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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 07:24

 

A Paris, Le Mondial de l’automobile fait la part belle aux véhicules électriques (1). Citroën avec la C Zéro, Peugeot avec la iOn (2) ou, pour un peu plus tard, Renault avec la Zoé… Tous les grands constructeurs présentent désormais un projet solide et ambitieux. Plusieurs modèles devraient donc bientôt parcourir nos routes sans que cela relève des seules flottes captives comme lors du timide essai de la fin des années 90 où nous pouvions croiser ici et là quelques véhicules d’EDF.

Ce succès annoncé, issu de la pression écologique, mais aussi d’un peu de volontarisme, de quelques progrès dans la technologie des batteries au lithium (3) ainsi que d’une électronique plus performante attire les commentaires enthousiastes mais suscite également les interrogations. Il en est une qui domine toutes les autres : La voiture électrique élimine-t-elle vraiment la pollution ? Ne se contenterait-elle pas de la déplacer ?

Rappelons le, l’électricité n’est pas une source d’énergie c’est juste un vecteur. Avant de propulser nos voitures, le courant doit être généré. Il en résulte que la pollution indirecte engendrée par ces véhicules est fortement dépendante des conditions dans lesquelles l’électricité se trouve elle-même produite.  

Si l’on prend l’émission de CO2 comme principal indicateur de pollution (4), alors,  la France fait figure de bonne élève. Avec de l’électricité issue à 80 % du nucléaire, le parc français de voitures électriques serait finalement peu émetteur de gaz carbonique (5).

L’Allemagne, par contre, avec son faible nombre de centrales nucléaires et surtout devant leur abandon programmé serait évidemment beaucoup plus mal placée ce qui la conduira indirectement à faire rouler ses voitures électriques… au charbon (puisque c’est par la combustion du charbon, grand émetteur de CO2, qu’est et que sera majoritairement produite l’électricité allemande).

La critique est donc justifiée et même si la France fait exception, la voiture électrique dans un bon nombre de cas ne réduit gère la pollution, elle ne fait que déplacer la source d’émission. Le raisonnement est imparable. Ajoutons qu’il faudrait également analyser le rendement des différentes opérations de transformation d’un support énergétique à l’autre : combustion de réserves fossiles pour faire de l'électricité, charge de cette électricité dans une batterie, capacité de restitution etc… Cela, n’arrangerait pas le bilan global.

La pertinence de cette critique masque hélas deux autres problèmes qui, eux non plus, ne vont pas dans le sens d’une voiture propre.  

Tout d’abord, une voiture se fabrique et, électrique ou pas, la pollution et les consommations de matière et d’énergie générées par cette fabrication sont loin d’être négligeables (6). Cet argument est d’ailleurs à opposer à ceux qui, régulièrement, nous incitent à changer fréquemment notre véhicule afin de toujours bénéficier des ultimes progrès. Ecologiquement mieux vaut garder sa voiture quelques années de plus que de se précipiter sur le dernier modèle. La société de consommation est le premier ennemi de l’écologie.  

En second lieu, là encore, électrique ou pas l’automobile ne représente pas un danger pour l’environnement du seul fait de ce qui sort de son pot d’échappement ou de ce qui est consommé pour sa production. L’automobile est d’abord une agression pour l’environnement par l’espace qui lui est consacré. Routes, parkings et voies d’accès constituent une bonne part de notre environnement. Ces espaces sont gagnés sur la nature et n’ont guère de chances de lui être restitués. Ajoutons qu’ils quadrillent très strictement le territoire et le rendent par cela quasi inhabitables aux animaux. Quand une route importante traverse une forêt, c’est au moins sur un kilomètre de part et d’autre qu’il est impossible, même temporairement, d’oublier son existence.

L’automobile est omniprésente. Combien de temps en France peut-on, marcher en ligne droite sans rencontrer le bitume ? Jusqu’où devons nous aller pour ne plus entendre la circulation ? Quelle est la proportion de lieux où la voiture est invisible et inaudible et peut complètement se faire oublier ? 

Là se trouve l’agression majeure de l’automobile à notre monde. De ce point de vue, la voiture électrique ne réglera en rien les problèmes (7). Au contraire même, comme nous l’indiquions dans un article précédent, moins l’automobile sera polluante et énergivore et plus elle constituera un risque pour la nature car plus irrésistible et aussi plus durable sera son expansion et sa domination sur le monde. Ce paradoxe n’est pas le moindre, il n’en est pas moins bien réel.

Voilà pourquoi en ce domaine comme en d’autres, il est illusoire d’attendre une solution scientifique ou technologique miraculeuse. Toute solution qui nous donnerait plus de pouvoir serait en réalité dangereuse et la seule voie prometteuse est celle de la modestie. Moins d’habitants sur la planète, moins de déplacements, moins de consommation. Toute autre démarche ne serait qu’une course désastreuse à " l’artificialisation " du monde.   

______________________________________________________________________________________________ 

(1) Il en est d’ailleurs de même dans le domaine des cycles où les vélos à assistance électrique occupaient une bonne part du salon RBike qui s’est tenu à Lyon Eurexpo fin septembre.  

(2) Notons avec amusement les trouvailles des services marketing de PSA, prononcé rapidement, la iOn de Peugeot s’entend presque comme le lion de Peugeot (ce qui ne serait pas mal vu). A l’inverse, à la première difficulté technique, la C Zéro de Citroën risque d’être immédiatement moquée, dans le style "C Zéro : c’est zéro" . Renault n'est pas mieux lotie puisque plusieurs personnes ont posé réclamation sur l'appellation de la future Zoé, prétextant qu'une voiture ne saurait porter leur prénom ou celui de leur fille. 

(3) N’imaginons quand même pas une révolution, les autonomies annoncées ne dépassent généralement pas 150 à 200 km (en pratique comptez sur 100 km à peu près tranquilles sur le plat) et toujours avec des temps de recharges de plusieurs heures donc, très pénalisants.

(4) Rappelons aussi que le CO2 n’est pas le seul polluant aussi médiatiquement diabolisé soit-il. Les particules fines, fort dangereuses et les différents oxydes devraient également être pris en compte.

(5) Ceci est d’autant plus vrai que le solde est lui-même en bonne partie fournit par de l’électricité d’origine hydroélectrique fort peu émettrice de CO2.

(6) L’ensemble de ces sources de pollution sont parfois regroupées sous le vocable d’énergie grise.  

(7) En outre, les moteurs thermiques présentent du point de vue de l’écologie un avantage certain. La pollution qu’ils génèrent prendra naturellement fin avec l’épuisement des énergies fossiles !

