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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 09:04

Un mal étrange semble frapper la plupart des écologistes et des gens de tous bords politiques par ailleurs tout à fait conscients des enjeux de la lutte pour la planète.

Il a la forme d’un déni de la réalité. Réalité pourtant vieille comme l’humanité et transparente à tout individu ayant dépassé les enthousiasmes de l’adolescence. Je viens d’en trouver une nouvelle illustration  dans une interview d’Isabelle Autissier, présidente du WWF.

Cette femme remarquable par son parcours et ses engagements, tient pourtant un discours sidérant de naïveté : quand on la questionne sur les solutions à trouver à ce qu’elle qualifie d'état d’urgence de la terre, elle entonne, elle aussi, l’« air du partage ».

Partager son bateau entre plaisanciers, sa machine à laver entre locataires d’un même immeuble, son taille-haies entre habitants d’une même rue…

Partager est une solution récurrente et comme magique dans le discours de ceux qui, refusant d’être affolés par le défi de nourrir toujours plus d’humains, dépensent des trésors d’imagination pour établir  des listes de solutions. Bien sûr, ces solutions sont toutes intéressantes. Il est vrai qu’il faudra améliorer les cultures par l’agroécologie, privilégier la production et la consommation locales, réduire le gaspillage, réduire la consommation de viande, la consommation tout court, dessaler l’eau des océans, cultiver des légumes sur les toits de la ville. Partager nos ressources entre nous, partager mieux surtout entre Nord et Sud.

Partager ? C’est une forme idéale du rapport à l’autre basée sur la réciprocité et l’altruisme. C’est aussi une valeur chrétienne qui a imprégné notre culture. Saint Basile au IVème siècle disait «  Si chacun ne prenait que selon ses besoins, laissant le reste aux autres, il n’y aurait ni riches ni pauvres » Voilà une parole de saint qui fut vite oubliée !

Depuis Platon et sa République, depuis  les premières communautés « communistes » chrétiennes en passant par les saint -simoniens , les fouriéristes et leurs phalanstères, jusqu’à la catastrophe des régimes marxistes, sans parler des désillusions des communautés soixante-huitardes et du non-avènement de l’an 01 de Gébé, on sait que le penchant naturel de l’homme n’est pas l’altruisme et qu’on ne conduit pas une société par une utopie.

Comment se fait-il donc que des gens intelligents, de bonne volonté soient à ce point aveuglés pour parler de partage à l’échelle de la planète. Ce qui est possible au niveau d’un petit groupe de personnes soutenant les mêmes valeurs n’est évidemment pas transposable à l’humanité entière ! d’autant que les années qui viennent s’annoncent très difficiles écologiquement, économiquement, socialement. Les possédants protégeront  âprement leurs biens, et les pauvres seront encore plus pauvres surtout au Sud !

Lire l’histoire humaine et vivre tout simplement nous apprend que l’homme ne partage pas, c’est tout ! 

Dans la proposition «  Partager pour nourrir 9 milliards d’humains » on voit bien le désir coûte que coûte de se cramponner au 1er terme pour surtout ne pas voir le 2ème : « 9 milliards » qui brûle les yeux. Effet toujours étonnant du tabou sur la démographie !

Comme si la croissance infinie de l’humanité, ou plutôt la sacralité de la liberté de se reproduire, était une donnée aussi inéluctable que la rotation de la Terre sur elle-même.

Puisque nous en sommes à partager entre défenseurs de la biodiversité, va-t-on accepter de partager notre territoire avec les autres espèces ? Un décret récent nous donne la réponse : autorisation est donnée d’abattre annuellement 24 loups sur les 250 féroces canidés qui menacent nos 65 millions de concitoyens et leur bétail. Quand il y aura 73 millions de français en 2050, combien restera-t-il de loups ?

Mais que tout cela ne nous empêche pas d’imaginer un monde sur lequel la grâce est tombée et qui partage équitablement entre Nord et Sud, entre riches et pauvres. Cela permettra -t-il une vie décente à tous les humains dans un monde dont la richesse, la beauté, l’espace et la biodiversité seront préservés ?

Nourrir, loger, vêtir, soigner, transporter etc…même vertueusement du point de vue écologique, 9 milliards d’humains aboutit aux mêmes résultats catastrophiques que faire la même chose dans la plus parfaite inconscience des années d’après-guerre, avec 3 milliards de nos congénères. On ne peut rien contre les contraintes physiques du monde et le caractère exponentiel de ce qui a été mis en œuvre .    

L’utopie du partage vient masquer l’urgence d’une décroissance démographique choisie avant la décroissance subie ou imposée par des catastrophes humanitaires ou des régimes autoritaires qui balaieront les bons sentiments et ceux qui les prônent.

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Published by Anne-Marie Teysseire - dans Economie
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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 11:04

Fiscalité – Diesel – Gazole – Essence – Particules fines – Cancer – Coût de l'écologie

C'est un peu une histoire de fou. L'État français s'est débrouillé au fil du temps pour encourager une solution polluante et non-efficace économiquement, qui lui coûte annuellement 7 milliards en recettes manquantes.
De quoi s'agit-il ? Du diesel bien sûr.  Les particules fines qu'il dégage contribuent à l'aggravation de la pollution urbaine pour un coût que Delphine Batho, ministre de l'écologie, estime entre 20 et 30 milliards chaque année. De plus la demande déséquilibrée en gas-oil pose problème à l'industrie du raffinage et contribue à augmenter nos déficits commerciaux.

Aucun avantage écologique, pas d'intérêt économique, et pas moins de raisons éthiques qui auraient pu justifier un écart de taxation de 18 centimes par litre correspondant à une remise de 30 % des taxes pesant sur l'essence (60 centimes de taxes pour l'essence, 42 pour le gas-oil).

Et c'est bien ce rabais sur le gas-oil qui a fait basculer en trente ans le parc automobile français vers le diesel. Rabais accompagné, il faut le reconnaître par le mode de détermination du bonus-malus automobile qui favorise les petites voitures diésélisées.

Comment en est-on arrivé là ?

Il y a eu la volonté de donner un coup de pouce à des professions malmenées par le développement économique de nos dernières décennies comme les agriculteurs, les pêcheurs et les routiers qui bénéficient largement de la fiscalité allégée sur le diesel, ainsi que le rappelle la Cour des comptes dans son rapport rendu public le 1er mars 2013.

Il y a eu dans la foulée du Grenelle de l'environnement le choix de favoriser les véhicules émettant moins de CO2, oubliant de prendre en compte la totalité de l'équation écologique et donc les autres polluants. Ce choix en rappelle un autre, fait ce dernier par les Pouvoirs publics européens, celui de favoriser les ampoules basse consommation consistant à se focaliser sur les économies d'énergie et oubliant la dangereuse dissémination de mercure ainsi favorisée. Comme si les pouvoirs publics ne savaient aborder les contraintes de pollution que sous un seul angle, alors que l'écologie est d'abord une exigence qui suppose de gérer subtilement la complexité des choses (1).

Il y a eu aussi une tendance électoraliste au laisser-faire, afin de faire plaisir aux automobilistes qui trouvaient là un moyen de rouler à moindre coût; tendance peu coûteuse au début avec moins de 5 % du parc, mais qui peu à peu est devenue politiquement difficile à remettre en cause avec un  parc diésélisé devenu hégémonique.

Désormais les données de la problématique sont connues et la niche fiscale en faveur du diesel ne semble plus pouvoir tenir longtemps, et ce d'autant plus que l'État manque de ressources pour lutter contre les déficits. Et sur un plan moral, comment justifier qu'on aide plus longtemps en cette période impécunieuse des personnes qui, par leurs choix technologiques essentiellement guidés par un intérêt financier personnel, contribuent plus que d'autres à la dégradation de notre environnement.

Il reste cependant une question : comment gérer l'impact de la suppression de ce rabais fiscal pour l'immense majorité des français ? Car entre-temps ceux-ci se sont habitués à un coût de déplacement automobile relativement peu élevé et ont fait des choix structurants de long terme. Non seulement quant à leur voiture dont l'espérance de fonctionnement est supérieur à dix ans, mais aussi en termes de logement : Il n'est pas rare qu'un couple parcourt une centaine de km/jour pour remplir ses obligations professionnelles, et la suppression de la niche fiscale 'diesel' lui couterait approximativement 350 euros/an pour ces seuls trajets.

