Samedi 31 mai 2008

Le 26 mai, l’émission " C dans l’air "  animée  sur France 5 par Yves Calvi était consacrée à la hausse des produits pétroliers et en particulier à celle du gasoil dont on sait qu’il bénéficie d’une faveur croissante chez les automobilistes. Plusieurs économistes étaient invités.

Le ton a été donné dés l'une des premières phrases de l’un d’entre eux.

" Ce n'est pas une question de géologie, les réserves on les a ". a-t-il dit

Cette sentence assénée comme une vérité résume et illustre à elle seule l’incompréhension des économistes envers la crise écologique qui touche notre planète.

La science économique s’est bâtie sur un ensemble de théories où la valeur était une mesure du travail incorporé. Les biens fournis par la nature n’ont jamais été considérés comme des richesses et seul l’effort pour se les approprier pouvait être considéré comme partie intégrante de leur valeur. Leur prix qui est une notion différente pouvant par ailleurs être fixé par l’équilibre offre / demande sur les marchés.

Il résulte de cette approche que tous les biens naturels sont exclus du domaine de l’économie et que les économistes s’intéressent peu aux contraintes matérielles qui s’y rattachent et en tout cas pas à leur éventuelle disparition. Si les ressources naturelles deviennent plus rares ou plus difficiles d’accès alors leur valeur et leur prix augmentent mais ont peut toujours se les procurer par plus d’investissement ou plus de travail ( plus de " production ").

Les limites de la nature sont inconnues de l’économiste, seul compte le travail et l’investissement.

Poursuivant ses affirmations l’intervenant a donc attribué la hausse des prix au comportement des hommes : Les investissements dans le domaine du raffinage sont insuffisants et les pays producteurs préfèrent garder leur réserves plutôt que les vendre aujourd’hui car ils anticipent encore une hausse durable (ce que l’on peut considérer au choix comme de la spéculation ou bien comme une marque de sagesse ou peut-être comme les deux).

Tout cela est juste mais relève d’une cause intermédiaire.

Ce que ne veulent pas comprendre les économistes est que ces attitudes ont justement pour origine un manque physique de pétrole (relativement à notre demande qui atteint environ 85 millions de barils par jour). Si le pétrole était durablement abondant (à ce rythme de production), aucun de ces comportements n’aurait de sens et ne serait tenable plus de quelques temps. La tendance haussière n’aurait aucune raison d’exister et ne serait donc pas anticipée.

 

Nous allons manquer de pétrole et les acteurs du secteur le savent beaucoup mieux que les professeurs d’économie (cf. notre article sur la journée Panorama 2008 organisée par l’IFP)

Aucune méthode ne permettra de faire face au manque physique. Dans quelques décennies d’ailleurs la plupart des gisements accessibles requerront pour leur exploitation plus d’énergie qu’ils ne seront susceptibles d’en restituer. Dans ces conditions de rendement négatif le pétrole ne sera jamais rentable, à n’importe quel prix. En cela le raisonnement valable pour d’autres matières premières ne peut être appliqué aux produits énergétiques qui demandent de leur propre matière pour être exploités.

 

Cette déconnexion de l’économie d’avec le monde naturel est source de bien des incompréhensions et risque d’opposer longtemps l’économie à l’écologie.

 

Les réserves de pétrole sont loin d’être infinies, elles sont précieuses et mieux vaudrait les préserver pour des usages où elles sont difficilement remplaçables que de demander leur exploitation plus intensive. Cela ne fera que rendre la crise plus proche et plus brutale et nous laissera moins de temps pour trouver des alternatives.

N’oublions pas qu’à trop suivre certains des concepts chers aux économistes nous arrivons vite à des absurdités, ainsi dans un monde où l’air serait payant nous serions plus riches puisque le PIB augmenterait.

Peut-être l’économie est-elle une chose trop sérieuse pour être laissée aux seuls économistes ?

par Didier BARTHES publié dans : Energie
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Lundi 19 mai 2008

Vive le pétrole cher !

Ainsi commence enfin l’éditorial d’un magazine grand public !

Dans son hors série numéro 154 ( mai - juin 2008), le mensuel Science et Avenir offre un large panorama de la question automobile sous les contraintes croisées de l’écologie et de la future déplétion pétrolière.

On y trouvera quelques éléments sur le rôle de la voiture dans la société et sur le symbole qu’elle constitue, mais on découvrira surtout une excellente synthèse des réflexions sur son avenir.

