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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 06:24

robot-butineur.jpg

 

 

Sous le titre : les Robots Abeilles, la revue Pour la Science  a pésenté dans son numéro d’avril 2013 une étude sur la conception de robots de la taille d’un insecte.

 

 

 

 

 

Les défis à relever sont nombreux. Même miniaturisés, les moteurs habituels des drones sont inopérants; la mécanique, tout autant que la faible disponibilité en énergie s’y opposent. Les mouvements des ailes qui assurent la sustentation et la propulsion sont ici engendrés par des muscles artificiels à base de matériaux piezo-électriques se contractant sous l’application d’un courant. Des dimensions aussi réduites limitent également les capacités de leur électronique et, comme pour les vraies abeilles ou pour d’autres insectes sociaux, il faudra parier sur une forme d’intelligence collective où l’efficacité dépendra plutôt de l’addition et de la synergie entre les comportements individuels que des performances « intellectuelles » propres à chaque machine.  

C’est là une branche particulière de la recherche en robotique que l’on pourrait regarder avec intérêt et sans trop d’inquiétude, si l’article n’évoquait également un usage plus menaçant peut-être encore que les applications militaires ou policières auxquelles nous pourrions songer. Les auteurs, tous professeurs à Harvard, évoquent, semble-t-il le plus sérieusement du monde, la possibilité pour de tels robots de se substituer aux abeilles et même à l’ensemble des insectes polinisateurs aujourd’hui fortement menacés.

Un tel projet signe évidemment une confiance absolue dans la technologie et marque surtout la volonté de l’Homme de se substituer à la nature pour assurer la permanence des équilibres écologiques.  

L’hypothèse Gaïa développée par James Lovelock avait démontré combien la vie avait participé elle-même activement et sur plusieurs milliards d’années aux conditions de sa propre durabilité via le maintien dans des limites acceptables de facteurs aussi déterminants que la température, l’humidité, la densité et la composition atmosphérique ou même la salinité des océans. Certains mécanismes, tels par exemple  l’émission de Sulfure de Diméthyle (1) que Lovelock étudia dans les années 70 illustrent à merveille la complexité et la variété des principes et des rétroactions en cause.

Que l’Homme, dont l’activité a jusqu’à présent conduit à détruire ces équilibres ait pour ambition d’en devenir le maître ou, au moins le gestionnaire, tient de l’incroyable. C’est le pire des cancres qui exige de représenter son établissement au Concours Général !

Cette ambition marque surtout un manque de recul  des scientifiques sur leur propre domaine d’activité qu’ils parent imprudemment de trop de pouvoirs. Avant d’envisager et même simplement d’évoquer publiquement de telles évolutions, un roboticien devrait s’enquérir auprès des biologistes de l’extraordinaire complexité du monde vivant (2). Une simple lecture des livres de Jean-Marie Pelt, pour rester dans la seule vulgarisation, mettrait en évidence l’impuissance fondamentale des robots à ressembler sérieusement à quoique ce soit de vivant. Leur manque d’autonomie, tant énergétique que décisionnelle, sans parler même de la reproduction,  devrait ranger ce genre de propositions au rayon de la science-fiction, amusantes certes, mais non réalistes.

Hélas, cette confiance aveugle de l’Homme en ses propres capacités s’apparente à un mouvement plus vaste encore de fuite en avant où, face aux contraintes qui se profilent nous cherchons tout et n’importe quoi pour repousser les limites du monde  auxquelles nous nous heurtons. Manger des insectes, faire le pari de la fusion nucléaire, surdensifier nos villes, partout nous nous sommes prêts à tout sacrifier : notre culture, notre bien-être, la simplicité de vie dans une aveugle fuite en avant. Nous cherchons à toute force des solutions complexes en oubliant que l’ordre de grandeur d’un problème constitue un composant essentiel de sa nature. Réduisons la taille de nos problèmes. A long terme, seule la décroissance économique et surtout démographique offrira une porte de sortie. L’Homme veut jouer à Dieu quand l’Histoire ne semble lui accorder que quelques prédispositions à imiter le Diable.

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Pour la Science numéro 426avril 2013, p 64 à 71 : Les robots abeilles, article de Robert Wood, Radhika Nagpal et Gu-Yéon Wei.

Une vidéo du vol. Le robot a encore un fil à la patte.

Une vidéo sur la fabrication de ces robots (en anglais).

(1) James Lovelock mis en évidence le rôle prépondérant de l’émission de Sulfure de Diméthyle par l’océan (via le phytoplancton) dans le cycle planétaire du Souffre. Ce cycle ayant lui-même un rôle déterminant dans la régulation climatique. Le résultat de ces études est aujourd’hui connu sous le nom d’hypothèse CLAW.

(2) Probablement l'ont ils faits et sont-ils d'ailleurs  conscients des problèmes. Le pire est alors que malgré cela, l'hypothèse d'une telle substitution (même à long terme) puisse-t-être évoquée. Cela signifie que le mouvement de fuite en avant n'est absolument pas perçu. 

 Voir également dans ce même numéro un article très documenté relativisant le rôle du Gulf Stream dans la douceur du climat Ouest Européen (Le rôle controversé du Gulf Stream, p 36 à 41,  par Stephen Riser et Susan Lozier).      

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Published by Didier BARTHES - dans Technologie
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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 12:24

Depuis sa création en 2009, ce statut dérange. Sa simplicité et sa souplesse prennent à rebours nos traditions, où une entreprise est une entreprise et un emploi un emploi, avec tout ce que cela implique en matière administrative. Être auto-entrepreneur, c'est pouvoir disposer de sa structure en toute autonomie tout en y travaillant à son gré en fonction de ses possibilités et de ses contraintes, le tout sans être écrasé par les soucis administratifs et par des charges fiscales et sociales décorrélées des revenus générés. Comme le dit cet handicapé devenu auto-entrepreneur : « Parce qu'aucune entreprise ne recrute de personnes dans ma situation, ce statut m'a permis d'une part de retrouver une place réelle dans la société, d'avoir une activité, sans nécessité d'avoir un capital de départ fondant dans des charges injustifiées avant même de pouvoir commencer à travailler, et par ailleurs de pouvoir m'arrêter périodiquement lors de mes phases de soins me maintenant à domicile dans la plus complète indisponibilité physique sans avoir à payer encore des charges pour entretenir un système capable de vous faire payer des impôts quand vous n'avez pas ou plus de revenus. C'est aussi simple que cela. »  

On le voit, ce statut n'est pas seulement un statut transitoire pour favoriser l'éclosion de nouvelles entreprises, une structure-couveuse en somme, un outil d'amorçage économique qui fait que certains auto-entrepreneurs se qualifient eux-mêmes de poussins, mais aussi un moyen de participer à la vie économique et sociale pour bien des particuliers qui ne rentrent pas dans les cadres classiques, que ceux-ci soient ceux du salariat ou de l'entreprise. Parce que ces particuliers ne disposent pas du temps de travail disponible nécessaire pour faire tourner régulièrement une structure artisanale ou commerciale standard, c'est-à-dire 50 ou 60 heures par semaine, bien loin des 35 heures des salariés ; parce que ces particuliers n'ont pas pu trouver leur place sur le marché du travail salarié et ne voient pas d'embellie à l'horizon ; ou parce que ceux-ci n'ont pas et n'auront jamais les moyens d'investir suffisamment dans une structure entrepreneuriale solide, et que l'équilibre économique de leur activité suppose de n'employer au mieux que les moyens dont ils disposent déjà dans leur vie privée, souvent un simple bureau ou un garage et un ordinateur connecté.

