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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 12:04

La croissance, qu’elle soit économique ou démographique a tant marqué les deux derniers siècles qu’elle nous apparaît aujourd’hui comme le cadre naturel de l’évolution de nos sociétés. Pourtant, immanquablement, la finitude de notre monde imposera l’arrêt de tout mécanisme d’expansion.

Ici et là, trop timidement encore, la conscience se fait que notre avenir passe par une stabilisation et même par une diminution de nos effectifs comme du niveau de nos productions (au sens des flux matériels manipulés par les hommes). Stabilisation et diminution qu’il serait sans doute préférable d’organiser peu ou prou plutôt que de subir. Une confrontation brutale aux limites de la planète constituera toujours la pire des perspectives.

Cela serait un vaste chantier de l’économie politique, de la sociologie, de la philosophie même que de définir les conditions d’équilibre d’une société en décroissance. Les équilibres passés s’étant eux-mêmes, pour une part appuyés sur une fuite en avant, le retournement de situation n’est pas anodin et sans doute y sommes-nous mal préparés.  

Pourtant, si l’on place le long terme au cœur de nos préoccupations (et le vrai ressort du retournement se situe dans un tel changement de perspective), nous pouvons réduire dans des délais raisonnables notre empreinte sur la planète par une décrue douce et à priori supportable.

De même qu’en 200 ans seulement, nous avons multiplié nos effectifs par 7 et nos productions par plus encore ; en quelques siècles nous pouvons avec des taux de décroissance très modérés, excluant tout effondrement apocalyptique, sensiblement réduire et notre nombre et le niveau de notre activité économique.

Attachons-nous à la question démographique (plus facile à quantifier que le niveau d’activité). Le tableau ci-dessous indique le nombre d’années nécessaires au retour à une population mondiale donnée selon huit hypothèses: de 6 milliards à 200 millions d’habitants (en colonnes) et en fonction de différents taux de décroissance de 2 % à 0,05 % par an (en lignes).

                                               

Effectifs visés     6 Mds   5 Mds   4 Mds    3 Mds     2 Mds   1 Md  0,5  Md  0,2 Md  
tx annuel en %      (1999)   (1987)   (1974)   (1960)    (1930)    (1810)    (1500)       (0)
                   

   2,00 %

         8      17      28       42       62      96      131     176 
   1,50 %        10      22      37       56       83    129      175     235 
   1,20 %        13      28      46       70     104    161      219     294
   1,10 %        14      30      51       77     113    176      239     321

   1,00 %

       15      33      56       84     125          194      263     354 
   0,80 %        19      42      70     105     156    242      329     443
   0,60 %        26      56      93     141     208    323      439     591 
   0,50 %        31      67    112     169     250    388      526     709
   0,40 %        38      84    140     211     313    486      658     887 
   0,30 %        51    112    186     282     417    648      878  1 183
   0,20 %        77    168    280     423     626    972   1 318  1 776
   0,10 %      154    336    559     847  1 252 1 945   2 638  3 554
   0,05 %      308    673  1119  1 694  2 505 3 891   5 277  7 109

     

 

On notera que si l’on retient le taux de croissance actuel de l’humanité (+ 1,2 % par an) taux dangereux à long terme, mais qui d’une année sur l’autre ne modifie pas sensiblement les conditions de vie, et que pour cette raison de modération nous acceptions de (ou nous pouvions) le transformer en taux de décroissance il ne nous faudrait que :   13 ans pour retourner aux effectifs de l’an 2000, 70 ans pour revenir à la population de 1960, 160 ans pour atteindre un milliard d’habitants et moins de 300 ans pour retrouver les effectifs de l’humanité à l’époque du Christ.

Ainsi, dès que l’on se place sur une perspective de long terme (oubliez ce que vous entendez dans une campagne électorale) alors des objectifs ambitieux permettant le retour aux équilibres écologiques de la planète et par là même, à la durabilité de l’Homme sont à notre portée. Je laisse les philosophes déterminer s’il s’agit là d’une simple conséquence ou d’un objectif en soi.

Même un taux de décroissance aussi faible que 0,5 % permettrait en à peine plus d’un siècle de revenir à 4 milliards (population de la planète en 1974) et d’alléger ainsi fortement la pression anthropique.

Ce sont des ordres de grandeurs qu’il faut avoir en tête. Le passage par le long terme, c’est-à-dire le maintien de tels efforts sur longue durée est la seule voie qui rende possible notre durabilité. L’alternative est un écroulement dont notre confort, notre démocratie, la nature et notre vie même ont la certitude de faire les frais.  

