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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 18:58

 

 

      Il y a des périodes difficiles, échec de Copenhague, retoquage de la taxe carbone par le Conseil constitutionnel, où il est possible pour un pouvoir de se dire que l’écologie qu’il entend pratiquer ne manque ni d’adversaires ni d’objecteurs qui estiment qu’il y a mieux et plus urgent à faire. 
     Au-delà des difficultés de politique internationale ou d’ordre juridique, c’est une ambiance aussi qui s’installe : c’est par exemple l’éditorialiste du Figaro Yves Thréard qui parle de ‘Sarkozy et du poison écologiste*’, qui s’insurge ‘contre l’usage abusif de l’écologie’ et proteste ‘contre une écologie pénalisante, négative, à l'image de la taxe carbone’, lui encore qui considère comme ‘coupable le retard pris par les gouvernements pour encourager les constructeurs à développer des voitures électriques fiables et peu chères’ en croyant mordicus aux vertus de la R&D et de l’investissement sans se préoccuper des inévitables contingences matérielles**.

 

      Bref, c’est difficile de tracer un chemin qui dessinerait une sortie de crise un tout petit peu moins incompatible avec le respect de la planète, sans désavantager l’économie nationale avec des contraintes non partagées par nos voisins. Sarkozy n’est pas Staline et l’époque ne se prête pas si aisément à une expérience écologique dans un seul pays ***…

 

      Mais il est au moins un domaine où il est possible d’agir : c’est celui de la consommation et surtout de l’éco-habitat. Là, la concurrence internationale ne joue pas réellement et les accords de l’OMC ne nous empêchent pas d’agir.
      Rien ne s’oppose à ce que la sortie de crise ne se traduise et ne se construise par un investissement massif des français dans l’amélioration écologique de leur habitat : en isolant les logements avec des produits bio comme la laine de bois ou de chanvre et des fenêtres de haute qualité à double ou triple vitrage, nous offrons notamment des débouchés à notre agriculture et du travail dans le secteur du bâtiment tout en limitant notre dépendance énergétique et en augmentant à terme la résilience des ménages par une plus grande autonomie.
       Alors et dans ce cadre, comment comprendre cette diminution de 40% des aides fiscales en matière de fenêtres isolantes (qui correspond concrètement à un passage de 25 à 15 % du crédit d’impôt) à partir du 1er janvier 2010 ?

 

      Tout se passe comme si, au-delà des discours, ce nouveau monde plus écolo n’arrivait pas à briser la coquille du vieux monde dispendieux des ressources de la planète.
      Nous avons mis des milliards d’euros pour sauver l’industrie automobile à travers le financement du chômage partiel, les aides publiques aux investissements en matière de R&D, ou encore les aides à la consommation de voitures thermiques****, et nous ne voyons dans les aides fiscales à l’amélioration écologique de l’habitat et aux négawatts que des niches fiscales à combattre.

 

      Si la droite au pouvoir en France veut un avenir avec l’écologie, alors il est nécessaire de revenir sur cette mesure, et plus fortement d’imaginer une sortie de crise qui s’appuie plus clairement sur le développement écologique des secteurs du bâtiment et de la production agricole, tous deux futurs gros consommateurs de main d’œuvre et dont les marges de progression écologiques sont immenses. Chiche, Monsieur le Président ?

 

 

 

 

 

* In Le Figaro du 30 décembre 2009

 

** Il y a une illusion avec la voiture électrique, qui renvoie au rêve d’un monde à la fois écologiquement clean et assez proche du notre où une grande proportion d’entre nous se déplace beaucoup à coût peu élevé ; or la solution de la voiture électrique pour tous les pays ne pourra pas remplacer la voiture thermique essence ou diesel actuelle, car notre Terre n’a pas assez de ressources ni pour supporter la fabrication d’un milliard de voitures (ce qui correspond à seulement 1 voiture pour 8 habitants à l’horizon 2025, chiffre bien éloigné des standards occidentaux), ni pour les alimenter en énergie renouvelable. Rappelons simplement que l’électricité n’est pas une source d'énergie et que nos centrales électriques sont majoritairement dans le monde alimentées par des énergies fossiles comme le pétrole ou le charbon ; sur ce thème, voir notamment J-M Jancovici - A Grandjean in Le plein s’il vous plaît.

 

*** Allusion au débat après la révolution soviétique sur le socialisme dans un seul pays.

 

**** Qui se sont traduites par une augmentation de 10,7 % des ventes de voitures en 2009 en France, voitures qui rejetteront chacune, bien que bardées d’un bonus écologique, au moins 15 tonnes de CO2 dans l’atmosphère dans les années qui viennent.

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Société
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