Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 11:04

Un vent un peu frais qui se met à souffler dans le monde endormi des partis … c'est le pari de Nouvelle Donne qui part d'un constat concret sur la crise et le retour impossible de la croissance des '30 glorieuses' pour proposer de changer notre façon de penser et d'agir. Comment ne pas entendre un mouvement citoyen qui refuse d'attendre la croissance comme sœur Anne, place le chômage au cœur de sa réflexion, propose des solutions concrètes pour aujourd'hui et intègre l'environnement dans sa démarche ? Difficile même de ne pas refréner une envie d'adhésion quand toute cette démonstration est placée sous les auspices protectrices du bon sens, en énonçant que « ce n’est pas en améliorant la bougie qu’on a inventé l’ampoule électrique, ce n’est pas en mettant quelques rustines à un système qui s’effondre qu’on va construire une nouvelle société… pour sortir de la crise, il faut provoquer une vraie métamorphose. »

 

Maintenant, regardons le document-manifeste de Nouvelle Donne ('Nos 20 propositions').

La dénonciation de la croyance en la croissance et du refus de nos élites de voir la réalité, à savoir un contexte de croissance très faible, est clairement posée par Nouvelle Donne, et ne peut qu'être approuvée par tous ceux qui pensent que nous sommes arrivés au bout d'un modèle de société. Toutefois il y a plus à débattre sur l'origine de la crise ; selon Nouvelle Donne 'la crise vient d’un partage de plus en plus inégal des richesses', reprenant en cela l'antienne bien rodée de la gauche de la gauche. Mais est-ce si sûr ? Pour beaucoup d'économistes, la crise d'un pays comme la France provient d'une redistribution des cartes qui permet, dans une économie mondialisée, à des pays ayant des coûts de production inférieurs, souvent construits sur une politique de bas salaires, d'écouler sur nos marchés des productions autrefois élaborées chez nous. N'en déplaise à certains, nous ne sommes plus au temps colonial, où l'Occident pouvait imposer manu militari ses productions de tissus à des pays comme l'Inde et les maintenir ainsi dans la pauvreté. Et il n'y a pas que la mondialisation libérale pour expliquer la crise que nous vivons. Il y a le renchérissement des matières premières qui pèse sur les coûts et le pouvoir d'achat, et est bien une conséquence directe d'un effet de rareté qui se fait jour, effet de rareté généré par un mode de production et de consommation non approprié aux ressources minérales et biologiques de notre planète. Sans compter les rendements décroissants constatés dans l'agriculture après un demi-siècle d'exploitation sans mesure de nos terres cultivables ; et on pourrait en dire autant pour la pêche. Il y a encore la généralisation d'un mode de vie urbain, qui plus est dans des environnements pollués, générant des dépendances diverses, une demande marchande et sociale accrue, une augmentation des frais de santé ; tout ceci suppose, en plus de frustrations souvent vécues durement et parfois à l'origine de violences, des dépenses de plus en plus importantes prises en charge en partie par notre Etat-providence, et provoque des déficits qui alimentent à leur tour la crise. Bref la crise que nous vivons est plurifactorielle et complexe avec des facteurs qui interagissent entre eux, et il semble bien réducteur de penser, à l'instar de Nouvelle Donne, que « la cause fondamentale de la crise vient de la forte baisse de la part des salaires dans le PIB », en un mot qu'elle soit simplement la conséquence d'une mauvaise répartition.

 

Que propose alors Nouvelle Donne pour sortir de la crise ?

Dans son chapitre intitulé 'une nouvelle donne économique', ND centre son propos sur l’équilibre des finances publiques et la non-efficacité « d’augmenter les impôts de l’ensemble des citoyens qui gagnent trop peu » pour y arriver. La solution viendrait alors :

- d'une augmentation de l'imposition des entreprises au niveau européen ; avec un gain pour la France de 21 milliards d'euros, correspondant à ce qu’elle "donne" chaque année au budget européen.

- du refinancement des dettes publiques des états européens à un taux quasi-nul, c’est-à-dire en rendant la dette accumulée 'gratuite' tant qu'elle n'est pas remboursée,

- de l'empêchement des entreprises ayant des liens avec les paradis fiscaux de soumissionner aux marchés publics,

- de la participation accrue des classes moyennes et aisées au financement de l'Etat-providence.

Concrètement, il s'agit juste de faire payer par les entreprises et les classes moyennes et aisées le comblement des déficits publics tout en opérant un coup de passe-passe en ingénierie financière pour oublier la dette. Rien donc sur la nécessité de renouveler l'Etat-providence en le rendant plus efficace, rien sur les mesures à prendre pour résorber ou réduire les appels croissants à la solidarité par des pans entiers de la population en leur donnant les outils d'une résilience nécessaire, rien sur la transformation de nos modes de production-consommation, juste une politique fiscale favorable aux plus pauvres. Rien en définitive que de très classique pour un mouvement qui promeut « une nouvelle façon de penser le progrès social ».

 

Après 'la nouvelle donne économique', la nouvelle donne pour l'emploi.

Il s'agit ici et en premier lieu de « stopper l’hémorragie des licenciements secs comme unique réponse aux difficultés d'une entreprise » en préservant la communauté des salariés moyennant un partage du temps de travail et un quasi maintien -  95 % - du salaire (1). A noter que lorsqu'une entreprise est en difficulté, ce peut être une branche particulière de son activité qui pose problème, et le réemploi des salariés impactés dans le reste du groupe n'est pas aussi évident que ND le suppose. En clair, il y a dans l'idée d'un partage possible du travail entre tous, une vision simpliste de la communauté entrepreneuriale qui ne correspond que rarement à la réalité. En outre, comment une entreprise en difficulté pourra-t-elle payer des salariés travaillant à temps partiel comme s'ils travaillaient à temps plein ? Cette solution n'est adaptée qu'à des grands groupes ayant des ressources en réserve et/ou suppose une prise en charge financière par la puissance publique, source à nouveau de dettes ou d'impôts à venir. Même effet d'ailleurs quant à « la sécurisation des chômeurs et précaires en maintenant 90 % du revenu des salariés tombés au chômage, mais aussi des artisans et des patrons de PME, pendant 4 ans. » Quel coût pour l'assurance chômage !

ND propose aussi de « lutter contre les délocalisations en refusant le dumping social intra-européen et de négocier un traité de convergence sociale ». Mais est-il réaliste d'imaginer un SMIC roumain ou bulgare au niveau du français, même à moyen terme ? Cela ne signifierait-il pas la condamnation économique de régions européennes entières incapables de supporter un tel choc ? Peut-on imaginer de sauver nos emplois au détriment de nos voisins européens qui ont déjà payé si cher l'aventure communiste, en leur imposant des charges qu'ils ne seront pas en mesure d'absorber ?

Autre suggestion, « investir dans une vraie politique du logement en utilisant les 34 milliards du Fonds de réserve des Retraites » pour viser la construction de 800 000 logements et ainsi faire baisser, par le mécanisme de l'offre et de la demande, les loyers de 280 euros/mois. Ce qui donnerait du pouvoir d'achat aux ménages et « pourrait créer 150 ou 200.000 emplois dans les deux ans ». De même, « l'investissement massif dans les économies d’énergie, en particulier dans l’isolation de nos domiciles ... pourrait économiser en moyenne 1.000 euros par an et par ménage (et) créer 200.000 emplois en France». Avec un financement par la BCE, après négociation d'un Pacte Européen. Tout cela est bel et bon et s'inscrit dans ce que nous avons coutume d'appeler la transition écologique. Mais il ne nous faut pas oublier que cette opération repose sur un financement public européen (2) dont l'Union Européenne n'a pas aujourd'hui le moindre euro. Après tout qu'importe si cela peut être rentabilisé et donc solvabilisé par de futures économies d'énergie … et c'est là que le bât blesse : la rentabilité financière de l'isolation thermique de nos locaux est très faible ; même en intégrant une hausse sensible du coût de l'énergie, l'amortissement est souvent supérieur à 35 ans et les gains se révèlent tout juste capables de financer les intérêts d'emprunt (3). Et difficile de compter, pour accompagner cette transition écologique, sur la capacité d'investissement des propriétaires-bailleurs si, en application du point précédent, les loyers ont baissé (de 280 euros/mois pour 70 m2) et les revenus des bailleurs avec.