__________________________________________________________________________________________________

Attention, ce tableau n'indique pas précisément le nombre d'enfants par femme (ce qu'on appelle couramment la fécondité) nécessaire pour atteindre les taux de décroissance retenus. Sur longue période et en l'absence de mortalité infantile une population équilibrée (c'est à dire au rapport homme/ femme en âge de procréer à peu près égal à un) est stable si chaque couple  (ou chaque femme) a deux enfants. La mortalité infantile n'étant pas nulle, ce taux est en pratique  légèrement supérieur.

Toutefois la structure de la pyramide des âges vient compliquer les choses, les pays qui ont une population très jeune et donc en âge de se reproduire, maintenant ou dans les années à venir, peuvent provisoirement maintenir leur croissance alors même qu'ils seraient sous le seuil de fécondité suceptible d'assurer le remplacement des générations. Cette contradiction apparente n'a toutefois qu'un temps, bien sûr.   

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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commentaires

clovis simard 09/09/2013 21:26

LA FINITUDE DE LA CROISSANCE.fermaton.over-blog.com

Blandine 08/05/2012 22:03

Bonjour,

Je vous félicite pour votre blog et je vous écris car vous pourriez être intéressé par le site que l’association Anciela vient tout juste de lancer, Démocratie Durable :
http://www.democratie-durable.info
C’est un site de démocratie participative où les citoyens peuvent porter des propositions d’action publique et des projets collectifs et en débattre afin de construire collectivement des solutions
efficaces pour le développement durable. Le but est que les élus puissent les mettre en œuvre dans leurs décisions ou que d’autres citoyens s’inspirent des projets. De nombreuses thématiques sont
abordées (économie, eau, énergie, climat, mondialisation…) et on peut aussi y trouver des sites écolos, des pétitions, des associations… N’hésitez pas à y apporter votre contribution !!

Blandine, membre d’Anciela et de Démocratie Durable.

Didier BARTHES 27/06/2012 14:11



Merci pour votre petit mot, je vais regarder cela.



teysseire 23/04/2012 20:11

Vous me faites rêver avec ces calculs! Tout n'est pas perdu ou au moins, cela n'est pas si inatteignable que je le pensais.Je suis impressionnée à deux titres: par la savantitude de toutes ces
mathématiques et par la simplicité d'une solution à notre portée. Il suffirait d'une réelle prise de conscience( mais universelle, hélas!) pour qu'on retrouve une place raisonnable sur notre terre!

Didier BARTHES 25/04/2012 13:28



Les mathématiques en cause ne sont pas très compliquées. Mais en effet elles montrent clairement que l'on pourrait, en se donnant un peu de temps, revenir à des
effectifs raisonnables sans bouleversement destructeur (ce qu'il serait préférable d'éviter). Ce qui est difficile c'est la prise de conscience générale de l'impossible vers lequel nous nous
dirigeons et ensuite la décision collective d'oeuvrer pour l'éviter. Tant que ces deux étapes ne seront pas franchies (et elles ne le sont pas) le combat sera difficile. Il y a encore tant de
gens que pensent que l'explosion démographique n'est pas un problème et qu'aucune mesure en ce sens ne doit être prise.  Pour d'autres détails sur les progressions exponentielles et
leurs menaces, voir cet autre article http://economiedurable.over-blog.com/article-16174697.html



PtK 19/04/2012 16:27

Bonjour,
J'ai vu l'article sur point.org ... et sur ce blog, bien sûr. Très impressionnant.
Ce qui m'agace le plus, avec la longévité à tout prix, c'est que les gens veulent vivre plus de 100 ans, avec une bonne santé, un corps d'adolescent, un visage de 20 ans, de l'argent, de la
famille, plein d'amis, etc. Le tout, sans se soucier des conséquences de la surpopulation. Même au niveau de notre petit pays.
Merci pour le com.
PtK

Didier BARTHES 25/04/2012 13:18



Oui, vous avez raison, l'augmentation de l'espérance de vie (phénomène sympathique par ailleurs et que peu de gens souhaitent remettre en question) constitue la
cause essentielle de l'augmentation de la population (puisque par ailleurs les taux de fécondité ont quand même baissé). Il nous faut comprendre que si nous voulons vivre plus longtemps tout en
étant pas trop nombreux sur la Terre, nous devons restreindre notre reproduction. A terme, il faudra rester en dessous de deux enfants par couple.



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