On retrouve là la problématique du coût de l'écologie. Notre monde s'est construit sur des fantastiques gains de productivité mais aussi en faisant l'impasse sur les risques portées par les techniques. C'est aujourd'hui le diesel qui se révèle cancérigène. Ce sont demain bien des matériaux et des solutions employés dans nos bâtiments pour les facilités et les économies qu'ils procurent (2) qu'il faudra sans doute revoir, avec là aussi des augmentations substantielles à la clef. Ce sont aussi nos pratiques agricoles, avares en main d'œuvre mais riches en pesticides et autres produits phytosanitaires, qu'il conviendra d'évaluer; ce qui pourra là encore déboucher sur des augmentations non négligeables.

Derrière cette niche qui valait 7 milliards (3), il y a une forêt qui se cache. Le souci de l'écologie va nous coûter cher, car sa prise en compte va dissiper une bonne partie de l'énorme amélioration quantitative de notre niveau de vie qui s'est faite depuis 60 ans au moins sur des impasses techniques dangereuses pour notre santé comme sur une exploitation insoutenable dans la durée des ressources de la planète. Mais a-t-on le choix ?

    __________________________________________________________________________________________________   

1 : Il n'est peut-être pas illégitime de penser que les errances des politiques étatiques pourront à l'avenir largement compléter les pratiques d'obsolescence programmée pour accélérer la consommation. Après avoir incité à opter pour des automobiles diesel, l'État propose de les abandonner pour revenir à l'essence. Lorsque les pouvoirs publics prendront conscience du risque des ampoules au mercure, ne vont-t-ils pas nous proposer de nous défaire de ce qu'ils nous ont encouragé à acquérir ? De même pour les radiateurs électriques tant vantés par EDF et l'État français depuis 40 ans et qu'il faudrait mettre  au placard alors que ceux-ci fonctionnent pour la plupart encore parfaitement (voir note n°2). A quand une remise en cause des fenêtres double vitrage en PVC aujourd'hui subventionnées et qui risquent demain d'être considérées comme élément d'une pollution dangereuse ? Idem pour les laines de verre ! Et pour en revenir aux voitures, encourager financièrement comme l'a fait l'État français ces dernières années la mise à la casse d'automobiles âgées de huit années, catalysées et en bon état mécanique, parcourant quelques milliers de km par an, revient à jeter des produits en bon état sans tenir compte de l'énergie grise nécessaire à la fabrication de leur remplaçante ; il est à craindre que le bilan de l'opération n'ait été négatif sur le plan environnemental, sans même prendre en compte l'encouragement au gaspillage qu'a pu susciter cette politique.

2 : le recours aux radiateurs électriques est par exemple aujourd'hui remis en question pour favoriser une nouvelle politique de l'énergie, comme le dit dans une interview à Actu-environnement le 11 février 2013 Cyrille Cormier, chargé de campagne Énergie Climat à Greenpeace France : 'Dans le cadre du plan de rénovation des logements, nous appelons à la dépose des chauffages électriques, de type convecteur, rayonnant, accumulateur, etc. pour les remplacer par des moyens de production de chaleur renouvelables'. Outre la facilité d'usage de ce mode de chauffage, son abandon signifie des travaux conséquents et coûteux.

 D'autre part, des matériaux comme le PVC, la laine de verre ou certaines mousses isolantes font aujourd'hui l'objet d'interrogations sur leur innocuité ; les remplacer ne serait pas sans conséquences sur les coûts de construction.

3 : Les 7 milliards sont calculés à partir d'un alignement des taxes sur celles de l'essence. On peut cependant s'interroger sur le fait qu'il serait peut-être plus juste, puisque les voitures diésélisées sont plus polluantes et qu'elles consomment moins de carburant par km parcouru, que les taxes sur le gas-oil soient clairement plus élevées. Reprendre le différentiel de 18 centimes en le plaçant à terme au-dessus des 60 centimes de taxes dues sur le litre d'essence, voilà qui pourrait constituer un axe de réflexion.

 

     

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Published by Jean Bruguier - dans Fiscalité
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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 07:44

conf 24 oct

Le 24 octobre dernier, l'association Démographie Responsable organisait à Paris une conférence intitulée : Environnement et Démographie. Nous disposons désormais d'une vidéo qui en reprend les moments principaux. 

Articulée autour des interventions de Michel Sourrouille et de Hugues Stoekel, cette conférence fut l'occasion de lier enfin problèmes démographiques et problèmes environnementaux.

Michel Sourrouille est professeur de Sciences Economiques. Il est le fondateur des sites Biosphère Info et Biosphère Ouvaton. Le premier est un lieu d'information et de discussion sur l'environnement et la société, le second constitue une base de documentation sur l'écologie.

Mathématicien, Hugues Stoeckel est écologiste et ancien conseiller régional il est l'auteur de "La Faim du monde" un ouvrage  que nous avions commenté sur ce blog.

J'ai animé cette conférence avec M. Denis Garnier, président de Démographie Responsable. Le débat qui a suivi montre qu'à l'inverse des partis politiques ou même de certains partis écologistes, une fraction importante de la population est  consciente de l'enjeu et tout à fait d'accord pour briser le tabou. La question démographique doit avoir toute sa place et il sera bien difficile d'imaginer un monde à la fois surpeuplé et écologiquement vertueux.     

Visualisation de la conférence.

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 13:04

En ces temps de difficultés financières exacerbées, les allocations familiales occupent le devant de la scène. Doit-on les taxer de façon particulière ? Doit-on, comme d’autres prestations, les intégrer à l’assiette de l’impôt sur le revenu ? Faut-il les soumettre à des conditions de ressources ? Les plafonner ?

Toutes ces interrogations sont légitimes, elles relèvent d’une double préoccupation sociale et budgétaire. Pourtant, on doit regretter que la question de fond, c’est-à-dire leur raison d’être, soit bien souvent absente des débats.

Les allocations familiales sont avant tout le principal outil d’une politique nataliste. Leur objet est de favoriser la fécondité en faisant en sorte que l’arrivée d’un, et surtout de plusieurs enfants, n’occasionne pas de telles difficultés financières pour les familles qu’elles hésitent à se lancer dans l’aventure.

L’incitation se révèle efficace, et la France, généreuse en la matière (1), est aussi l’un des pays d’Europe les plus féconds avec environ deux enfants par femme quand ses voisins italien, allemand ou espagnol sont très en dessous (2). Le monde politique et la presse en général s’en félicitent régulièrement sans une once de questionnement avec le même naturel qu’ils prétendraient préférer le beau temps à l’orage ou la bonne santé à la maladie. Sur ce sujet, le réjouissement est implicite et presque obligé.  

Mais le mécanisme n’est-il pas allé trop loin quand, pour certaines familles, les allocations constituent la première source de revenu (3) ? Comme si l’enfant devenait un moyen de vivre, une industrie comme une autre, alors même que les prélèvements obligatoires ne cessent de progresser.

La poursuite d’une politique aussi volontariste en faveur de la natalité peut être mise en cause du triple point de vue écologique, moral et économique.

Ecologique d’abord, car la planète ne supporte plus nos effectifs. Au niveau mondial, ceux-ci ont été multipliés par deux au cours des 45 dernières années et par quatre au cours du siècle précédent, les forêts et la mégafaune sont sur le point de disparaître du fait de notre omniprésence. En France, la population a augmenté de plus de 15 millions de personnes depuis 1970 et notre pays bétonne l’équivalent d’un département tous les 10 ans. Dans ce cadre-là, est-il nécessaire de consacrer des fonds publics à encourager toujours plus le phénomène ? 

 Problème moral ensuite, car avant d’être des prestations, les allocations familiales sont d’abord des prélèvements et ces prélèvements touchent ceux, qui, par leur relative retenue démographique se comportent de la façon la plus responsable et la plus écologique. Dans le monde surpeuplé de demain, nous nous apercevrons que nous avons financé la catastrophe en taxant les plus vertueux au profit de ceux qui l’étaient moins.