Dernier point avancé par ND, « un nouveau partage du temps de travail …pour que tout le monde ait une activité et un revenu décent », et référence est faite au travaux de Robert Reich, ancien ministre du travail de Bill Clinton, pour qui « l’administration Obama doit faire une réforme fiscale pour baisser le temps de travail sans baisser les salaires ». L'idée est séduisante, mais revient dans les faits à augmenter le coût horaire du travail, pour les entreprises comme pour le secteur public, si les salaires sont maintenus.

 

Quelle France dessinent alors ces propositions sociales et économiques ?

Une France avec un État et des collectivités territoriales sans grand changement mais moins pauvres avec un coût de la dette ramené à presque rien, des entreprises qui ne licencieraient presque plus, des chômeurs bien indemnisés et même en voie de disparition grâce à la fois aux 400 000 emplois dans la construction-rénovation et au partage du travail, des salariés travaillant moins, des familles habitant des logements bien isolés et non sujettes à la précarité énergétique, des locataires heureux avec des loyers moins chers et du pouvoir d'achat en plus, et beaucoup moins d'impôts pour tous les 'petits'.

Il faudrait être fou pour refuser ce monde-là !

Regardons toutefois, avant d'être emporté par trop d'enthousiasme, les mécanismes qui sous-tendent les choix précités et leurs effets probables.

 

Tout ceci implique :

- pour les entreprises des charges et des contraintes augmentées : hausse du salaire horaire du fait de la réduction du temps de travail, hausse des impôts sur les bénéfices de 21 milliards, hausse des charges pour financer des indemnités de chômage plus généreuses, quasi-interdiction de licencier en cas de difficultés économiques) ; c'est-à-dire l'exacte contre-pied de ce qui est admis aujourd'hui par une majorité d'acteurs, à savoir la restauration de la compétitivité de nos entreprises.

- pour les ménages moyens et aisés des hausses d'impôt significatives, via une progressivité augmentée, pour contrebalancer en partie la diminution des prélèvements des petits revenus et pour rembourser les nouveaux engagements ; et pour ceux qui ont investi dans le logement de leurs compatriotes, ils pourront aussi être affectés par une baisse de rendement des rapports locatifs, pouvant  aller jusqu'à les mettre financièrement en danger en les rendant incapables de rembourser les prêts souscrits. Il n'est pas non plus interdit de penser que la baisse drastique des taux envisagée pour refinancer les dettes publiques anciennes ne sera pas sans influence sur les rendements des contrats d'assurance-vie largement investis en obligations d’État.

En résumé, des entreprises encore moins compétitives, les ménages constituant le socle de notre société encore plus sollicités par l'impôt et voyant leurs marges financières réduites, un secteur immobilier déstabilisé par une déflation brutale, le tout associé à une sollicitation toujours plus grande de la Banque Centrale Européenne pour financer à milliard la réduction des intérêts des dettes publiques et un 'grand Plan européen Énergie Climat Pouvoir d’achat'. Faut-il ajouter que ce programme prévoit aussi des évolutions européennes que nous n'avons aucune chance de faire accepter à nos partenaires ?

 

Qui peut croire à la viabilité d'un tel programme ?

Celui-ci mélange habilement l'oubli des contraintes pesant sur les entreprises dans le cadre d'un marché concurrentiel, et la pratique de l'endettement rappelant les politiques monétaires keynésiennes tout en raisonnant dans le contexte d'une croissance zéro ou approchant. A voir de tels raisonnements oublieux du réel, reprenant in fine certaines des thèses abracadabrantesques de la gauche de la gauche mâtinées d'un soupçon d'écologie et d'économie, promouvant des fuites en avant à terme désastreuses pour jouer sur une facilité immédiate, n'hésitant pas à citer Théodore Monod (4) pour mieux le détourner, il y a de quoi être comme 'un mouton enragé'. Qu'est-il proposé via les emprunts et les manipulations monétaires autour de la Banque Centrale Européenne (BCE), via une fiscalité concrètement impossible, via une vision simpliste de la vie économique, sinon « des complicités faciles, des démissions, des esclavages » à terme ?

 

A ce stade il faut revenir sur l'équation que prétend résoudre Nouvelle Donne dont l'inspiration est le New Deal de Roosevelt et non un bréviaire trotskiste. Pour ND il faut acter que nous sommes entrés dans une période de croissance très faible, que celle-ci génère et va générer un chômage de plus en plus important et un appauvrissement des plus faibles jusqu'à porter les tensions sociales à un point de rupture. La réponse politique que Nouvelle Donne propose consiste en 4 points principaux :

- un allègement des charges sur les petits revenus,

- une politique de containment des licenciements en forçant les entreprises à préserver la communauté salariale, accompagnée d'une politique de partage du travail,

- une politique de relance par des travaux à but écologique financés par la création monétaire,

- la suppression du coût de la dette publique en ramenant les intérêts dus à presque zéro.

Or, cela a été dit plus haut, ce programme n'est pas supportable dans une économie de marché ouverte sur le monde, et son application, avec entre autres une paupérisation des classes moyennes, une paralysie des entreprises et une fuite en avant par la dette, nous ferait rencontrer très vite un autre point de rupture, si tant est que le reste du monde accepterait les tours de passe-passe financiers prévus.

 

En résumé, l'essence du programme de Nouvelle Donne, c'est de prolonger la croyance en la possible continuation de notre monde actuel, en prenant les mesures nécessaires de telle sorte que l'absence de croissance économique ne rende pas ledit monde insupportable aux petits et aux laissés pour compte de notre société. Et ce n'est pas sa coloration écologique caractérisée à la fois par le constat d'une croissance envolée et par une politique de grands travaux d'isolation thermique qui en font le programme nouveau, avec changement de paradigme à la clé, capable de nous sortir de la crise dans laquelle nous sommes.

 

Pour reprendre les mots de Théodore Monod, il n'y a pas de refus, il n'y a pas de ruptures avec Nouvelle Donne. Mais est-ce si surprenant de la part d'un mouvement qui d'entrée de jeu s'est enfermé dans une vision unidimensionnelle, orientée sur le partage des richesses, des causes de la crise (5), évitant soigneusement de s'interroger sur notre mode d'habiter, sur notre démographie, sur nos manières collectives de consommer et de produire, sur cette civilisation urbano-industrielle qui organise la dépendance de tous pour tout, sur nos rapports à la technique et au vivant, sur l'intérêt qu'il y aurait à promouvoir une vita povera (6), sur nos façons bien à nous de vivre et d'être au monde ?

 

Et nous commençons à toucher là ce qui est inquiétant. Comment un mouvement comme Nouvelle Donne dont les raisonnements de fond sont aussi pauvres, avec des schémas dont le simplisme égale l'incohérence, et qui de facto ignore superbement tout ce que la pensée écologique a pu produire depuis un demi-siècle de réflexions sur la subtilité des choses et de mises à distance critique d'un monde qui dévore la planète, comment un tel mouvement peut-il recevoir la caution de penseurs qui ont construit leurs travaux sur la complexité de la complexité ? Il faut que la crise soit profonde, jusqu'à troubler à ce point les esprits. Comme si le sol se dérobait sous nos pas. J'avance que ces troubles-là m'inquiètent plus que le film sans cesse repassé de la renaissance de 'la bête immonde'. Tout devient possible, même le pire.