Voir aussi sur le sujet, mais pour une critique plus conventionnelle de l'automobile électrique, l’article réalisé par le site Notre Planète info

 

Quelques voitures électriques

Peugeot_ion_01.jpg

 

 La iOn de Peugeot

 

 

 

   

C-Zero- citroen

 

 La C Zéro de Citroën

   

ZOE-renault-electrique.jpg 

La future Zoe de Renault

 

 

 

 

 

 

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Published by Didier BARTHES - dans Transports
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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 07:24

Pour la Sciences Hors Série Energie à volontéLes Dossiers  Pour la Sience proposent un numéro très complet entièrement consacré à l'énergie.

Vous trouverez tout sur l'énergie nucléaire (fission et fusion), sur les énergies dites renouvelables (l'hydraulique, le solaire, l'éolien, la biomasse, la géothermie...) mais aussi sur les énergies fossiles et leur avenir (réserves et nouveautés tels l'offshore profond, les shales gaz ou les hydrates de méthane).

Accès au site de Pour la Science détaillant ce numéro (Dossiers Pour la Science, numéro 69 , octobre-décembre 2010).

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Published by Didier BARTHES - dans Energie
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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 12:56

 

La maîtrise de la démographie constitue un levier déterminant pour la construction d’un monde et d’une économie durable.  

Les débats sont vifs sur ce thème. D’abord parce que les préférences démographiques correspondent à des choix de société mais aussi touchent au nombre d’enfants de chacun d’entre nous, c’est à dire à quelque chose d’intime et de considéré comme sacré. Toutefois, certaines divergences sont d’ordre technique, les chiffres des uns s’opposent à ceux des autres, pour le présent, mais surtout pour le futur.

Combien donc serons-nous demain ou plutôt après demain ? En effet, pour les trois ou quatre prochaines décennies les jeux semblent faits, la Terre portera (supportera ?) neuf milliards de terriens à la moitié de ce siècle. Le futur plus éloigné reste par contre très incertain : de faibles différences dans les hypothèses de fécondité peuvent, avec le temps, conduire à des situations très contrastées.  

Afin de visualiser cette sensibilité aux conditions initiales et pour vous aider à vous faire une image de ce que pourraient être les effectifs de notre pays dans les temps à venir, voici un logiciel de simulation.  

En partant de la situation de la France début 2010, (près de 66 millions d’habitants, ensemble de l’outre mer inclus) vous pourrez, en fixant vous-même la valeur d’un certain nombre de paramètres, visualiser l’évolution démographique nationale.

Vous pourrez ainsi faire varier le nombre de naissances par femme, la plage des âges de fécondité, le moment d’entrée et de sortie de la vie active et constater pour toutes les années suivantes l’évolution des effectifs (totaux, par sexe et par tranche d’âge), du nombre de naissances totales (et par tranche d’âge des mères), du nombre et de la proportion d’actifs ( bien utile dans l’actuel débat sur les retraites).

Le logiciel vous présentera également " en direct " une animation de la pyramide des âges. Notez que les valeurs paramétrables proposées par défaut sont celles effectivement constatées dans notre pays au début de ces années 2010.  

Tous nos remerciements vont à M. Daniel Cronenberger qui a réalisé ce programme pour l’association Démographie Responsable et l’a mis gracieusement à notre disposition.

                Accès au logiciel de simulation de la population française.

 

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 12:32

 

  Le rêve caressé par les écologistes, mais en réalité appelé de ses vœux par l’ensemble de la société d’une énergie qui serait tout à la fois parfaitement propre, quasiment inépuisable et de mise en œuvre aisée nous donnerait-il accès au paradis sur Terre s’il venait à se réaliser ?

  A l’heure où tant d’hommes travaillent à améliorer notre efficacité énergétique et où la lutte contre la pollution est une priorité, en douter  pourrait passer pour de la provocation, et pourtant…

  Les choses ne sont-elles pas un peu plus complexes ? N’existe-t-il pas finalement quelques avantages aux multiples contraintes que nous impose aujourd’hui notre consommation d’énergie ?

  Notre mode actuel de production énergétique fait majoritairement appel aux combustibles fossiles (1), cela fait peser sur l’avenir une double épée de Damoclès.

 

- En premier lieu, la forte pollution engendrée par ces combustions pourrait rapidement devenir intolérable. En particulier, si après l’épuisement des réserves pétrolières, nous devions, d’ici la moitié de ce siècle passer massivement au charbon tant pour la production d’électricité que pour le chauffage ou les carburants. C’est là une hypothèse, hélas, assez réaliste. Rappelons que dans le monde beaucoup de chercheurs travaillent sur ce que l’on appelle le " CTL : Coal to Liquid ". Les procédés de liquéfaction du charbon sont maîtrisés mais ils sont fort polluants et peu efficaces (il y a une grande déperdition entre l’énergie potentielle du charbon utilisée et l’énergie finalement récupérable dans les combustibles produits). Comment réagira l’atmosphère à de telles pratiques sur une planète qui comptera neuf milliards d’habitants, tous désireux de se mettre au standard de vie occidental ?

 

-  En second lieu,  les ressources fossiles sont finies. Même le charbon, dont les réserves restent importantes s’épuisera lui aussi et cela d’autant plus vite qu’il viendra se substituer au pétrole d’abord puis au gaz. Le charbon, véritable symbole de la révolution industrielle et donc semble-il du passé, est hélas probablement une énergie d’avenir (voyez sur ce point l'excellent  dossier réalisé par M. Jean-Marc Jancovici sur le site Manicore).

 

  Ces deux menaces prennent notre futur en tenaille. Des tenailles qui se referment inexorablement et condamnent tout à la fois la poursuite de notre développement économique et de notre croissance démographique.

  Notons que l’Histoire ne manque pas d’ironie car la seconde de ces menaces (la pénurie, donc) pourrait bien être celle qui nous sauvera de la première ! Avec la fin des ressources fossiles prendra fin la pollution que génère leur combustion. Souhaitons qu'alors il ne soit  pas trop tard pour l’atmosphère et que cela ne se traduise par une déforestation massive. On ne saurait exclure ce  dernier geste de folie d'une société face au manque. 

 

   Alors, bien sûr, devant un avenir aussi peu engageant, beaucoup rêvent d’une énergie dont la production s’affranchirait de ces deux contraintes : pollution et pénurie.

   Certains imaginent que les énergies douces viendront sans problème se substituer aux salissants et déclinants hydrocarbures, d’autres, sans être plus précis, " font confiance à la science pour nous sortir de l’impasse ", " comme elle l’a toujours fait ".

   D’autres encore, plus concrets, voient dans la fusion nucléaire le Graal qui nous sauvera (2). D’autres enfin, à mon sens, les plus réalistes, mettent dans les économies d’énergie l’essentiel de leurs espoirs tout en mixant plus ou moins ce programme avec les précédents.