Economique enfin, car quelle est la logique de ce soutien inconditionnel à la natalité ? On nous dit souvent qu’il faut préserver l’avenir et notamment financer les retraites : C’est une triste plaisanterie.

Plaisanterie à long terme, car sur le fond, peut-on sérieusement compter sur une société qui, pour maintenir son équilibre exigerait que chaque génération soit plus nombreuse que la précédente ? Sur un monde de surface finie, il ne peut s’agir que d’une fuite en avant. Il faut bien envisager la stabilisation, et le plus tôt, et au plus bas niveau, sera le mieux.

Plaisanterie à court terme aussi, car cela fait 40 ans que les pays occidentaux, et la France tout particulièrement, sont minés par le chômage et se montrent incapables de fournir du travail à leur jeunesse. Manque-t-on de main d’œuvre ? Est-ce cela qui plombe l’économie ? Non, on manque d’emplois ! On ne financera pas les retraites avec les chômeurs. Bien au contraire, l’arrivée chaque année sur le marché du travail de classe d’âges plus nombreuses creuse plus encore les déficits des comptes publics, puisque, d’une façon ou d’une autre, la collectivité doit offrir à ses membres un minimum de ressources. Une des raisons des meilleurs résultats de l’Allemagne sur le volet de l’emploi est qu’elle n’a pas à fournir tous les ans un travail à des jeunes aux effectifs stables ou croissants.

 

Propositions :

On pourrait comme le suggère l’association Démographie Responsable imaginer une autre politique visant à réorienter ces prestations en faveur des familles moins nombreuses tout en permettant de substantielles économies.

On pourrait ainsi mettre en place une allocation (100 euros par exemple au lieu de 0 actuellement) dès le premier enfant, puisque celui-ci génère de facto des dépenses non négligeables pour une famille.

L'on pourrait également revaloriser les allocations pour deux enfants en les faisant passer à 150 ou 200 € (au lieu de 127,05 € aujourd’hui). Puis, de façon à ne pas favoriser l’accroissement de la population, garder ce même montant quel que soit le nombre d’enfants. Ainsi, tout couple souhaitant se reproduire plus qu’à l’identique, c’est-à-dire avoir plus de deux enfants, devrait, en connaissance de cause (ou plutôt, de conséquence) assumer la charge financière que cela suppose et non demander à la collectivité de le faire à sa place. Il va de soi que de telles mesures ne devraient pas être rétroactives afin de ne pas mettre en péril financier des familles non préparées. Elles ne devraient prendre effet que pour les enfants à naitre et à une date annoncée suffisamment longtemps à l’avance. Enfin, le montant de ces allocations pourrait être soumis à l’impôt sur le revenu dans un souci de justice sociale et d’égalité du traitement des ressources. Dans le même temps, la fiscalité et les multiples avantages donnés aux familles nombreuses devraient aussi être réorientés.

________________________________________________________________________________________________

 

(1) Montant mensuel des allocations familiales en France en février 2013.

- 1 enfant   : rien (23,35 € dans les Dom Tom)

- 2 enfants : 127,05

- 3 enfants : 287,82

- 4 enfants : 452,59

     Puis      : 162,78 € par enfant supplémentaire

Ces sommes sont majorées de 63,54 € par enfant quand celui-ci atteint 14 ans (pour les enfants nés après 1997).

Les allocations sont versées jusqu’au 20ème anniversaire des enfants à la condition qu’ils soient toujours à la charge de leurs parents.

A ces mesures s’ajoutent bien sûr l’avantage fiscal lié à l’existence du quotient familial, mais son montant ne peut être facilement évalué, car il  dépend du niveau de revenu des parents. Il peut s'avérer important, c’est d’ailleurs l’un des objets du débat actuel.

Les droits à la retraite constituent un autre avantage sensible. Ces droits sont majorés pour les femmes ayant eu de nombreux enfants. Il y a là également une forme d’injustice, puisque les personne n’ayant pas eu d’enfant seront dans leur vieillesse privées de toute solidarité familiale, or, ce sont pourtant elles qui toucheront le moins de la collectivité (qui par ailleurs récupérera l’essentiel de leur patrimoine).

(2) L’indice synthétique de fécondité était en 2011 de 1,6 pour l’ensemble de l’Europe, il était de 1,3 pour le Portugal, de 1,4 pour l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, de 1,5 pour la Suisse, 1,8 pour la Belgique et les Pays Bas et de 2,0 pour la France et le Royaume Uni.

(3) Il s’agit là, je l’admets bien volontiers de cas extrêmes, néanmoins l’incitation financière est loin d’être toujours marginale dans le choix d’enfanter et l’amour des enfants parfois évoqué par les défenseurs du natalisme doit être relativisé.

 

Voir sur ce thème des allocations familiales l'excellent article du site Biosphère Info 

 

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Published by Didier BARTHES - dans Société
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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 13:44

 

Je reverrai la route blanche
Les pieds devant
Mais je chant'rai d'en d'ssous mes planch's
Merde à Vauban

Léo Ferré

 

Mariage pour tous - Logique du droit - PMA - GPA - Caserne libertaire - Société anthropocentrée - Société urbaine - Acceptation des noeuds de dépendances - Ecologie - Génocide du vivant - Ordonnateur et victime - Perte des repères - Tout est possible.

 

Homme, j’ai connu un temps où des femmes m’expliquaient sérieusement que le soutien-gorge était un instrument d’oppression. Puis j’ai connu, trente ans après et toujours à l’extrême-gauche, au nom du droit à la différence, des femmes qui défendaient avec le même sérieux le droit à porter le tchador dans la rue … Les valeurs d’une société changent en trente ans et leur évolution garde toujours une part d’imprévu. Alors pourquoi ne pas imaginer une évolution du code civil avec des couples d’hommes ou de femmes mariés, ce qui aurait été pourtant proprement impensables pour nos grands-parents ?

Et le droit a sa logique : si le mariage est toujours le cadre de référence promu pour concevoir et élever des enfants, si deux femmes ou deux hommes peuvent se marier entre eux, alors non seulement l’adoption doit être permise à ces couples homo, mais la procréation médicale assistée doit aussi être accordée aux couples de femmes et la gestation pour autrui aux hommes pour enfin contourner par la technique ce que la nature interdit.

A partir du moment où le droit n’est plus qu’une machine à enregistrer des pratiques sociales, pour reprendre l’expression de Pierre Legendre, on perçoit mal quel serait le problème et d’où viendraient les oppositions si ce n’est de la part de groupes en retard sur le mouvement de l’histoire. Et c’est souvent ainsi que les partisans du ‘mariage pour tous’ voient le combat des ‘anti’, opposants incompréhensibles à l’extension d’un droit à de nouvelles catégories de citoyens. Seule une homophobie au moins latente et/ou une perception passéiste d’un rôle particulier attribuable à l’homme et la femme, traduction d’un sexisme inacceptable, pourraient expliquer leur position.

De leur côté les partisans du statut quo voient dans cette évolution un bouleversement des structures de la parenté mettant en cause les fondements de notre civilisation et le dessein d’un monde dans lequel ils ne veulent pas entrer.

Il y a dans cet affrontement, au-delà du dialogue de sourds que l’on peut constater, une lutte à mort qui ne pourra se solder que par la défaite de l’un ou de l’autre camp. Même si le combat dure plusieurs années ou décennies, avec des compromis bricolés traduisant momentanément un rapport de force.

Comment en est on arrivé là ? Ou comment tout cela a-t-il été rendu possible ?

Les lecteurs de Pierre Legendre chercheront du côté de la logique hédoniste, qui refuse la dimension sacrificielle de la vie, pour deviner à travers la débâcle normative occidentale une démocratie retournée en caserne libertaire. Avec dans cet affaire un Etat qui se dessaisit de ses fonctions de garant de la raison, le mariage pour tous ne serait qu’un palier dans l’escalade de l’obscurantisme auquel nous assistons (1).