Le dossier consacré à la voiture électrique dont on annonce le grand retour est fort complet : Autonomie, temps de recharge, fiabilité, politique des flottes, tous les sujets sont abordés.

Les biocarburants comme les voitures hybrides en prennent pour leur grade. Il est vrai que leurs supposés avantages résistent mal à une analyse approfondie. Ces questions d’ailleurs ont été évoquées dans d’autres articles de ce blog et nos conclusions vont dans le même sens (voir, : "Les dérives de la publicité" et "Energies renouvelables: pas de naïveté").

Rappelons aussi que beaucoup de solutions existent déjà. Ainsi le moteur à air comprimé (commercialisé par la société MDI) et la voiture électrique dans son état de développement actuel sont dors et déjà capables de répondre à nombre de nos besoins, la quasi-totalité des déplacements urbains en particulier. Seules les conditions de recharge surtout pour l’électrique sont encore un peu délicates pour les personnes en appartement.

En un mot des articles instructifs qui formeront une bonne base de réflexion pour qui s’intéressent à ces questions.

par Didier BARTHES publié dans : Energie
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Mardi 4 mars 2008
Le mensuel « Science et Vie » publie dans son numéro de mars 2008 une enquête consacrée aux énergies renouvelables (ou vertes). L’étude confirme que les énergies renouvelables ne constituent pas une solution miracle et sont bien loin d’être universellement vertueuses.
 
Ces énergies souffrent de deux handicaps majeurs.
 
-         Si l’on exclut le bois de chauffage en Afrique et l’hydroélectricité (dont la production ne peut être indéfiniment développée) ces énergies (biomasse, vents, marée, solaire, géothermie…) ne représentent et ne pourront représenter à l’avenir qu’une part relativement faible de notre consommation énergétique actuelle (quelques pour-cent) Les politiques d’économies d’énergie ou même la relance du nucléaire porteront sur des montants beaucoup plus importants
 
-         Ces énergies sont loin d’être écologiquement irréprochables. Elles consomment des surfaces gigantesques : La comparaison entre la surface utilisée par une centrale nucléaire (0,2 km2) et la surface nécessaire pour produire de la biomasse qui puisse fournir la même quantité d’énergie (plus de 3 000 km2 soit 15 000 fois plus) est édifiante. Enfin la fabrication des matériaux nécessaires à leur production : béton et acier pour l’éolien par exemple ou panneaux de silicium pour le solaire est loin d’être écologique.
 
Ajoutons aussi une remarque personnelle sur les critiques portées à l’une de ces solutions : la biomasse.
On lui reproche d’entrer en concurrence avec les cultures vivrières, on oublie souvent que les terres réservées à la fabrication de biomasse pour les carburants sont également prises sur les rares espaces naturels encore libres pour la faune et la flore.
Cela souligne bien que domine encore  l’idée selon laquelle la planète est à notre service et que les seuls problèmes sont ceux qui gênent nos productions. Nous retrouvons ici l’utilitarisme de certains écologistes. L’idée que la nature doit être préservée et respectée pour elle même est reléguée  en seconde position . Or cette idée là est la principale, celle qui à notre sens doit sous-tendre toute la démarche écologique. Sans elle nous ferons toujours autant de massacres : fussent-ils peints en vert !
par Didier BARTHES publié dans : Energie
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Mardi 4 mars 2008
L’institut Français du Pétrole organisait jeudi 14 février 2008 dans le cadre des rencontres panorama 2008 une journée consacrée à l’avenir du charbon et aux implications climatiques de la question.
Le temps est bien fini où les écologistes pouvaient caricaturer les professionnels de l’énergie en les accusant de ne rien comprendre aux enjeux du futur. Malgré quelques dénégations publiques le monde de l’énergie connaît très bien les menaces qui pèsent sur l’avenir des réserves fossiles et il ne traite plus les problèmes d’environnement à la légère.
 
La journée panorama 2008 organisée à Solaise par l’IFP (voir le site www.IFP.fr) a confirmé ce point de vue. Plusieurs conférenciers ont fait le tour de la question.
 
Trois grandes lignes se dégagent.
 
-         Bien qu’ils affirment qu’il y a encore beaucoup de pétrole les responsables du monde de l’énergie agissent comme si pétrole et gaz vivaient leur dernier siècle. De toute évidence en 2100 la planète sera passé à d’autres sources.
 
-         Le charbon est la source d’énergie du futur (pour les 150 à 250 ans à venir) ses réserves sont abondantes, bien réparties et en particulier dans les pays consommateurs (à l’inverse du gaz et du pétrole).
 