 

   Brillant (ou chanceux)  sera  l’augure qui saura deviner les chemins de l’avenir, mais il est intéressant de réfléchir sur ce qui est, selon moi, la plus improbable des hypothèses, celle que la science découvre un moyen qui nous apparaîtrait aujourd’hui quasi magique pour produire de l’énergie.

 

   Imaginons un instant, simple expérience de pensée, que demain, par une découverte inattendue, nous puissions pour un prix dérisoire et sans pollution aucune, stocker dans le volume d’un dés à coudre suffisamment d’énergie électrique pour, au choix, chauffer une maison pendant cent ans, faire rouler une voiture sur un million de kilomètres où même, allons-y, faire voler un Airbus A380 trente années durant !

  Rêve ultime ! Plus de problèmes, chacun pour un prix modeste pourra disposer d’un niveau de vie décent. Tous, même dans les pays les moins développés pourront se chauffer, se transporter, se nourrir même, car l’énergie est un élément essentiel de la production agricole.

   Alors par cette triple alliance de l’écologie, de l’économie et de la justice sociale au niveau planétaire le monde sera-t-il sauvé ?

 

   Bien au contraire, je crois que c'est exactement ce qui le condamnerait. Les contraintes évoquées sont probablement celles qui ont une (toute) petite chance de nous sauver nous, les hommes  et les autres habitants de la Terre.

 

   En limitant notre développement économique et démographique ces contraintes limitent notre emprise sur la planète. Si l’énergie devient abondante il n’existera plus de frein à notre expansion absolue. Toutes les terres ou presque pourront se couvrir d’hommes. Qu’importe alors que les maisons n’émettent plus de CO2, elles prendront inéluctablement la place du vivant. Les déserts les plus froids ne seront plus hostiles, le chauffage sera propre et gratuit. Le développement des réseaux routiers, si consommateurs et si " fragmenteurs " d’espaces naturels seront favorisés face à une demande de mobilité qui n’aura plus de limites financières ou techniques.

   Les villes pourraient alors s’étendre indéfiniment et la nature se réduire à presque rien. Avec une énergie gratuite la culture hors sol, par exemple dans des immeubles en hauteur ou au contraire sous-terrains, ne sera plus un problème,  la lumière artificielle venant remplacer le Soleil. De même, l'approvisionnement en eau ne constituera plus une difficulté. Avec de l'énergie à profusion, le dessalement de l'eau de mer et son acheminement sur les lieux de production agricole sera un jeu d'enfant.  L'énergie est au coeur de nos sociétés.

   Devrons-nous alors compter sur la sagesse pour que des lois viennent limiter notre expansion et préserver la nature ? Ce serait là faire un pari bien risqué.  A-t-on déja vu des lois s'opposer avec succès et durablement aux tendances lourdes de l'histoire ?

   Ainsi, les contraintes et les menaces que nous percevons comme des difficultés, et même des ennemis de la nature seront peut-être, à terme, nos ultimes protections, celles qui nous éviteront de mettre complètement à genoux notre planète.

 

  Il ne faut évidemment pas voir en ces propos un appel à privilégier les énergies polluantes et à refuser les " renouvelables " mais bien à prendre en compte la complexité du problème et à comprendre que notre avenir ne passe pas par une technologie triomphante mais par une attitude mesurée et par un respect pour le monde. Il n’y a pas de magie et pas de bonne solution qui s’appuierait sur une domination encore plus forte de la nature.

 

(1) Sur ce point l’exemple français n’est pas représentatif, la part importante du nucléaire (près de 80 %) dans notre production d’électricité peut fausser le point de vue. Mais l’électricité ne représente pas toute l’énergie, loin de là, et de fait, même en France le pétrole représente la première source d'énergie primaire.

De plus, le cas français constitue une exception qui n’est probablement pas généralisable au monde entier, ni même à l’ensemble des pays développés. La plupart des écologistes d’ailleurs ne le souhaitent pas.  Rappelons en outre que pour les transports, éléments fondamentaux de notre société de mobilité permanente, notre dépendance au pétrole est presque totale.  

(2) La maîtrise de la fusion nucléaire est toutefois loin d’être acquise. Voir sur ce site l’article qui y est consacré. De plus, la fusion,  même si elle était au point, continuerait de souffrir de deux handicaps majeurs. Tout d'abord, elle fournit de l’électricité qui est une forme d'énergie assez mal adaptée aux transports tant que des progrès importants n’auront pas été faits en terme de stockage. Et enfin, elle suppose des sociétés stables dans le long terme : Quid des centrales nucléaires en cas de guerre civile ou de conflits entre états  ?

 

 

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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 10:03

tigre.jpg

 

 

 

" Quelque chose va mourir qui méritait d’être défendu " : 

                                                            Extrait de L'Adieu au Tigre d'Armand Farrachi (1)

 

 Comment dire en moins de mots notre échec et notre honte ?

 Ecologiquement, défendre le tigre est essentiel, c’est, avec le lion, le plus grand prédateur terrestre (2), il participe en ce sens à l’équilibre naturel et à la bonne santé des populations qui constituent ses proies. Le jeu de la sélection naturelle est cruel, mais il est redoutablement efficace. C’est à la puissance des grands félins que nous devons la course et l’élégance de l’antilope et de tant de grands herbivores. Certes, d’autres espèces, moins emblématiques, sont menacées, mais dans leur catégorie, lions et tigres sont les seuls et nul ne viendra les remplacer. De plus,  le tigre ne se trouve qu’en Asie où le lion est rarissime.

 Mais une raison plus importante encore justifie ce combat.

 La présence du tigre étant durablement impossible à proximité de l’homme et de sa civilisation, sa défense impose de lui accorder de vastes espaces et là est le cœur de la question.

Cette démarche, parce qu’elle suppose une limitation et même un recul de l’occupation humaine nous engage dans un nouveau rapport avec la nature : celui du partage et du respect.

 Cessons de nous considérer propriétaires de la planète. Cessons de voir en chaque territoire un espace à conquérir, en chaque espèce ou bien une ressource ou bien un adversaire.

 Notre actuelle domination est une double impasse : exécrable moralement, elle est physiquement intenable. Il n’a pas dans l’histoire de l’humanité de révolution plus fondamentale que ce changement de point de vue. Pas de révolution plus difficile, pas de révolution plus nécessaire, mais aussi, et c’est admirable, pas de révolution plus tendre et plus pacifique.

 J’ignore si par une suite de funestes enchaînements, la disparition du tigre conduira sous peu à celle de l’homme, mais je tiens pour certain que notre survie, dans un monde dont nous aurions éliminé le tigre, serait une indécence.

