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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 19:24

 

Vivre mieux que ses parents – rêve progressiste – dette souveraine – chute de l’Etat-providence – logique du bouc émissaire – négation du réel – dette écologique – échec du développement durable – une vita povera pour avenir    

Stéphane Hessel – Nassim Nicholas Taleb – Jean Jaurès – François Hollande

 

Les Indignés ? Ils protestent parce qu’ils veulent vivre mieux que leurs parents et que le monde ne tient pas cette promesse.  

Cette promesse (1), le grand rêve progressiste l’a portée et en a infiltré tous les discours sociaux, économiques, institutionnels : le progrès des sciences et des techniques, l’intelligence des hommes, la capacité toujours plus grande de l’ingénierie sociale, la croissance économique, les luttes sociales pour un monde plus juste, tout pour que demain soit meilleur qu’aujourd’hui.  

Cette promesse d’un avenir meilleur a eu ses variantes. L’american dream, plus fondé sur la capacité de chacun à améliorer sa position dans une société perçue comme fluide et promouvant le self made man, le rêve français appuyé sur le mérite scolaire et l’évolution générale de la société, chaque société se bricolant, avec ses pesanteurs et ses profondeurs, son système de croyance dans un futur toujours plus agréable à vivre.  

Longtemps la promesse a été tenue. Sur plusieurs générations, et à un point tel qu’il est aujourd’hui inenvisageable que celle-ci se brise.    

Et pourtant la promesse d’un monde où les enfants vivraient mieux que leurs parents est en train de s’effondrer sous nos yeux.  

Nous vivons aujourd’hui la chute de l’Etat-providence. Sa crise a été annoncée depuis longtemps, nous assistons à son effondrement sous le poids des dettes accumulées pendant les décennies qui ont suivies les ‘trente glorieuses’. D’une part, le monde dit économiquement développé a financé son niveau de vie à crédit, ne voulant pas voir la nouvelle répartition des richesses qui a commencée à s’installer avec la crise pétrolière de 1973. D’autre part, les guichets sociaux de l’Etat-providence, activés au début avec parcimonie par des générations habituées à vivre à la dure, peu familières d’aides étatiques, capables de par un mode de vie plus campagnard d’auto-produire une partie de ses besoins (légumes au jardin et chauffage au bois), ont de plus en plus été sollicités par des urbains complètement dépendants dès lors qu’ils ne trouvaient plus une place économique pouvant répondre à leurs besoins.

Bref, la dette souveraine nous a permis de continuer à croire, de prolonger l’illusion, depuis 20 ans au moins, que demain serait meilleur qu’hier.

Cette chute de l’Etat-providence, cette impossibilité à continuer ainsi, les indignés la refusent. Ils accusent les marchés et l’argent-roi, ou les agences de notation, pour ne pas voir cette dette abyssale dont nous sommes collectivement responsables et dont ils ont aussi profité. Ce faisant, leur révolte n’ouvre pas l’avenir, elle se construit sur une logique d’exclusion à base de bouc émissaire (s’ils sont les 99 %, qui sont les 1 % et que deviennent-ils ? Qui sont les marchés ?), elle est juste un facteur de troubles contribuant à obscurcir un chemin difficile pour nos vieux pays ; elle est même inquiétante, s’il nous souvient des conséquences des révoltes des classes moyennes dans les années 20 et 30 du siècle dernier et de leur rapport aux mouvements fascistes.

Il y a plus grave encore. La dette souveraine est en quelque sorte l’arbre qui cache la forêt de la dette écologique. Car celle-ci est bien plus abyssale encore et impossible à effacer. En matière de biodiversité, il n’y a pas moyen de ‘prendre sa perte’ comme on dit en finance. Car le fait avéré majeur, c’est que notre planète est saturée. Déjà et vraiment. Il suffit d’écouter pendant une semaine des émissions de télévision grand-public pour apprendre là l’acidification des océans, ici la crise dans les deltas générée par les pollutions industrielles en amont et par la présence des barrages qui retiennent les sédiments, ailleurs le désert qui avance, ou encore la salinisation des sols qui progresse, sans oublier la croissance des gaz à effet de serre qui s’accentue malgré nos beaux discours. Ce ne sont plus des faits isolés que l’on peut combattre ponctuellement en agissant pour sauver une espèce en danger, c’est une pluie de cygnes noirs pour reprendre l’expression de Nassim Nicholas Taleb et parler comme les spécialistes des théories des catastrophes.

La dette écologique longtemps a été niée. Si elle est reconnue aujourd’hui, son importance reste méconnue. Et c’est cet oubli ou cette méconnaissance qui nous ont laissé croire qu’une grande partie des progrès économiques et sociaux dont nous avons  notamment bénéficiés tout au long du vingtième siècle était due au génie humain, à notre maîtrise technologique et à notre capacité à nous battre collectivement pour répartir au mieux les richesses.

Quel lien me direz-vous entre dette souveraine et dette écologique ? Simplement que l’Etat-providence a pour fonctionner nécessairement besoin d’une croissance économique forte (et c’est d’ailleurs les perspectives d’une baisse de la  croissance du PIB qui rendent incertain le remboursement de la dette). Et que cette croissance économique suppose une pression toujours plus forte sur notre biotope et les ressources qu’il contient. Le développement durable, dernière tentative en date pour concilier les choses, nous montre chaque jour son oxymoresque aspect au vu de la dégradation continue des équilibres écologiques de notre Terre.

Les Indignés ne sont pas seulement les enfants de Stéphane Hessel, ils sont surtout les enfants de cette histoire, de ce rêve progressiste traduit en biens sonnant et trébuchant par une génération consumériste et ignorante de l’état réel de la planète. Quand les Indignés d’aujourd’hui, dans leur lutte pour plus de démocratie aux fins de vivre mieux que leurs parents et de poursuivre ce rêve progressiste, veulent remettre la politique au centre de commandement, ils oublient la dette souveraine, ils oublient la dette écologique, ils s’affranchissent du réel pour aller à l’idéal. Ce n’était pas la leçon de Jaurès.

Que faut-il faire pour qu’ils comprennent enfin ? Pour qu’ils perçoivent que le modèle économique et social dont leurs parents ont bénéficié n’est ni durable ni souhaitable, que l’avenir est à un mode de vie bien plus sobre, à une consommation d’objets réduite, à une vie sociale riche d’échanges proches et oublieuse des voyages en avion à l’autre bout de la planète, à une vita povera assumée et voulue, désirée même.

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(1) : Aujourd’hui, François Hollande en fait le thème majeur de sa campagne présidentielle.

 

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Published by Jean Bruguier - dans Société
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