En complément de cette analyse, on peut aussi questionner la société de croissance. Car, c’est ma thèse, celle-ci porte en elle-même de quoi corroder ce sur quoi nous avons construit notre monde.

La société de croissance en surfant sur cet héritage culturel qui met l’homme au centre de tout et en instituant la technè (2) comme un horizon indépassable nous amène à vivre dans des environnements urbains artificiels qui nous éloignent des contraintes naturelles et développent en nous un nombrilisme d’espèce où nous ne voyons plus que nos problèmes. Il suffit de regarder des émissions de téléréalité comme ‘les ch’tis à Mykonos’ ou ‘les marseillais à Miami’ pour saisir cette tendance grandissante à ne plus ne nous occuper que de nous-mêmes. Bouillie télévisuelle pour jeunes décervelés dont il serait imprudent de tirer une signification? Peut-être, mais alors comment expliquer l’attitude somme toute similaire de nos meilleurs économistes et démographes, évitant par exemple de penser la croissance démographique au-delà de la question alimentaire ? Car il s’agit bien de cela, de ne voir que les besoins et les envies des hommes, sans s’occuper sérieusement des conséquences sur le reste du vivant qui partage cette planète avec nous. Qui s’interroge encore sur la place laissée à la faune sauvage dans un monde de dix milliards d’hommes ? Pas plus ‘les marseillais à Miami’ que nos économistes qui donnent une priorité systématique à l’homme (3)

Avec la société de croissance, nous vivons majoritairement dans un monde de béton et de bitume, habitués à échanger une activité économique précise que nous assurons contre une multitude de biens et de services qui nous sont proposés. Par là nous avons pris l’habitude d’être dépendants pour tout : pour notre nourriture que nous sommes de plus en plus juste capables de réchauffer, pour notre habitat que nous ne maîtrisons en rien concrètement, pour nos vêtements que nous achetons tout prêts, pour nos loisirs que des professionnels organisent, pour notre futur que les professionnels de l’Etat-providence nous prépare en gérant nos retraites. Et cette dépendance acceptée, il faut le reconnaître, nous permet d’évoluer dans un monde immédiatement plus confortable que celui de nos grands-parents. Bref, nous nous sommes collectivement habitués à vivre dans des nœuds de dépendances, et cela ne nous fait pas peur, cela nous paraît même une condition du progrès.

Mais ce qui nous paraît comme une condition du progrès impose en contrepartie une sérieuse division du travail, avec à la clé une explosion des normes pour compenser le fait qu’on ne travaille plus pour soi, dans le souci de soi et de ses proches. Des normes qui ont toujours au moins un train de retard pour mettre un frein au n’importe quoi. Et puis, comme il faut bien vivre et produire toujours moins cher pour ne pas sombrer dans le jeu d‘une concurrence toujours un peu faussée quelque part, chaque profession fait sa tambouille dans l’opacité des pratiques, dans ces zones grises où on joue sur les contraintes techniques pour optimiser ses gains à coup d’externalités négatives, de magouilles dans les commissions règlementaires, de prises de risque inconsidérée, et où l’amour ouvrier du travail bien fait décrit dans l’Argent par Péguy devient une incongruité. Avec à la sortie, une société de confiance basée sur du vent … Résultat : il y a notre confort construit sur la mort des autres ou de nous-mêmes, sur ce pourcentage accepté de dégâts collatéraux, sur ce risque infime mais toléré de la catastrophe possible, où chacun de nous est devenu à la fois un homo sacer, un de ces hommes qu’on peut tuer sans commettre d’homicide, et un homo faber dangereux mais moralement et juridiquement bien à l’abri dans l’entrelacs des normes et la complexité des choses. Avec de temps en temps un vertige qui nous saisit, un vertige comme un mal écho de la société industrielle avancée, et qui nous vrille dans la poitrine quand la réalité se dévoile : et c’est le pcb qui nous empoisonne parce qu’on ne s’est occupé de rien, les particules qui tuent les plus faibles dans nos villes en sacrifice à notre soif de mouvement, des territoires gelés par les radiations avec leur cortège de souffrances autour de Fukushima parce qu’on n’a pas voulu voir la question de l’énergie en face, le malheur des porcs d’élevage coincés dans leurs boxes hors sol afin qu’on puisse manger toujours plus de viande à meilleur prix, ou ces animaux marins qui s’échouent misérablement, troublés qu’ils sont par le bruit de nos machines dans leurs océans … je soutiens que ce vertige, qui nous saisit quand on sent que l’on ne peut plus se regarder dans la glace face à de tels malheurs dont nous sommes à la fois auteurs et victimes, atteint le sentiment qu’on peut porter sur notre humaine condition. Comment se sentir homme ? Comment encore trouver sa place dans la longue chaîne de l’humanité ? Comment ne pas avoir alors la tentation de fermer les yeux et de se laisser porter en laissant aller les choses au fil de l’eau tout en s’occupant aux mieux de nos immédiats désirs ?

   

Où l’on recolle les morceaux en parlant de coupure

La division du travail, la fragmentation de nos activités, l’émiettement de nos vies, tout cela produit sans cesse de la séparation, de la coupure.

C’est ainsi que la nourriture que nous mangeons ne vient plus d’une nature travaillée par des paysans mais est produite par des firmes agroalimentaires dans des immenses zones agricoles et des entrepôts que nous ne visitons jamais. La nature, celle que nous aimons, que nous croyons aimer, que nous fantasmons, c’est celle qui nous sert de décor et d’espace de jeux où s’ébattre le temps des vacances ou d’un week-end, pour recharger nos batteries usées par le rythme de nos mégalopoles. Une nature rêvée, exempt de violence, en contrepoint de nos villes stressées, et tout autant artificielle.

Et si la nature est désormais un décor et un espace de jeux et non plus l’endroit où l’on produit notre nourriture, le couple fantasmé est devenu amour et espace de plaisir et non plus le lieu de notre reproduction. La nourriture n’est plus dans le pré, elle est faite à coup de pétrole et d’intrants chimiques, et les enfants sont faits avec des éprouvettes, et non plus dans le corps-à-corps amoureux et incertain d’un homme et d’une femme. Science-fiction que tout ceci ?

Notons que tous les ingrédients sont là, fournis par la société de croissance.

- Elle nous a habitués à dépendre de techno-organisations complexes et à y voir les conditions du progrès. Pourquoi alors ne pas se remettre à la techno-science pour concevoir les enfants ? Il n’y a pas de raisons que cette techno-science ne fasse pas mieux que nous ou avec moins d’efforts. Après tout nous avons abandonné la fabrication des yaourts dans un cadre d’économie domestique et nous ne nous en portons que mieux avec des gains de temps et d’argent. Alors pourquoi ne pas appliquer ‘la règle du yaourt’ à notre procréation ?

 - En nous plongeant dans un univers urbain artificialisé, elle a renforcé notre sentiment d’être au centre de tout et accru l’importance que nous portons à l’écoute de nos propres désirs., quitte à passer par-dessus les contraintes biologiques. Dans ce cadre il devient logique qu’un sentiment de toute puissance nous habite et qui, mêlé à notre passion pour l’égalité et notre difficulté à supporter l’altérité de l’autre sexe et l’inconnu de la procréation naturelle, nous amène à refuser notre statut sexué d’homme ou de femme pour imaginer la possibilité de couples de même sexe pouvant enfanter.

- La société de croissance, d’après bien des veilleurs et autres lanceurs d’alerte, place notre humanité dans une orbite morte de l'histoire, et individuellement nous assigne dans le même temps un rôle de victime sans qualité et de complice d’un génocide du vivant. Comment imaginer que nous puissions supporter cela sans un trouble infini nous mettant en situation de faire n’importe quoi ?  

Dangereux Homo faber, homo sacer et homo sans père ni mère, il n’y aura pas que les tropiques à être tristes. Merde à Vauban !

 __________________________________________________________________________________________________    

1 : Cf. Entretien avec Pierre Legendre :’Nous assistons à une escalade de l’obscurantisme’ Propos recueillis par Antoine Spire, in Le Monde du 23.10.2001, p 21.    