Bref, le statut d'auto-entrepreneur est un statut pérenne pour nombre de particuliers, quelque chose d'un peu bricolé et léger dans un monde verrouillé, et qui leur permet de vivoter économiquement sans être une charge pour la collectivité. Le statut d'auto-entrepreneur, en fait, c'est le pendant du micro-crédit lancé par Muhamad Yunus dans les pays pauvres, mais adapté à nos sociétés économiques avancées. Pourquoi ce qui est tant encensé par nos élites  pour les pays pauvres ou en développement ne serait chez nous qu'un sous-statut à réduire au plus vite, uniquement perçu comme un facteur potentiel de concurrence déloyale vis à vis d'acteurs mieux installés ? D'abord la comparaison entre un pays riche avec une économie reconnue comme appartenant au petit cercle des pays dominants la scène mondiale depuis plusieurs siècles, et des pays pauvres considérés comme arriérés économiquement n'est pas flatteuse, et surtout cette comparaison trouble les belles âmes qui croient encore à la capacité de notre société industrielle avancée à offrir un travail payé correctement et encadré par un droit social protecteur à tous ceux qui le veulent vraiment. Reconnaître un statut pérenne d'auto-entrepreneur pour une activité principale durable, c'est de fait admettre que notre société ne peut plus proposer pour tous ses agents économiques un statut normal comme la société de progrès l'a longtemps porté, et que le temps de la débrouille individuelle est advenu. Un aveu d'échec en somme, au moins pour tous ceux qui ont soutenu et soutiennent encore que « nos enfants vivront mieux que leurs parents », dans la logique de la société de croissance à laquelle ils adhèrent idéologiquement. Dans ce cadre, la révolte des auto-entrepreneurs contre la réforme envisagée par Sylvia Pinel, la ministre de l'Artisanat, sonne comme une irruption du réel brisant leur croyance : comment admettre que des gens se battent pour défendre durablement un sous-statut peu protecteur alors que des lendemains toujours meilleurs les attendent à condition de faire preuve d'un peu de patience ?

Derrière ce débat qui peut sembler idéologique, n'oublions pas qu'il y a des hommes et des femmes qui ont pu choisir ce statut pour exercer par exemple un métier de service lié au secteur du bâtiment (1), après s'être retrouvés au chômage à la suite d'une longue expérience salariale. Et qui demain devrons arrêter leur activité après deux années d’exercice comme le prévoit la réforme,  sans pour autant retrouver leurs anciens droits de chômeur. Des femmes et des hommes 'plantés' par la réforme prévue et que les dispositifs mis en place par l'actuel gouvernement comme les emplois d'avenir (pour les jeunes) ou les contrats de génération (pour aider les seniors à rester en place) ne concernent pas. Comme si le fait de se débrouiller soi-même en comptant sur son propre travail, sans se rendre dépendant d'aides distribuées par la collectivité, constituait une audace qui devait être punie.  

Il y a plus grave encore. Ceux qui pensent que notre société de croissance n'a pas d'avenir et devrait opérer très vite un sévère virage vers une société matériellement pauvre et culturellement riche, se doutent bien que cette transition ne pourra se faire sans soubresauts sociaux et économiques d'une ampleur difficile à imaginer. Soubresauts d'autant plus forts que ce choix de la sobriété n'a pas été fait dans les années soixante-dix à un moment où ladite transition eut été plus facile à opérer avec une population moins nombreuse, moins urbanisée et moins addicte aux facilités de la consommation industrielle, et sur une planète moins abimée. Dans le cadre de ce virage nécessaire bien que rempli de fortes incertitudes, tout ce qui peut encourager la résilience des individus et de leur famille ou de leur cercle proche, au plus près de leurs capacités d'auto-organisation, sans surcharger des structures centralisées qui risquent vraisemblablement d'être saturées jusqu'à en disparaître ou à s'effondrer, doit être protégé et amplifié. C'est pourquoi il faut aujourd'hui défendre et même améliorer ce statut d'auto-entrepreneur, ce statut qui peut être demain un outil petit mais bien utile dans la migration écologique qui nous attend.  

_________________________________________________________________________________ 

1: Le projet de réforme est de facto difficile à suivre ; si l'idée initiale était semble-t-il de limiter le statut à 2 ans en faisant objectivement le choix d'un outil non pérenne seulement utile au démarrage d'entreprises, les déclarations de Jean-Marc Ayrault le 31 mai 2013 laissent entendre qu'il s'agirait de seulement circonscrire le principe d'une durée limitée à 2 ans aux seules auto-entreprises du bâtiment afin d'éviter une concurrence dénoncée par les syndicats d'artisans. Il n'en demeure pas moins qu'il s'agit là d'une restriction importante, ce secteur étant privilégié par les auto-entrepreneurs. Restriction d'autant moins comprise que les "67 000 auto-entreprises actives dans la construction génèrent un chiffre d'affaires de 847,5 millions d'euros, soit 0,7 % du chiffre d'affaires des entreprises du bâtiment de moins de 20 salariés, ou 1,1 % des entreprises artisanales du bâtiment", énonce le rapport publié en avril 2013 de l'inspection générale des finances et de l'inspection générale des affaires sociales. Dans quelle mesure ce choix de s'attaquer aux auto-entreprises du bâtiment n'est-il pas aussi retenu afin d'éviter de s'interroger sur les mesures à prendre pour donner aux artisans du secteur de la construction-rénovation les conditions d'un exercice serein de leurs métiers ?

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Published by Jean Bruguier - dans Economie
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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 18:04

La presse commence à l'évoquer (1), pour la première fois, certaines mesures ont, ou sont sur le point, de révéler un taux de 400 parties par millions  de CO2 dans l'atmosphère. Du fait de la saisonalité  du phénomène (graphique 6)  et de la variabilité géographique des mesures, ce taux n'est pas encore définitivement acquis, mais il deviendra bientôt la norme, et nous pouvons parier que ce siècle connaîtra les 500 puis peut-être les 600 ppm. De 1980 à 2010, le gain à été d'environ 1,7 ppm par an ce qui correspond à une augmentation séculaire de 170 ppm. Cette seule augmentation est supérieure à la moitié du taux préindustriel. 

On estime en effet que jusqu'aux années 1800,  le gaz carbonique composait l'atmopshère à hauteur d'environ 280 parties par millions. Plus précisément, la proportion de ce gaz aurait oscillé entre 200 et 280 ppm au cours des 400 000 dernières années (graphique 1). En seulement deux cent ans, notre omniprésence et l'explosion de nos activités auront donc augmenté  cette proportion d'environ 43 % ! La poursuite de la croissance démographique - l'humanité devrait gagner encore environ deux milliards de représentants d'ici 2050 et trois d'ici 2100 - mais aussi  le développement de nombreux pays émergents, la Chine et l'Inde en tout premier lieu, favoriseront évidemment l'évolution en cours.
Vous trouverez ci-dessous quelques tableaux et graphiques donnant une image de ces variations sur différentes échelles de temps. Pour la première fois, une espèce modifie significativement la composition atmosphérique de notre planète. Les conséquences climatiques en sont encore débattues, mais l'hypothèse d'un réchauffement non négligeable fait aujourd'hui presque l'unanimité.
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1 :  Evolution du taux de CO2  sur longue période  

    Variation des teneurs de l'atmosphère en gaz carbonique sur les 400 000 dernières années (forage de Vostok) Petit & al, Nature, juin 1999 (disponible sur le site Manicore)

  CO2 sur longue période________________________________________________________________

 2 :  Evolution du taux de CO2
 au cours des dernières années
    
    (au Mauna Loa)
Tableau des valeurs moyennes
Données en ppm pour l'année commençant chaque décennie et croissance par rapport au début de la décennie précédente.
 