" La beauté sauvera le monde "

 

 

(1) Armand Farrachi, l'Adieu au Tigre, Editions IMHO, octobre 2008.

 

tigre2

4ème de couverture :

"Quelque chose va mourir, qui méritait d'être défendu"... La disparition du tigre, espèce condamnée, confirme que la nature est à l'agonie. Écrire encore des romans dans un monde qui meurt, n'est-ce pas "chanter tandis que Rome brûle" ? Entre colère et désespoir, L'Adieu au tigre n'est pas seulement une tentative de roman à la poursuite d'un animal déjà presque mythique, mais aussi un essai documenté sur une extinction, un récit de voyage dans une Inde qui perd ses vaches, ses tigres et son identité, une imprécation misanthropique, le souvenir d'une enfance entre les mots et les images, la chronique de la fin d'un monde. L'Adieu au tigre, est-ce la forme absolue de l'adieu ?

  (2) L'ours blanc est certes un peu plus massif, mais l'essentiel de ces proies sont maritimes, en cela ce n'est pas à proprement parler un prédateur terrestre.

 

 

Le wwf propose de participer à la défense du tigre, vous trouverez une pétition en ce sens à signer sur :

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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 13:02

 

   Une nouvelle réforme du système de retraite est en marche.

  Discutée, âprement critiquée, désagréable pour l’immense majorité des français, elle peut sans doute être améliorée et les discussions parlementaires ou quelques manifestations à venir y parviendront peut-être à la marge.

  Mais si tout le monde semble d’accord pour admettre qu’il y a crise prévisible du financement de ce mécanisme de solidarité intergénérationnel, bien peu tentent de comprendre ce qu’annonce cette crise.

  Essayons d’y voir un peu plus clair. Qu’est ce que ce projet gouvernemental ? D’abord une réforme qui respecte les stratifications de la société française et de ce fait, laisse en place un système particulièrement injuste.

  Pourquoi un euro cotisé génère-t-il ici moins d’un euro reversé et trois ou quatre là ? 

  Pourquoi  les règles de réversion entre conjoints sont-elles différentes selon l'apartenance au secteur privé ou au secteur public ?

  Pourquoi un chômeur de longue durée contrôlé par Pôle Emploi (et donc assigné à résidence hors cinq semaines par an) verra-t-il ses trimestres chômés pris en compte s’il est sans ressources financières, et pas du tout s’il est marié (1) ou s’il a quelques revenus ?

  Pourquoi, pourquoi ? Il y a de multiples pourquoi, dix pages n’y suffiraient pas. Qu’est-ce qui peut alors justifier que les pensions soient calculées si différemment et en dehors de toute prise en compte d’une quelconque pénibilité ou d’une distinction fondée sur l’utilité commune (2) ?

 Rien au fond, rien si ce n’est l’égoïsme des groupes sociaux et l’incapacité du pouvoir politique à faire prévaloir l’idée de justice.

 La nuit du "quatre août" est loin et la remarque de Michel Rocard sur le caractère politiquement explosif de ce dossier bien présente (3).  Incidemment ce point est à noter pour tous ceux qui prévoient de grands changements à venir dans notre façon de vivre dans les décennies qui viennent. Comment la France pourrait-elle aborder sereinement une telle mutation à la fois si forte et si nécessaire pour s’adapter à un nouvel ordre écologique, avec des crispations sociales pareilles et un tel laxisme face à des injustices aussi criantes ?

  Qu’est-ce encore que ce projet gouvernemental ? Une réforme à vision limitée. C’est une réforme dont l’objectif premier est de décaler l’échéance de la crise de paiement de 8 ans seulement (4) ; elle ne peut être que la première marche vers un régime encore plus sévère.

 De plus, c’est une réforme qui signe la fin d’un principe - celui qui faisait que les retraites des salariés étaient l’affaire des salariés et des entreprises - en introduisant le recours à l’impôt.

  S’il en était besoin, voici encore un exemple de notre tendance à toujours rechercher des équilibres dans un cercle toujours plus grand, à repousser la recherche de l’équilibre dans un secteur précis et circonscrit pour aller au-delà (5), tendance qui facilite le report des échéances et des décisions difficiles au prix d’un déséquilibre bien plus grand à terme, intégrant en lui-même une logique de faillite majeure.

  Nous ne sommes pas ici dans le pragmatisme, mais seulement dans la courte vue, faisant fi des conséquences à long terme.

  C’est aussi une réforme qui fait l’impasse sur la lassitude profonde d’une grande partie des gens qui travaillent. Ils pourraient encore travailler mais ils ne le veulent plus, ils n’en peuvent plus, fatigués de trop de stress, de trop de mépris, de si peu de récompenses, mêmes symboliques, pour un travail estimable et bien fait (6).

 C’est une réforme qui oublie la nécessité profonde de changer le travail et la façon de l’exercer et de le vivre. S’il est tentant d’accuser l’actuel gouvernement de manquer de courage et de vision à long terme, il n’est pas inutile de voir que majorité comme opposition appuient systématiquement leur calcul et leur prévision sur un taux de croissance retrouvé. Quand on parle retraite, on parle croissance du PIB et on oublie tous les beaux discours sociétaux sur un autre modèle ; on est là entre gens sérieux et l’argent doit rentrer.

  Et c’est là que les choses deviennent intéressantes. Car longtemps nos politiques et une bonne partie des décideurs ont voulu croire que la croissance économique pourrait pallier au déséquilibre démographique grandissant. Déséquilibre dû à la fois à l’augmentation du temps de retraite (de seulement quelques années à plus de deux décennies) et au ralentissement de la croissance démographique (un pays comme la France ne peut voir sa population augmentée de 50% tous les 60 ans comme nous l’avons vécu depuis la fin de la seconde guerre mondiale) ; et ce, sans compter aussi la réduction du temps de travail effectif avec des études de plus en plus longues partagées par une part de plus en plus importante de la jeunesse.

 Car la retraite à 60 ans par répartition, c’était d’abord et surtout un pari sur une croissance économique forte et durable, suffisamment importante en tout cas pour que la part grandissante de la richesse nationale orientée vers les retraités soit indolore pour les actifs.

 

  Autrement dit, notre système de retraite est fondé sur une solidarité intergénérationnelle qui ne peut fonctionner que si sa perception est masquée par une croissance continue du gâteau à partager.

  En un mot, dans notre société la solidarité telle que nous l’avons conçue n’est économiquement possible que si son poids relatif reste mesuré. 