 

Post Scriptum : il peut être tentant de reprocher à cet article de fonder ses critiques sur un manifeste élaboré dans le bouillonnement de l'accouchement de Nouvelle Donne, et de profiter ainsi des failles inévitables d'un document établi à la hâte, dans le bruit et la fureur ; je m'inscris en faux contre cette éventuelle défense, pensant bien au contraire que c'est dans ces moments-là qu'un mouvement se dévoile, avant d'avoir revêtu carapace et langue de bois.

___________________________________________________________________________ 

1 : La phrase exacte est : « quand une entreprise est en difficulté, garder l’ensemble des salariés en baissant le temps de travail et en maintenant 95 % du salaire. » Source Nouvelle Donne – Nos 20 propositions, p 3/8. Cette position, intéressante pour les salariés évidemment, a toutefois un inconvénient ; elle tend à supposer que les difficultés sont passagères : une panne ponctuelle, un trou d'air. Mais que faire quand l'entreprise intervient sur un secteur définitivement en déclin ? Cette position laisse entendre que l'entreprise sera capable de se régénérer en changeant de métier pour conquérir de nouveaux marchés tout en gardant l'intégralité de son personnel. Malheureusement l'expérience montre que cette solution n'est qu'exceptionnelle et que dans la majorité des cas, c'est le principe schumpétérien de la destruction créatrice qui s'applique, avec tous les dégâts qu'on connaît.

2 : « Pour sauver les banques, la BCE a mis 1.000 milliards sur la table. Pourquoi ne pas en faire autant pour sauver le climat et faire baisser nos factures de chauffage ? » Source Nouvelle Donne – Nos 20 propositions, p 4/8. Il est significatif que Nouvelle Donne reprenne le vocabulaire de la gauche de la gauche en évoquant le sauvetage des banques, alors qu'il s'agissait en fait de sauver notre monnaie commune pour éviter une catastrophe économique majeure qui nous aurait tous affecté.

3 : Voir sur ce même site : La révolution thermique de l’habitat, entre évidence et impossibilité. 

4 : « La civilisation, la vraie, se construit non sur des complicités faciles, des démissions, des esclavages mais sur des refus, des ruptures »  Théodore Monod. Source Nouvelle Donne – Nos 20 propositions, p 8/8.

5 : « Dire la vérité, c’est affirmer clairement que la crise vient d’un partage de plus en plus inégal des richesses ». Cette phrase s'inscrit bien dans le droit fil des avatars de la pensée marxiste, faisant de la captation de la plus-value le thème majeur.  

6 : " Vita Povera, l'expression a été construite en parallèle à celle d'Arte Povera ; ainsi la pauvreté n'est pas incompatible avec la beauté, l'énergie, la joie de vivre. Ce concept de Vita povera veut donner toute sa place à une vie moins matérialiste et plus harmonieuse, pleine de viridité, tournant le dos à l'exploitation de l'homme par l'homme, laissant libres des espaces sauvages où la vie des plantes et des animaux se régulerait sans nous et s'épanouirait pour que tous sur Terre aient leur place, et nos rêves aussi. Il est toutefois différent de celui de sobriété heureuse défendu notamment par Pierre Rabhi ; il insiste plus sur l'idée de pauvreté afin de marquer notre défiance vis-à-vis des nombreux discours écologisants qui tentent de maquer l'importance des changements et des sacrifices matériels à prévoir." Source : Moins Nombreux, Plus heureux, Ouvrage collectif préfacé par Yves Cochet et coordonné par Michel Sourrouille, art. Penser la dénatalité, un exercice difficile, Jean-Christophe Vignal, p.175, Editions Sang de la Terre, quatrième trimestre 2013, à paraître.

Sur Nouvelle Donne et sur ce site voir également cet article qui évoque et critique les propositions institutionnelles avancées par ND.

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean Bruguier - dans Politique
commenter cet article

commentaires

Bellanger 22/05/2014 14:51

@Jean Bruguier.
Je vous cite une dernière fois :"Cela suppose de revenir sur une bonne partie de ce qu'on a qualifié d'amélioration de la productivité, en fabriquant plus sainement des produits et des services
eux-même plus sains ; cela suppose de dégonfler nos grands centres urbains et de relocaliser dans les campagnes et villes moyennes des parts importantes de la population ; cela suppose de faire de
telle sorte que nous puissions auto-produire une partie de nos consommations et être moins dépendants de systèmes complexes et fragiles ; cela suppose de tourner le dos à un matérialisme qui nous
consume ... abandonner collectivement nos addictions pour partager une planète plus vivante en gardant le souci de la justice implique un vrai travail politique, c'est ce que nous essayons de
dessiner avec nos simples moyens sur ce blog."
Comment y parvenez-vous ? Je veux bien partager cet objectif d'une planète plus vivante ou la quête du fric n'est pas l'alpha et l'oméga de la vie en société, mais comment pouvez-vous prétendre en
même temps qu'il faut laisser l'argent dans la poche des riches et que ceux-ci, bonnes pommes, le réinvestiront dans l'avenir de leur prochain ? Le plus rêveur n'est peut être pas celui que l'on
croit ...

Bellanger 22/05/2014 14:39

@Jean Bruguier encore.

Je vous cite à nouveau: "Notamment en faisant de telle sorte que chacun soit l'entrepreneur de sa propre vie, au moins partiellement. Ce qui veut dire, que chacun puisse dans la mesure de ses
moyens, se libérer de certaines dépendances, par exemple en faisant sa cuisine (et non en achetant des plats industriels), en faisant son potager ou son verger, en travaillant lui-même à
l'isolation de sa maison ou de son immeuble (et c'est là que l'on perçoit la dépendance générée par les tours et autres grandes copropriétés, qui obligent techniquement à passer par des
professionnels), en s'impliquant fortement dans l'acquisition des savoirs pour les enfants, en ayant du temps pour s'occuper des vieux parents. Tout cela suppose dont un temps de travail au bureau
ou à l'usine réduit, mais donne aussi un pouvoir de vivre incomparable."
Comment vous faites pour en arriver là ? Dire d'un côté qu'il est impossible aux entreprises françaises de supporter plus de charges et prétendre de l'autre que, tout naturellement, chaque humain
est capable de revenir au mode de vie du Moyen Age (au fait, les châteaux et les nobles pour "protéger les manants" ils ne réapparaissent pas dans votre monde rêvé ?), ce ne serait pas un peu
antinomique ?
Si les mesures préconisées par ND peuvent paraître absurdes parce qu'elles ne remettent pas en cause assez notre mode de vie, que dire des vôtres ? Les entreprises refuseraient de payer plus chers
leurs salariés mais elles accepteraient de disparaître pour que leurs seigneurs et maîtres retournent à la terre avec leur bétail, comme leurs salariés ? Je n'y crois pas un instant.

Bellanger 22/05/2014 14:23

Je vous cite, M. Bruguier : "Si le mode de vie que nous connaissons en occident, prédateur des ressources de la planète et générateur de violences de toutes sortes, n'est pas durable, alors il faut
en changer et cela affectera le niveau de vie de chacun, c-à-d notre propension à consommer toujours plus d'objets et de services. Ce chemin vers une 'vita povera' n'est jamais abordée par NDalors
qu'il s'agit d'un point majeur." Et encore : "

Ce n'est pas un hasard si cet article se réfère à un ouvrage en cours de parution intitulé 'Moins nombreux, Plus heureux'.

Toutefois, si la démographie est un vecteur majeur sur lequel s'appuyer pour aller vers un monde plus respecteux de notre biotope la Terre, il ne faut pas oublier non plus la nécessaire remise en
question d'un mode de vie trop consommateur de ressources de toute sorte."

