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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 15:04

L’Agence Internationale de l’Energie vient de rendre public le franchissement d’un nouveau record en matière d’émissions mondiales de CO2 : 30,6 milliards de tonnes pour l’année 2010 (1).

Comment ne pas souligner l’ironie de l’Histoire quand cette nouvelle tombe le lendemain même du jour où l’un des plus importants pays industriels de la planète, l’Allemagne, dit vouloir renoncer au nucléaire ; c’est à dire à l’une des principales sources d’énergie non (ou très peu) émettrice de CO2 ! (2)

Si l'ensemble du monde renonce au nucléaire dans une vingtaine d’années, précisément au moment même où la déplétion pétrolière nous conduira à faire de plus en plus intensément appel au charbon, recordman en matière d’émissions de gaz carbonique, que va-t-il se passer ?

On peut craindre le pire, c’est à dire une accélération de la croissance du taux de CO2 dans l’atmosphère. Déjà, de nombreuses voix s’élèvent pour souligner que l’objectif visant à limiter à 2 C° le réchauffement climatique lié à la présence de gaz à effet de serre d’origine anthropique est pratiquement intenable. Or, une augmentation de 3, 4 ou 5 C° (3) pourrait être catastrophique, non seulement pour les activités humaines mais aussi pour toute la faune et la flore. Certes, la Terre a déjà connu des évolutions climatiques significatives et rapides, mais la faune avait alors toute liberté de migrer et de s’adapter par la sélection naturelle. Aujourd’hui, notre emprise sur le monde est telle que les moyens de réaction des animaux sont fortement entamés.

Il n’y a en réalité pas de solution. Les seules véritables mesures qui permettraient de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre seraient une décroissance généralisée de la production et de la démographie (la seconde renforçant la première et étant absolument nécessaire à la préservation de la biodiversité). Le reste ne relève que de la bonne conscience. Le recours à l’éolien et au solaire photovoltaïque en constituent des exemples flagrants (4).

Si nous voulons  polluer moins, nous devrons produire moins, ce qui signifie héberger moins d’hommes sur la Terre puisque nous souhaitons, et c’est légitime, donner à chacun un niveau de vie décent.

Il faut mettre un terme à nos illusions sur de possibles optimisations de nos comportements et de notre efficacité qui viendraient d’un coup régler tous les problèmes. Cela n’a jamais été et ne sera pas, le miracle reste du domaine de la chimère, la physique est intraitable ! 

N’oublions pas que le progrès technique, si souvent invoqué comme le sauveur, ne nous a pas permis « d’inventer » de l’énergie. Il nous a juste permis pour l’essentiel de l’extraire plus vite du sous-sol sous forme fossiles avec les « merveilleuses » conséquences que nous constatons aujourd’hui. Globalement on doit même souligner  une extraordinaire corrélation entre le progrès technologique et la dégradation de l’environnement. Il est donc probablement bien imprudent de chercher de ce coté la solution à nos difficultés.

Plus nous augmentons notre pouvoir sur le monde plus nous le menaçons (5). La meilleure protection que nous puissions accorder à notre Terre est de ne rien faire et de laisser libres le plus d’espaces possibles de façon à ce qu’agissent les mécanismes naturels qui se sont toujours avérés les meilleurs régulateurs.

Hélas, tout l’équilibre de nos sociétés est basé sur un haut niveau de production et même sur un accroissement permanent de celui-ci. Renoncer à ce niveau et à cette croissance, c’est renoncer à l’emploi (et aux revenus afférents, directs et indirects) pour une majorité de la population : Impossible. La décroissance est une bonne idée, mais elle est concrètement très difficile à mettre en place d’autant que nous n’avons guère le temps.

Renoncer à notre mode de vie, c’est à coup sûr aller vers un effondrement. Ne pas y renoncer c’est à coup tout aussi sûr aller vers un effondrement encore plus absolu puisqu’il inclut l’équilibre biologique de la planète.

Deux auteurs ont particulièrement bien exprimé cet impossible devant lequel se trouvent nos sociétés :

Daniel Quinn qui nous dit :

« Vous êtes prisonnier d’un système de civilisation qui vous pousse plus ou moins à détruire le monde pour survivre »

Et James Lovelock qui prétend :

« Notre civilisation se trouve dans la situation de celui que la drogue tuera, qu’il continue ou qu’il cesse brusquement d’en consommer »

 

Il est d’usage d’être positif, de proposer des solutions. La franchise m’oblige à dire que je n’en vois pas, que je crains que ces problèmes ne se résolvent que par des crises extrêmement dures mettant à bas la civilisation et obligeant l’humanité à se reconstruire sur d’autres bases.

Pour durer, notre espèce (6) est condamnée à la modestie démographique et productive. Tout autre discours n’est que démagogie. Comment introduire ces nouvelles règles dans les esprits ? Comment les imposer au monde sans catastrophe ?

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(1) Voir par exemple cet article du Monde

(2) Notons quand même qu’en la matière, l’Allemagne est le pays qui bat les records de changements d’avis.

(3) Voir plus, puisque des effets de seuils pourraient intervenir. Selon certaines études le réchauffement favoriserait le largage par les sols terrestres ou les sous-sols marins de grandes quantités de gaz à effets de serre qui viendraient à leur tour auto-entretenir et aggraver le phénomène.

(4) Voir à ce sujet ce qui est dit dans l'article précédent consacré au dernier livre de Jean-Marc Jancovici.

(5) Voilà pourquoi je pense qu’une énergie facile, c’est à dire quasi gratuite et non polluante serait en réalité une catastrophe, ce point a été développé dans l’article L'énergie facile : Et si ce rêve était un cauchemar ! 

(6) L’humanité a-t-elle un autre objectif que de durer ?

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Pour connaître l’évolution des stocks de CO2 dans l’atmosphère voir sur ce même site : Les chiffres clefs du CO2

Pour mieux connaître les flux de CO2 voir cette page issue du site Manicore.

 

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Published by Didier BARTHES - dans Energie
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