 Autrement dit, le système de retraite tel qu'il a été conçu ne peut fonctionner que si la croissance du PIB est au rendez-vous. Les planificateurs de l'époque le savaient d'ailleurs fort bien, la démographie n'offrant que peu de surprises. Comme le dit Alfred Sauvy, "la démographie est une science fort simple qui consiste à prévoir que des enfants de douze ans auront vingt ans, huit ans plus tard". Dés lors que la croissance du PIB, cette variable nécessaire de l'équation de notre système de retraite, ne se décrète pas et qu'elle joue l'Arlésienne, le montage si généreux s'effondre.

 

  Dans ce cadre, la crise du système actuel de retraite n’est pas une simple crise d’ajustement lié à un déficit démographique momentané, c’est un effet du caractère impossible de la croissance économique telle que nous l’avions imaginée et dont nous avons pourtant impérativement besoin (7) pour maintenir vaille que vaille notre système à flot. Si nous jouions aux échecs, nous dirions que nous sommes mat.

  Concrètement, il n’y a plus maintenant comme perspective pour l’immense majorité qu’un travail stressant et fragmenté qu’il faudra tenir jusque vers les 70 ans (8) pour recevoir une retraite de misère rongée par des mécanismes d’indexation fallacieux. Ou prévoir une taxation des actifs propre à les décourager.

 Sans doute aura-t-on un "mix" des deux solutions. Derrière l’effondrement, la tromperie ?

 Allons plus loin encore. Cette crise du système des retraites, c’est un des premiers signes d’un effondrement qui court déjà.

 Effondrement moral d’une démocratie tant prisonnière de ses lobbies et groupes de pression qu’elle est incapable de mettre en place une réforme socialement juste.

 Effondrement comptable d’un système qui appuyait son équilibre sur une croissance démographique perpétuelle et une croissance économique forte et sans faille. Or ni l’une ni l’autre ne sont possibles dans une France et un monde finis. Aujourd’hui le redéploiement de l’économie mondialisée nous empêche d'atteindre les taux de croissance du PIB prévus.

  Demain, c’est la question écologique qui, en limitant la poursuite de notre croissance démographique et en remettant en cause notre modèle de fonctionnement économique basé sur une prédation incontrôlée et une dégradation systématique du biotope dans lequel nous évoluons, fait  in fine voler en éclat ce beau droit à la retraite que nous avions cru construire.

  Bien des auteurs qui se sont penchés sur ce sujet des retraites ont évoqué la tromperie et le mensonge dès les années 90.

  Faut-il citer Michel Godet, Sophie Coignard et Alexandre Wickham, Christian Saint-Etienne, Jean-François Revel, Michel Raffoul, Philippe Manière (9) ? Ils nous ont tous mis en garde sur nos ‘droits’ à la retraite, si peu acquis !

  Mais c’est d’une autre tromperie dont je voudrais parler, une tromperie qui n’a pas d’auteur précis, mais une tromperie qui a accompagné la transformation de notre vieux pays en société de consommation (10), basée sur une généralisation du salariat, le développement du travail de bureau et l’urbanisation. S’il s’agissait de séduire les gens, de les faire adhérer à la société de consommation, avouons qu’on ne s’y serait pas pris autrement.

  En laissant croire, entre autres, à un système de retraite qui pèserait peu sur les actifs tout en permettant de partir à 60 ans et en espérant sérieusement vivre jusqu’à plus de 90 ans. Avec la crise et la réforme en cours, c’est ce rêve qui s’effondre et comme le résume bien Jean-Luc Mélenchon la fin de ce rêve "c'est la fin d'un monde, c'est la fin d'une manière de vivre et c'est la fin des jours heureux".

  Ce rêve, il n’a fonctionné depuis 1945 que grâce à une longévité moindre qu’aujourd’hui, à des montants faibles de retraites jusqu’à la fin des années 70, et à une double croissance économique et démographique impossible à tenir dans la durée.  

  Encore faut-il rappeler que ce rêve fonctionne à crédit depuis une bonne quinzaine d’années ! Il n’aura duré en fait qu’une génération à l’échelle de l’histoire, juste le temps d’installer en profondeur, avec l’assentiment des gens, une société urbaine oublieuse de l’économie si précautionneuse d’un monde rural animé par des agents souvent autonomes et responsables.

  Et comme la magie de la retraite facile aurait pu ne pas suffire, le mythe d’un pouvoir d’achat toujours meilleur a été activé en laissant notamment croire à une nourriture abondante et pas chère.

  Rappelons-nous, la nourriture jusqu’au milieu du XXème siècle cela coûtait cher et c’était un poste primordial dans le budget des ménages ! Avec l’industrialisation de l’agriculture, intrants chimiques, antibiotiques à tout va et camps de concentration pour nos animaux d’élevage, le prix de la nourriture a baissé (11): steak et saumon pour tout le monde ! Et en prime, du pouvoir d’achat pour financer vacances, voyages, sorties et autres produits à la mode.

  Nourriture abondante et pas chère certes, mais il y a un détail qui tue: cette nourriture est assise sur un mode de production non pérenne (12) et en plus elle n’est pas saine ; avec ses pesticides et ses molécules incertaines elle nous empoisonne (13) après nous avoir fait grossir inconsidérément, nous et nos enfants.

 Comme en matière de retraite, le visage peu avenant de la société de consommation se découvre peu à peu. En fait, tout ceci n’était qu’illusion. Abondance factice et croissance matérielle incessamment poursuivies ne sont que les conditions nécessaires pour que le mensonge d’une société de facilité, sans effort sans transmission et sans respect, perdure encore un peu … nous aussi nous vivons la société du mensonge déconcertant (14).

 Cette histoire, c’est comme si nous avions conclu un pacte faustien à l'issue de la seconde guerre mondiale. Peu de personnes avaient réellement envie de travailler dans un bureau sous les ordres d’un petit chef (15), "de manger du poulet aux hormones et de rentrer le soir dans son HLM", comme le chantait Jean Ferrat dans ‘La montagne’.

  Il y avait un besoin de sécurité bien compréhensible après deux guerres mondiales qui avaient vu la ruine de la plupart des agents économiques, et un désir d’accès aux nouveaux biens perçus comme urbains qu’étaient alors le frigo, le lave-linge et la voiture. Alors, le calcul est vite fait :  ok pour une grosse trentaine d’années d’un travail salarié pas si plaisant mais propre, à la grande ville, et après : à nous la belle vie, les vacances perpétuelles et le retour au pays !

  Et maintenant que nous en revenons, le Diable ne veut pas lâcher sa proie.

  Sur ce thème voir également l'article : Retraites et Démographie

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(1) Dans le cas où le conjoint travaille et/ou dispose de revenus suffisants, l’ASS (l’Allocation Spécifique de Solidarité) n’est pas versée ; or il est nécessaire de recevoir celle-ci pour valider les trimestres chômés.