Je veux bien admettre que pour certains, augmenter les salaires et baisser le temps de travail est irréaliste, mais considérer que ramener le peuple européen au statut et au niveau de vie qu'il
avait au milieu du XIXème siècle (parce que le monde est mondial et qu'on ne peut pas lutter contre les bas-salaires chinois, etc.) est-ce plus réaliste ?
Par ailleurs, ce que sous-tend nettement votre chronique et ses thuriféraires c'est que nous sommes trop nombreux sur terre et trop riches. En gros, vous prônez le retour au "chacun sur sa terre
avec son lopin, son bœuf et sa charrue", et comme il n'y aura pas assez de terres pour nourrir tout le monde, il faudrait commencer par supprimer de la surface de la planète une grande partie
(surtout des pauvres) de la population humaine. Rassurez-vous les humains arriveront bien à s'auto-détruire, on en prend le chemin.
Et penser que, naturellement, nous serions capables de "changer de paradigme" (d'ailleurs vous ne dites pas comment)alors que les propositions de ND seraient irréalistes, me fait doucement rigoler
? Alors, je vous écoute : comment faites-vous pour diminuer la population de la Terre ? Et comment contraignez-vous les gens à retourner survivre sur leur lopin en ne consommant plus que ce qu'ils
produisent ? Je ne connais réellement qu'une seule catégorie de gens à avoir tenter ce changement de paradigme social, c'était au Cambodge entre 1975 et 1979, on les appelait les Khmers Rouges ...

Jean Bruguier 23/05/2014 19:51



Vous avez raison : je considère à la fois que nous sommes trop nombreux et que nous consommons trop et surtout trop mal. Mais ça ne signifie nullement que le choix
est de continuer ainsi jusqu'à rendre cette planète invivable à nous humains et à quelques autres espèces, ou de reéditer l'expérience totalitaire des Kmers rouges au Cambodge.
Tout l'objectif de ce blog est de contribuer à imaginer un chemin respectueux de nos valeurs humanistes. Pour ce faire, traiter les problèmes en amont ou le plus tôt
possible fait partie de nos préoccupations.
C'est pour se donner des marges de manoeuvre et faciliter notre capacité collective à opérer une nécessaire transition écologique que nous préconisons d'infléchir au
plus vite, dans les pays dits riches comme dans les pays pauvres ou en décollage économique, une démographie raisonnable.
Sur le plan de la production et de la consommation, il ne s'agit pas promouvoir un retour au mitan du XIXe siècle, "chacun sur sa terre avec son lopin, son bœuf et
sa charrue" comme vous dites, mais d'encourager un mode de vie à la fois plus sobre en ressources et meilleur pour notre santé et notre équilibre. Cela suppose que collectivement nous recentrions
nos besoins sur l'essentiel : manger sainement, habiter des logements confortables et économes, se distraire simplement.
Ne croyez-vous pas qu'avec la relative puissance des états modernes, les capacités formidables d'échange d'informations sur la planète et les ressources que l'homme
dans l'histoire a su mobiliser, un chemin est envisageable ?



Frédéric 19/12/2013 14:39

"germe du mépris humain", "logique du toujours plus", oui, mille fois oui : nous et nos ancêtres avons fait de ce monde un monde rendu fou, violent, stupéfiant de vanité, dangereux, cynique, dont
il est avéré qu'il court à sa propre perte. Oui, il y a urgence à penser autrement, cesser de compter ce que nous savons chiffrer et estimer ce qui compte, proposer d'autres modes de vivre
ensemble, de passer le temps, de donner du sens à chaque jour qui passe.
Mais envisager "une décroissance démographique maîtrisée, progressive" : j'ai hâte de savoir ce que vous préconisez. Parce que je ne vois comment on peut formuler un projet pareil sans admettre
qu'il va falloir porter atteinte à des libertés individuelles inaliénables. Je suis ouvert et curieux, je vous promets que je prendrai connaissance de cet ouvrage "Moins nombreux..." avec un
intérêt intellectuel sincère. Mais c'est une forme d'abdication, selon moi, que d'admettre cette donnée dont, que je sache, personne ne peut prétendre qu'elle est avérée, ni scientifiquement, ni
moralement : cette donnée relative au nombre maximal (et non optimal : et c'est là que réside toute la subtilité du caractère relatif de la notion de surpopulation) de personnes humaines pouvant
vivre sur la Terre. Un état de surpopulation est quelque chose de relatif : qui a démontré que la surpopulation planétaire n'était pas relative mais absolue ? Qui a démontré qu'aucun autre mode de
subsistance et de vie en société ne permettrait de vivre en étant plus nombreux encore ? Oui, nous avons besoin de ressources finies comme les romains avaient besoin d'esclaves et, oui, comme la
civilisation romaine s'est effondrée sous le poids de son expansionnisme et de son impérialisme intrinsèques, nous courons le risque de nous effondrer sous celui de notre emballement irréfléchi et
fou vers l'épuisement de ces ressources dont nous dépendons. Mais s'il y a urgence à changer de modèle et à penser autrement, pourquoi faut-il, en plus, admettre que nous sommes d'ores et déjà trop
nombreux ? Vous ne dites rien de cette intervention d'Yves Cochet que je vous rapporte. Refuser de mettre un enfant au monde au motif que le monde est trop laid est ce qui peut arriver de plus
profondément triste. C'est une forme de désespoir. La force que représente un enfant, d'adaptation, d'appétit de comprendre et de sentir, de résistance, de persévérance, de capacité de résilience,
d'enthousiasme inépuisable, d'imagination bouillonnante, cette force est le plus beau des spectacles. Admettre qu'il faut y renoncer est quelque chose qui me semble inouï.

Jean Bruguier 25/12/2013 11:17



Un bébé c'est magique, c'est la vie qui va. Il y a de tout dans le monde, de la beauté et de la laideur, et cela ne date pas d'aujourd'hui ... il ne s'agir donc pas de refuser de mettre un enfant
au monde au motif d'un monde trop laid, juste d'ajuster notre nombre d'humains pour que l'aventure homo sapiens continue dans le respect et la passion du vivant.


Sur l'heuristique de la peur, comment ne pas comprendre, au moins un peu, ceux qui se battent depuis plusieurs décennies pour que notre société opère un virage vers la mesure et le raisonnable,
et qui voient leur combat sans effet réel, se décider à brandir le thème de la catastrophe ? La peur, le stress ont aussi des vertus mobilisatrices au niveau individuel quand nous sommes en
danger, comment alors leur reprocher d'y avoir recours sur un plan collectif ? Je subodore qu'il est possible de voir dans cet argument avancé le symptôme d'une sorte d'épuisement des militants
écolos qui ne peuvent que constater malgré leurs mises en garde que nos sociétés accroissent toujours plus leurs prélèvements dans une monde de plus en plus saturé de pollutions diverses.


Quant à une décroissance démographique maîtrisée et progressive, elle ne se conçoit pour avoir du sens qu'en accompagnement d'un virage sur l'aile vers une société respectant le biotope Terre.
Penser ce virage collectivement, le défendre politiquement, entraîner toute une société à muter pour éviter une brisure de notre histoire, tout ceci est une aventure. Et nos démocraties, qui se
sont construites en même temps que nous avons bousculé le monde pour alimenter nos industries et notre soif de consommer, ne pourront en sortir que transformées, et nos droits et libertés aussi
... 'The times they are a-changin' chantait déjà Dylan, bref la vie continue. Et sur ce, Bon Noël ! 



