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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 14:57

 

   Notre Terre étant finie, nous nous dirigeons inévitablement vers un épuisement (1) des réserves d’énergies fossiles : pétrole, gaz et charbon manqueront complètement à l’échelle d’un siècle ou deux. Quelques éléments pourraient cependant provisoirement changer le cours des choses et ralentir ce phénomène de déplétion.

   Nous avons déjà évoqué pour le pétrole un éventuel apaisement des tensions lié au possible retour de la production irakienne à un niveau plus élevé (6 millions de barils/jour par exemple). L’Irak qui possède les secondes ou troisièmes (2) plus grandes réserves mondiales d’or noir, est un acteur déterminant. Cette hypothèse (qui toutefois ne modifiera en rien l'avenir énergétique de la planète) a été fortement défendue lors d’un récent colloque de l’Institut Français du Pétrole (3) 

   Mais aujourd’hui, et en réalité depuis le début des années 2000, quelque chose de beaucoup plus important bouleverse le secteur du gaz naturel.

  Ce phénomène, c’est l’exploitation grandissante d’une variété de gaz appelés " shales gaz " c’est à dire les gaz de schiste.

   A vrai dire,  ces réserves ne constituent pas des nouveautés. Il s’agit bien du même produit que le gaz dit conventionnel (4) : pour l’essentiel du méthane de formule CH4, mais ici stocké dans les roches (des schistes donc) de façon diffuse ce qui en rend, ou devrions-nous dire, en rendait l’exploitation fort délicate.

   Pour cette raison, ces ressources, quoique déjà connues, n’étaient généralement pas comptabilisées. Ces gaz font partie de l’ensemble plus large appelé "gaz non conventionnels" qui comprend également le gaz de houille (coalbed gas) associé aux gisements de charbon ou les gaz stockés dans les carbonates et les sables (tight gas).

  Depuis le début de notre nouveau millénaire, les progrès dans les technologies d'exploitation : essentiellement l’élargissement des potentialités des forages horizontaux et l’amélioration des techniques de fracturation des roches (5), ont permis d’avoir accès à ces ressources et l’on assiste à une véritable explosion des mises en exploitation, aux Etats-Unis en particulier. Là bas, il est vrai, la propriété du sous-sol est liée à celle des terrains et ces initiatives s’en trouvent favorisées.

    Aux USA, les réserves de shales gas pourraient, selon certaines sources, représenter entre le tiers et la moitié des réserves totales de gaz. Bien entendu, les Etats-Unis (et le Canada qu’on peut ici associer) ne possèdent pas les principales réserves mondiales, et rien n’indique que leur cas est généralisable. Toutefois s’il s’avérait quand même qu'un ratio identique entre  "shales gas" et gaz conventionnels se retrouve dans les grandes régions gazières internationales, en Russie et au Moyen Orient notamment, les données mondiales devraient être sensiblement révisées et les réserves exploitables fortement rehaussées. En France même, quoique pour des quantités marginales à l’échelle planétaire, un permis de recherche a  récemment été attribué à la société Total pour faire des études à l’Ouest de Montélimar.

   Rappelons qu’aujourd’hui les réserves mondiales semblent représenter environ 60 fois la consommation annuelle (6). Un doublement porterait ces ressources à plus d’un siècle. C’est loin d’être négligeable.

    Même si cette hypothèse est peut-être excessive, cela n’est pas une bonne nouvelle pour la planète. Comme il est probable que nous allons consommer l'ensemble des réserves fossiles, toute nouvelle découverte ne fait que repousser la mise en place de solutions plus propres et augmente la quantité de CO2 que l’homme s’apprête à rejeter dans l’atmosphère.

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  1. Voir en bibliographie les ouvrages de Jean-Marc Jancovici, Jean-Luc Wingert ou Yves Cochet.
  2. A peu près à égalité avec l’Iran, l’Irak posséderait environ 120 milliards de barils de réserves exploitables, soit près de 4 années de consommation mondiale de pétrole au rythme actuel.
  3. Colloque de l' IFP  :  Panorama 2010.
  4. La plupart des réserves de gaz conventionnels comprennent de vastes poches indépendantes et assez facilement exploitables (on peut couramment récupérer 75% ou même 80 % du gaz présent). On trouve aussi beaucoup de gaz conventionnel en association avec les réserves de pétrole. Ces réserves sont parfois, hélas, brûlées sur place par des torchères faute de moyens d’exploitation ou d’acheminement adéquats. Pratique en régression, admettons-le.
  5. Par utilisation d’explosifs ou par insertion de gaz sous pression ou d’azote liquide.
  6. En ordre de grandeur, les réserves mondiales représenteraient aujourd’hui environ 180 000 milliards de m3 et la consommation approximativement 3 000 milliards de m3, soit à peu près un soixantième.

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Published by Didier BARTHES - dans Energie
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