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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 07:24

 

A Paris, Le Mondial de l’automobile fait la part belle aux véhicules électriques (1). Citroën avec la C Zéro, Peugeot avec la iOn (2) ou, pour un peu plus tard, Renault avec la Zoé… Tous les grands constructeurs présentent désormais un projet solide et ambitieux. Plusieurs modèles devraient donc bientôt parcourir nos routes sans que cela relève des seules flottes captives comme lors du timide essai de la fin des années 90 où nous pouvions croiser ici et là quelques véhicules d’EDF.

Ce succès annoncé, issu de la pression écologique, mais aussi d’un peu de volontarisme, de quelques progrès dans la technologie des batteries au lithium (3) ainsi que d’une électronique plus performante attire les commentaires enthousiastes mais suscite également les interrogations. Il en est une qui domine toutes les autres : La voiture électrique élimine-t-elle vraiment la pollution ? Ne se contenterait-elle pas de la déplacer ?

Rappelons le, l’électricité n’est pas une source d’énergie c’est juste un vecteur. Avant de propulser nos voitures, le courant doit être généré. Il en résulte que la pollution indirecte engendrée par ces véhicules est fortement dépendante des conditions dans lesquelles l’électricité se trouve elle-même produite.  

Si l’on prend l’émission de CO2 comme principal indicateur de pollution (4), alors,  la France fait figure de bonne élève. Avec de l’électricité issue à 80 % du nucléaire, le parc français de voitures électriques serait finalement peu émetteur de gaz carbonique (5).

L’Allemagne, par contre, avec son faible nombre de centrales nucléaires et surtout devant leur abandon programmé serait évidemment beaucoup plus mal placée ce qui la conduira indirectement à faire rouler ses voitures électriques… au charbon (puisque c’est par la combustion du charbon, grand émetteur de CO2, qu’est et que sera majoritairement produite l’électricité allemande).

La critique est donc justifiée et même si la France fait exception, la voiture électrique dans un bon nombre de cas ne réduit gère la pollution, elle ne fait que déplacer la source d’émission. Le raisonnement est imparable. Ajoutons qu’il faudrait également analyser le rendement des différentes opérations de transformation d’un support énergétique à l’autre : combustion de réserves fossiles pour faire de l'électricité, charge de cette électricité dans une batterie, capacité de restitution etc… Cela, n’arrangerait pas le bilan global.

La pertinence de cette critique masque hélas deux autres problèmes qui, eux non plus, ne vont pas dans le sens d’une voiture propre.  

Tout d’abord, une voiture se fabrique et, électrique ou pas, la pollution et les consommations de matière et d’énergie générées par cette fabrication sont loin d’être négligeables (6). Cet argument est d’ailleurs à opposer à ceux qui, régulièrement, nous incitent à changer fréquemment notre véhicule afin de toujours bénéficier des ultimes progrès. Ecologiquement mieux vaut garder sa voiture quelques années de plus que de se précipiter sur le dernier modèle. La société de consommation est le premier ennemi de l’écologie.  

En second lieu, là encore, électrique ou pas l’automobile ne représente pas un danger pour l’environnement du seul fait de ce qui sort de son pot d’échappement ou de ce qui est consommé pour sa production. L’automobile est d’abord une agression pour l’environnement par l’espace qui lui est consacré. Routes, parkings et voies d’accès constituent une bonne part de notre environnement. Ces espaces sont gagnés sur la nature et n’ont guère de chances de lui être restitués. Ajoutons qu’ils quadrillent très strictement le territoire et le rendent par cela quasi inhabitables aux animaux. Quand une route importante traverse une forêt, c’est au moins sur un kilomètre de part et d’autre qu’il est impossible, même temporairement, d’oublier son existence.

L’automobile est omniprésente. Combien de temps en France peut-on, marcher en ligne droite sans rencontrer le bitume ? Jusqu’où devons nous aller pour ne plus entendre la circulation ? Quelle est la proportion de lieux où la voiture est invisible et inaudible et peut complètement se faire oublier ? 

Là se trouve l’agression majeure de l’automobile à notre monde. De ce point de vue, la voiture électrique ne réglera en rien les problèmes (7). Au contraire même, comme nous l’indiquions dans un article précédent, moins l’automobile sera polluante et énergivore et plus elle constituera un risque pour la nature car plus irrésistible et aussi plus durable sera son expansion et sa domination sur le monde. Ce paradoxe n’est pas le moindre, il n’en est pas moins bien réel.