2 : Du grec τέχνη. La technè désigne la production ou fabrication matérielle, l’action efficace, chez les Grecs de l’Antiquité. (source wikipedia)

3: Au-delà d’une phrase polémique, se noue un vrai débat sur la priorité à donner à l’homme telle que la défend Sylvie Brunel ou à penser l’homme comme un élément d’un tout, comme Arne Naess. Sur ce thème, voir par exemple le livre très engagé de Pascal Bruckner, Le Fanatisme de l'apocalypse. Sauver la Terre, punir l'Homme, Grasset-Fascelle, Paris 2011.        

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Published by Jean Bruguier - dans Société
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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 15:04

 

 

A l'occasion d'un entretien avec le magazine Néoplanète, l'actrice Jane Fonda a résumé en quelques mots ce qui constitue peut-être la raison la plus profonde d'être écologiste : 

" Ensuite il y a un problème de conscience : à quoi ressemblera le monde sans animaux sauvages, sans vie marine ? Tout ça  parce qu’une seule espèce animale, la plus dangereuse,  l’homo sapiens, aura occupé tout l’espace et accaparé toutes les ressources ? Ne risquons-nous pas enfin des tensions, des guerres, si notre monde est encore plus surpeuplé, entassé ? Où va-t-on trouver la paix et le calme ? Le dépaysement ? Le recul ? Ou trouvera-t-on des terrains libres et non urbanisés pour avoir un contact avec la Nature ? Étant enfant, je me suis construite en explorant les plaines, les bois, et en jouant dans des endroits libres et envahis par la végétation. D’où va venir l’éveil de la jeunesse en 2045 ? "

 

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Published by Didier BARTHES - dans Billets d'humeur
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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 07:24

Evaluation de nos effectifs au 1er janvier 2013    

                                                                                                                            (en millions d'habitants) 

 

Sources      2013     2012 Progression Progression
      (en millions)   (en %)
  INED    7 091    7 013      +      78      +  1,11 %
  Population Data.net    7 099    7 014      +      85              +  1,21 %       
  Worldometers    7 089     7 013      +      76      +  1,08 % 
  Terriens.com     7 060     6 984      +      76      +  1,09 % 
  US Census Bureau    7 062     6 985      +      77      +  1,10 % 
   Population Mondiale.org    7 099     7 015      +      84      +  1,20 % 
         
  Moyenne    7 083    7 004    +      79   +     1,13 % 

 

     

Selon cette moyenne réalisée à partir d'un panel de compteurs de population nous serions donc aujourd'hui 7 milliards et 83 millions d'habitants sur la Terre. Avec 79 millions de personnes de plus en un an, la croissance de nos effectifs reste très élevée. Cela contredit quelque peu les affirmations rassurantes selon lesquelles l'explosion démographique serait une affaire du passé et une menace à oublier. Deux éléments militent envers plus de prudence :

Tout d'abord, le taux de croissance en 2012, estimé entre + 1,1 et + 1,2 % (a), s'il est effectivement plus bas que les maxima atteints entre 1960 et 1970 (+ 2,1 % certaines de ces années) reste très supérieur à ceux que l'humanité a connu tout au long de son Histoire et même de son Histoire récente (b). Ce taux est ainsi beaucoup plus élévé que celui qui prévalait lors des premières années du 20ème siècle où la population augmentait au rythme de + 0,4 % par an soit trois fois moins rapidement qu'aujourd'hui !

D'autre part, c'est évidemment le nombre absolu des hommes qui pèse sur la planète et sur ses équilibres écologiques. Or, nul ne doit être grand mathématicien pour comprendre qu'un taux plus faible, s'il s'applique à une base plus large, peut conduire à une évolution absolue plus importante. Ainsi, entre 1960 et 1970, décennie symbole de l'explosion démographique, les effectifs de l'humanité sont passés de 3 à 3,7 milliards ce qui suppose une croissance annuelle moyenne de 70 millions de personnes. Aujourd'hui, alors même que l'on tend à minimiser l'expansion du nombre des hommes, ce sont pourtant environ 80 millions d'habitants qui viennnent tous les ans s'ajouter à la surface de la Terre. Habitants qui auront des modes de consommation plus exigeants que ceux des générations précédentes et qui se présentent sur une  planète plus dégradée et déjà deux fois plus peuplée.

A terme toutefois, convenons-en, le taux est déterminant. Avec 0 % de croissance, par définition la population sera stabilisée. Mais  quand ? Et à quel niveau ?

En France et dans certains pays d'Europe, la fécondité qui avait baissé a connu des remontés ces dernières années.  Il en a été de même dans des pays de structures démographiques et économiques très différentes comme ceux du Maghreb dont pourtant on avait vanté la rapidité de la transition démographique.

Il faut donc considérer que la baisse tendancielle des taux de croissance de la population sur laquelle tablent de nombreux  analystes constitue une hypothèse mais non une certitude. Nous rappelions d'ailleurs l'an dernier que l'ONU avait revu à la hausse ses projections démographiques pour le siècle qui commence.

 

 

  Rappel des prévisions de l'ONU pour l'évolution au cours de ce siècle.

                                                                              (prévisions de 2011 en millions d'habitants)

 

  Prévisions        en 2050       en 2100
       
  Basse          8 500          6 200
  Moyenne          9 300        10 100
  Haute        10 600        15 800

 

________________________________________________________________________________________________ 

Les effectifs de la population mondiale moyenne indiqués pour 2012 (7 004 millions) sont très légèrement différents de ceux qui avait été retenus l'an dernier (7 003 millions). Ceci parce que la liste  des compteurs n'est plus exactement la même. Deux d'entre eux ont été exclus : Terre sacré.org ne publie plus de compteur et celui de Population Matters a trop largement changé de base pour être significatif.

(a) Il est illusoire de raisonner sur des chiffres trop précis compte tenu de la connaissance que nous pouvons avoir de nos effectifs et de leur évolution. Les données sur la population peuvent etre considérées comme exactes à 1 ou 2 %  près. Le taux de croissance annuel de   + 1,13 %  que nous indiquons fixe un ordre de grandeur. Ce serait une erreur de le prendre au pied de la lettre (ou plutôt du chiffre). Il en va évidemment de même pour toutes les autres statistiques démographiques ici présentées.

(b) Ajoutons qu'il est bien peu recommandable, comme on le fait parfois de prendre   systématiquement comme référence des années record par rapport auxquelles, par définition tout autre chiffre apparaitra plus raisonnable.  Comparer tous les chiffres de la croissance démographique au taux maximum jamais connu introduit un biais statistique évident et donc une comparaison faussée par nature. 

 

Sur ce site et sur le même sujet voir également :

Les chiffres clefs de la population.  

La population mondiale au 1er janvier : 2009, 2010, 2011, 2012, 2014, 2015 .

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 11:04

         En 2013,  Economie Durable entrera dans sa septième année. 

         A l'occasion de ces voeux de Nouvel An, nous tenons à vous remercier pour votre fidélité et pour vos commentaires toujours bienvenus. 

 

                  Très bonne année à toutes et à tous

 

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Published by Didier BARTHES - Jean-Christophe VIGNAL
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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 15:04

C’est devenu une habitude d’énoncer que la transition écologique ne pourra se faire qu’en s’appuyant sur la recherche scientifique et la modernité (1) et non en se retournant vers le passé.

Cette affirmation est d’autant plus intéressante, outre qu’elle a une pertinence technique au moins partielle mais au sujet de laquelle il nous faudra revenir, qu’elle permet de rompre avec facilité avec une certaine idéologie écologique construite en partie sur des thèmes maurrasso-pétainistes.

Il y a d’abord l’idée d’une société toute entière qui aurait fauté en consommant trop et qui doit maintenant expier, à l’image de ‘l’esprit de jouissance’ dénoncé par Pétain dans un discours prononcé le 20 juin 1940 (2).

Il y a aussi la magnification d’une société enracinée dans la ruralité, avec la terre qui elle ne ment pas (3), se méfiant d’une culture urbaine ouverte au mouvement et au désordre.