Frédéric 13/12/2013 01:15

Si la notion de surpopulation est relative, alors je préfère me demander ce qu'il convient de changer comme paramètres (recours à l'énergie, modes de production et de consommation) que d'admettre
que nous sommes trop nombreux. Car admettre que nous sommes trop nombreux implique d'avoir renoncé à changer les conditions de vie pour pouvoir vivre dignement en étant plus nombreux encore, et
implique également de se demander qui doit cesser de naître, voire qui doit cesser de vivre... et votre référence à la terrible de formule d'Hannah Arendt (sortie de son contexte, soit dit en
passant) me semble à la fois glaçante et ne pas nécessairement servir votre propos.
Par ailleurs, s'agissant des fortes augmentations démographiques du Moyen Age et du dix-neuvième siècle, ce n'est pas le recours aux énergies fossiles ni même le recours à l'énergie agricole de ces
époques (la traction animale, au moins jusqu'à la Révolution industrielle, qui est plus une conséquence qu'une cause de l'accroissement démographique du dix-neuvième) qui les a permises.
Permettez-moi de vous renvoyer aux travaux de Marcel Mazoyer et de Laurence Roudart (Histoire des agricultures du monde), le premier étant un ancien élève de René Dumont qui lui a succédé à la
chaire d'agriculture comparée. Le passage du système biennal au système triennal a permis de multiplier par trois la production agricole de la moitié nord du territoire, grâce à la multiplication
par 4 du chargement à l'hectare, rendu possible par le recours au transport de foin et de fumure, lui-même rendu possible par la généralisation du travail du fer (pour cercler les roues et
fabriquer des charrues) à destination de l'agriculture et non plus essentiellement à destination de l'aristocratie armée. Or, ce travail du fer et son usage par les paysans a eu lieu dans les
bastides, villesfranches et autres villages mixtes, d'où avait été supprimé le servage... l'innovation fondamentale de cette authentique révolution agricole a donc été d'ordre juridique et
politique, et non technologique (la charrue, le joug frontal, le collier d'épaule, la charrette étaient connus depuis des siècles). De même, juste après la révolution française, c'est
l'introduction des légumineuses dans les rotations culturales, rendue possible par la suppression de la vaine pâture, qui a permis d'augmenter de plus de 50% les rendements en blé. Or, cette
"innovation", suivie des innovations techniques par l'industrie en matière de traction mécanisée et motorisée et en matière d'engrais chimiques, était une innovation juridique qui a occupé toute
l'Europe à cette époque et qui caractérisait les deux tiers des lettres de doléances parvenant à l'Assemblée nationale : l'octroi du droit d'enclore, impliquant une modification du statut même de
la propriété privée, laquelle est passée du produit de la terre ("combien vous rapportent vos terres ?" "500 hommes" rapporte Marc Bloch) à la terre elle-même, c'est-à-dire la parcelle
cultivée.
Au passage, je précise que le système triennal a été le premier mode d'exploitation agricole, depuis le néolithique, qui rendait plus de matière organique au sol qu'il n'en prélevait :
l'augmentation du chargement à l'hectare a consisté en un transfert de fertilité depuis de le saltus vers l'ager, ce qui a permis au clergé d'aménager d'innombrables hectares de terre jusque-là
inhabitables et inexploitables (l'étang de Montady, les marais de la Dombe, les sables de Fontainebleau, la forêt d'Aubrac en sont des exemples célèbres).
Soyez bien certain que je lirai attentivement ce livre dont le titre à soi seul est fort intriguant, "Moins nombreux, plus heureux." Je reste perplexe devant cette perspective érigée en priorité
politique de premier rang : une baise de la population mondiale.
Permettez-moi de finir ce commentaire en faisant référence à une intervention d'Yves Cochet qui mériterait de figurer parmi les nombreuses citations qu'offre ce blog aux lecteurs. C'était à
l'occasion d'un débat public au cours duquel il venait de lui être reproché par un participant d'être inexact dans sa façon de présenter sous forme de danger ou de risque une réalité qui n'était ni
inquiétante ni dangereuse : Yves Cochet a simplement répondu : "Je crois en l'heuristique de la peur." Je me suis toujours demandé, depuis, si le mérite de cette "heuristique", de cette
compréhension du monde sur la base d'émotions négatives (la peur, la culpabilité, le remords...), n'était pas pour lui de freiner le désir d'avoir des enfants...

Jean Bruguier 15/12/2013 10:04



Ce n'est pas parce que la notion de superpopulation est relative qu'il ne faut pas envisager une décroissance démographique, maîtrisée, progressive, comme une solution avanageuse pour tous.
D'autant plus que je considère que les paramètres que nous avons à disposition (meilleure organisation pour moins de pertes, moins d'écart entre riches et pauvres, mode d'alimentation moins
consommateur de ressources, etc.) ne pourront pas compenser la nécessaire réduction de notre empreinte sur le biotope. Sans compter que la nourriture n'est qu'un aspect du problème.


Là où j'ai du mal à vous suivre, c'est quand vous établissez un lien entre l'acceptation d'être trop nombreux et le renoncement à changer les conditions de vie ou l'abandon d'un combat pour la
dignité. Je soutiens au contraire qu'engager une décroissance est un des leviers à actionner pour une vie plus forte, plus digne, plus vivante en un mot. Dans ce cadre je n'ai pas employé la
formule d'Hannah Harendt par hasard, mais pour bien faire ressentir la dureté et même l'insoutenagilité où nous mène cette société urbano-industrielle trop sûre d'elle-même et qui porte en elle
un germe du mépris de l'humain, et du vivant en général, semblable à celui qui animait les totalitarismes.


Tenter d'envisager un futur qui soit autre chose que la répétition à l'infini que sous-tend notre tendance à la multiplication, un futur qui ne soit pas un enfermement dans la logique
quantitative et simpliste du toujours plus, un futur qui soit le déchiffrement, la découverte de nouvelles choses, de nouvelles relations, en écho à ce qu'Hildegarde de Bingen évoque en
parlant de viridité, c'est cela que je défends.



Frédéric 12/12/2013 17:39

Les débats que déclenche votre article sont très intéressants. Il y a en effet beaucoup à dire, tant sur les bases que jette Nouvelle Donne que sur la critique que vous en avez rédigée. Mais je
souhaite m'attarder sur un point qui me semble être essentiel dans ce que vous exprimez et qui est pourtant peu abordé ci-dessus : celui de l'enjeu démographique. Le blog sur lequel nous écrivons
en fait, du reste, un enjeu fondamental. Or, je suis curieux de comprendre que ce préconisent, exactement, ceux qui pensent que la Terre est menacée de surpopulation : concrètement, comment faire,
au juste, pour limiter le nombre de naissances ? Je me permets, sur ce sujet, d'attirer votre attention sur deux ou trois données historiques : à la fin du dixième siècle, vivaient sur l'équivalent
de notre territoire national actuel environ 10 millions de personnes. Famines et disettes se succédaient. A la veille de la Peste noire, quelque trois siècles et demi plus tard, vivaient sur ce
même territoire entre 20 et 25 millions de personnes (selon les estimations, évidemment discutables ; la multiplication par près de deux de la population entre ces deux dates ne fait néanmoins pas
de doute). Que s'est-il passé pour que cet accroissement démographique soit possible ? A la veille de la Révolution française, 28 millions de personnes vivaient sur l'équivalent actuel du
territoire national. Un peu plus d'un siècle plus tard, nous étions 40 millions. Là encore, que s'est-il passé ?
Je ne vais pas tourner autour du pot et vous avouer là où je veux en venir : la notion de surpopulation est relative. Relative à un système de production et de distribution alimentaire,
essentiellement. Sur le même territoire, nous avons vécu d'inquiétantes crises de surpopulation en étant 10, puis 20, puis 28 millions. Il me paraît d'une importance primordiale de comprendre
pourquoi.

Didier BARTHES 12/12/2013 21:12



@ Frédéric


Complètement d'accord avec vous, la notion de surpopulation est relative ; elle dépend à la fois de l'organisation sociale et de la technicité de la société en question.


Même si l'esprit des Lumières nous a habitué à faire confiance en notre ingéniosité, il n'en demeure pas moins qu'il semble qu'un principe de prudence doive s'appliquer. La vie humaine c'est
important, et il convient d'éviter de se retrouver avec des 'hommes en trop' pour reprendre l'expression terrible d'Hannah Harendt. Or notre époque s'est vraisemblablement laissée grisée par ses
capacités techniques, allant jusqu'à confondre les flux avec les stocks, allant jusqu'à 'dévorer' des ressources limitées en faisant comme si elles allaient durer toujours.


