Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 14:24

Comme tous les ans, afin de mieux connaître le point de vue des principaux acteurs du monde de l’énergie, nous avons assisté au colloque Panorama organisé par l’Institut Français du Pétrole (désormais IFP Energies Nouvelles).

Ce colloque avait cette année pour thème : De l’eau pour l’énergie ! Production de carburants et d’électricité.

 

M. Oliver Appert président d’IFP a d’abord présenté un bilan des faits marquants de l’année 2010 pour les marchés du pétrole et du gaz.  

Pour le pétrole.

Globalement la tension sur les marchés a été relativement forte et en 2010 le prix du pétrole a connu une hausse de 30 %, le baril atteignant 80 $. Cette hausse est liée à une progression de la demande de 2,5 Mbj au cours de l’année.

Pour l’année 2011, Olivier Appert envisage toujours des cours assez élevés (80 à 95 $ selon le scénario central) car la demande reste forte, en particulier en provenance des pays émergents. M. Appert rappelle que malgré la crise qui fait la une des médias, le monde connaît globalement une forte croissance économique qu’on peut évaluer à + 4,5 % par an (niveau proche des records de 2004 - 2008). La progression en terme de demande pétrolière devrait dépasser 1 Mbj sur les quatre prochaines années. « Le paysage pétrolier futur est intégré dans les prix spot » précise le président d’IFP.

Toutefois cette pression sur la demande ne devrait pas pousser les cours du pétrole à flirter avec les sommets de 150 dollars que le baril avait atteints lors du premier semestre 2008 et ce pour plusieurs raisons :

- Le dollar est plus fort (notamment face à l’euro) qu’à l’époque de ces « records ».

- Les pays producteurs disposent aujourd’hui de capacités excédentaires de production de 6, 5 Mbj alors qu’elles n’étaient que de 1,5 Mbj en 2008. (ces excédents potentiels sont toutefois amenés à se réduire dans le moyen terme).

- Les stocks de sécurité des pays consommateurs sont aujourd’hui au plus haut.

M. Appert insiste également sur le coût des substituts au pétrole  et sur celui des pétroles non conventionnels. Ceux-ci appelés sont à se développer mais leur prix de revient est non négligeable et il agit indirectement sur les prix actuels du pétrole.

 

Pour le gaz.

En 2010 les cours du gaz ont été marqués par une double déconnexion : Déconnexion croissante d’avec les cours du pétrole et déconnexion entre les prix du marché spot et les prix à terme ce qui a parfois handicapé les acheteurs liés par contrat qui se sont trouvés à payer le gaz plus cher qu’au prix de marché.

Cette déconnexion des prix du gaz trouve sa source dans le développement important de l’exploitation des gaz non conventionnels : tight gas, shale gas et gaz de houille (voir article publié sur ce site ainsi que le dossier réalisé par wikipedia (ici liens)) dont l’exploitation explose véritablement et change la donne pour les années à venir.

L’envolée des shales gaz (gaz de schiste) est illustrée par l’évolution de leur production aux Etats-Unis :

10 milliards de mètres cubes en 2000, 100 milliards 10 ans plus tard en 2010 et l’on prévoit 300 milliards de mètres cubes en 2030 (cette prévision pour 2030 était encore moitié moindre l’an dernier !).

Oliver Appert, tout en appelant à beaucoup de prudence envers cette estimation, considère qu’il n’est pas exclu que l’exploitation de ces ressources non conventionnelles permette de multiplier par deux les réserves de gaz exploitables sur la planète. Cette prudence se justifie par le peu de recul dont nous disposons aujourd’hui sur leur exploitation. A terme, l’équilibre « offre – demande » devrait cependant se rétablir car la consommation de gaz de croître de 2 % par an environ (comme le rappelle souvent Economie Durable, nous sommes dans un monde fini où aucune ressource matérielle ne pourra durablement faire face à une croissance permanente de sa consommation).

Dans sa conclusion M. Appert a notamment insisté sur la pression en faveur des énergies renouvelables que fait peser l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 2 C°. Selon la plupart des experts, cela implique de ne pas dépasser une concentration de 450 pmm de CO2 dans l’atmosphère. Objectif qui suppose une mutation profonde des politiques énergétiques.

 

M. Jean- François Curci (Agence de l’eau) a présenté les activités de l’agence de l’eau et rappelé quelques ordres de grandeur

Dans le bassin Rhône Méditerranée, la puissance hydroélectrique est de 11 412 MW et la production d’électricité annuelle est de 46 618 Mwh, ce qui représente 60 % de la production hydroélectrique française.

M. Curci a fortement insisté sur le souci qu’avait son agence de la prise en compte des impacts environnementaux. Il estime qu’on devrait pouvoir augmenter (à la marge toutefois) cette production électrique sans augmenter le nombre de sites de production (le Rhône est déjà suréquipé en la matière).

 

M. Patrick Sambarino (EDF) a décrit l’importance de l’eau dans le cycle de production électrique et a rappelé toutes les activités d’EDF en la matière (la copie des documents de cette intervention est disponible dans le compte rendu de L'IFP).

 

M. Bertrand Garnier (Suez Environnement) a rappelé quelques fondamentaux sur la consommation d’eau :

Le monde consomme environ 4 millions de kilomètres cubes d’eau chaque année (soit 4 millions de milliards de mètres cubes) et cette consommation devrait croître de 60 % d’ici 2025, soit dans 15 ans seulement ! L’usage agricole reste dominant.

M. Garnier a tenu à souligner la pression croissante à laquelle sont soumis les industriels en matière environnementale. Il a également évoqué la variété des procédés de dessalement de l’eau de mer et a rappelé qu’en 20 ans les coûts du dessalement avaient été divisés par 10 ce qui ouvre bien entendu de nouvelles perspectives à ces techniques.

 

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Panorama est un ensemble de colloques organisés chaque année par IFP Energies Nouvelles. Ces réunions comprennent une session à Paris et une autre à Lyon (précisément à Solaise , siège de l’IFP de la région lyonnaise). Cet article porte sur la réunion de Solaise.

Vous trouverez via les liens ci-dessous le compte rendu du colloque par IFP ainsi que ceux des années 2008 et 2010.

Panorama 2011 : Sessions de Paris et de Lyon, Compte rendu de l'IFP

Panorama 2010 : Quelles ressources en matières premières pour un système énergétique durable ?  Compte rendu d'Economie Durable  et  Compte rendu de l’IFP

Panorama 2008 : Quel avenir pour le Charbon ? Compte rendu d’Economie Durable _________________________________________________________________________

Cette année les intervenants  à Panorama 2011 (Session de Solaise) étaient :

M. Olivier Appert : Président d’IFP Energies Nouvelles.

M. Jean-François Curci : Directeur des interventions, Agence de l’Eau Rhône - Méditerranée et Corse.

M. Bertrand Garnier : Directeur Technique et ingénierie d’Ondéo IS, Suez Environnement.

M. Patrick Sambarino ; Directeur délégué à la Coordination de l’Eau « Alpes Méditerranée », EDF.

L’animation était assurée par le journaliste scientifique M. Fabrice Papillon.

 

Par Didier BARTHES - Publié dans : Energie
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