  1960  : 316,91 ppm
  1970  : 325,68 ppm (+   8,8 ppm soit + 2,8 % par rapport à 1960)
  1980  : 338,68 ppm (+ 13,0 ppm soit + 4,0 % par rapport à 1970)
  1990  : 354,16 ppm (+ 15,5 ppm soit + 4,6 % par rapport à 1980)
  2000  : 369,40 ppm (+ 15,2 ppm soit + 4,3 % par rapport à 1990)
  2010  : 389,78 ppm (+ 20,4 ppm soit + 5,5 % par rapport à 2000)
                                     

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  3 :  Graphique de l'évolution du CO
2 sur cinquante ans.
          (au Mauna Loa)
 
Courbe rouge :  données brutes 
Courbe noire  :  données désaisonnalisées
  CO2 longue période avril 2013 _________________________________________________________________________________________________        
  
 4 :   Evolution de la croissance moyenne annuelle du CO2 sur 50 ans
       (au Mauna Loa) 
Barres verticales bleuesDonnées annuelles
Traits noirs horizontaux : Moyennes sur la décennie
   
croissance-moyenne-depuis-50-ans-avril-2013.pngAprès une pause au cours de la décennie 1990 (pause qui n'a en rien abaissé le taux de CO2 dans l'atmosphère mais en a simplement ralenti le taux de croissance), on observe une forte reprise de l'évolution, puisqu'au cours de la décennie 2000, le taux de croissance du gaz carbonique dans l'atmosphère est reparti à la hausse et bat tous les records avec une progression moyenne d'environ 2 ppm par an, soit 20 ppm par décennie.
   
_________________________________________________________________________________________________

 

 5 :  Evolution du nombre de ppm sur la dernière décennie

          (au Mauna Loa)  

 

Années nb de ppm croissance (*)        

Années

nb de ppm croissance (*)
                             
  2000 369,52   + 1,62     2007   383,76   + 2,20
  2001 371,13   + 1,58     2008   385,59   + 1,62
  2002 373,22   + 2,53     2009   387,38   + 1,88
  2003 375,77   + 2,29     2010   389,85   + 2,42
  2004 377,49   + 1,56     2011   391,57   + 1,94
  2005 379,80   + 2,52     2012   393,82   + 2,66
  2006 381,90           + 1,76                                              

(*) Le nombre de ppm pour chaque année correspond à la valeur moyenne de l'année considérée. La croissance (toujours en ppm) correspond à celle publiée par l'ESRL entre le 1er janvier de l'année et le 1er janvier de la suivante. La croissance entre les deux valeurs moyennes annuelles peut être différente de la croissance consatée entre deux premiers janvier, voici pourquoi on ne passe pas d'une année à l'autre en ajoutant la valeur de la croissance ici indiquée.
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   6 :  Evolution sur les cinq dernières années      
         Au mauna Loa (premier graphique) puis globalement sur la planète (second graphique)   
Courbe rouge : données brutes
Courbe noire : données désaisonnaliséesCO2-sur-5-ans-janvier-2013-version-2.png
CO2 5ans avril
La saisonnalité de l'évolution est ici bien  visible et justifie l'établissement de courbes désaisonnalisées (courbes noires). Ces graphiques confirment que globalement nous allons très prochainement atteindre au moins provisoirement le seuil symbolique des 400 ppm . En avril 2013,  le dernier relevé mensuel publié par l'ESRL donnait 398,40  ppm ! (pour 396,18 ppm l'an dernier, à la même période).
Cette saisonalité est liée au rôle prédominant de l'hémisphère nord dans l'émission de CO2, principalement au cours de  l'hiver. On voit d'ailleurs que le pic a lieu quand l'hiver est fini, c'est à dire,  en avril-mai  et que tout le gaz carbonique que nous avons émis en hiver s'est accumulé sans avoir encore été suffisamment absorbé par la croissance de la végétation. En été au contraire, la moindre consommation de l'hémisphère nord et la poussée de la végétation font provisoirement redescendre les courbes. L'hémisphère sud, moins peuplé, et moins arboré, car principalement maritime, participe plus faiblement à ce mécanisme saisonnier.
Au rythme actuel de progression du CO2, il faut environ cinq ans pour que le pic le plus bas de l'année atteigne le niveau de ce qui fut le pic le plus haut.  On peut donc estimer que dans cinq ans les 400 ppm consitueront notre quotidien.
   
Cette augmentation graduelle du taux de CO2  peut être visualisée via cette animation fort pédagogique. 
 
(1) :  Voir par exemple les articles des Echos de Libération ou de Futura Environnement. voir aussi l'émission C dans l'air du 20 mai 2013 .
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Sources : Les tableaux et graphiques reproduits ici (sauf le premier)  proviennent de l' ESRL (Earth System Research Laboratory) et sont librement consultables sur ses excellents sites. L'ESRL est un laboratoire de recherche du NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) La plupart proviennent de mesures réalisées depuis 1958  sur le volcan Mauna Loa à Hawaï, au coeur du Pacifique, et donc loin de toute concentration humaine ou industrielle significative. 
Les chiffres de la dernière année peuvent être soumis à quelques réajustements. Il ne faut donc pas les considérer comme définitifs même si, bien sûr, ces réajustements ne sont pas susceptibles de changer les ordres de grandeur.
   
Les principaux éléments de cet article sont repris dans une page fixe de ce site : Les chiffres clefs du CO2, page qui est et sera mise à jour au fur et à mesure  de la disponibilité de nouvelle statistiques.   
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Published by Didier BARTHES - dans Climat
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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 18:04

Quelle serait la population mondiale optimale ? Voilà une interrogation qui surgit inévitablement si l’on considère la maîtrise de notre démographie comme l’une des conditions sine qua non de la sauvegarde des équilibres écologiques. Quel est le meilleur niveau pour la population mondiale ?

Un tel optimum ne peut être défini qu’en relation avec un certain nombre d’objectifs et de modalités préalablement reconnus : Un optimum pour quoi faire ? Un optimum pour qui ? Un optimum à quelle échéance ? Un optimum à quel stade de développement technologique ? Faute de réflexion sur ces points, l’interrogation comme la réponse resteront vaines.     

Un optimum pour quoi faire et pour qui ?    

La durabilité  des équilibres écologiques comme de l’humanité peut être considérée comme le but ultime. Pour l’Homme il s’agit d’un objectif plus ou moins conscient et en tout cas sous-jacent à toutes nos activités. L’humanité peut en effet difficilement envisager un objectif qui aille à l'encontre de sa durabilité.  En ce sens, tous ses autres buts sont soumis à cette contrainte de maximisation de la durée. Toute autre règle viserait en réalité à organiser notre propre disparition. Notons qu'une difficulté particulière surgit pour l'humanité : l’évolution, d'ailleurs bien mal engagée pour notre espèce qui ne se soumet pratiquement plus à aucune forme de sélection naturelle, conduira à modifier l'espèce elle-même. Pourra-t-on encore parler d'humanité si nos formes et nos capacités deviennent très différentes de ce qu'elles sont aujourd'hui ?

La nature, de son côté, ne vise aucune réalisation particulière, ce sont les mécanismes d’adaptation permanente qui permettront de repousser aussi loin qu’il se pourra la fin de la vie sur Terre. Pour elle, d’une certaine façon, l’objectif est et sera atteint sans avoir été pensé. Stricto sensu, c’est un résultat obligé plutôt qu’un but. Admettre le contraire viendrait à donner dans le finalisme ou en tout cas supposer une intentionnalité au monde naturel, ce à quoi d’ailleurs conduisent certaines interprétations, à mon sens discutables, de la célèbre hypothèse Gaïa développée par James Lovelock (*).

Nous pouvons donc définir les conditions de l’optimum de la façon suivante : Permettre à la nature et à l’homme de vivre en harmonie aussi longtemps que les conditions astronomiques, climatiques et géologiques l’autoriseront. Il s’agit d’un cadre un peu vaste, mais les points suivants le préciseront.