-         Le charbon pose de grands problèmes écologiques à cause de la forte émission de CO2 qu’entraîne sa combustion.
 
Notons que ces grandes lignes présupposent deux autres données (que nous pensons justes d’ailleurs). L’énergie nucléaire même si elle se développe ne constituera pas une solution majoritaire pour l’ensemble de la planète et les énergies dites renouvelables resteront d’un usage marginal. (bois excepté pour le chauffage et la cuisson dans nombre de pays en voie de développement au moins jusqu’à ce qu’il reste un arbre debout sur la planète).
 
Cette focalisation sur le charbon, si elle atteste de la parfaite conscience des enjeux pose de nombreux problème dont sont bien conscients les industriels.
 
-         Tout d’abord le charbon n’est pas aussi pratique à utiliser que les gaz ou les liquides aussi sous l’appellation CTL (Coal To Liquid) se profile la fabrication à grande échelle de carburants liquides à partir de charbon. Les techniques sont au point même si leur rendement est très moyen et si elles sont très polluantes. Un colloque consacré à ce sujet sera d’ailleurs organisé à Paris en Avril ( www.world-CTL2008.com )
 
-         En second lieu face aux problèmes d’émission de gaz carbonique de nombreuses recherches sont faites sur le stockage du CO2. Rien n’indique que ces techniques seront parfaitement efficaces, elles sont de toute façon coûteuses, elles-mêmes consommatrices d’énergies et à priori réservées aux grandes unités de production (on ne mettra pas un récupérateur de CO2 à l’arrière de nos véhicules).
 

En un mot, on trouve chez les professionnels de l’énergie une bonne connaissance et une bonne conscience des problèmes, hélas, on voit aussi se profiler un avenir bien sombre qui conduira à utiliser toutes les réserves d’hydrocarbures de la planète sans beaucoup de certitudes quant à nos capacités à limiter les conséquences de cette consommation (voir dans ce blog les articles déjà consacrés au charbon).

par Didier BARTHES publié dans : Energie
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Mercredi 13 février 2008
ARTE a consacré mardi 5 février 2008 son début de soirée au conglomérat russe GAZPROM.
Le reportage visait à dénoncer les liens trop étroits de Gazprom avec le pouvoir russe. Cette entreprise gigantesque (elle dispose d’une part appréciable des réserves mondiale de gaz) constitue un véritable Etat dans l’Etat et la collusion avec les autorités pose de nombreux problèmes.
Quoi que bien conçue, l’enquête se montrait finalement assez convenue. Elle présentait cependant, au-delà de son objet principal un autre intérêt trop peu mis en évidence.
En effet, en sus de ces critiques, en partie d’ordre moral, l’entreprise faisait l’objet de nombreux dénigrements de la part des responsables économiques occidentaux. Et là, pas de morale mais un réalisme très immédiat : Gazprom ne ferait pas bien son métier, plus précisément elle n’investirait pas assez dans la recherche et la mise en exploitation de nouveaux gisements de façon à compenser l’inévitable épuisement des sites actuellement en production.
Le monde devra faire face dans les années et les décennies à venir à de terribles défis énergétiques et les responsables occidentaux n’ont d’autres programmes à proposer que : Produisons plus, plus vite, encore plus, encore plus vite.
Bien entendu de telles solutions résoudront très provisoirement les problèmes. Au lieu d’avoir une grave crise dans dix ou vingt ans nous en aurons une encore plus grave dans vingt ou trente ans. En effet, ces nouveaux gisements eux aussi finiront par se tarir.
Et alors que ferons-nous ?
Le manque de recul et de perspectives chez certains analystes est effrayant. La solution au problème de l’épuisement des ressources passe d’abord par une moindre consommation pas par une production provisoirement accélérée.
Il ne sert à rien de tuer la poule aux œufs d’or ! 
 
Entendons-nous bien, il ne s’agit pas ici de défendre Gazprom et de se faire des illusions sur les raisons qui poussent l’entreprise géante à être modeste dans ses investissements. Il serait bien imprudent de jurer que son attitude reflète une grande sagesse et que cette retenue soit destinée à faire durer plus longtemps les réserves. Rien n’indique que Gazprom soit gérée par une bande d’écologistes !
Toutefois les critiques qui lui sont adressées semblent terriblement révélatrices de l’attitude de la majorité des milieux économiques. Le durable n’est pas entré dans les mœurs ! Même si c’est pour de mauvaises raisons, l’attitude de Gazprom n’est peut- être pas la plus mauvaise pour la planète.
 