Une vision plus raisonnable et réaliste de nos capacités amène à croire que nous avons été trop optimistes sur la possibilité de faire vivre durablement autant d'hommes sur la Terre. Je défends
donc que le temps d'une décroissance démographique est venue, et que celle-ci nous aisera à prendre le virage nécessaire pour nous diriger vers une société enfin respectueuse de son biotope.


Jean Bruguier


PS : si vous êtes curieux de "comprendre ce que préconisent ceux qui pensent que la Terre est menacée de surpopulation", un livre à plusieurs mains va prochainement sortir sur le sujet aux
Editions Sang de la Terre, "Moins Nombreux, Plus Heureux". Nous serons contents de vous compter parmi nos lecteurs et d'approfondir la discussion. 


- - - - - - -


L'évolution que vous évoquez vers une capacité toujours plus importante de l'humanité à nourrir un nombre grandissant d'hommes est essentiellement liée à la
disponibilité croissante en énergie et en particulier, pour les 150 ans qui viennent de s'écouler, en énergies fossiles. Celles-ci et surtout le pétrole se sont immiscés dans tous les facteurs de
la productivité agricole : Au niveau des engrais, à celui de la mécanisation et à celui du transport des produits, les lieux de consommations étant désormais éloignés des lieux de production.
Cette situation ne durera pas puisque les énergies fossiles sont amenées au cours de ce siècle même à connaitre une déplétion probablement très marquée. Les inquiétudes malthusiennes ont donc
toutes les raisons d'être remises au goût du jour, même si pendant quelques décennies, l'exploitation du stock de ressources de la Terre a permis de les masquer.


Un second point doit être abordé, il ne s'agit pas que de nourrir les hommes, encore faut-il les faire vivre en harmonie avec le milieu et les autres êtres vivants
sur la planète. Or, la multiplication de nos effectifs conduit à l'occupation de tous les territoires et de facto, à l'élimination de tous les autres êtres vivants, mégafaune en
particulier. Le nombre de tigres et de lions à été divisé par 30 au cours des 110 dernières années, c'est une situation qui conduit inéluctablement à leur extinction. Voilà pourquoi dans toute
démarche écologique, la question du nombres des hommes, trop souvent mise de côté doit absolument au contraire être placée au premier rang.



Arnaud 10/12/2013 13:33

Juste pour revenir également sur le rachat de la vieille dette au taux de 1%.

Il faut savoir avant toute chose que c'est techniquement et légalement possible dès aujourd'hui d'après les traités européens. La BCE peut prêter, par exemple, à un taux de 0.9% à la CDC ou à la
BEI qui prêtera à son tour à la France au taux de 1%.

Juste pour rappel, la charge de la dette en France est prévue à 47 milliards d'€ en 2014 (taux actuel d'environ 2.5%) pour une dette totale d'environ 1 900 Milliards. Baisser le taux de 2.5% à 1%
par le mécanisme cité plus haut permet donc de dégager 28 Milliards d'euros dans le budget de l'état français. Avec cette somme, on peut déjà faire pas mal de choses aussi pour baisser les charges
des entreprises, baisser les impôts, investir dans des projets d'avenir ou résorber la dette.

Tour de passe passe financier pour vous, logique économique et comptable pour moi.

Jean Bruguier 15/12/2013 10:12



Ilest vrai que la monnaie est une convention. Dans ce cadre il est toujours possible pour le pouvoir régalien de jouer avec pour défendre ses intérêts ou celui de ses mandants. Il n'empêche que
ces manipulations (émission de numéraire en trop grande quantitié, manipulation des taux de change, etc.) ont toujours un prix, généralement payé par les plus faibles ou les moins bien placés
pour se faire entendre. La baisse artificielle des taux d'intérêts que vous soutenez ne manquera pas à la règle ...



Arnaud 10/12/2013 11:01

Nouvelle Donne propose à mon sens une économie de marché avec régulation qui aurait pour but d’éviter les dérives actuelles du système. Personne ne nie que les investisseurs sont nécessaires et
qu’ils doivent être encouragés plus que découragés. Ce n’est d’ailleurs pas le but de Nouvelle Donne qui souhaite uniquement remettre l’Homme au cœur de la société et donc de l’économie. En ce qui
concerne la liberté pour une personne d’investir où bon lui semble sur la planète, je n’ai jamais dit le contraire. Je dois tout de même rappeler que l’on parle d’une taxe sur les dividendes au
niveau européen, donc sur les bénéfices des entreprises après réinvestissement et après participation pour les salariés. Ces mêmes bénéfices qui ont été possibles grâce à l’Europe et à ses pays
membres (infrastructures, énergie, productivité via l’éducation et la santé des salariés…) Au lieu de toucher 100, l’investisseur touchera 90, le delta de 10 permettant de financer l’Europe qui
permet à l’entreprise de prospérer. Rien ne me choque en ce qui me concerne. Libre à cet investisseur d’aller investir les 90 ailleurs dans le monde ensuite. Pour rappel, le taux d’impôt moyen sur
les bénéfices en Europe est de 25% contre 40% aux USA ( Le Monde du 12 avril 2006), où les investisseurs ne manquent pas il me semble.

Au sujet de la CSG, celle-ci est payée en France sur les revenus du capital au taux de 8.2% et non pas 15.5%. Ce taux dont vous parlez contient la CSG, la CRDS, un prélèvement social, une
contribution additionnelle et un prélèvement de solidarité. Deux choses à ce sujet :
1- Il me paraît normal, au même titre que l’impôt européen sur les dividendes, que l’investisseur contribue à l’entretien et au maintien de ce qui fait le cadre national de l’entreprise dans
laquelle il investit (infrastructures, énergie, productivité via l’éducation et la santé des salariés…) et qui lui permet justement de tirer des bénéfices.
2- Personne n’empêche le dit-investisseur de venir s’installer en France pour bénéficier de ces fameux droits dont vous parlez.
De plus, au sujet de la réforme fiscale proposée par Thomas Picketty, vous semblez oublier qu’elle s’adresse uniquement aux contribuables français ou en tout cas résidants en France (et payant leur
impôt en France) donc l’éventuelle hausse des impôts pour les revenus du capital ou en tout cas pour les très hauts revenus n’impacteront pas les investisseurs étrangers.

Au sujet de la suppression des niches fiscales, soyons clair, petit épargnant je le suis aussi. Je ne dis pas qu’il faut supprimer toutes les niches fiscales (Thomas Picketty est d’ailleurs mesuré
sur ce point en disant clairement qu’il faut tout remettre à plat mais peut-être garder certaines mesures utiles économiquement) mais la plupart sont tout de même bien inutiles et obsolètes. Au
sujet de l’imposition de certains livrets d’épargne, pourquoi pas ? Le PEA par exemple, pourquoi serait-il exonéré ?

Sur la convergence sociale européenne, l’idée n’est pas d’imposer mais de trouver un consensus entre les pays membres. Le but étant à terme (horizon lointain je vous l’accorde) d’arriver à une
convergence des bas salaires en Europe et donc à une harmonisation vers la haut. Sur le sujet des pays les plus pauvres qui verraient leurs bas salaires augmentés légèrement, je ne vois pas
réellement en quoi ça pose un problème. Le choc étant le même pour tous les pays voisins membres de l’UE, le seul delta qui se creuserait serait celui entre les pays membres de l’UE et les pays non
membres de l’UE. De par les frais de douane pour entrer dans l’UE et des frais de transport élevés, je ne crois pas qu’il y ait un intérêt pour la plupart des entreprises à délocaliser encore
davantage à l’Est pour ce qui concerne les produits vendus en Europe. Pour les produits à l’export je ne dis pas mais c’est déjà le cas aujourd’hui. Cette convergence sociale européenne pourrait
surtout être une étape clé dans la relocalisation des productions permettant de privilégier les circuits courts. Tant que l’aspect financier favorisera le choix d’un lieu de production lointain, on
ne pourra pas réellement relocaliser notre industrie et notre agriculture.

