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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 06:04

Exercice convenu et presqu’obligé, les campagnes électorales, et la campagne présidentielle plus encore, font éclore mille et mille promesses sans que le printemps puisse-être tenu pour responsable.

L’on pourrait se contenter de moquer la chose en rappelant l’adage selon lequel les dites promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. Hélas, certaines d’entre-elles ont la particularité de se révéler plus dangereuses encore si elles devaient être tenues que si, comme d’aucuns le soupçonnent, elles devaient se voir oubliées dès le soir du second tour.

Je fais allusion à toutes les mesures qu’envisagent les candidats pour amoindrir ou même contrarier la hausse des prix de l’énergie en général et des carburants en particulier.

Chacun y va de sa bonne idée : Qui de la stabilisation autoritaire du prix de l’essence et du gas-oil, qui de la baisse des taxes, qui de la mise en place d’une complexe TIPP flottante censée adoucir les fluctuations du prix à la pompe, qui de la sur-taxation des compagnies pétrolières dont chacun sait que si elles n’existaient pas, le monde serait un paradis dans lequel le pétrole sortirait tout seul de terre et les pots d’échappement exhaleraient de l’oxygène délicatement parfumé.  

Ces promesses sont indignes, les mettre en œuvre le serait plus encore.

La moindre de ses indignités est qu’il s’agit d’un mensonge fiscal. Ce qui serait donné sur ce plan serait forcément repris sur un autre (1).

En effet, s’il est difficile, compte tenu de notre mode de vie, d’échapper à la dépense supplémentaire qu’implique l’élévation du prix de l’essence, il serait plus difficile encore et même tout à fait impossible d’échapper aux autres prélèvements fiscaux qui assureraient de facto la compensation. Devrions-nous augmenter les impôts locaux qui connaissent déjà une véritable explosion ? Devrions-nous augmenter l’impôt sur le revenu ? La TVA ?  Nous faudrait-il relever les taxes sur les transactions immobilières ? 

Sans verser à plaisir dans la critique facile du monde politique, c’est là un métier délicat, il faut en convenir, on ne peut qu’être dubitatif à l’écoute de discours qui suggèrent de baisser les recettes de l’Etat sans en évoquer la ou les contreparties.

Mais le mensonge principal, le mensonge le plus grave est ailleurs. Par ses promesses, le personnel politique nous conduit à nier la réalité physique du monde, à fermer les yeux sur ce qui constituera le véritable déterminant de l’avenir.

 Si l’on excepte quelques pointes que l’on peut attribuer à la spéculation, la hausse tendancielle du prix de l’énergie relève d’une réalité matérielle incontournable : La demande d’énergie fossile est structurellement en train de dépasser ce que la nature peut durablement offrir. Nous allons vers un monde de pénurie énergétique et dans ce monde-là, il est normal, il est inévitable, il est même sain que l’énergie soit coûteuse et le soit de plus en plus.

En promettant de faire artificiellement baisser les prix par un mensonge fiscal nos dirigeants ou aspirants dirigeants nous encouragent par pure démagogie (on sait combien la perception du prix de l’essence est un sujet sensible) à la consommation d’un bien dont on sait pertinemment qu’il manquera demain. Peut-on imaginer plus forte imprévoyance ? Plus impardonnable irresponsabilité ? Plus grand mépris des générations futures ?

Il n’y aura pas de véritable politique d’économie d’énergie dans un contexte d’énergie bon marché. Aujourd’hui encore les investissements en vue d’économiser l’énergie ne sont rentables pour le particulier qu’à l’échéance de nombreuses années. Il en résulte qu’il faut pour les encourager, tout un ensemble de mesures complexes, parfois d’ailleurs contre-productives, qui viennent toujours un peu plus alourdir les prélèvements obligatoires.

Dans un contexte d’énergie beaucoup plus chère (c’est-à-dire d’énergie à son juste prix compte tenu de ce qu’elle apporte et de son manque prochain), alors chacun serait incité à l'économiser et à investir efficacement dans ce but.

Nous nous dirigeons vers un monde de rareté où nous devons absolument donner la priorité au long terme comme le rappelait récemment Nicolas Hulot (2) . La rareté prochaine menace tout à la fois, la planète, notre confort et notre démocratie. Ne fermons pas les yeux et n’écoutons pas ceux qui nous poussent à le faire.

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 (1) On pourrait objecter que cette remarque serait sans objet dans un contexte bien hypothétique de baisse des dépenses. En réalité le raisonnement resterait valable, car même dans ce cadre, une réduction des dépenses pourrait être affectée à d’autres allègements d’impôts.

(2) Ecouter et voir les interviews de Nicolas Hulot sur France Inter et France 2  le 2 avril dernier.

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Published by Didier BARTHES - dans Billets d'humeur
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