Enfin, à notre sens un autre malentendu doit être levé.
Les économies d’énergies fossiles sont nécessaires pour faire perdurer la ressource autant que cela est possible. Elles le sont aussi pour limiter la pollution et en particulier les émissions de CO2. Et sur ce point il y a souvent confusion.
Ce n’est pas tant l’économie de pollution à court terme qui doit être limitée, car là aussi il faut prendre du recul. Si dans les 100 ans à venir une quantité donnée de CO2 est rejetée dans l’atmosphère, alors il importe assez peu à la nature qu’elle l’ait été majoritairement dans les 50 premières années et minoritairement dans les 50 suivantes (ce que donnerait une politique de gaspillage) ou au contraire à peu près régulièrement au cours de l’ensemble du siècle à venir (ce que donnerait une politique plus économe aujourd’hui qui préserverait la ressource et donc aussi la pollution un peu plus longtemps).
 L’intérêt de la seconde politique ne réside donc pas dans une moindre pollution puisqu’on arrive à terme à un résultat comparable (et 100 ans ce n’est rien pour la nature). L’intérêt de cette seconde politique c’est de nous donner du temps pour que la société évolue et se fasse (beaucoup) moins gourmande. Il serait alors possible d’éviter un retour généralisé au charbon qui constituerait une véritable catastrophe. (Voir l’article dans ce blog : Charbon : l’avenir noir de la planète.)
par Didier BARTHES publié dans : Energie
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Jeudi 31 janvier 2008
A tous ceux qui pensent qu’à défaut de notre sagesse, c’est le prochain épuisement des gisements pétroliers et gaziers qui nous forcera finalement à réduire nos émissions polluantes, c’est la nature elle-même qui apporte un démenti. Ce démenti s’appuie sur l’ampleur des réserves de charbon que recèle encore notre planète.
Selon les sources, ces réserves représentent de 150 à 250 fois notre consommation actuelle. Le charbon a par ailleurs la bonne idée d’être mieux réparti que le pétrole et de se trouver majoritairement chez ses principaux consommateurs en l’occurrence la Chine et les Etats Unis. Voilà des qualités bien appréciées.
Les réserves dureront-elles pour autant de 150 à 250 ans ? Difficile à dire ! l’avenir de la production n’est pas entièrement écrit. Cependant des signes inquiétants se font déjà jour, selon le magazine Sciences et Avenir (février 2008), la production de charbon devrait croître de plus de 5 % par an jusqu’en 2015 et cette croissance, quoiqu’à un rythme moindre, devrait se poursuivre une bonne partie du 21ème siècle. Notre appétit d’énergie et le remplacement progressif du gaz et du pétrole par le charbon expliquent cette évolution. Ironie de l’Histoire le « vieux » charbon, symbole de la révolution industrielle devrait redevenir la source d’énergie triomphante des années à venir.
Toutefois, aussi importantes soient les réserves, elles seront vite épuisées face à la croissance exponentielle de leur exploitation et les 150 ou 250 ans évoqués devront de ce point de vue probablement être revus à la baisse. Déjà la consommation chinoise a été multipliée par deux entre 2000 et 2006 ! Le pays construit des centrales au rythme de deux à trois par semaine !
A l’inverse, et cela est vrai pour tous les hydrocarbures, la consommation ne pourra se maintenir au même rythme jusqu’à la dernière goutte ou à la dernière tonne. Cela prolongera les choses. Cependant, comme pour le pétrole ce n’est pas l’épuisement ultime qui est important mais le fait que les réserves ne soient plus en mesure de constituer une ressource significative pour la société.
 
Pourtant, ces débats sur la durée physique du charbon passeront probablement au second plan devant la question de l’émission des gaz à effet de serre. De cette question viendra certainement la limitation première à l’usage inconsidéré de cette matière première. Non seulement à énergie produite égale, le charbon est plus émetteur de CO2 que le pétrole ou le gaz, mais sa liquéfaction que l’on évoque de plus en plus pour palier à l’épuisement des hydrocarbures liquides, est fortement polluante. Les Etats Unis comme toutes les puissances industrielles sont hélas très demandeuses de ce procédé qui avait été utilisé par l’Allemagne pendant la seconde guerre mondiale et par l’Afrique du Sud au temps ou elle était soumise à embargo pour cause d’apartheid.
 

Une fois encore, l’avenir est noir pour la planète.

par Didier BARTHES publié dans : Energie
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