D’accord avec vous sur l’objectif à terme d’un produire mieux et plus écologique. Mais pour le coup, si vous êtes contre une économie administrée, je ne vois pas bien comment vous comptez faire ça
? Si vous n’imposez pas ou en tout cas que vous ne favorisez pas des nouveaux modes de consommation en modifiant le cadre économique et réglementaire, je ne vois pas bien comment ça peut
fonctionner. Par une prise de conscience individuelle et collective me direz-vous ? Pourquoi pas ? Mais sincèrement, quand on n’a pas les moyens de se loger ou de manger, est-ce vraiment important
de savoir où et comment ce qu’on a la chance de pouvoir manger est produit ? Votre vision de l’avenir n’est possible que si l’économie actuelle change vers une économie plus sociale permettant à
tous de faire des choix de vie. C’est ce que propose Nouvelle Donne, alors je ne comprends pas votre réticence à entendre ses propositions.

Jean Bruguier 15/12/2013 10:43



Merci pour votre nouvelle contribution, très détaillée.


Sur le rapport de ND avec l'économie de marché, je crois qu'il y a sincérité de sa part mais une perception erronée de la capacité du tissu économique à supporter toutes les contraintes
envisagées dans le cadre d'une économie ouverte. 


Sur la CSG. Je nommais le tout par le nom de la partie principale et vous avez raison sur le détail de la composition des 15.5 % payés sur les revenus non salariaux. Il n'en demeure pas moins que
ces prélèvements sont plus élevés que ceux pesant sur les salaires et n'offrent pas de droits : contrairement à ce que vous énoncez, un investisseur français peut payer ces prélèvements sans se
voir ouvrir des droits à la SS à ce titre. Un système merveilleux que cet Etat-providence où vous pouvez payer sans avoir de retour ...


Sur la convergence sociale européenne. Soit les salaires augmentent très très légèrement dans les pays les plus pauvres, genre 1%, et on parle pour ne rien dire, juste tromper les gens
concrètement. Soit la hausse des salaires est significative (+ 20% par ex), et ces pays subissent un choc économique avec une perte de compétitivité dont leurs salariés seront les premières
victimes (le choc ne serait pas le même pour les autres pays puisqu'ils ne seraient pas impactés par ladite augmentation, ayahnt déjç des salaires plus élevés). Je crois qu'il faut être sérierux
sur ces sujets, les économistes en chambre, qui jouent avec la vraie vie des gens en faisant des plans sur la comète, ne sont en fait qu'une version juste apparemment plus sympathique mais pas
moins dangereuse des apprentis sorciers.


La question que vous posez sur le virage à prendre en matière d'écologie et la nécessité d'une économie administrée est très pertinente. Je travaille là-dessus mais il est un peu tôt pour en
parler. En attendant je cronsidère juste que la chemin tracé par Nouvelle Donne, construit sur une fausse générosité sociale, n'est qu'un rideau de fumée juste propre à obscurcir les choix à
faire.



Arnaud 09/12/2013 10:45

@Jean Bruguier

Merci d'avoir pris le temps de me répondre. Je vais tâcher une nouvelle fois de défendre mes convictions qui sont très proches de celles de Nouvelle Donne.

Au sujet de l'imposition des entreprises au niveau européen sur les bénéfices non réinvestis. On peut le voir effectivement comme une charge supplémentaire pour l'entreprise ou alors une charge
supplémentaire pour les actionnaires. En ce qui concerne le risque des actionnaires qui ont apporté des capitaux. Je veux bien que ce soit vrai dans le cas d'apport de capitaux à une société en
train de se créer ou de se développer fortement mais pas pour des sociétés de tous les indices phare européens (CAC40, SBF120 et autres...). Permettez-moi de douter du caractère risqué d'un
placement dans l'une de ces entreprises aujourd'hui.
D'accord avec vous qu'il ne faut pas brider le réinvestissement des intérêts capitalisés. Ce qui m'ennuie c'est qu'aujourd'hui rien ne garantisse le réinvestissement de ces capitaux en Europe
(premier point) et surtout dans des économies à vocation durable telle l'écologie, l'économie sociale et solidaire (second point). Taxer ces dividendes n’empêchera pas leurs propriétaires de
réinvestir. A noter qu'en 2007 (sources INSEE), les dividendes reversés par les sociétés françaises à leurs actionnaires étaient de 196.2 Milliards d'euros. Une taxe à 10% (peut-être trop je vous
l'accorde) au niveau européen permettrait donc de lever environ 20 Milliards d'euros en France. Mais surtout cela permettrait aussi à ces entreprises (Amazon, Google et autres) qui ont des sièges
sociaux dans des pays où l'IS est faible de participer à cet effort européen. Probablement donc qu'un taux inférieur à 10% serait nécessaire pour compenser les sommes reversées à l'Europe par les
états.

Au sujet du refinancement des dettes publiques au taux de 1%, nous sommes d'accord qu'il est inférieur à l'inflation (quoique cette année celle-ci est relativement faible en France). Je ne dis pas
que ce taux d'intérêt ne doit pas être assujetti à une gestion saine des finances des états. Le souci étant justement le poids croissant des intérêts de la dette dans les budgets alors que le
déficit structurel se résorbe petit à petit dans beaucoup de pays. Pourquoi ne pas proposer un taux d'emprunt par état dépendant du déficit structurel des états ? Plus on fait d'efforts sur son
budget national, meilleur est le taux d'intérêt proposé par la BCE en appliquant un taux mini et un taux maxi.

Au sujet de la fusion CSG-IR proposée par Thomas Picketty, deux choses sont importantes à rappeler à mon avis :
1- L’assiette utilisée serait celle de la CSG donc une assiette large et non basée uniquement sur les revenus du travail -> d’où une baisse d’impôts pour certains (90 à 95%) et une augmentation
mesurée pour d’autres (5 à 10%).
2- L’ensemble des niches fiscales seraient supprimées permettant de réintroduire dans le taux d’imposition pour tous des ristournes accordées à certains.
Au sujet des prélèvements constants, ce seront ceux de l’année de mise en place. Effectivement, les prélèvements pesants sur l’entreprise sont élevés. Mais élevés par rapport à quoi ou à qui ? La
concurrence à la baisse ne vient pas (encore) de l’Asie, des Etats-unis ou de l’Afrique mais bien de l’intérieur de l’Europe. Dans le cadre du progrès social et humain, est-ce que ce sont
réellement nos entreprises qui ont trop de prélèvements qui permettent de financer nos routes, nos écoles, nos hôpitaux, nos retraites et j’en passe ? Pour moi, la réponse est claire, il faut une
convergence sociale au niveau européen et cela permettra de conserver des emplois en France.
La convergence sociale européenne proposée par Nouvelle Donne va justement dans le sens du progrès social. L’idée est effectivement de proposer un salaire minimum pour tous calé sur des salaires un
peu plus élevés que les plus bas d’Europe (pour entamer la convergence justement). Ce salaire serait revu régulièrement (par le parlement européen, ce serait l’idéal) à la hausse pour aller à terme
vers une convergence de l’ensemble des pays membres. Vous dîtes que ce n’est pas partagé par tous les pays européens, par leurs dirigeants c’est probable mais par les citoyens j’en doute… Après, je
suis d’accord avec vous, l’Europe est complexe à faire bouger et surtout engluée dans un immobilisme dû à sa constitution et à la non prééminence du parlement. A mon avis, la chose la plus urgente
à faire au niveau européen est une réforme de la constitution mais qui doit être décidée par les chefs d’état. En clair, cela paraît impossible sur le papier mais un grand mouvement citoyen
pourrait permettre de faire changer les choses, c’est ce que souhaite faire Nouvelle Donne.

