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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 15:44

Il est d’usage que les rêves soient pour quelque chose, permettez qu'à rebours de toutes les règles habituelles de la communication, pour une fois, ils soient contre : contre trois erreurs.

Parmi d’autres,  trois grands projets ont récemment fait en France la une de l’actualité et cristallisé les luttes de nombreux opposants (1).

   

- L’aéroport du Grand Ouest à Notre Dame des Landes.

- Le stade des lumières à Décines, près de Lyon.

- Le barrage de Sivens (Tarn).  

Le premier n’est pas encore sorti de terre mais a donné lieu à de  grands rassemblements de protestation et l’on peut heureusement commencer aujourd’hui à sérieusement douter de sa réalisation. Le second a déjà conduit à l’anéantissement de 42 hectares de forêts et de précieuses zones humides et vient hélas de provoquer la mort d’un homme, Rémi Fraisse. Le troisième, malgré la lutte toujours vivace des opposants, dresse déjà sa muraille de béton à proximité de Lyon (en face d’une prison, de l’autre côté de l’autoroute, l’endroit, autrefois des champs, devient délicieusement bucolique).

On donne souvent aux personnes qu’un souci vient de frapper le conseil suivant : Projetez-vous dans un an : Y penserez-vous encore ?  Cette question aura-t-elle significativement impactée votre vie ? Si la réponse est non, alors : ignorez le problème dès maintenant. Recommandation bien sûr plus aisée à donner qu’à suivre tant notre besoin d’immédiat - notre préférence pour le présent, diraient les économistes -  rend difficile son application systématique. Pourtant, cela n’enlève rien à la justesse du raisonnement : Le recul et la projection dans l’avenir restent nos meilleurs guides. Pour les affaires publiques où l’affectif devrait avoir une moindre part, il serait bon de s’y référer. De quoi avons-nous besoin ? Que nous manquera-t-il demain si ces trois projets ne sont pas réalisés ? A vrai dire : pas grand-chose, au contraire.

Le monde de demain sera sans pétrole (2) et les espaces naturels seront toujours plus réduits. Dans ce cadre-là, est-il bien raisonnable de bétonner des forêts pour construire un vaste aéroport dans une région qui en possède déjà, alors que l’aviation civile pour le transport de masse a toutes les chances de passer par pertes et profits au mitan du siècle ? Non, ce n’est pas raisonnable, c’est irresponsable, même si au mépris de toutes les règles de la physique, quelques rêveurs pensent faire voler les avions à l’huile de colza (colza sans OGM parce que, quand même…). Ce projet est une illustration parfaite du sacrifice de demain au bénéfice d’aujourd’hui, le bénéfice lui-même n’étant d’ailleurs que strictement financier et pour quelques-uns seulement.  Nous regarderons rouiller (3) les avions là où poussaient les fleurs et les arbres, vaste progrès !

Il en est de même du Stade des Lumières près de Lyon (à Décines). Lyon possède déjà un grand stade (Gerland) et l'agglomération grignote tous les jours les rares espaces naturels qui subsistent à proximité. En pleine crise économique doit-on consacrer plus de 600 millions d'euros à un tel projet quand les structures existent déjà. Tous les jours, la crise occupe l’essentiel de l’actualité et le besoin de justice sociale est au cœur des polémiques. Tandis que des joueurs dont le seul talent est de taper dans un ballon avec plus d’adresse que la moyenne gagnent plusieurs dizaines de milliers d’euros (encore ne s'agit-il pas, loin de là, des salaires records) on demande à la population qui en moyenne gagne entre 10 et 100 fois moins qu’eux de se porter financièrement garante (via le conseil général du Rhône) d’une partie de la bonne réalisation du projet. L’équipe de Lyon a de quoi payer des salaires indécents mais demande à la puissance publique (qui le lui accorde !) de garantir son projet ! Que le stade soit particulièrement défendu par un maire socialiste supposé favorable aux revenus les plus modestes  ne change rien à l’affaire tout au plus cela apporte-t-il un peu d’ironie. A la place des champs et des bois se trouvera en outre un centre commercial (il faut bien rentabiliser) des parkings et des bretelles d’accès. Au vu de ce qu’est devenue la banlieue lyonnaise, il est bien difficile d’imaginer que là sont les besoins de demain. Quand Lyon et Grenoble ne feront plus qu’une, sera-t-il temps de bétonner vers le nord, jusqu’à Paris ? Le poids des jeux et la glorification du superficiel sont des phénomènes récurrents, Rome aussi avait ses jeux, mais au moins, le Colisée avait quelque allure.  