(2) Pour reprendre les termes de l’article 1 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 1789.

(3) Remarque faite à l’occasion de la sortie du Livre blanc sur les retraites, la Documentation française, 1991.

(4) Les projections les plus sérieuses mettent en avant le fait que les déficits du système de retraite reviendront dés 2018. Sans compter que les hypothèses économiques retenues n’intègrent pas une persistance de la crise économique apparue en 2008 et tablent sur une croissance retrouvée.

(5) Ce mécanisme qui consiste à rechercher un équilibre au sein d’un ensemble toujours plus grand est l’exact opposé du principe ‘Small is beautifull’ tant prisé par les écologistes de la première heure et qui suppose de régler les problèmes au plus prés de leur fait générateur. En ce sens on peut légitimement s’étonner de la position politique des verts français qui souhaitent un recours encore plus massif à l’impôt, même si dans leur esprit il s’agit de taxer les ‘riches’.

 (6) cf. les considérations de Charles Péguy sur l’amour par l’ouvrier du travail bien fait, in L’Argent, Equateurs parallèles, 2008(7) ‘C’est 10% de croissance qu’il nous faudrait’ in Retraites le mensonge permanent, Gérard Maudrux, Les belles lettres, 2000, p. 11

(8) Nous sommes déjà à 67 ans pour percevoir une retraite proportionnelle sans décote (dite improprement à taux plein) pour tous ceux qui auront une carrière heurtée et/ou fait de longues études supérieures ; le tour de vis prévisible à l’horizon 2018 n’aura plus que trois ans à ajouter.

(9) Michel Godet, Le grand mensonge, Fixot, 1997 ; Sophie Coignard et Alexandre Wickham, L’omerta française, Albin Michel, 1999 ; Christian Saint-Etienne, L’Etat mensonger, J-C Lattès, 1996 ; Jean-François Revel, La grande parade, Plon, 2000 ; Michel Raffoul, Retraites, La fête est finie, First, 1999 ; Philippe Manière, L’aveuglement français, Stock, 1998.

(10) Cette vieille expression de société de consommation est après tout très discutable car elle ne représente que le côté très partiel d’une société complexe ; je l’utilise néanmoins car c’est autour d’elle que s’est cristallisé un refus et une remise en cause des choix de nos sociétés dés la fin des années 60. Et puis, nommer le tout par une partie saillante est une vieille habitude assez partagée …

(11) La part de la nourriture dans le budget des ménages a été divisée par plus de deux et est aujourd’hui inférieure à 15%.

(12) D’une part l’agriculture d’aujourd’hui carbure d’abord et fortement au pétrole, source d’énergie fossile bien provisoire, et d’autre part les pratiques culturales dégradent l’état des terres et favorisent trop souvent l’avancée des déserts.

(13) cf. Dominique Belpomme, Avant qu’il ne soit trop tard, Fayard, février 2007, ou l'émission de FR3 lundi 28 juin 2010, à 20h35, Pièces à conviction 'Assiette tous risques'

(14) Voir le très beau livre de Ante Ciliga, Dix ans au pays du mensonge déconcertant, Paris, Champ Libre, 1977 ; le fait de vivre dans une société démocratique ne nous prémunit pas de vivre dans une logique de mensonge d’autant plus déconcertante qu’elle nous mène dans une impasse, et que nous le savons. De leur côté, les opposants au système totalitaire soviétique ont aussi et très tôt posé la question de l’écologie, voir notamment Liberté et sacrifice, écrits politiques, Jan Patocka. éd. Millon, juillet 1993.

(15) Voir à ce sujet les ruses déployées par les salariés pour supporter un environnement hiérarchisé in Le phénomène bureaucratique : essai sur les tendances bureaucratiques des systèmes d’organisation modernes et sur leurs relations en France avec le système social et culturel, Michel Crozier, Le seuil, 1963.

 

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Published by Jean Bruguier - dans Société
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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 10:02

 

  C'est une nouvelle qui n'a pas fait la une des grands média français et pourtant, elle nous en dit peut-être beaucoup sur notre avenir :

  Le roi Abdallah d'Arabie Saoudite a demandé l'arrêt de la prospection pétrolière dans son pays afin de préserver l'avenir  (voir l'article sur un blog du Monde)

  Nombreux sont ceux qui soupçonnent l'Arabie Saoudite, ainsi que les principaux producteurs d'or noir d'avoir largement surestimé leurs réserves.

  Cette annonce pourrait donc donner raison à ces rumeurs. L'heure n'est plus à la prospection et la production tous azimuts. Par cette décision l'Arabie Saoudite renonce à entrer dans une spirale de "toujours plus". Le fait que ce renoncement soit certainement forcé (y a-t-il encore d'immenses réserves à découvrir en Arabie Saoudite : Probablement pas), souligne la prise de conscience progressive des dirigeants pétroliers.

  Plusieurs signaux convergent,  en particulier, la stagnation de la production sur les dernières années, pour laisser penser que nous sommes en train de vivre le fameux Peack-Oil qui annonce une inévitable baisse des niveaux de production et donc de consommation.

  L'heure de l'après pétrole commence et les dénégations de quelques-uns n'y pourront rien. L'humanité va devoir peu à peu vivre sur des ressources renouvelables et non plus continuer à consommer son capital.

  C'est une révolution de grande ampleur, plus importante que les bouleversements politiques que l'Histoire aime à mettre en avant.

  Elle est certainement incompatible avec le maintien durable d'une croissance économique et démographique.

 

Sur le pic pétrolier, voir l'excellent dossier de Wikipédia.

 

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Published by Didier BARTHES - dans Energie
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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 12:53

 

Frank Fenner, un scientifique australien réputé, lance un bruyant et double pavé dans la mare de la bien-pensance.

 

D’une part, il prédit que l’humanité ou au moins les sociétés organisées ne passeront pas notre siècle et surtout qu’il est trop tard pour inverser la tendance.

D’autre part, Franck Fenner fait de la surpopulation la cause principale de cette terrible prévision.

 

Voyez ses propos et les commentaires du site notre planete info sur :

 

Frank Fenner et la disparition de l'humanité

  

Double attaque en effet contre ce qui l'on entend généralement.

 

D’abord parce que l’optimisme est de rigueur dans le monde médiatique où il semble que les oiseaux de mauvais augure soient rarement écoutés. Le message habituel est : mobilisons-nous, nous avons tout pouvoir !

 

Bien sûr, cet optimisme a un sens et l’existence d'associations comme Démographie Responsable en atteste : Sinon, à quoi bon se mobiliser pour défendre une cause perdue ? Pour une médaille posthume que nous attribueront les derniers insectes survivants ?