Enfin, au sujet du partage du temps de travail, vous semblez tout à fait d’accord pour une réduction de celui-ci permettant à chacun de devenir maître de a propre vie (alimentation, logement,
échanges intergénérationnels…) mais vous ne semblez pas d’accord avec la proposition de Nouvelle Donne. Que proposez-vous concrètement ?
Au sujet des 35 heures, j’aimerais bien savoir où en serait la France aujourd’hui si elles n’avaient pas été mises en place ? D’ailleurs, pourquoi aucun gouvernement de droite depuis 10 ans n’est
revenu en arrière ? Le gros souci des 35 heures est justement de n’être pas allé plus loin (32 heures) et surtout d’avoir laissé trop de « liberté » aux entreprises dans leur application. La loi
aurait dû être plus basique : temps de travail = 35h + baisse des charges sociales équivalent pour ne pas augmenter le coût du travail en fixant une date limite dans le temps suffisante pour donner
le temps aux entreprises de s’adapter. Quand une entreprise passe aux 35 heures et que le nombre global d’heures travaillées est équivalent, on lui applique la baisse de charge (au moins pour les
entreprises de plus de 5 salariés avec possibilité d’embaucher à mi-temps).

Jean Bruguier 09/12/2013 18:47



Il faudrait que Nouvelle Donne dise quel est son choix réel : une économie administrée (ça peut se comprendre et se défendre) ou une économie de marché.


S le choix est fait d'une économie sociale de marché, alors il faut reconnaître que les investiisseurs sont nécessaires, et la place qui doit leur être faite ne doit donc pas être décourageante.
Pourquoi voulez-vous alors que l'investisseur soit contraint, ou fortement incité, à re-investir ses dividendes ? Qu'il les dépense peut aussi être acceptable, ou considérez-vous que l'argent mis
dans le financement de l'économie doit toujours y rester, en fait que l'investisseur en perde la maîtrise (mais là on glisse vers une économie administrée) ? Ou pourquoi vouloir le freiner dans
des projets d'investissements hors Europe ? Etes-vous du coté de ceux qui considèrent que le tiers-monde doit rester pauvre en limitant les investissements vers chez lui, en pratiquant une sorte
d'égoïsme européen ?


Je comprends à ce que vous dites du projet Picketty qu'il ne s'agit donc que d'une réformette. Dans ce cas pas grand chose à en attendre. Une remarque de détail toutefois, vous semblez oublier
que la CSG est payée sur les revenus du capital, et à un taux de 15.5%, alors même que ce paiement n'ouvre pas de droits. En clair, un investisseur aujourd'hui en france paie pour la sécu (et
nettement plus cher qu'un salarié) mais cela ne lui donne pas le droit d'être pris en charge ; faire payer les gens sans leur donner de droits, partageriez-vous cette conception de l'égalité
républicaine ?


Je déduis aussi de votre proposition de suppression des niches fiscales que vous voulez imposer les détenteurs de carnet de caisse d'épargne ... les petits épargnants apprécieront !


Au sujet de la convergence sociale européenne, vous ne répondez pas à mon objection et confirmez une augmentation des bas salaires dans les pays les plus pauvres ... cela revient économiquement à
pénaliser par un choc salarial les pays les plus pauvres d'Europe (Roumanie, Bulgarie, etc.) pour nous protéger de leur concurrence : j'avoue ne pas partager cette conception de la solidarité.
L'important est de partir du réel comme le disait Jaures, pas de rêver une situation même en l'appuyant sur un mouvement citoyen.


Sur le partage du travail, je crois, à l'inverse de Nouvelle Donne, que celui-ce n'est pas réductible à une savante opération technocratique se résumant à de l'ingénierie
économico-sociale. Il est indissociable d'un changement de nos modes de production comme de consommation pour prendre radicalement en compte la question écologique. Cela suppose de revenir sur
une bonne partie de ce qu'on a qualifié d'amélioration de la productivité, en fabriquant plus sainement des produits et des services eux-même plus sains ; cela suppose de dégonfler nos grands
centres urbains et de relocaliser dans les campagnes et villes moyennes des parts importantes de la population ; cela suppose de faire de telle sorte que nous puissions auto-produire une partie
de nos consommations et être moins dépendants de systèmes complexes et  fragiles ; cela suppose de tourner le dos à un matérialisme qui nous consumme ... abandonner collectivement nos
addictions pour partager une planète plus vivante en gardant le souci de la justice implique un vrai travail politique, c'est ce que nous essayons de dessiner avec nos simples moyens sur ce blog.



Arnaud 06/12/2013 11:21

Juste pour rebondir sur le bien fondé de la proposition d'une taxe européenne sur les bénéfices non réinvestis, je vous invite à lire cet article : http://www.bastamag.net/article3591.html

Jean Bruguier 06/12/2013 18:31



Merci pour cette info. Je profite, pour éclairer notre discussion, par reprendre ci-dessous le chapeau
dudit article.


 



L’équivalent de 60% de leurs bénéfices : c’est ce qu’ont versé à leurs actionnaires les 47 grandes entreprises françaises cotées en bourse que nous avons étudiées. Alors même que les
suppressions de postes se multiplient et que l’investissement est en berne, plusieurs grands groupes hexagonaux continuent de redistribuer une proportion considérable de leurs profits aux
actionnaires – y compris lorsque ces profits sont faibles voire inexistants. Notre enquête sur ce « coût du capital » révèle également que l’Etat est un actionnaire aussi gourmand que
les autres.


On peut comprendre à la lecture de ce court texte que les dividendes sont l'ennemis de l'économie, avec de méchants détenteurs de capitaux qui ruinent leurs entreprises en préférant prendre
leur bénéfice plutôt que de le re-investir dans l'entreprise. Ce qui justifierait la proposition de Nouvelle Donne d'une taxe européenne sur les bénéfices non
réinvestis.    


C'est intéressant car on retrouve à travers ce point de vue la visions statique de l'économie et des entreprises qui irrigue  toute la perception de Nouvelle Donne, à qui il ne vient
pas à l'idée que ce  non-réinvestissment dans l'entreprise est peut-être une sage décision, bénériciaire à tous, car permettant de dégager des sommes pour financer de nouvelles entreprises
plus adaptées aux besoins de demain.


Si demain, une transition écologique est organisée sérieusement, cela signifie que des secteurs entiers devront se dégonfler  (ex les constructeurs automobiles, l'aéronautique telle que nous la connaissons, etc.) avec
dans le même temps de nouveaux secteurs à développer. Pourquoi alors empêcher, ou freiner en le pénalisant, le transfert des dividendes des entreprises appartenant aux secteurs en déclin vers
les nouveaux secteurs qui seront gourmands en capitaux ? La souplesse est un élément indispensable au redéploiement de notre appareil de production, lui même impératif pour aller vers un monde
plus respectueux de notre biotope. Sauf à envisager une économie administrée avec un plan impératif telle que le monde communiste l'a mise en oeuvre au XXeme siècle.    


Ceci dit, cela ne veut pas dire, bien au contraire, qu'il ne faille pas prendre
des mesures contre les patrons ou actionnaires 'voyous' qui, en pribilégiant jusqu'à l'absurde une logique de court terme, sont une insulte et un danger tant  pour les communautés
salariales que pour les entrepreneurs. D'accord avec vous pour combattre ces déviances et réguler intelligemment notre système économique.


 


.




Présentation

  • : ECONOMIE DURABLE
  • : Site de réflexion sur l'écologie pour une société durable. Auteurs : Didier Barthès et Jean-Christophe Vignal.
  • Contact

Recherche