Un optimum à quelle échéance ?  

Il est raisonnable de considérer qu'à très long terme : 20, 50, 100 millions d'années, tout est égal. Pas égal au sens où nos actes d'aujourd'hui n'auraient aucune conséquence sur le futur très lointain (la disparition des espèces que nous provoquons fera que la faune sera à jamais différente de ce qu'elle aurait été sans nous), mais égal au sens où il est impossible de dire à de telles échéances si la situation sera meilleure ou pire qu'elle n'aurait été sans notre présence alors passée.

L'exemple de l’astéroïde qui, il y a 65 millions d'années,  élimina les dinosaures est instructif. Ce fut presque la pire catastrophe écologique que l'on puisse  envisager puisque, suite au choc, toute la grande faune fut éliminée du fait du changement climatique et de ses conséquences notamment sur la végétation.  Et pourtant, quelques dizaines de millions d'années plus tard, tout allait pour le mieux, la faune et la flore étaient sans doute notablement différentes de ce qu'elles auraient été sans cet accident, mais elles n'étaient pas moins développées et pas moins riches de diversité.

Même si nous savons que nous souffrons dramatiquement de "court termisme", il n’y a, de façon générale, aucun sens à faire des prévisions à trop longue échéance. Pour les hommes, les tourments de l’Histoire excluent même une prospective sérieuse sur quelques milliers d’années. Proposons donc un moyen terme et envisageons un optimum pour dans 500 ans, cela est suffisamment éloigné pour permettre des évolutions démographiques raisonnables ne supposant pas d’effondrement (ce que la Nature ou l’Histoire hélas, ne nous épargneront sans doute pas).

Un optimum à quel niveau de technologie ?  

Si, compte tenu de notre impact actuel, certains pourraient être tentés de dire que seule une Terre sans hommes est susceptible de préserver ses équilibres écologiques, il faut reconnaître qu’avec un bas niveau de technologie, certaines sociétés pré-néolithiques pouvaient être considérées comme parfaitement intégrées et les hommes comme des prédateurs comme les autres. Attention toutefois, il faut remonter pour cela assez loin et avec des effectifs beaucoup plus faibles qu'aujourd'hui car il parait bien que l'humanité puisse être tenue pour responsable de la disparition de la mégafaune qui peuplait encore la planète il y a 30 ou 50 000 ans. Cela semble très net en Amérique du Nord et en Eurasie. Nos célèbres mammouths et autres ours ou lions des cavernes firent probablement les frais de notre présence sur ces deux continents.

Il semble toutefois exclu de retourner à l’âge de pierre tout autant qu’il l’est de parier sur une éternelle fuite en avant technologique qui supposerait une disponibilité en énergie tout à fait considérable et qui éloignerait toujours plus l’homme de ses origines. Aussi, comptons sur des technologiques comparables à celles qu’aura  connue l’humanité disons entre l’an 1950 et l’an 2050. Cette situation permet tout à la fois d’englober une situation où l’homme était encore proche de la nature (une fraction importante de l’humanité vivait à la campagne et dépendait très directement du travail agricole en 1950) et de prendre en compte la disponibilité de certaines technologies, l’informatique notamment Attention toutefois sur ce point l’informatique est très dépendante d’une industrie lourde (métaux, énergie…) dont rien ne prouve qu’elle sera durable.  

L’interrogation étant précisée, les critères étant retenus et leurs valeurs plus ou moins cadrées : quelle population retenir pour dans 500 ans, pour une humanité vivant sur des conditions technologiques comparables à celles d’aujourd’hui et se donnant pour objectif de ne pas obérer son avenir et de durer aussi longtemps que faire se peut ?  

Le débat est ouvert, je propose pour ma part, avec je l’admets, une large part d’arbitraire, une population d’environ 200 millions d’habitants sur la planète.  

A beaucoup, ce chiffre apparaîtra excessivement faible. C’est pourtant grosso modo le niveau de peuplement mondial entre l’époque de Jésus-Christ et l’an 1000 ce qui montre la durabilité d’un tel  état démographique. C’est également un effectif très supérieur à ce qu’à connu notre espèce tout au long de son histoire. Rappelons qu’il y a 10 000 ans nous étions seulement de 5 à 10 millions sur l’ensemble de la planète. De tels effectifs permettraient de laisser de vastes espaces à la nature où les processus de sélection et d’adaptation pourraient alors librement se dérouler. Cela permettrait également dans les zones habitées de disposer de densités de peuplement suffisamment faibles pour ne pas couper les humains de leur milieu. Notons également que techniquement, atteindre de tels niveaux de population suppose en cas d’évolution régulière une baisse annuelle de la population de 0,7 %  à comparer à la croissance d’environ 1,2 %  que nous connaissons actuellement. Une telle vitesse d’évolution semble raisonnable et ne conduit ni à un dépeuplement trop rapide ni à une pression trop forte sur les couples pour leur imposer une fécondité très basse. Ces résultats pourraient être obtenus en maintenant une fécondité comprise entre 1,5 et 1,8 enfant par femme en moyenne (pendant la période de transition, ensuite, la fécondité pourrait évidemment remonter à 2).

Dans le même temps  200 millions constituent un « volume d’hommes » suffisamment important pour bâtir des civilisations et connaître une évolution notable. Les égyptiens de l’antiquité, les grecs, les romains, mais aussi plusieurs grandes civilisations asiatiques et amérindiennes ou africaines ont vécu sur une Terre présentant un peuplement comparable.

Bien entendu, il ne s’agit là que d’un petit exercice intellectuel qui simplifie outrageusement les choses en tablant sur une évolution régulière, ce que l’Histoire a bien rarement connu sur de telles périodes. D’ailleurs, hélas, nombreux sont aujourd’hui les chercheurs qui tablent sur un effondrement écologique et civilisationnel à l’horizon 2050. La question, pourtant non négligeable, des moyens d’une telle politique n’est pas non plus évoquée ici. Mais comme dans tout exercice, la réflexion sur l’énoncé et sur le pourquoi des critères à retenir importe plus que le résultat.  

Alors, quel est votre avis ? Quels effectifs suggéreriez-vous pour l’humanité ? Et pour quelles raisons ? N’hésitez pas à enrichir le débat via les commentaires.

_______________________________________________________________________________________________   

(*) La Terre est un être vivant : L’hypothèse Gaïa, James Lovelock, 1979 (traduction française 1993, éditions Flammarion).

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 16:44

Le Conseil constitutionnel vient de censurer la loi créant des tarifs progressifs de l'énergie. Ce texte porté par le député PS François Brottes, qui prévoyait un «bonus-malus» pour le gaz et l'électricité et devait constituer un premier pilier de la transition énergétique, avait été voté le 11 mars dernier par l'assemblée nationale.  

Le Conseil a relevé notamment que les dispositions relatives au « bonus-malus » dans les immeubles collectifs pourvus d'installations communes de chauffage étaient contraires au principe d'égalité. « Ces dispositions n'assuraient pas que les conditions de répartition du « bonus-malus » soient en rapport avec l'objectif de responsabiliser chaque consommateur domestique au regard de sa consommation d'énergie », indique le communiqué du Conseil constitutionnel diffusé le 11 avril.      

Malgré la déception de Delphine Batho, ministre de l'Écologie, disons-le tout net, cette censure est une bonne chose.      

D'abord cette loi produirait de l'injustice.

En se basant sur l'adresse (pour le climat), le mode de chauffage et le nombre de personnes par logement, elle oublie la complexité de la vie (1) .