 

Pourtant, il me semble  également sain que les gens puissent dire exactement ce qu’ils pensent en dehors de toute pression médiatique et indépendamment de toute injonction d’efficacité : Frank Fenner pense que l’humanité va disparaître : Il le dit : C’est son droit et nous devons l’écouter. Nous ne pouvons démentir ses propos que par la reflexion et non par un à priori.

 

Notons aussi l’originalité du propos : La plupart des écologistes estiment que les espèces de grands animaux vont disparaître (cela hélas, fait presque l’unanimité). Lui, va jusqu’à l’homme.

 

Il faut aussi remarquer le courage dont fait preuve M. Fenner en mettant la surpopulation comme cause première (il cite aussi la surconsommation) à la destruction de l’équilibre écologique du monde. Nous savons ici qu’il a raison et combien il est difficile de faire passer le message.

 

Sur la disparition de l’humanité au cours du siècle, je ne partage pas son point de vue, au moins, dans les délais indiqués, mais je pense qu’en effet ce siècle sera le dernier pour la grande faune sauvage, et le plus dur pour l'espèce qui s’est longtemps placée en dehors du monde animal ou pour le moins, très au-dessus du reste du vivant.

 

Les sociétés géantes et organisées telles que nous les connaissons auront bien du mal à résister à la crise écologique que nous préparons avec une  persévérance diabolique. Le " toujours plus " pourrait bien nous mener au … " plus grand chose ".

 

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Published by Didier BARTHES - dans Avenir de l'humanité
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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 13:12

 

concorde 

 

Le 25 juillet 2000, le dramatique accident de Gonesse tuait 113 personnes et sonnait le glas de Concorde (1).

Suspendus le temps de l’enquête et de la réalisation de quelques aménagements de sécurité (remplacement des pneus, mise en place de protection sous les réservoirs…) les vols devaient reprendre en novembre 2001, mais il ne s’agissait là que d’un répit.

Incertaines quant à la sécurité et incapables d’assurer la rentabilité de l’appareil, les deux compagnies exploitantes décidaient d’arrêter l’aventure. Ainsi, quelques mois après Air France, le 24 octobre 2003, British Airways posait Concorde à l’issue de son dernier vol commercial. Les rares exemplaires de l’avion prirent le chemin du musée (2).

 

De nombreuses raisons furent invoquées pour justifier cet échec.

 - La mauvaise volonté des américains qui, par pur protectionnisme, auraient volontairement surestimé les nuisances sonores de l’aéroplane afin d’en restreindre plus facilement l’accès à leur territoire.

 - La conception intrinsèque de l’avion :

   . Sa complexité d’abord qui engendrait naturellement une maintenance coûteuse (3).

   . Le dessin même de l’avion avec sa voilure delta sans le fameux empennage horizontal qui tend à stabiliser naturellement l’attitude des appareils(4).

   . Ses difficiles problèmes d’équilibre qui nécessitaient en fonction de la vitesse et du taux de remplissage des réservoirs de transférer régulièrement le carburant de l’avant vers l’arrière ou inversement afin de faire constamment évoluer la position du centre de gravité.

   Le pilotage de Concorde restait ainsi toujours délicat et la sécurité, sans doute légèrement inférieure à celle des autres avions de ligne (5).  

La malchance enfin, puisque, conçu à une époque de pétrole bon marché, l’appareil commencera sa carrière avec le renchérissement de l’énergie lié aux crises pétrolières de 1973 et 1979 qui le frappèrent donc de plein fouet.

 

La première raison, d’ordre purement commercial ou politique est sans rapport avec ce qui nous intéresse. Par contre, de la complexité de l’appareil et du renchérissement du coût de l’énergie nous pouvons peut-être tirer une leçon plus large.

Le modèle économique du 20ème siècle fait la part belle à un schéma que les économistes aiment à appliquer à la plupart des innovations.

Ces dernières, dans un premier temps réservées à quelques passionnés, généralement fortunés, sont sensées se démocratiser peu à peu jusqu’à devenir d’un usage courant pour une large majorité de la population.

Ainsi en fut-il, de tous nos appareils ménagers, de nos ordinateurs, du téléphone ou de tous les objets de communication modernes. L’automobile évidemment, puis l’aviation, dans une moindre mesure cependant (6), connurent le même parcours.

A la naissance de Concorde, à la fin des années 1960, beaucoup voulurent croire qu’il en serait de même pour le vol supersonique. On imaginait que tous les grands constructeurs allaient développer un projet similaire et que bientôt le déplacement supersonique serait la norme pour les voyages à longues distances.

Las ! Il n’en fut rien. Concorde connut un échec commercial retentissant. Un seul autre pays se lança dans l’aventure. Sur la soixantaine d’exemplaires prévus, seize seulement furent construits. De leur coté, les Américains renoncèrent, quant à la tentative russe avec le Tupolev 144 elle fut encore plus catastrophique que l’expérience européenne (7).

De cet échec, plutôt que des rancœurs anti-américaines, il faut tirer un enseignement plus profond.

Le schéma évoqué pour la diffusion des inventions n’était pas applicable au Concorde, car celui-ci, en tant qu’appareil sinon de consommation courante du moins largement diffusé touchait et, c’est le plus important, touche encore à nos limites et aux limites de la planète.

Ce schéma, on le remarquera, ne fait référence ni aux difficultés industrielles supposées disparaître avec la mise en route de grande séries ni aux ressources terrestres considérées comme infinies.

Or, ce sont ces deux négligences qui rendent ce raisonnement inapplicable au Concorde.

La maintenance, c’est avant tout du travail. Un appareil plus complexe demande plus de travail. Un travail extrêmement qualifié qui ne peut guère être mécanisé et sur lequel on ne peut pas attendre de gains significatifs de productivité. Ce travail à un coût qui se répercute sur le prix du billet qui ne peut infiniment descendre, fermant ainsi la voie royale de la démocratisation. De ce point de vue, le mécanisme général de démocratisation butte sur des limites incontournables.

Pour le pétrole dont le renchérissement coïncida peu ou prou avec la mise en exploitation commerciale de l’appareil, les choses sont un peu plus complexes, car décalées dans le temps, mais finalement de même nature.

La crise de renchérissement de l’énergie de 1973 était moins une crise de disponibilité physique qu’un rééquilibrage économique et politique entre producteurs et consommateurs de pétrole.

Concorde ne s’est donc pas heurté dés sa naissance aux limites de la planète, mais simplement à l’augmentation politique du prix du pétrole.

 

Pourtant sur le fond, le monde se dirige vers une disparition des réserves fossiles et inexorablement vers une élévation très importante du prix de l'énergie, pour une raison bien physique cette fois. En ce sens, Concorde et tous les transports supersoniques étaient condamnés et ce sont bien in fine les limites de notre planète qui en sont responsables. Limites que les économistes ont tant de difficultés à percevoir.