Sans compter le thème récurrent d’une société souvent suspectée d’incapacité à prendre le virage nécessaire sans avoir recours à un homme providentiel autoritaire, traduisant ainsi une grande méfiance vis-à-vis des mécanismes de la démocratie élective que nous connaissons, reprenant en partie les critiques posées par Charles Maurras tout au long de son œuvre (4).

Refuser de retourner au passé, c’est aussi conjurer la vieille peur qui nous habite de se retrouver dans un monde où chaque homme est à la merci de la nature avec ses rigueurs immédiates et ses dangers, c’est refuser de se retrouver plonger dans le noir et le froid avec juste une bougie tremblotante pour s’éclairer. Et l’argument fonctionne bien depuis 40 ans, renvoyant souvent les écologistes dans les cordes … jusqu’à les amener eux aussi à ne jurer que par le progrès, la croissance verte et le développement durable. Position d’autant plus facile à prendre pour ces nouveaux politiques qu’elle leur permet de faire d’une pierre deux coups : promouvoir une transition écologique sans efforts plus facile à vendre électoralement, et s’éloigner de ces thèmes dont les relents pétainistes sont à leurs yeux d’autant plus nauséabonds que ces écolos patentés se revendiquent de gauche ou d’extrême-gauche. Et c’est d’ailleurs dans le même esprit qu’ils se refusent à tout examen de la question démographique, celle-ci sentant trop un malthusianisme insupportable à ces nouveaux thuriféraires du progrès économique social et écologique.

Alors, cette recherche scientifique au service de l’écologie ? Elle est évidemment indispensable, même si elle n’en est réellement qu’à ses débuts si on l’inscrit dans le cadre de la révolution technique mise en scène par l’Occident depuis quelques siècles.

Bien des choses peuvent se faire dans l’habitat, réduisant à la fois nos besoins en énergie tant lors de la construction que pendant l’occupation des locaux, en jouant notamment sur les biomatériaux comme sur une architecture bioclimatique limitant les pertes et améliorant notre capacité à capter simplement la chaleur du soleil.

Ou dans notre façon de produire, avec la biochimie et toutes les ressources de l’intelligence mise au service de l’économie de la production : recyclage, amélioration du rendement des moteurs, longévité accrue des produits, agrobiologie, etc.

Mais si cette recherche, fondamentale comme appliquée, est nécessaire, elle ne doit en aucun cas gommer les autres questions.

La Terre peut-elle supporter sans dommages écologiques de long terme une population humaine de 9 à 10 milliards prévue pour dans 40 ans ?

Ou un mode de production qui suppose des milliards de tonne/km pour jouer sur les disparités économiques et monétaires des différentes régions du monde ?

Ou une activité touristique intense et de long cours pratiquée aujourd’hui par un milliard d’individus ?

Ou même une organisation spatiale entre nos lieux de vie, de travail et de loisirs impliquant des déplacements de 100 km/jour par foyer ?

Croire que la solution à nos problèmes passe par la recherche, l’amélioration de l’efficience de nos systèmes, et quelques ajustements à la marge, comme évoluer du diesel à la voiture électrique, est une illusion dangereuse, retardant les mesures sérieuses qui doivent être prises pour sauver un biotope au bord du burn out.

Illusion car aucunes améliorations techniques telles que nous pouvons les envisager pour ce siècle ne nous permettront de faire vivre 10 milliards d’hommes comme vivent aujourd’hui les 30% d’américains les plus riches (5), et c’est pourtant ce que cherche une majorité des habitants de cette planète.

Illusion car cette dépendance addictive à la Recherche&Développement ne traduit que l’exacerbation de notre société technicienne décrite par Jacques Ellul, qui dans un même mouvement place l’homme au centre de tout et le rend soumis à la logique de la technique. Ce qui n’est pas pour rien dans la situation de catastrophe écologique vers laquelle nous nous dirigeons.

La solution passe, au-delà des progrès en efficience à mettre en œuvre, par une rupture de nos habitudes trop gourmandes en ressources ainsi que par une prise de recul sur les schèmes culturels qui nous animent. Et c’est là que le passé peut nous fournir des idées de solution. Car nos propres sociétés européennes étaient beaucoup plus économes jusqu’aux années 60, et étudier avec un œil neuf les solutions auxquelles elles avaient recours n’est pas inutile. Les potagers alimentaires près des habitations, elles connaissaient. La production et le commerce de proximité, elles connaissaient. L’unité spatiale entre le travail, le logement et les loisirs, elles connaissaient. La réflexion et la culture plutôt qu’une consommation abrutissante de masse, elles connaissaient.

Pourquoi ne pas s’inspirer de cette organisation-là ? Parce qu’elle nous rappelle le passé et un mode de vie moins urbain où les dépenses de logement et de nourriture étaient prépondérantes dans le budget des ménages, et que nous n’avons surtout pas envie de nous priver d’une bonne partie de tous ces nouveaux objets et services qui alimentent la croissance économique depuis un demi-siècle !

Nous n’avons cependant le choix qu’entre continuer comme aujourd’hui et voir l’état écologique de notre planète se dégrader inexorablement avec les conséquences négatives inévitables pour nos sociétés plus dépendantes que l’on croit vis à vis de la nature (6), ou opérer une rupture radicale. Rupture appuyée sur la recherche de l’efficience technique comme organisationnelle, mais rupture qui suppose aussi un changement en profondeur de nos modes de vie et l’abandon d’une consommation exagérée pour retrouver un fonctionnement plus proche de ce qu’ont connu nos grands-parents : des objets intégrants plus de valeur ajoutée et moins de produits toxiques ; avec moins de déplacements quotidiens et l’oubli des voyages lointains peu coûteux (7) ; avec des espaces urbains repensés et des métropoles en décroissance ; avec plus de maîtrise sur notre consommation quotidienne qui pourrait en partie être autoproduite (potager, cuisine à la maison, etc.) accompagnée par une réévaluation de l’économie domestique. Moins de consommation d’objets et de voyages, mais un monde moins pollué, avec une nourriture plus saine, avec une majorité de produits locaux et des loisirs plus simples, plus de culture et au total plus d’occupations à remplir, s’il faut une expression : une vita povera (8). Après tout, est-ce un monde moins attractif qu’aujourd’hui ?

_____________________________________________________________________

1 : Voir notamment l’argumentation développée dans l’émission C dans l’air intitulée:  La fin d’un monde du 24.12.2012 par Philippe Dessertine à la 43’ et.par Gérard-François Dumont à la 59’.  

2 : Discours rédigé par Emmanuel Berl, avec notamment la phrase suivante : Depuis la victoire [de 1918], l'esprit de jouissance l'a emporté sur l'esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu'on a servi. On a voulu épargner l'effort ; on rencontre aujourd'hui le malheur. On retrouve notamment un écho de ce thème dans le titre provocateur d’un livre d’Yves Paccalet L’humanité disparaîtra, bon débarras sous-entendant la faute et annonçant le malheur suprême.

3 : La terre ne ment pas in discours de Pétain du 25.06.1940. A noter par ailleurs que cet intérêt pour l’agriculture se retrouvait dans l'Hebdomadaire de l'agriculture et de l'artisanat,  La Terre française contrôlé comme toute la presse française par le gouvernement du Maréchal Pétain  et prônant entre autres choses le corporatisme agricole ; revue dans laquelle écrivait René Dumont, premier candidat écologiste à une élection présidentielle en France.

4 : C’est un thème récurrent dans la littérature écologisante d’insister sur le risque de la nécessité du recours à un régime autoritaire sinon dictatorial ; sur ce thème de l’homme providentiel, voir par exemple Jean-Marc Jancovici in C’est maintenant ! 3 ans pour sauver le monde. p.176, chapitre : Dictateur pas forcément.

Plus globalement, une réflexion sérieuse ne s’accommode pas de l’évacuation de ces 3 thèmes sous prétexte qu’ils auraient des relents maurassiens ou pétainistes. S’interroger sur la démocratie, l’urbanisation du monde ou la surconsommation sans entrave, et plus particulièrement de leurs rôles dans la crise écologique, est difficilement évitable.

5 : C’est en effet une absurdité de se caler sur l’empreinte moyenne des américains, déjà insupportable pour la planète si elle était généralisée, car le rêve consumériste est plutôt calé sur le mode de vie des américains les plus riches et oublie volontiers les américains pauvres.