Il y a les personnes âgées ou malades qui ont souvent besoin d'avoir un peu plus chaud et qui, trop pauvres pour partir en vacances, occupent leur logement 100 % du temps contrairement aux bourgeois-bohèmes qui profitent au maximum de leurs week-ends, de leurs congés et de leurs RTT pour s'aérer loin de leur domicile. Mettre sur le même plan un jeune couple déjeunant au restaurant de leur entreprise, dînant souvent en ville et absent plus de 100 jours par an, et un couple âgé vivant en permanence dans son logement, est-ce cela la justice ?

Il y a le locataire prisonnier d'un mode de chauffage collectif qui serait 'responsabilisé' par un malus bien qu'il se trouve dans l'impossibilité de maîtriser quoi que ce soit, comme l'a bien vu le Conseil constitutionnel.

Il y a la vieille dame qui a perdu son mari et qui souhaite continuer à habiter dans le logement où elle a ses habitudes. Devrait-elle déménager pour éviter d'être stigmatisée comme mauvaise citoyenne consommant désormais plus que son dû ?

Il y a les parents qui ont vu partir leurs enfants mais continuent à les recevoir régulièrement, s'occupent de leurs petits enfants pendant les vacances scolaires, et hébergent pendant l'hiver leurs vieux parents en augmentant un peu le chauffage car ils sont devenus frileux. Peu importe, la loi ne considérera que leurs 2 personnes et les pénalisera.

Il y a ces retraités qui vivent à temps à peu près égal en ville et à la campagne et reçoivent de la famille ou des amis pendant les vacances. Eux aussi seront donc des français malussés car les résidences secondaires seront concernées avec un volume de base fixé à la moitié de la consommation annuelle d'une personne seule.

Il y a cet occupant qui, trop âgé ou malade, ne peut physiquement plus alimenter son poêle à bois enregistré comme mode de chauffage et a recours à des radiateurs électriques qui auparavant ne servaient qu'en appoint. Doit-il lui aussi être montré du doigt et financièrement sanctionné, avec un volume de consommation devenu tout à coup non-vertueux ?

Il y a aussi ces propriétaires qui louent en meublé une partie de leur domicile pour augmenter un peu leurs revenus ; cela non plus n’est pas prévu, les occupants occasionnels n'étant pas pris en compte, les propriétaires seront considérés comme devant être taxés.  

Ensuite cette loi  pénaliserait les comportements écologiques.

Ceux qui refuseront pour toute leur famille les aliments prêts à consommer et feront le choix d'utiliser leur cuisine comme un lieu de transformation d'éléments nutritifs de base verront forcément leur consommation énergétique augmenter. Cuire son pain, faire ses yaourts et son fromage, laisser mijoter un pot au feu pendant 4 heures, autoproduire ses confitures, tout cela représente une dépense d'énergie dont s'exonère le consommateur de produits tout faits proposés par l'industrie agro-alimentaire. Peu importe que cette production relocalisée au plus près des besoins évite le gaspillage et favorise une alimentation saine, ce sont ceux qui feront ce choix de faire eux-mêmes la cuisine qui seront considérés comme devant être « accompagnés » (2) , étant ainsi placés dans une logique de tutorat dont on ne sait pas où elle finira.

Ceux-ci aggraveront leur cas s'ils choisissent de passer leurs vacances dans leur petit biotope à eux en recevant des amis. Tout ceci augmentera leur consommation alors qu'un ou deux beaux voyages en avion pendant quelques semaines au bout du monde  impacteraient à la baisse les dépenses énergétiques visées par la loi. Et n'imaginons même pas que cette famille ait acquis une voiture électrique rechargeable, ce cas n'a pas été prévu non plus.

Si l'idée de faire payer plus chère l'énergie à ceux qui en consomment trop n'est a priori pas stupide, elle se révèle vite impraticable (3) et contre-productive dans le cadre actuel. Ne tenir compte que de l'électricité et du gaz, en oubliant les autres sources d’énergie comme le fuel, induit un contrôle social sur certains citoyens et en exonère d'autres. Pourquoi stigmatiser celui qui consommera officiellement un peu trop de gaz et laisser le voisin brûler du fuel autant qu'il en veut pour chauffer une piscine ouverte ?    

Plus grave, en refusant de tenir compte de l'ensemble de l'énergie consommée, de façon directe au domicile comme indirecte à travers l'énergie incorporée dans les biens et les services utilisés, le système mis en place favorise tous les comportements de « passager clandestin » bien connus des économistes, et renforce les externalités négatives, comme on a pu le voir à travers les exemples précités.  

Il faudrait alors poursuivre dans la logique qui anime cette loi et perfectionner celle-ci en imaginant un système global enregistrant tous nos actes de consommateur et leur attribuer un poids énergétique pour être plus juste et plus efficace. Un tel Big Brother est-il possible ? Est-il seulement souhaitable ? Transformer l'écologie en jeu de flicage permanent et en moyen de culpabilisation des citoyens est peut-être une tentation, elle n'est en tout cas pas un projet de société, sauf à dessiner en creux le monde dont nous ne voulons pas.  

___________________________________________________________________________________________________

1: Au rebours de ce qu'énonce François Brottes, auteur du texte de loi : « Le système simplifié de bonus-malus prend en compte la réalité particulière de chaque ménage (situation climatique, nombre de personnes et mode de chauffage) » in le Figaro, Le bonus-malus sur les tarifs de l'énergie appliqué en 2015, Fabrice Nodé-Langlois, le 17.01.2013. Derrière cette affirmation que démentent les exemples avancés plus loin, que se cache-t-il ? Un mensonge pour mieux faire passer son texte ? Une vision simpliste et unidimensionnelle de la société et de la façon dont nous vivons ? Ou bien le mépris d'un politique pour la vie réelle des gens ? En tout cas, cette façon de faire ne peut qu'éloigner de l'écologie des personnes au départ bien disposées, qui seront amenées à ne voir à travers celle-ci qu'un moyen en apparence un peu plus légitime pour leur chercher 'des poux dans la tête'. Mais il y a dans tout cela une logique de contrôle, de bureaucratisation et de croyance en la transparence de la société qui ne peut qu'inquiéter tous ceux qui n'ont pas oublié les dérives totalitaires que la pensée socialiste a accompagnées.    

2: « Les consommateurs concernés par le malus seront rapidement identifiés pour qu’on puisse les accompagner » comme le déclare François Brottes, le député socialiste à l'origine de la loi sur les tarifs de l'énergie. Cf. Adrien Gaboulaud, Ce que va changer la loi sur les tarifs de l'énergie, in Parismatch.com,  mardi 12 mars 2013.    

3: Il est toujours facile de dénoncer … mais rappelons que d'autres solutions avaient été explorées, comme la taxe carbone ou plus simplement une augmentation annoncée et régulière du coût des énergies mises à disposition des particuliers, à charge pour ceux-ci de s'organiser en gérant au mieux le signal prix (avec une aide pour les plus précaires).  

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 10:04

Si l'écologie se prétend une idée neuve, l'amour de la nature est bien plus ancien. Jean-Baptiste de Lamarck l'avait exprimé à merveille, mais les savants n'épuisent pas la connaissance du monde, les poètes aussi ont des choses à nous dire, et ils n'ont pas attendu. Ainsi au XVIème siècle, Pierre de Ronsard demandait déjà pitié pour les arbres:

 

 Ecoute, Bûcheron, arrête un peu le bras.

 Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;

 Ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force

 Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?

 

 Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur

 Pour piller un butin de bien peu de valeur,

 Combien de feux, de fers, de morts et de détresses

 Mérites-tu, méchant, pour tuer nos déesses ?

 

 Forêt, haute maison des oiseaux bocagers !

 Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers

 Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière

 Plus du soleil d'été ne rompra la lumière.