L’échec de Concorde est donc un véritable symbole.  Pour l’une des premières fois, l’humanité a dû reculer dans sa marche vers le "toujours plus", toujours plus de vitesse, toujours plus de puissance.

Sans même prendre en compte les contrôles qui, dans l'aérien, représentent désormais une part significative des temps de transports, les personnes fortunées vont en Amérique aujourd'hui plus lentement qu'elle ne pouvaient le faire il y a vingt ou trente ans. Ce recul qui, sans doute, en annonce d'autres  qui viendront avec l'inévitable déplétion des énergies fossiles, est à méditer.

Concorde a coûté quelques milliards. Pourtant si la leçon de cet échec pouvait être entendue, cela ne serait pas si cher.

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(1) Selon le scénario le plus en vue aujourd’hui, lors du décollage, une pièce métallique présente sur la piste se trouva projetée sous le réservoir provoquant un violent incendie. Les réacteurs perdirent leur poussée, et l’avion alla s’écraser sur un hôtel moins de deux minutes après son envol tuant tous ses occupants ainsi que quatre personnes au sol. Précisons que certains remettent en cause cette version des faits affirmant que l’avion était en feu avant l’incident de la pièce métallique (nous ne pouvons ici entrer dans ce débat, le procès est en cours à l'heure où nous publions ces lignes).

(2) Deux exemplaires de Concorde peuvent être admirés et visités dans le très beau Musée de l’Air et de l’Espace au Bourget.

(3) L’encyclopédie en ligne Wikipedia évoque 18 à 20 heures d’entretien pour une heure de vol soit un ratio environ 10 fois plus élevé que pour les autres avions de ligne !

(4) L’empennage horizontal sur les avions " classiques " tend à stabiliser automatiquement l’appareil. Si celui-ci vient à piquer, la pression de l’air sur cet empennage le fait se redresser et inversement le fait piquer s’il tendait à se cabrer. Un tel empennage n’est toutefois guère concevable sur les avions supersoniques où il engendrerait une traînée rédhibitoire.

(5) Ce point, j’en suis bien  conscient, ne convaincra pas les inconditionnels du bel oiseau blanc.

(6) L’aviation, il faut le reconnaître, offre déjà une certaine entorse à ce principe. En France et dans l’ensemble des pays développés la majorité des gens ne prennent pas régulièrement l’avion.

(7) Un Tupolev 144 s’écrasa au Bourget le 3 juin 1973 lors d’une présentation en vol faisant 14 victimes et un autre exemplaire s’écrasa le 23 mai 1978 en Russie tuant deux des membres de l’équipage. Les vols commerciaux prirent fin une semaine après (le 1er juin 1978)

 

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Published by Didier BARTHES - dans Transports
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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 15:52

La presse s’en est largement fait l’écho (1): Nous allons, nous devrons manger des insectes !  

Cela se pratique ici et là depuis fort longtemps, aussi n'est-ce pas la dernière idée à la mode,  non, il s’agit, hélas, de bien plus encore. C'est une des solutions, sinon la solution pour nourrir les probables neuf milliards d’humains qui peupleront la planète à la moitié de ce siècle.

C’est qu’ils présentent mille avantages les insectes :

Foisonnants, appartenant à des espèces variées, faciles à accommoder, ils seraient, dit-on, emplis de protéines qu’ils auraient la bonté de produire avec un rendement supérieur à la plupart des autres animaux.

Disons le tout net : cela ne me met guère en appétit. - Simple a priori culturel - me répondra-t-on, tant il est vrai qu’en matière gustative l’apprentissage est déterminant. Pourtant, deux petits inconvénients me semblent devoir être soulignés.

Une difficulté diététique en premier lieu, si les insectes sont riches en protéines, ils sont généralement  consommés frits dans l’huile (de mauvaises langues suggéreront qu’il s’agit-là de masquer une saveur qui n’égalerait pas celle de l’entrecôte). Est-il vraiment certain que manger de l’huile ou toute autre matière grasse grillée à longueur de repas constitue le fin du fin en matière d’équilibre alimentaire ?

Une étrangeté culturelle ensuite : Alors même qu’il est de bon ton de vanter et de considérer comme égales toutes les cultures, il est amusant de constater combien nous sommes prêts à piétiner la nôtre et à changer de mode d’alimentation (il ne s'agit que d'intentions, il est vrai).

Cependant, au-delà de ces deux remarques, et aussi, je le confesse, d’un certain dégoût personnel que j’ai la faiblesse de croire partagé, il existe quelque chose de beaucoup plus grave dans ce projet entomophage : Manger des insectes est une fuite en avant !

Nous serons bientôt neuf milliards ; c’est la panique alimentaire. Les sept milliards déja présents peuvent être nourris (pas toujours, d'ailleurs) parce que nous avons transformé la plus grande part de la planète en terres agricoles au mépris absolu de tous les espaces naturels mais aussi parce que nous utilisons largement (pour les engrais, la mécanisation et le transport) une énergie fossile dont nous savons pourtant qu’elle est amenée à disparaître à brève échéance.

Alors, tout est bon. Après avoir vidé les continents et les océans de leur faune sauvage, après avoir poussé l’élevage à ses limites, nous allons nous jeter sur la dernière fraction du monde animal encore disponible.

Quelle sera l’étape suivante ? Le steak de bactérie ? Allons-nous tous devenir végétariens, non par goût ou par compassion envers le monde animal, ce qui serait respectable, mais bien par contrainte ?

Pourquoi toujours cet aveuglement ? Pourquoi toujours cette fuite en avant ? Nous voulons à toute force adapter la Terre à notre nombre,  ne serait-il pas plus sage d’adapter notre nombre à la Terre ?

 "Le mode de vie américain n’est pas négociable" avait affirmé en 1992 Georges Bush (père). Le monde entier, écologistes en tête, l’avait fustigé pour cette prétention.

Hélas, ne voyons nous pas que nous faisons démographiquement preuve de la même arrogance ? Nos effectifs nous apparaîssent non négociables, il faudra bien qu’ils le soient pourtant, avant que la nature ne nous impose ses règles. Une fois encore, plus nous attendons plus le tribut sera lourd.

En Provence, à Serignan du Comtat, Jean-Henri Fabre doit se retourner dans sa tombe. En ses chers insectes, l’humanité ne sait plus voir qu’une ressource.

 ____________________________________________________________________________________________________   

(1) Voir en particulier les articles suivants et leurs commentaires, sur les sites :

  "Le Monde" et  "Développement Durable"

 

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Published by Didier BARTHES - dans Alimentation
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