6 : Sur ce thème et l’évolution négative prévisible du pouvoir d’achat dans le cadre de la poursuite d’une société de croissance, voir sur ce site l'article : Le pouvoir d'achat est-il soluble dans la croissance ?  

7 : La creation de l'aeroport de Notre Dame des Landes ne peut alors representer dans ce cadre que le symbole d'un Vieux Monde qui ne comprend rien aux questions écologiques.

8 : Vita Povera : l’expression est construite en parallèle à celle d’arte povera ; ainsi la pauvreté n’est pas incompatible avec la beauté, l’énergie, la joie de vivre. Mais ce concept de vita povera est toutefois différent de celui de sobriété heureuse défendu notamment par Pierre Rabhi. Il insiste plus sur l’idée de pauvreté afin de marquer notre défiance vis-à-vis des nombreux discours écologisants qui tentent de masquer l’importance des changements et des sacrifices matériels à prévoir. Cette définition est extraite de l’article Qui a tué l’écologie politique en France ? publié sur ce blog le 27.01.2012.   

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Published by Jean Bruguier - dans Société
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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 11:04

Opérer une rénovation thermique de l’habitat existant, à côté de la construction de logements neufs à très faible consommation énergétique, semble une évidence.

Evidence car le coût écologique et financier d’un habitat ‘passoire énergétique’ est de plus en plus perçu comme un gaspillage insupportable, et d’autant plus préjudiciable que l’immense majorité d’entre nous va être confrontée à une baisse de notre pouvoir d’achat du fait de la crise économique en Occident et de la hausse des matières premières, de la nourriture et de l’énergie. Faut-il rappeler qu’une hausse du prix de l’électricité pour les ménages d’au moins 30 % dans les cinq ans à venir  est quasiment actée ? Et que l’évolution prévisible du prix du gaz ou du fuel n’est pas plus encourageante.

Evidence encore car la rénovation thermique suppose d’y affecter des dizaines de milliers d’emplois largement non-délocalisables, donc bienvenus en période de chômage de masse.

L’idée de jouer cette carte, portée depuis longtemps par les écologistes, a été bien reçue et comprise comme un bel exemple de croissance verte réconciliant comme par miracle les écologistes et les professionnels du bâtiment qui ne pouvaient y voir qu’un accroissement sensible de leur marché.

On a pu y croire dès 2007, dans la foulée du Grenelle de l’Environnement où il a été question d’orienter les investissements en ce sens, avec entre autres une politique de crédit d’impôt. On a pu encore y croire au printemps 2012 avec l’entrée des écolos dans la nouvelle majorité présidentielle et la nomination de l’une d’entre eux au Ministère du Logement.

Et pourtant !

Les résultats en matière de rénovation thermique de l’habitat n’ont clairement pas été à la hauteur des espérances et des promesses du Grenelle de 2007, avec notamment une politique d’encouragement fiscal qui s’est largement amoindrie au fil de l’eau et des contraintes budgétaires d’un Etat impécunieux. Au moins peut-on mettre au crédit du précédent quinquennat la compréhension par tous les acteurs du secteur, qu’ils soient propriétaires locataires ou constructeurs, que l’immobilier devait impérativement faire sa mue pour prendre sa part dans une transition énergétique devenue inévitable.

Le nouveau quinquennat fait-il mieux ? S’il a été question pendant la campagne présidentielle de rénover 600 000 logements par an pour améliorer leur efficacité énergétique, chiffre revu à 500 000 au moment de la Conférence environnementale à la rentrée (1), plus de 6 mois après l’installation de l’Administration Hollande avec Cécile Duflot aux manettes de la politique de l’habitat, rien de clair n’est sorti en ce domaine et les particuliers comme les investisseurs et les bailleurs sont en attente.

Y aurait-il un os dans la noce de l’écologie et du bâtiment ?

Apparemment non si l’on entend ce qui se dit dans les coulisses gouvernementales (2), et notamment l’idée de financer ces investissements sur des décennies d’économies d’énergie avec un emprunt national envisagé auprès de la Banque Européenne d'Investissement. Idée basée sur le raisonnement déjà défendu par François Fillon qui rappelait dans une déclaration le 05.4.2011 à l’Assemblée Nationale que l’investissement dans la rénovation du parc bâti a ceci de particulier qu’il va rapporter de l’argent grâce aux économies d’énergie faites, et cette économie financière sera chaque année plus importante eu égard à l’augmentation mécaniquement inéluctable du prix de l’énergie due au passage en 2009 par le pic pétrolier de Hubbert. Idée qui s’appuie aussi sur les données de l’association NegaWatt qui estime que le solde dépenses/économies d’une rénovation peut devenir positif au bout de 11 ans sans même aucune intervention de l’Etat (3) et peut ainsi conclure que le financement d’un grand programme de rénovation ne poserait pas de problème particulier dès lors que la volonté politique de le mener à bien existerait. L’effort à consentir par l’État serait probablement plus élevé que celui consenti actuellement, mais cet effort ne serait que de deux ou 3 milliards de plus par an. Ce faisant, tout propriétaire, quel que soit son revenu, aurait accès à des travaux de rénovation qui lui rapporterait de l’argent pratiquement dès la première année.

Le retard à l’allumage de ce programme ne viendrait donc que de difficultés passagères et des inévitables problèmes budgétaires, administratifs ou politiques à résoudre à l’occasion du lancement d’un tel projet. Mais est-ce si sûr ? N’y aurait-il pas des oublis ou des questions plus structurelles qui empêcheraient ou freineraient le lancement de ce programme si nécessaire pour que notre pays puisse espérer tenir ses engagements de diminuer par 4 ses émissions de CO2 à l’horizon 2050 ?

Prenons l’exemple d’une famille propriétaire de sa maison déjà un peu isolée de 110 m2 (surface habitable moyenne d’une maison individuelle en 2010) qui dépense 1 650 euros par an (soit 250 kWh/m2Shab/an) et passerait à 330 euros/an (soit 50 kWh/m2Shab/an). Soit une division par 5 de sa consommation énergétique et un gain de 1 320 euros/an (base 0,06 euros le kWh). Ce qui suppose une rénovation remarquable et importante obligeant à revoir la maison de fond en comble, et donc des travaux que l’on peut estimer autour de 50 000 euros (soit 450 euros/m2). Et qui peut se traduire par un amortissement de l’investissement en 38 ans. Autrement dit le gain de 1 320 euros/an ne couvrirait les intérêts d’un emprunt que si celui-ci ne dépassait pas 2,65 % assurance comprise. Quelle banque peut prêter à ce taux sur une durée aussi longue ? En fait il faut intégrer une hausse immédiate de 50 % du prix de l’énergie pour réussir à couvrir les intérêts d’un emprunt qui ne dépasserait pas 4 % assurance comprise ! On est loin de l’affirmation de NegaWatt (4) pour qui : Le financement dans la rénovation thermique ne pourra être vu par les banquiers comme comportant un risque. Il n’y aura aucun risque dans ces financements, et il ne serait pas compréhensible que les prêts octroyés soient assis sur des garanties de revenus. Au contraire, grâce à ces prêts, le client verra très rapidement sa solvabilité s’améliorerA fortiori, les classes sociales les plus défavorisées ne pourront pas être l’objet d’un ostracisme déplacé puisque la rénovation améliorera leur solvabilité. Tous ceux qui rénoveront « s’enrichiront ». 

Comment expliquer cet écart ?

NegaWatt part du principe que les maisons sont très peu isolées (base : 300 kWh/m2Shab/an) et que la rénovation permettra d’atteindre un très bon résultat avec 50 kWh/m2Shab/an. Or je tiens compte du fait que les particuliers ont fait depuis une trentaine d’année un certain nombre de travaux améliorant l’isolation de leur habitation (pose de laine de verre dans les greniers, double vitrage, …) et/ou qu’un nombre important de maisons ou villas ont été construites depuis 30 ans avec des éléments d’isolation intégrés ; bref ma base de calcul de l’existant est de 250 kWh/m2Shab/an et le gain apporté par les travaux serait donc ramené de 250 à 200 kWh/m2Shab/an.