 Plus l'amoureux pasteur sur un tronc adossé,

 Enflant son flageolet à quatre trous percé,

 Son mâtin à ses pieds, à son flanc la houlette,

 Ne dira plus l'ardeur de sa belle Janette.

 

 Tout deviendra muet, Echo sera sans voix ;

 Tu deviendras campagne, et, en lieu de tes bois,

 Dont l'ombrage incertain lentement se remue,

 Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue ;

 Tu perdras le silence, et haletants d'effroi

 Ni Satyres ni Pans ne viendront plus chez toi.

 

 Adieu, vieille forêt, le jouet de Zéphire,

 Où premier j'accordai les langues de ma lyre,

 Où premier j'entendis les flèches résonner

 D'Apollon, qui me vint tout le cœur étonner,

 Où premier, admirant ma belle Calliope,

 Je devins amoureux de sa neuvaine trope,

 Quand sa main sur le front cent roses me jeta.

 Et de son propre lait Euterpe m'allaita.

 

 Adieu, vieille forêt, adieu têtes sacrées,

 De tableaux et de fleurs autrefois honorées.

 Maintenant le dédain des passants altérés,

 Qui, brûlés en l'été des rayons éthérés,

 Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,

 Accusent tes meurtriers et leur disent injures.

 

 Adieu, chênes, couronne aux vaillants citoyens.

 Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,

 Qui premiers aux humains donnâtes à repaître ;

 Peuples vraiment ingrats, qui n'ont su reconnaître

 Les biens reçus de vous, peuples vraiment grossiers

 De massacrer ainsi leurs pères nourriciers !

 

 Que l'homme est malheureux qui au monde se fie !

 Ô dieux, que véritable est la philosophie,

 Qui dit que toute chose à la fin périra,

 Et qu'en changeant de forme une autre vêtira !

 

 De Tempé la vallée un jour sera montagne,

 Et la cime d'Athos une large campagne ;

 Neptune quelquefois de blé sera couvert :

 La matière demeure et la forme se perd

 

                                   Pierre de Ronsard

                                   Elégies XXIV 

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 09:04

Un mal étrange semble frapper la plupart des écologistes et des gens de tous bords politiques par ailleurs tout à fait conscients des enjeux de la lutte pour la planète.

Il a la forme d’un déni de la réalité. Réalité pourtant vieille comme l’humanité et transparente à tout individu ayant dépassé les enthousiasmes de l’adolescence. Je viens d’en trouver une nouvelle illustration  dans une interview d’Isabelle Autissier, présidente du WWF.

Cette femme remarquable par son parcours et ses engagements, tient pourtant un discours sidérant de naïveté : quand on la questionne sur les solutions à trouver à ce qu’elle qualifie d'état d’urgence de la terre, elle entonne, elle aussi, l’« air du partage ».

Partager son bateau entre plaisanciers, sa machine à laver entre locataires d’un même immeuble, son taille-haies entre habitants d’une même rue…

Partager est une solution récurrente et comme magique dans le discours de ceux qui, refusant d’être affolés par le défi de nourrir toujours plus d’humains, dépensent des trésors d’imagination pour établir  des listes de solutions. Bien sûr, ces solutions sont toutes intéressantes. Il est vrai qu’il faudra améliorer les cultures par l’agroécologie, privilégier la production et la consommation locales, réduire le gaspillage, réduire la consommation de viande, la consommation tout court, dessaler l’eau des océans, cultiver des légumes sur les toits de la ville. Partager nos ressources entre nous, partager mieux surtout entre Nord et Sud.

Partager ? C’est une forme idéale du rapport à l’autre basée sur la réciprocité et l’altruisme. C’est aussi une valeur chrétienne qui a imprégné notre culture. Saint Basile au IVème siècle disait «  Si chacun ne prenait que selon ses besoins, laissant le reste aux autres, il n’y aurait ni riches ni pauvres » Voilà une parole de saint qui fut vite oubliée !

Depuis Platon et sa République, depuis  les premières communautés « communistes » chrétiennes en passant par les saint -simoniens , les fouriéristes et leurs phalanstères, jusqu’à la catastrophe des régimes marxistes, sans parler des désillusions des communautés soixante-huitardes et du non-avènement de l’an 01 de Gébé, on sait que le penchant naturel de l’homme n’est pas l’altruisme et qu’on ne conduit pas une société par une utopie.

Comment se fait-il donc que des gens intelligents, de bonne volonté soient à ce point aveuglés pour parler de partage à l’échelle de la planète. Ce qui est possible au niveau d’un petit groupe de personnes soutenant les mêmes valeurs n’est évidemment pas transposable à l’humanité entière ! d’autant que les années qui viennent s’annoncent très difficiles écologiquement, économiquement, socialement. Les possédants protégeront  âprement leurs biens, et les pauvres seront encore plus pauvres surtout au Sud !

Lire l’histoire humaine et vivre tout simplement nous apprend que l’homme ne partage pas, c’est tout ! 

Dans la proposition «  Partager pour nourrir 9 milliards d’humains » on voit bien le désir coûte que coûte de se cramponner au 1er terme pour surtout ne pas voir le 2ème : « 9 milliards » qui brûle les yeux. Effet toujours étonnant du tabou sur la démographie !

Comme si la croissance infinie de l’humanité, ou plutôt la sacralité de la liberté de se reproduire, était une donnée aussi inéluctable que la rotation de la Terre sur elle-même.

Puisque nous en sommes à partager entre défenseurs de la biodiversité, va-t-on accepter de partager notre territoire avec les autres espèces ? Un décret récent nous donne la réponse : autorisation est donnée d’abattre annuellement 24 loups sur les 250 féroces canidés qui menacent nos 65 millions de concitoyens et leur bétail. Quand il y aura 73 millions de français en 2050, combien restera-t-il de loups ?

Mais que tout cela ne nous empêche pas d’imaginer un monde sur lequel la grâce est tombée et qui partage équitablement entre Nord et Sud, entre riches et pauvres. Cela permettra -t-il une vie décente à tous les humains dans un monde dont la richesse, la beauté, l’espace et la biodiversité seront préservés ?

Nourrir, loger, vêtir, soigner, transporter etc…même vertueusement du point de vue écologique, 9 milliards d’humains aboutit aux mêmes résultats catastrophiques que faire la même chose dans la plus parfaite inconscience des années d’après-guerre, avec 3 milliards de nos congénères. On ne peut rien contre les contraintes physiques du monde et le caractère exponentiel de ce qui a été mis en œuvre .    

L’utopie du partage vient masquer l’urgence d’une décroissance démographique choisie avant la décroissance subie ou imposée par des catastrophes humanitaires ou des régimes autoritaires qui balaieront les bons sentiments et ceux qui les prônent.

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Published by Anne-Marie Teysseire - dans Economie
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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 11:04

Fiscalité – Diesel – Gazole – Essence – Particules fines – Cancer – Coût de l'écologie

C'est un peu une histoire de fou. L'État français s'est débrouillé au fil du temps pour encourager une solution polluante et non-efficace économiquement, qui lui coûte annuellement 7 milliards en recettes manquantes.
De quoi s'agit-il ? Du diesel bien sûr.  Les particules fines qu'il dégage contribuent à l'aggravation de la pollution urbaine pour un coût que Delphine Batho, ministre de l'écologie, estime entre 20 et 30 milliards chaque année. De plus la demande déséquilibrée en gas-oil pose problème à l'industrie du raffinage et contribue à augmenter nos déficits commerciaux.

Aucun avantage écologique, pas d'intérêt économique, et pas moins de raisons éthiques qui auraient pu justifier un écart de taxation de 18 centimes par litre correspondant à une remise de 30 % des taxes pesant sur l'essence (60 centimes de taxes pour l'essence, 42 pour le gas-oil).

