailleurs mourir d’ici un an. Pour le reste 110 millions iront grossir des familles nombreuses et pauvres, dont 20 millions seront exploités très jeunes et souffriront de sous-alimentation chronique ; parmi eux, 30 millions iront s’entasser dans quelques bidonvilles et mourront précocement du sida, de la tuberculose, du choléra, de la dysenterie ou autre. 20 millions auront une vie supportable et finiront par mourir vers 75 ans, de maladies cardiovasculaires, respiratoires, de cancer ou de quelques accident. Bonne chance à tous ! »

Quelques lignes plus loin et dans la même veine, le livre se termine par ces mots :

« Faut-il envoyer un courrier de bienvenue ou une lettre d’excuse ? »

Seul (petit) regret, la période actuelle (depuis 1970) n’est pas la plus développée (ou peut-être, la connaissant mieux, nous apprenons moins) Pourtant, jamais les enjeux n’ont été aussi importants et les hommes aussi nombreux (la Terre a « gagné » presque autant d’habitants de 1970 à aujourd’hui que du début de l’humanité à 1970). Notons toutefois que les débats  " post-malthusiens " du début du siècle et des années 1950 ne sont pas négligés.

D’autre part, il manque en fin d’ouvrage un récapitulatif statistique qui permettrait au lecteur pour chaque période ou chaque région étudiée de mettre en perspective les propos tenus et les effectifs ou les densités de peuplement correspondants. De même, une courbe globale d’évolution de la population humaine depuis quelques siècles serait bienvenue. Il est vrai que, sans doute, la plupart des acheteurs de ce livre en connaissent déjà la pente infernale.

 

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Published by Didier BARTHES - dans Notes de lecture
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