Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 15:52

La presse s’en est largement fait l’écho (1): Nous allons, nous devrons manger des insectes !  

Cela se pratique ici et là depuis fort longtemps, aussi n'est-ce pas la dernière idée à la mode,  non, il s’agit, hélas, de bien plus encore. C'est une des solutions, sinon la solution pour nourrir les probables neuf milliards d’humains qui peupleront la planète à la moitié de ce siècle.

C’est qu’ils présentent mille avantages les insectes :

Foisonnants, appartenant à des espèces variées, faciles à accommoder, ils seraient, dit-on, emplis de protéines qu’ils auraient la bonté de produire avec un rendement supérieur à la plupart des autres animaux.

Disons le tout net : cela ne me met guère en appétit. - Simple a priori culturel - me répondra-t-on, tant il est vrai qu’en matière gustative l’apprentissage est déterminant. Pourtant, deux petits inconvénients me semblent devoir être soulignés.

Une difficulté diététique en premier lieu, si les insectes sont riches en protéines, ils sont généralement  consommés frits dans l’huile (de mauvaises langues suggéreront qu’il s’agit-là de masquer une saveur qui n’égalerait pas celle de l’entrecôte). Est-il vraiment certain que manger de l’huile ou toute autre matière grasse grillée à longueur de repas constitue le fin du fin en matière d’équilibre alimentaire ?

Une étrangeté culturelle ensuite : Alors même qu’il est de bon ton de vanter et de considérer comme égales toutes les cultures, il est amusant de constater combien nous sommes prêts à piétiner la nôtre et à changer de mode d’alimentation (il ne s'agit que d'intentions, il est vrai).

Cependant, au-delà de ces deux remarques, et aussi, je le confesse, d’un certain dégoût personnel que j’ai la faiblesse de croire partagé, il existe quelque chose de beaucoup plus grave dans ce projet entomophage : Manger des insectes est une fuite en avant !

Nous serons bientôt neuf milliards ; c’est la panique alimentaire. Les sept milliards déja présents peuvent être nourris (pas toujours, d'ailleurs) parce que nous avons transformé la plus grande part de la planète en terres agricoles au mépris absolu de tous les espaces naturels mais aussi parce que nous utilisons largement (pour les engrais, la mécanisation et le transport) une énergie fossile dont nous savons pourtant qu’elle est amenée à disparaître à brève échéance.

Alors, tout est bon. Après avoir vidé les continents et les océans de leur faune sauvage, après avoir poussé l’élevage à ses limites, nous allons nous jeter sur la dernière fraction du monde animal encore disponible.

Quelle sera l’étape suivante ? Le steak de bactérie ? Allons-nous tous devenir végétariens, non par goût ou par compassion envers le monde animal, ce qui serait respectable, mais bien par contrainte ?

Pourquoi toujours cet aveuglement ? Pourquoi toujours cette fuite en avant ? Nous voulons à toute force adapter la Terre à notre nombre,  ne serait-il pas plus sage d’adapter notre nombre à la Terre ?

 "Le mode de vie américain n’est pas négociable" avait affirmé en 1992 Georges Bush (père). Le monde entier, écologistes en tête, l’avait fustigé pour cette prétention.

Hélas, ne voyons nous pas que nous faisons démographiquement preuve de la même arrogance ? Nos effectifs nous apparaîssent non négociables, il faudra bien qu’ils le soient pourtant, avant que la nature ne nous impose ses règles. Une fois encore, plus nous attendons plus le tribut sera lourd.

En Provence, à Serignan du Comtat, Jean-Henri Fabre doit se retourner dans sa tombe. En ses chers insectes, l’humanité ne sait plus voir qu’une ressource.

 ____________________________________________________________________________________________________   

(1) Voir en particulier les articles suivants et leurs commentaires, sur les sites :

  "Le Monde" et  "Développement Durable"

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Didier BARTHES - dans Alimentation
commenter cet article

commentaires

Adapable 11/07/2012 16:04

"Adapter notre nombre à la Terre ?" Indispensable en effet! Mais il faudrait peut-être d'en donner les moyens avec une culture réaliste et une contraception efficace! Une partie des budgets
militaires mondiaux devraient d'ailleurs être aloués aux planning familial mondial : éducation, alimentation, contraception! Quand même étrange que ça ne soit pas déjà en place (*1), rien de tel
que de prendre les phénomènes exponentiels à la racine! On pourait aussi maximiser les informations qui montrent les désavantages de la procréation et minimiser les avantages!

(*1) il faut dire que la créativité fait cruellement défaut dans nos sociétés ultra conformistes de petits robots conducteurs de voitures habitué dès leur tendre enfance à respecter des horaires à
la seconde près agrémenté de sonnerie casse tympans. ... C'est assez incroyable cette façon d'envisager l'éducation, en fait une préparation version 19ème sciècle au travail en usine.

Didier BARTHES 19/08/2012 14:33



C'est ce qu'essaye de faire en France l'association Démographie Responsable mais c'est un combat long et semé de difficultés.



DelphineB 14/06/2010 20:38


bonsoir. Tout à fait d'accord sur le fait que nous devrions plutôt faire attention à notre nombre sur terre que de tous manger des criquets!! Mais pas facile de dire "bon on est trop ne faites plus
d'enfants" !!!!


Didier BARTHES. 15/06/2010 08:30



Pour la dernière phrase, je me permets quand même de la prononcer  car, même si elle est parfois mal perçue,  globalement il faudra bien que,
d'une façon ou d'une autre, l'humanité  fasse moins d'enfants (ce qui ne signifie pas arrêter complètement de nous reproduire).


Quant aux criquets, en effet:    Ne les mangeons pas, d'autant plus qu'ils sont souvent plein de pesticides au point d'être totalement impropres
à toute consommation.


Bien sincèrement.



Présentation

  • : ECONOMIE DURABLE
  • : Site de réflexion sur l'écologie pour une société durable. Auteurs : Didier Barthès et Jean-Christophe Vignal.
  • Contact

Recherche