L’autre différence majeure tient à l’appréciation du coût des travaux. Pour NegaWatt le calcul se fait sur une base de 250 euros TTC le m2, soit 200 euros de moins que mon évaluation. Mais il faut noter que pour NegaWatt ne sont donc pris en compte que les coûts relatifs à l’isolation des murs, des planchers haut et bas, au changement des menuiseries (fenêtres et portes-fenêtres), à la réalisation d’une étanchéité à l’air de l’enveloppe, à la pose d’une ventilation double flux, au changement de chaudière, à la pose d’une régulation terminale de qualité. En clair si vous faites une isolation thermique par l’extérieur (ITE), les coûts pour les enduits ou les reprises des gouttières ne sont apparemment pas pris en compte ; de même la réfection des papiers ou des peintures après une isolation par l’intérieur ou après l’intégration d’une ventilation double flux. Et si vous êtes obligé de déposer la toiture pour reprendre l’isolation des plafonds (toutes les maisons n’ont pas de combles), cela non plus n’est pas intégré. Ni la terrasse que vous devrez reprendre pour pouvoir prolonger votre ITE jusqu’au niveau des fondations comme il est recommandé. Ni le carrelage du salon qu’il faudra refaire pour placer l’isolation de votre plancher. Comme le dit bien NegaWatt il convient en premier lieu de définir ce qu’englobe ce coût. Il n’inclut que des travaux propres à la rénovation thermique. Concrètement l’estimation du coût des travaux est tellement calculée juste qu’elle en devient non réaliste dans la vie réelle.  

Une dernière remarque. Pour aboutir à un coût de 250 euros TTC le m2, les matériaux sont choisis parmi les moins chers et n’intègrent pas le surcoût des biomatériaux comme la laine de bois ou le liège, évitant des risques de pollution de l’air intérieur et incorporant beaucoup moins d’énergie grise (c.-à-d. l’énergie incorporée dans le matériau lors de sa fabrication et de son transport).

La démarche de NégaWatt est fondée sur un calcul au plus juste du prix des travaux en oubliant les coûts générés par une rénovation forcément sur-mesure d’autant plus importants que l’objectif de 50kwh/m2Shab/an suppose une rénovation poussée faisant peu d’impasses techniques, et s’appuie pour prouver la rentabilité de l’opération sur un gain de consommation qui ne pourra pas systématiquement se vérifier (5).

La prise en compte de coût de travaux plus réalistes, notamment dans l’habitat diffus, et d’un gain énergétique moins systématiquement favorable fait exploser l’idée d’un investissement rentable qui pourrait s’autofinancer par les gains de consommation énergétique. Et l’intégration d’une hausse du coût de l’énergie n’est pas suffisante pour rentabiliser l’opération, sauf si celle-ci augmentait brusquement et immédiatement d’au moins 50 %.

Et la situation n’est pas plus brillante pour un propriétaire bailleur. Prenons le cas d’un bailleur propriétaire d’un appartement à Brive la Gaillarde, chef-lieu économique du département de la Corrèze bien connu du Président François Hollande. Valeur au m2 : 1 500 euros environ. Avec des travaux de rénovation thermique calculés au plus juste sur une base de 300 euros TTC/m2 (6), le prix de son investissement sera accru de 20 %. En bonne logique il devrait donc augmenter le loyer de son locataire de 20 % pour simplement maintenir la rentabilité de son bien et laisser son locataire se rembourser sur la minoration des charges … seul problème, le locataire fera au mieux une économie égale à la moitié de son augmentation de loyer. Concrètement, et sans même tenir compte des contraintes légales liées à l’encadrement des loyers, le propriétaire bailleur n’a aujourd’hui pas d’intérêt financier strict à investir tant que le coût élevé des charges locatives ne rendent pas son bien inlouable.

Ces quelques calculs posent problème en battant en brèche le financement sans douleur promu par une association comme NegaWatt et par les gouvernements successifs. Non, les économies d’énergie ne financeront pas à elles seules les investissements nécessaires dans l’habitat (7). Non, les prix actuels de l’énergie, en l’absence d’une taxe carbone significative, ne sont pas assez élevés pour justifier économiquement ladite rénovation thermique. Ce qui est en cause, ce n’est pas la nécessité écologique et économique de transformer nos maisons passoires en maisons BBC ou passives, c’est le financement de cette opération.

Des logements plus coûteux à construire ou à rénover, plus complexes à entretenir (8), c’est forcément une allocation de ressources plus grande à prévoir pour ce secteur et donc un coût du logement qui pèsera plus dans le budget des ménages, que ceux-ci soient locataires ou propriétaires. Est-ce impossible à penser ?

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1 : Voir Coralie Schaub in Le défi de la rénovation thermique des logements, Libération, 08.10.2012

2 : Cf. Un plan de rénovation thermique très social sur 500.000 logements par an, Matthieu Quiret, in Les Echos, 11.09.2012

3 : Supposons que le prix de la rénovation est de 250 € TTC/m² et que l’économie d’énergie générée soit de 250 kWh/m²Shab/an, et que le particulier finance la totalité au moyen d’un emprunt sur 20 ans à 4,5 %, avec un coût actuel du kWh de 0,06 € et une hausse annuelle de 5 % en euros constants. Il faudra attendre la 11ème année pour que le solde dépenses/économies devienne positif, et c’est la sixième année que le déficit cumulé sera le plus important avec 960 € (ce qui reste modeste !)   Source : NegaWatt/FAQ/Le Bâtiment.  

 4 : Source : NegaWatt/FAQ/Le Bâtiment. Combien coûtera le grand programme de rénovation thermique des logements, et comment pensez-vous qu’il soit possible de le financer ?

5 : Une villa de 1974 construite avec les normes d’isolation conçues par EDF pour promouvoir le chauffage électrique et intelligemment positionnée avec des baies vitrées au sud, une véranda et peu de fenêtres au nord peut ne consommer que 180 ou 200 kWh/m2Shab/an. Cependant sa rénovation coûtera aussi cher qu’une autre (par exemple ses doubles vitrages n’étant pas aux normes actuelles, il faut tout de même changer les menuiseries), mais le gain final de consommation ne pourra être supérieur à 150 kWh/m2Shab/an. Ce qui fait nettement augmenter le temps d’amortissement de la rénovation thermique (28 ans avec des travaux calculés à 250 euros TTC/m2 et 50 ans si ceux-ci sont calculés à 450 euros ; amortissement calculé à coût constant de l’énergie mais sans prise en compte du coût financier du capital investi). Encore pourrait-on se demander si une partie des investissements consentis auront une durée de vie au moins égale à leur temps d’amortissement : les menuiseries par exemple seront-elles toujours aussi étanches que nécessaire dans 28 ans ?

6 : N’oublions pas que le Gouvernement vient de décider pour financer la compétitivité des entreprises d’augmenter le taux de tva de 43 % en le faisant passer en janvier 2014 de 7 à 10 %, ce qui augmentera d’autant les travaux de rénovation thermique.  

7 : C’est d’ailleurs devenu une caractéristique assez française de croire qu’un montage intelligent nous exonérerait de l’effort à réaliser ; elle est à l’œuvre ici pour le grand chantier de la rénovation thermique de l’habitat, mais on l’a vu aussi à l’œuvre dans la politique de soutien à la consommation suivie par plusieurs gouvernement, qui devait entraîner notre appareil productif et dans un second temps nous permettre alors de rembourser aisément les emprunts contractés. L’état de notre dette nous a finalement ramené vers plus de prudence et de bon sens et vers un peu moins de keynésianisme mal compris.   Si nous souhaitons disposer d’un parc immobilier qui ne soit plus une passoire énergétique, il y a des choix à faire qui impliquent tout simplement des arbitrages dans nos dépenses.

8 : Les maisons rénovées incorporeront une ventilation double flux : cela suppose un entretien particulier et rigoureux. De même les nouvelles chaudières sont bien plus complexes que les anciennes et supposent une maintenance adéquate. Tout ceci a un coût.

 
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Published by Jean Bruguier - dans Habitat
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