Et c'est bien ce rabais sur le gas-oil qui a fait basculer en trente ans le parc automobile français vers le diesel. Rabais accompagné, il faut le reconnaître par le mode de détermination du bonus-malus automobile qui favorise les petites voitures diésélisées.

Comment en est-on arrivé là ?

Il y a eu la volonté de donner un coup de pouce à des professions malmenées par le développement économique de nos dernières décennies comme les agriculteurs, les pêcheurs et les routiers qui bénéficient largement de la fiscalité allégée sur le diesel, ainsi que le rappelle la Cour des comptes dans son rapport rendu public le 1er mars 2013.

Il y a eu dans la foulée du Grenelle de l'environnement le choix de favoriser les véhicules émettant moins de CO2, oubliant de prendre en compte la totalité de l'équation écologique et donc les autres polluants. Ce choix en rappelle un autre, fait ce dernier par les Pouvoirs publics européens, celui de favoriser les ampoules basse consommation consistant à se focaliser sur les économies d'énergie et oubliant la dangereuse dissémination de mercure ainsi favorisée. Comme si les pouvoirs publics ne savaient aborder les contraintes de pollution que sous un seul angle, alors que l'écologie est d'abord une exigence qui suppose de gérer subtilement la complexité des choses (1).

Il y a eu aussi une tendance électoraliste au laisser-faire, afin de faire plaisir aux automobilistes qui trouvaient là un moyen de rouler à moindre coût; tendance peu coûteuse au début avec moins de 5 % du parc, mais qui peu à peu est devenue politiquement difficile à remettre en cause avec un  parc diésélisé devenu hégémonique.

Désormais les données de la problématique sont connues et la niche fiscale en faveur du diesel ne semble plus pouvoir tenir longtemps, et ce d'autant plus que l'État manque de ressources pour lutter contre les déficits. Et sur un plan moral, comment justifier qu'on aide plus longtemps en cette période impécunieuse des personnes qui, par leurs choix technologiques essentiellement guidés par un intérêt financier personnel, contribuent plus que d'autres à la dégradation de notre environnement.

Il reste cependant une question : comment gérer l'impact de la suppression de ce rabais fiscal pour l'immense majorité des français ? Car entre-temps ceux-ci se sont habitués à un coût de déplacement automobile relativement peu élevé et ont fait des choix structurants de long terme. Non seulement quant à leur voiture dont l'espérance de fonctionnement est supérieur à dix ans, mais aussi en termes de logement : Il n'est pas rare qu'un couple parcourt une centaine de km/jour pour remplir ses obligations professionnelles, et la suppression de la niche fiscale 'diesel' lui couterait approximativement 350 euros/an pour ces seuls trajets.

On retrouve là la problématique du coût de l'écologie. Notre monde s'est construit sur des fantastiques gains de productivité mais aussi en faisant l'impasse sur les risques portées par les techniques. C'est aujourd'hui le diesel qui se révèle cancérigène. Ce sont demain bien des matériaux et des solutions employés dans nos bâtiments pour les facilités et les économies qu'ils procurent (2) qu'il faudra sans doute revoir, avec là aussi des augmentations substantielles à la clef. Ce sont aussi nos pratiques agricoles, avares en main d'œuvre mais riches en pesticides et autres produits phytosanitaires, qu'il conviendra d'évaluer; ce qui pourra là encore déboucher sur des augmentations non négligeables.

Derrière cette niche qui valait 7 milliards (3), il y a une forêt qui se cache. Le souci de l'écologie va nous coûter cher, car sa prise en compte va dissiper une bonne partie de l'énorme amélioration quantitative de notre niveau de vie qui s'est faite depuis 60 ans au moins sur des impasses techniques dangereuses pour notre santé comme sur une exploitation insoutenable dans la durée des ressources de la planète. Mais a-t-on le choix ?

    __________________________________________________________________________________________________   

1 : Il n'est peut-être pas illégitime de penser que les errances des politiques étatiques pourront à l'avenir largement compléter les pratiques d'obsolescence programmée pour accélérer la consommation. Après avoir incité à opter pour des automobiles diesel, l'État propose de les abandonner pour revenir à l'essence. Lorsque les pouvoirs publics prendront conscience du risque des ampoules au mercure, ne vont-t-ils pas nous proposer de nous défaire de ce qu'ils nous ont encouragé à acquérir ? De même pour les radiateurs électriques tant vantés par EDF et l'État français depuis 40 ans et qu'il faudrait mettre  au placard alors que ceux-ci fonctionnent pour la plupart encore parfaitement (voir note n°2). A quand une remise en cause des fenêtres double vitrage en PVC aujourd'hui subventionnées et qui risquent demain d'être considérées comme élément d'une pollution dangereuse ? Idem pour les laines de verre ! Et pour en revenir aux voitures, encourager financièrement comme l'a fait l'État français ces dernières années la mise à la casse d'automobiles âgées de huit années, catalysées et en bon état mécanique, parcourant quelques milliers de km par an, revient à jeter des produits en bon état sans tenir compte de l'énergie grise nécessaire à la fabrication de leur remplaçante ; il est à craindre que le bilan de l'opération n'ait été négatif sur le plan environnemental, sans même prendre en compte l'encouragement au gaspillage qu'a pu susciter cette politique.

2 : le recours aux radiateurs électriques est par exemple aujourd'hui remis en question pour favoriser une nouvelle politique de l'énergie, comme le dit dans une interview à Actu-environnement le 11 février 2013 Cyrille Cormier, chargé de campagne Énergie Climat à Greenpeace France : 'Dans le cadre du plan de rénovation des logements, nous appelons à la dépose des chauffages électriques, de type convecteur, rayonnant, accumulateur, etc. pour les remplacer par des moyens de production de chaleur renouvelables'. Outre la facilité d'usage de ce mode de chauffage, son abandon signifie des travaux conséquents et coûteux.

 D'autre part, des matériaux comme le PVC, la laine de verre ou certaines mousses isolantes font aujourd'hui l'objet d'interrogations sur leur innocuité ; les remplacer ne serait pas sans conséquences sur les coûts de construction.

3 : Les 7 milliards sont calculés à partir d'un alignement des taxes sur celles de l'essence. On peut cependant s'interroger sur le fait qu'il serait peut-être plus juste, puisque les voitures diésélisées sont plus polluantes et qu'elles consomment moins de carburant par km parcouru, que les taxes sur le gas-oil soient clairement plus élevées. Reprendre le différentiel de 18 centimes en le plaçant à terme au-dessus des 60 centimes de taxes dues sur le litre d'essence, voilà qui pourrait constituer un axe de réflexion.

 

     

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Published by Jean Bruguier - dans Fiscalité
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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 07:44

conf 24 oct

Le 24 octobre dernier, l'association Démographie Responsable organisait à Paris une conférence intitulée : Environnement et Démographie. Nous disposons désormais d'une vidéo qui en reprend les moments principaux. 

Articulée autour des interventions de Michel Sourrouille et de Hugues Stoekel, cette conférence fut l'occasion de lier enfin problèmes démographiques et problèmes environnementaux.

Michel Sourrouille est professeur de Sciences Economiques. Il est le fondateur des sites Biosphère Info et Biosphère Ouvaton. Le premier est un lieu d'information et de discussion sur l'environnement et la société, le second constitue une base de documentation sur l'écologie.

Mathématicien, Hugues Stoeckel est écologiste et ancien conseiller régional il est l'auteur de "La Faim du monde" un ouvrage  que nous avions commenté sur ce blog.

J'ai animé cette conférence avec M. Denis Garnier, président de Démographie Responsable. Le débat qui a suivi montre qu'à l'inverse des partis politiques ou même de certains partis écologistes, une fraction importante de la population est  consciente de l'enjeu et tout à fait d'accord pour briser le tabou. La question démographique doit avoir toute sa place et il sera bien difficile d'imaginer un monde à la fois surpeuplé et écologiquement vertueux.     