Il est délicat de parler du barrage de Sivens  en pleine actualité et en relation avec la mort d’un manifestant. Mais là aussi, au-delà du drame, nous devons penser à ce qui est le plus précieux. Les zones humides sont extrêmement riches et leur destruction  constitue une catastrophe écologique. Sur le futur site du barrage, 94 espèces protégées ont vu leur habitat détruit. Quel est le sens du concept d’espèce protégée si un simple arrêté peu les « déprotéger » ?  Les mots ont-ils un sens ?  Les engagements une réalité ?  La France a-t-elle besoin d’un peu plus de production agricole ou doit-elle préserver sa diversité biologique ? Beaucoup l’ont déjà souligné, le projet du barrage de Sivens pose un problème de même nature que l’aéroport du Grand Ouest, la contestation qu’il suscite est d’ailleurs comparable.    

On aimerait un signal fort comme on dit aujourd’hui, on aimerait que la ministre de l’écologie raye d’un trait de plume ces trois erreurs, non pas pour le plaisir de voir le pouvoir céder aux opposants, mais pour espérer la prise de conscience. Il y aurait quelque noblesse à ce qu’un responsable politique en charge de la question  se dresse et dise simplement : « Non ce n’est pas cela dont l’avenir a besoin et pour cette raison, nous ne le ferons pas ». Voilà comment l’on pourrait concevoir le rôle de ministre, au service des grandes choses. La plus grande : protéger la nature.

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(1) Voir par exemple l’association Carton Rouge .  

(2) Pas sans pétrole du tout bien entendu, nous ne consommerons pas l'or noir jusqu’à la dernière goutte. "Sans pétrole" doit s’entendre ici au sens : sans le flux nécessaire pour faire fonctionner l’économie selon son mode actuel.

 (3) Je médis, désormais les avions sont largement en fibre de carbone.

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Published by Didier BARTHES - dans Billets d'humeur
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commentaires

teysseire 30/10/2014 08:36

Peut-être manque-t-il un peu de démocratie directe (à l'image de la Suisse)?
Mais nous pourrions continuer à rêver: imaginons une époque où il n'y a plus suffisamment de pétrole pour des projets inutiles, où la population mondiale est revenue-uniquement par un baisse
volontaire de sa fertilité-à 3 milliards, où le foot n'intéresse plus personne...alors, les gradins du Grand Stade se sont couverts de plantes de rocaille et abritent les lézards, des milliers
d'insectes et les nids de faucons( tout en haut), les arbres ont poussé sur la pelouse, le centre commercial en ruines sert de refuge aux renards et aux chauve-souris..mais ce n'est plus du rêve
c'est du délire: on peut survivre à Tchernobyl, pas à "Qui ne saute pas n'est pas lyonnais, ouais!!"

Didier BARTHES 30/10/2014 18:02



On aimerait en rêver en effet. Hélas contrairement à la pierre, je ne suis pas sûr que le béton fasse de belles ruines, d'ailleurs sa solidité n'est sans doute que
temporaire, ce " sable aggloméré " n'est peut-être pas très doué pour résister aux siècles et somme toute : tant mieux. Je profite de cette réponse pour conseiller la lecture d'Homo disparitus
d'Alan Weisman, un livre qui raconte comment la nature reprendrait ses droits en notre absence. L'histoire de cette reconquète réjouira tous ceux qui chaque jour souffrent de voir, lézards,
faucons et insectes toujours un peu plus repoussés.



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