Voilà pourquoi en ce domaine comme en d’autres, il est illusoire d’attendre une solution scientifique ou technologique miraculeuse. Toute solution qui nous donnerait plus de pouvoir serait en réalité dangereuse et la seule voie prometteuse est celle de la modestie. Moins d’habitants sur la planète, moins de déplacements, moins de consommation. Toute autre démarche ne serait qu’une course désastreuse à " l’artificialisation " du monde.   

______________________________________________________________________________________________ 

(1) Il en est d’ailleurs de même dans le domaine des cycles où les vélos à assistance électrique occupaient une bonne part du salon RBike qui s’est tenu à Lyon Eurexpo fin septembre.  

(2) Notons avec amusement les trouvailles des services marketing de PSA, prononcé rapidement, la iOn de Peugeot s’entend presque comme le lion de Peugeot (ce qui ne serait pas mal vu). A l’inverse, à la première difficulté technique, la C Zéro de Citroën risque d’être immédiatement moquée, dans le style "C Zéro : c’est zéro" . Renault n'est pas mieux lotie puisque plusieurs personnes ont posé réclamation sur l'appellation de la future Zoé, prétextant qu'une voiture ne saurait porter leur prénom ou celui de leur fille. 

(3) N’imaginons quand même pas une révolution, les autonomies annoncées ne dépassent généralement pas 150 à 200 km (en pratique comptez sur 100 km à peu près tranquilles sur le plat) et toujours avec des temps de recharges de plusieurs heures donc, très pénalisants.

(4) Rappelons aussi que le CO2 n’est pas le seul polluant aussi médiatiquement diabolisé soit-il. Les particules fines, fort dangereuses et les différents oxydes devraient également être pris en compte.

(5) Ceci est d’autant plus vrai que le solde est lui-même en bonne partie fournit par de l’électricité d’origine hydroélectrique fort peu émettrice de CO2.

(6) L’ensemble de ces sources de pollution sont parfois regroupées sous le vocable d’énergie grise.  

(7) En outre, les moteurs thermiques présentent du point de vue de l’écologie un avantage certain. La pollution qu’ils génèrent prendra naturellement fin avec l’épuisement des énergies fossiles !

Voir aussi sur le sujet, mais pour une critique plus conventionnelle de l'automobile électrique, l’article réalisé par le site Notre Planète info

 

Quelques voitures électriques

Peugeot_ion_01.jpg

 

 La iOn de Peugeot

 

 

 

   

C-Zero- citroen

 

 La C Zéro de Citroën

   

ZOE-renault-electrique.jpg 

La future Zoe de Renault

 

 

 

 

 

 

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Published by Didier BARTHES - dans Transports
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commentaires

Electricien Paris 2 08/12/2016 17:21

C'est intéressant comme article. Une voiture électrique nécessite du chargement. Il faut bien planifier afin de bien optimiser nos choix.

Pascal 21/11/2014 23:15

Bonjour, j'aime beaucoup ce que vous faite à très bientôt
Pascal
http://www.avionnormandie.com
avionnormandie@gmail.com

Didier BARTHES 26/11/2014 17:04



Merci et bravo pour votre site et pour votre passion.



opel 26/12/2013 18:23

je vous remerciais pour ce très bon article.
Il faut bien comprendre qu'une voiture électrique se recharge et a donc besoin d'électricité en grande quantité.
alors, je partage avec vous une bonne adresse http://opelrent.fr qui propose des voitures utilitaires pas chers.

luline 20/10/2010 13:39


Nous dirons que la voiture électrique est là, mais pour qui. actuellement, les modèles sont petits, mais encore de bus (ce s'appelle des Trolleybus en Suisse) ou des mini-cars pour six à dix-douze
personnes, et pour quel distance. Il faut bien rêver, comme pour l'avion électrique. Icare a tout essayé pour voler, et mais il tombe inexorablement...


Didier BARTHES 26/10/2010 09:39



Oui, c'est vrai, la voiture électrique en est à ses débuts et sans doute son usage progressera-t-il sensiblement. Mais ne soyons pas naïfs sur ses vertus, elle ne
fait que déplacer la pollution et surtout, elle présente comme la voiture à moteur thermique l'inconvénient de conduire à une emprise sur les territoires (surface et quadrillage) qui constitue
une terrible agression pour l'environnement.



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