Visualisation de la conférence.

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 13:04

En ces temps de difficultés financières exacerbées, les allocations familiales occupent le devant de la scène. Doit-on les taxer de façon particulière ? Doit-on, comme d’autres prestations, les intégrer à l’assiette de l’impôt sur le revenu ? Faut-il les soumettre à des conditions de ressources ? Les plafonner ?

Toutes ces interrogations sont légitimes, elles relèvent d’une double préoccupation sociale et budgétaire. Pourtant, on doit regretter que la question de fond, c’est-à-dire leur raison d’être, soit bien souvent absente des débats.

Les allocations familiales sont avant tout le principal outil d’une politique nataliste. Leur objet est de favoriser la fécondité en faisant en sorte que l’arrivée d’un, et surtout de plusieurs enfants, n’occasionne pas de telles difficultés financières pour les familles qu’elles hésitent à se lancer dans l’aventure.

L’incitation se révèle efficace, et la France, généreuse en la matière (1), est aussi l’un des pays d’Europe les plus féconds avec environ deux enfants par femme quand ses voisins italien, allemand ou espagnol sont très en dessous (2). Le monde politique et la presse en général s’en félicitent régulièrement sans une once de questionnement avec le même naturel qu’ils prétendraient préférer le beau temps à l’orage ou la bonne santé à la maladie. Sur ce sujet, le réjouissement est implicite et presque obligé.  

Mais le mécanisme n’est-il pas allé trop loin quand, pour certaines familles, les allocations constituent la première source de revenu (3) ? Comme si l’enfant devenait un moyen de vivre, une industrie comme une autre, alors même que les prélèvements obligatoires ne cessent de progresser.

La poursuite d’une politique aussi volontariste en faveur de la natalité peut être mise en cause du triple point de vue écologique, moral et économique.

Ecologique d’abord, car la planète ne supporte plus nos effectifs. Au niveau mondial, ceux-ci ont été multipliés par deux au cours des 45 dernières années et par quatre au cours du siècle précédent, les forêts et la mégafaune sont sur le point de disparaître du fait de notre omniprésence. En France, la population a augmenté de plus de 15 millions de personnes depuis 1970 et notre pays bétonne l’équivalent d’un département tous les 10 ans. Dans ce cadre-là, est-il nécessaire de consacrer des fonds publics à encourager toujours plus le phénomène ? 

 Problème moral ensuite, car avant d’être des prestations, les allocations familiales sont d’abord des prélèvements et ces prélèvements touchent ceux, qui, par leur relative retenue démographique se comportent de la façon la plus responsable et la plus écologique. Dans le monde surpeuplé de demain, nous nous apercevrons que nous avons financé la catastrophe en taxant les plus vertueux au profit de ceux qui l’étaient moins.

Economique enfin, car quelle est la logique de ce soutien inconditionnel à la natalité ? On nous dit souvent qu’il faut préserver l’avenir et notamment financer les retraites : C’est une triste plaisanterie.

Plaisanterie à long terme, car sur le fond, peut-on sérieusement compter sur une société qui, pour maintenir son équilibre exigerait que chaque génération soit plus nombreuse que la précédente ? Sur un monde de surface finie, il ne peut s’agir que d’une fuite en avant. Il faut bien envisager la stabilisation, et le plus tôt, et au plus bas niveau, sera le mieux.

Plaisanterie à court terme aussi, car cela fait 40 ans que les pays occidentaux, et la France tout particulièrement, sont minés par le chômage et se montrent incapables de fournir du travail à leur jeunesse. Manque-t-on de main d’œuvre ? Est-ce cela qui plombe l’économie ? Non, on manque d’emplois ! On ne financera pas les retraites avec les chômeurs. Bien au contraire, l’arrivée chaque année sur le marché du travail de classe d’âges plus nombreuses creuse plus encore les déficits des comptes publics, puisque, d’une façon ou d’une autre, la collectivité doit offrir à ses membres un minimum de ressources. Une des raisons des meilleurs résultats de l’Allemagne sur le volet de l’emploi est qu’elle n’a pas à fournir tous les ans un travail à des jeunes aux effectifs stables ou croissants.

 

Propositions :

On pourrait comme le suggère l’association Démographie Responsable imaginer une autre politique visant à réorienter ces prestations en faveur des familles moins nombreuses tout en permettant de substantielles économies.

On pourrait ainsi mettre en place une allocation (100 euros par exemple au lieu de 0 actuellement) dès le premier enfant, puisque celui-ci génère de facto des dépenses non négligeables pour une famille.

L'on pourrait également revaloriser les allocations pour deux enfants en les faisant passer à 150 ou 200 € (au lieu de 127,05 € aujourd’hui). Puis, de façon à ne pas favoriser l’accroissement de la population, garder ce même montant quel que soit le nombre d’enfants. Ainsi, tout couple souhaitant se reproduire plus qu’à l’identique, c’est-à-dire avoir plus de deux enfants, devrait, en connaissance de cause (ou plutôt, de conséquence) assumer la charge financière que cela suppose et non demander à la collectivité de le faire à sa place. Il va de soi que de telles mesures ne devraient pas être rétroactives afin de ne pas mettre en péril financier des familles non préparées. Elles ne devraient prendre effet que pour les enfants à naitre et à une date annoncée suffisamment longtemps à l’avance. Enfin, le montant de ces allocations pourrait être soumis à l’impôt sur le revenu dans un souci de justice sociale et d’égalité du traitement des ressources. Dans le même temps, la fiscalité et les multiples avantages donnés aux familles nombreuses devraient aussi être réorientés.

________________________________________________________________________________________________

 

(1) Montant mensuel des allocations familiales en France en février 2013.

- 1 enfant   : rien (23,35 € dans les Dom Tom)

- 2 enfants : 127,05

- 3 enfants : 287,82

- 4 enfants : 452,59

     Puis      : 162,78 € par enfant supplémentaire

Ces sommes sont majorées de 63,54 € par enfant quand celui-ci atteint 14 ans (pour les enfants nés après 1997).

Les allocations sont versées jusqu’au 20ème anniversaire des enfants à la condition qu’ils soient toujours à la charge de leurs parents.

A ces mesures s’ajoutent bien sûr l’avantage fiscal lié à l’existence du quotient familial, mais son montant ne peut être facilement évalué, car il  dépend du niveau de revenu des parents. Il peut s'avérer important, c’est d’ailleurs l’un des objets du débat actuel.

Les droits à la retraite constituent un autre avantage sensible. Ces droits sont majorés pour les femmes ayant eu de nombreux enfants. Il y a là également une forme d’injustice, puisque les personne n’ayant pas eu d’enfant seront dans leur vieillesse privées de toute solidarité familiale, or, ce sont pourtant elles qui toucheront le moins de la collectivité (qui par ailleurs récupérera l’essentiel de leur patrimoine).

(2) L’indice synthétique de fécondité était en 2011 de 1,6 pour l’ensemble de l’Europe, il était de 1,3 pour le Portugal, de 1,4 pour l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, de 1,5 pour la Suisse, 1,8 pour la Belgique et les Pays Bas et de 2,0 pour la France et le Royaume Uni.

(3) Il s’agit là, je l’admets bien volontiers de cas extrêmes, néanmoins l’incitation financière est loin d’être toujours marginale dans le choix d’enfanter et l’amour des enfants parfois évoqué par les défenseurs du natalisme doit être relativisé.

 

Voir sur ce thème des allocations familiales l'excellent article du site Biosphère Info 

 

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Published by Didier BARTHES - dans Société
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